
4S58
Rev Neurol (Paris) 2002 ; 158 : 5 pt 2, 4S55-4S64
F. BARTOLOMEI et coll.
Une épilepsie pharmacorésistante
Globalement, une épilepsie pharmacorésistante est défi-
nie par la « persistance de crises malgré un traitement anti-
épileptique bien conduit » (Loiseau et Jallon, 1995) ; les
limites de cette définition restent largement débattues et ne
sont pas univoques. Théoriquement, la pharmacorésistance
(PR) se définit par la persistance des crises malgré un trai-
tement antiépileptique utilisant aux doses maximales tolé-
rables tous les médicaments anti-épileptiques (MAE)
disponibles en monothérapie et en les associant dans toutes
les combinaisons possibles. Cette PR « absolue » est un
concept impossible à appliquer dans la plupart des cas et
surtout il faudrait plus d’une décade pour arriver à ces dif-
férentes combinaisons (Bourgeois, 1994) ce qui est un
délais trop long pour les malades potentiellement « chirur-
gicaux ».
La notion de PR est une notion relative qui dépend de
plusieurs facteurs et l’établissement de la PR doit être
considéré au cas par cas. Il n’y a pas de consensus quant :
– au nombre de médicaments antiépileptiques (MAE)
essayés, aux types de MAE et aux combinaisons de ces
MAE. Dans les épilepsies partielles, la carbamazépine (et
la phénytoine) apparaissent comme légèrement plus effica-
ces que le phénobarbital et le valproate (Mattson, 1992). Un
échec de la carbamazépine à bonne dose nous semble un
pré requis raisonnable dans ce type d’épilepsie. On sait
depuis longtemps (Schmidt, 1991) qu’après un échec de
monothérapie bien conduite, 10-15 p. 100 des malades seu-
lement seront contrôlés. La place des nouveaux MAE est
également difficile à préciser : ceux ci n’améliorent en effet
la situation de façon radicale que dans moins de 10 p. 100
des épilepsies partielles pharmacorésistantes.
– le délai de définition d’une PR : classiquement le délais
retenu est celui de 2 ans. Ce délai doit être réduit dans cer-
taines conditions, en particulier chez l’enfant chez lequel
l’épilepsie peut retentir sur un cerveau en voie de matura-
tion. Par ailleurs les épilepsies partielles rebelles de l’enfant
sont souvent en rapport avec une lésion corticale, dont
l’ablation chirurgicale a plus de chances d’être efficace si
le délai d’intervention est précoce
Une épilepsie localisable et unifocale
La chirurgie de l’épilepsie s’adresse aux patients ayant
une épilepsie dont les crises ont une origine « localisa-
ble » et une zone épileptogène unique. Les données clini-
ques de l’interrogatoire sont très importantes à recueillir,
notamment auprès de l’entourage du sujet. La description
stéréotypée d’une même séquence clinique orientera vers
une organisation antomo-fonctionnelle unique des crises
alors qu’à l’inverse, la description de crises de sémiolo-
gies différentes chez un même malade fera suspecter une
multifocalité de l’épilepsie. Dans certains cas toutefois,
cette diversité n’est qu’apparente et il existe une sympto-
matologie commune à toutes les crises mais des variations
dans la durée, l’expression de signes tardifs ou l’existence
d’une généralisation secondaire qui ont pu induire en
erreur.
Par ailleurs, l’existence de lésions multiples comme dans
les cavernomatoses ou la sclérose tubéreuse de Bourneville
n’est pas synonyme de multifocalité de l’épilepsie, celle-ci
pouvant être liée à une seule de ces lésions. L’inverse est
également observable. Par ailleurs, l’EEG de surface ne
saurait être un marqueur fiable de multifocalité ou de bila-
téralité de l’épilepsie. Par exemple dans les épilepsies tem-
poro-limbiques l’observation de pointes controlatérales au
coté suspecté est assez fréquente.
Quoi qu’il en soit, ce n’est que l’analyse des crises en
vidéo-EEG et l’établissement des premières corrélations
électro-cliniques qui pourront apporter des réponses défini-
tives. Dans certains cas, ce n’est même qu’après une inves-
tigation invasive (phase II) que ces questions seront
résolues.
Une épilepsie caractérisée par une « zone
épileptogène » de localisation chirurgicalement
abordable
Les rapports entre zone épileptogène et les différentes
structures corticales et sous-corticales doivent être précisés.
En effet l’ablation de certaines régions cérébrales qui
engloberaient la zone épileptogène, seraient à l’origine de
déficits neurologiques et/ou neuropsychologiques inaccep-
tables pour le patient. Ainsi certaines régions restent à
l’heure actuelle inaccessible à un traitement chirurgical de
l’épilepsie (cortex moteur primaire, cortex sensitif pri-
maire, jonction temporopariétale ou pied de F3 dans
l’hémisphère majeur,).
Leur implication initiale au début de crises peut être sus-
pectée par l’interrogatoire (aphasie initiale, clonies distales
d’un membre…) mais sera surtout analysée en vidéo-EEG
et éventuellement après une exploration invasive. Certains
patients ont un déficit permanent (hémiplégie, hémianop-
sie..) qui peut autoriser à intervenir dans des régions haute-
ment fonctionnelles.
Le problème de l’âge du patient
Il n’y a pas de limites théoriques (Polkey, 1996 ; Vignal
et Chauvel, 1993). Chez l’enfant, des interventions préco-
ces peuvent éviter une dégradation des fonctions cogniti-
ves, la déscolarisation, les troubles du comportement
associés à une épilepsie partielle sévère, souvent lésion-
nelle à cet age. À l’inverse, la chirurgie peut être proposée
à des âges relativement tardifs, au delà de 50 ans, en par-
ticulier chez la femme où les risques de séquelles sont
moins élevées (Vignal and Chauvel, 1993). Dans ces cas,
les possibilités de la chirurgie doivent être évaluées
notamment en terme d’investigations et d’intervention
limitées.
© 2012 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. - Document téléchargé le 17/10/2012 par UNIVERSITE PARIS DIDEROT UP7 (81953)