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entre la SGPA et les centres mictionnels protubérantiels suggé-
rant ainsi qu’au cours du remplissage vésical, la SGPA exerce
une influence tonique permanente sur les neurones du centre L.
Lorsque la vessie atteint un certain seuil de remplissage et que
la situation est appropriée, il y aurait une permutation de
l’activité des neurones du centre L aux neurones du centre M.
Il résulterait de cette modification une relaxation du sphincter
urétral et une contraction du détrusor, d’où une vidange
vésicale complète.
Comme chez le chat, il a été individualisé chez l’homme
deux zones protubérantielles susceptibles de participer au
contrôle nerveux de la miction. La première zone, située dans
la partie postéromédiane de la protubérance, proche du IV
e
ventricule, serait l’équivalent de la région M, puisque le débit
sanguin cérébral y est significativement augmenté lors de la
miction. La deuxième zone, située dans la protubérance mais
dans une position ventrolatérale, pourrait correspondre à la
région L.
Il a été observé une augmentation significative du flux
sanguin cérébral au niveau de la SGPA, pendant la miction des
sujets volontaires sains. On peut supposer que l’activation de la
SGPA, résultant de la stimulation des tensorécepteurs vésicaux
par le remplissage vésical, soit responsable de l’activation du
centre M entraînant la miction. L’hypothalamus paraît égale-
ment être impliqué dans la miction. Chez le chat, la stimulation
de certaines structures cérébrales telles que le gyrus cingulaire
antérieur, le noyau préoptique de l’hypothalamus, l’amygdale,
entraîne des contractions vésicales. Toutes ces structures
donnent naissance à des voies descendantes se projetant sur la
SGPA et sur le système nerveux dit « émotionnel ». Seul le
noyau préoptique envoie des projections directement sur le
centre mictionnel protubérantiel (région M). Le rôle exact du
noyau préoptique hypothalamique dans la miction demeure
méconnu. On peut supposer que l’influence directe de cette aire
hypothalamique sur le centre mictionnel protubérantiel déter-
mine le début de la miction. Qu’il y ait ou non miction dépend
toujours de l’environnement dans lequel se situe l’individu.
Ainsi, lorsque l’information de plénitude vésicale est véhiculée
via les afférences sensitives d’origine sacrée et la SGPA, et qu’il
peut y avoir miction, celle-ci ne se produirait que lorsque
certaines structures, telles que le noyau préoptique hypothala-
mique, ont « décidé » que l’environnement s’y prêtait. Le
cervelet, quant à lui, exerce une action inhibitrice lors de la
phase de continence et un rôle facilitateur durant la miction.
Le cortex a un rôle plus obscur. Deux zones corticales sont
impliquées dans la miction : la partie dorsolatérale du cortex
préfrontal droit qui est activée lorsque la miction débute, mais
également lorsqu’elle est permise par le sujet mais non réalisée ;
le gyrus cingulaire antérieur droit lorsque le sujet se retient
d’uriner. Cette désactivation du gyrus cingulaire antérieur
refléterait une inhibition des informations sensitives vésicales
dans le but d’atténuer la sensation de plénitude vésicale et, par
conséquent, le besoin impérieux d’uriner. Il est probable que
l’activation du cortex préfrontal et du gyrus cingulaire antérieur
ne soit pas spécifique de la miction, mais soit liée à des actions
plus générales telles que l’attention et la sélection d’une réponse
appropriée.
Les zones cérébrales (cortex et protubérance) impliquées dans
la miction se situent de façon prédominante à droite chez des
sujets volontaires sains, droitiers. Cette latéralisation du contrôle
mictionnel permettrait d’expliquer pourquoi l’incontinence
urinaire est particulièrement fréquente après les lésions hémi-
sphériques droites.
Le débit sanguin cérébral de la SGPA augmente parallèlement
au degré de remplissage vésical, confirmant le rôle de cette
structure nerveuse dans le contrôle mictionnel. Une activité
protubérantielle est également mise en évidence au cours du
remplissage vésical. Cependant, cette zone d’hyperactivité
protubérantielle est différente de la région L sollicitée lors des
efforts de retenue. Au cours du remplissage vésical, il a été
observé une activation bilatérale des lobes latéraux du cervelet
et des aires frontales, suggérant que ces différentes structures
ont un rôle non seulement moteur au cours de la miction mais
également sensitif pendant le remplissage vésical et le maintien
de la continence. Le débit sanguin cérébral au niveau du gyrus
cingulaire est également modulé en fonction du remplissage
vésical et de la sensation d’impériosité mictionnelle, et cela en
dehors de toute perception douloureuse. Ceci confirme le rôle
complexe joué par le gyrus cingulaire dans l’utilisation des
informations sensitives vésicales afin d’influencer la perception
de besoin impérieux et la continence urinaire. Aucune modifi-
cation significative d’activité n’est observée au niveau du cortex
somesthésique lors du remplissage vésical ou de la perception
d’un besoin mictionnel impérieux. Les structures cérébrales
impliquées dans la perception du besoin impérieux semblent
différentes de celles impliquées dans la sensation de remplissage
vésical. Ainsi, certaines modifications telles que la désactivation
au niveau de l’hypothalamus, du cortex prémoteur, de certaines
parties du gyrus cingulaire de façon bilatérale sont corrélées à
la perception d’un besoin mictionnel impérieux et sont indé-
pendantes de la perception de plénitude vésicale. D’autres
études ont rapporté l’activation de l’insula et de l’opercule
pendant le remplissage vésical. La stimulation de l’insula chez
l’homme provoque une augmentation du tonus sympathique.
L’activation des fibres sympathiques est connue pour accroître
la relaxation du détrusor, entraînant une augmentation de la
capacité vésicale. Ces résultats suggèrent que l’insula pourrait
être une zone d’intégration de la réponse autonomique au cours
du remplissage vésical.
Les centres mictionnels sacrés sont le siège de l’automatisme
vésical. Privé de toute afférence, le détrusor se contracte de
manière périodique sans modulation inhibitrice des voies
supérieures médullaires ou encéphaliques. Le simple remplissage
vésical (réflexe A delta), par stimulation des tensorécepteurs,
permet la contraction détrusorienne, dès le seuil sensitif
réflexogène obtenu. C’est un des mécanismes essentiels de
« l’automatisme vésical » de l’animal spinalisé ou du paraplégi-
que. Cette activité autonome sacrée est physiologique chez
l’enfant encore immature par l’absence de régulation corticale et
sous-corticale. Les mictions sont périodiques, totales, sans
résidu, non réfreinées par une quelconque inhibition sociale,
culturelle ou réflexe. L’apparition d’une sensibilité consciente, la
maturation du système nerveux, l’éducation et parfois les
contraintes parentales aboutiront rapidement à une régulation
sociale, volontairement acceptée de la miction. Mais ce réflexe
A delta ne résume pas les possibilités de contraction. Chez
l’enfant, chez l’animal spinalisé et chez le blessé médullaire, un
autre réflexe, médié par les fibres non myélinisées de type C,
capsaïcine-sensible, permet la contraction vésicale. C’est, à côté
de la suppression des influx inhibiteurs suprasacrés par la lésion
médullaire, le deuxième mécanisme essentiel de l’hyperactivité
du paraplégique. La réémergence de ce réflexe archaïque est un
des mécanismes physiopathologique de cette hyperactivité et
permet d’expliquer l’efficacité des drogues vanilloïdes
intravésicales.
À côté des variations de la neuroplasticité des afférents
vésicaux, le changement de comportement des récepteurs
centraux a été récemment incriminé. La fonction de ces
récepteurs est moins bien connue. À un niveau beaucoup plus
périphérique, les modifications du muscle lui-même et de
l’urothélium jouent un rôle probablement non négligeable.
L’hypertrophie détrusorienne secondaire à l’hyperactivité
modifie le métabolisme vésical, avec une plus grande sensibilité
à l’ischémie et un coût énergétique altéré, aboutissant à une
altération des nerfs périphériques, les modifications de l’urothé-
lium étant responsables d’une modification des neuromédia-
teurs locaux, des facteurs neurotrophiques, et partant une
modification des messages afférents.
Ces différents niveaux d’action ne sont pas univoques et non
systématiquement à évoquer dans toutes les hyperactivités
vésicales. Ces facteurs physiopathologiques sont en effet
possiblement liés à l’étiopathogénie même de l’hyperactivité
vésicale : les causes neurologiques ont un manifeste substratum
physiopathologique différent de l’obstruction (où la réactivation
Vessies neurologiques
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3Neurologie
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