fonctionnant comme une machine bien huilée où l’action progresse de cause en fait
et conséquence, dans une unité théorisée et réglementée par la fameuse loi classique
des trois unités. A l’opposé du concept de drame ainsi rapidement esquissé, la
catégorie de l’épique au théâtre ressortit du discontinu, du disjoint, du désir de dire
le monde dans sa durée et son épaisseur, de l’art du rhapsode qui coud ensemble
des morceaux divers. Le théâtre épique de Brecht naturellement, mais aussi la
plupart des textes de théâtre contemporains ressortissent de cette catégorie de
l’épique au théâtre. C’est pourquoi
L’Illusion Comique
qui coud ensemble des
morceaux génériquement disparates, a une résonance très moderne, même si cette
couture est magnifiquement maîtrisée. " Tout cela cousu ensemble fait une
comédie " écrit Corneille.
I. 4 Le cas Matamore
Ce personnage est problématique pour Corneille lui-même : " Il y en a même un qui
n’a d’être que dans l’imagination, inventé exprès pour faire rire, et dont il ne se
trouve point d’original parme les hommes. " (Examen).
Matamore est un type et peut donc servir à une réflexion sur la notion de type au
théâtre qui se distingue du personnage défini comme entité psychologique
individualisée. En tant que type, il perdure dans le temps, chaque époque
l’investissant à sa manière, pour un effet comique garanti. Matamore, c’est le Miles
Gloriosus de Plaute, c’est le Capitan de la Commedia dell’arte, dans lequel les
Italiens du XVI°daubaient le figure de l’envahisseur espagnol.
C’est précisément parce que Bellemore, un acteur spécialisé dans le rôle de capitan,
venait d’être engagé au Théâtre du Marais que son directeur, Montdory, passa
commande du Matamore à Corneille, tant il est vrai qu’au théâtre, les plus belles
réussites naissent souvent de contraintes matérielles ou économiques.
II. Les visages de l’amour
Un choix de scènes de la pièce peut heureusement figurer dans une séquence
consacrée à la scène d’amour, plus précisément encore à la figure de l’amoureuse au
théâtre qui se décline en trois personnages.
Lyse, la servante d’Isabelle, qu’on nommerait suivante si on était dans une tragédie,
commande toute l’intrigue. Instigatrice par dépit amoureux du piège dans lequel
tombe Clindor, elle le sauve in fine, acceptant de le laisser à Isabelle et d’épouser,
afin d’obtenir de lui l’évasion de Clindor, le geôlier qui la rebute. Est-ce un geste
d’amour désintéressé, un effet du remords ou le démiurgique plaisir de faire et
défaire le destin de son amant ? Subtil personnage d’amoureuse, Lyse décline son
parcours aux scènes 5 et 6 de l’acte III et 2 et 3.de l’acte IV.
Isabelle est l’amoureuse totale, aventureuse, quittant son père et sa fortune pour
suivre Clindor qui n’est alors que valet de Matamore, scènes 3, 5 de l’acte II, 8 de
l’acte III, 1 de l’acte IV.
Quand elle joue le rôle d’Hyppolite, elle révèle un personnage de femme mariée,