L’incidence du cancer du sein a subi une augmentation sen-
sible depuis 30 ans : elle est actuellement de 33 000 nouveaux
cas par an en France. C’est le cas dans tous les pays occidenta-
lisés, et l’explication de cette incidence augmentée n’est pas
univoque. Le dépistage quasi généralisé par mammographie et
la meilleure surveillance des femmes, ainsi que le meilleur
recueil des cas dans des registres, sont probablement en partie
en cause. Cela n’explique pas tout, raison pour laquelle cer-
tains voient dans le changement du mode de vie des femmes
modernes une explication : la femme moderne a des règles
plus précocement, a moins de grossesses que son arrière-
grand-mère, les a beaucoup plus tardivement, a souvent une
ménopause tardive, et elle manie volontiers trente ans de trai-
tement contraceptif hormonal et au moins quinze ans de THS
de la ménopause. Les conditions de vie et l’environnement ont
changé.
Cependant, même si certains incriminent les hormones, force est
d’admettre qu’il n’a jamais pu être démontré que la pilule,
même avec des doses d’estrogènes artificiels élevées, était en
cause. En ce qui concerne le THS, aucune augmentation du type
de celle enregistrée entre tabac et cancer du poumon n’a pu être
mise en évidence. Pour les statisticiens, un risque relatif jusqu’à
2 peut être non significatif. De surcroît, toutes les études sur ces
traitements de la ménopause se heurtent à des biais épidémiolo-
giques nombreux, et ont la même critique de fond : il ne s’agit
pas de patientes randomisées, et on ne tient pas compte des dif-
férents facteurs de risque de cancer du sein dans les groupes étu-
diés. Les populations ne sont donc pas homogènes, les données
sont en général insuffisantes et la qualité des informations peut
être remise en cause ; il existe des biais d’inclusion, des biais de
détection, sachant que les femmes sous THS ne ressemblent pas
dans leur comportement social à celles qui ne prennent pas de
traitement et sont beaucoup mieux suivies. Il existe également
un biais dû au poids et à la consommation d’alcool, qui, du fait
de l’augmentation majeure des pics d’estradiol après ingestion
d’alcool, peut être mise en cause.
Enfin, dans l’augmentation du risque relatif au cours de la
prise, il est important de prendre en compte l’augmentation
spontanée du risque de cancer du sein avec l’âge, une femme
de 70 ans ayant un risque plus grand de faire un cancer du sein
qu’une femme de 50 ans.
Par ailleurs, toutes les études font état d’un meilleur pronostic
des cancers survenus sous THS et d’une amélioration globale
de la mortalité toutes causes confondues chez les patientes
sous THS (6-7).
En ce qui concerne les progestatifs, de nombreux auteurs se sont
exprimés sur cette question depuis la publication des articles de
C. Schairer et de R. Ross (8-10). Il existe une grande variété de
formes galéniques et de possibilités d’association thérapeutique
en termes de THS de la ménopause. La voie est toujours orale
(bien que certains prescripteurs préconisent la voie vaginale
pour Utrogestan®), et il existe une différence importante entre
les norstéroïdes et les norprégnanes. Les Américaines n’utilisent
pratiquement jamais de norprégnanes, qui sont les molécules les
plus utilisées en Europe. L’article de Magnusson (11) avait mis
en évidence un effet délétère des norstéroïdes, qui n’existe pas,
semble-t-il, avec les norprégnanes.
Lorsque les Américains ont utilisé Équigyne®seul, l’effet can-
cérigène sur l’utérus ne s’est pas fait attendre très longtemps. Il
a été rapidement visualisé, et de façon incontestable. Il n’a pas
été enregistré de phénomène identique sur le sein, quel que soit
le traitement. Il n’a notamment pas été noté d’augmentation
majeure de l’incidence du cancer du sein chez les patientes
ayant présenté des cancers de l’utérus dans ces conditions. La
France est un pays notoirement connu pour utiliser en grande
quantité des progestatifs en préménopause et en périméno-
pause ; elle n’a pas un taux supérieur de cancers du sein par
rapport aux autres pays.
Ainsi, même s’il demeure quelques incertitudes, on peut affir-
mer que le THS semble avoir à long terme le même effet sur
l’augmentation du risque de cancer du sein qu’une ménopause
très tardive (ce qui est a priori logique) ; cependant, il ne faut
pas perdre de vue la qualité de vie apportée par le THS.
Chaque année, 400 000 Françaises atteignent la cinquantaine.
Il y a 10 000 000 de femmes ménopausées en France, dont
1700 000 reçoivent un THS. L’observance est actuellement
meilleure grâce à la diversité des formes galéniques ; le suivi
de ces patientes est bon, permettant de découvrir des lésions à
un stade précoce, et de meilleur pronostic. Il faut rester cepen-
dant vigilant sur l’association avec l’alcool, qui pourrait être
au THS de la ménopause ce qu’est le tabac pour la pilule estro-
progestative : le tabac augmente de façon notoire le nombre
des accidents thrombotiques sous contraception orale ; il se
pourrait que l’alcool augmente le risque de cancer du sein chez
les patientes sous THS (12).
Quoi qu’il en soit, le praticien se doit de répercuter une infor-
mation loyale, claire et complète sur les bénéfices et incerti-
tudes du THS à ses patientes. Cela nécessite du temps et de la
conviction. ■
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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DOSSIER
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La Lettre du Gynécologue - n° 256 - novembre 2000