Métabolismes Hormones Diabètes et Nutrition (IX), n° 3, mai/juin 2005
ménopausée précocement avant 40 ou
45 ans. Les recommandations de
l’AFSSAPS s’appliquent donc à
toutes les formes de THS.
Pourtant, en cas de risque d’ostéo-
porose authentifié, la femme hysté-
rectomisée, en particulier la femme
jeune et/ou sans facteurs de risque
cardiovasculaire, peut avoir une
balance bénéfices/risques positive
du THS et bénéficier du traitement
hormonal, même sans symptôme cli-
matérique gênant.
Quand commencer le THS
chez la femme
hystérectomisée ?
Dans les suites d’une hystérectomie
avec annexectomie bilatérale, la symp-
tomatologie est souvent bruyante et
le diagnostic certain, comme chez la
femme ménopausée de longue date.
On peut instaurer le THS chez une
femme gênée, informée et volontaire,
sans se poser la question du diagnos-
tic de ménopause.
Fréquent et plus délicat est le pro-
blème de la femme hystérectomisée
ayant conservé ses ovaires et qui entre
en périménopause. Entre les cycles
réguliers et la ménopause confirmée,
la périménopause est une période
d’anarchie hormonale qui dure, en
moyenne, trois années. En début de
périménopause quand les taux d’es-
tradiol font des “montagnes russes”,
les dosages ont peu d’intérêt, voire
peuvent nous induire en erreur. En fin
de périménopause, ils peuvent contri-
buer au diagnostic de ménopause.
Chez la femme hystérectomisée
ayant conservé ses ovaires, la ges-
tion de cette période difficile pen-
dant laquelle surviennent habituel-
lement les premières bouffées de
chaleur peut se faire de plusieurs
façons :
–l’abstention si les symptômes sont
mineurs ;
–des traitements non hormonaux
des bouffées de chaleur mais leur effi-
cacité est inconstante, imprévisible,
variable d’une femme à l’autre et sou-
vent décevante ;
–un traitement à petites doses filées
d’estrogènes, pendant les périodes
de troubles qui vont s’allonger et se
rapprocher avec l’approche de la
ménopause, la patiente gérant elle-
même et “à vue” son THS ;
–un traitement progestatif, comme
chez les femmes ayant conservé leur
utérus, mais comme on n’a plus le
signe objectif des règles, on prescrira
le traitement 20 à 25 jours par mois.
Compte tenu des données précé-
dentes, cette attitude pourra paraître
paradoxale à certains, mais elle est
transitoire et donne souvent satis-
faction. Dans notre expérience et
avec certains progestatifs mais pas
avec tous, cette dernière solution
permet de juguler les troubles vaso-
moteurs et de limiter les phénomènes
congestifs périménopausiques qui
s’apparentent aux symptômes pré-
menstruels.
On peut rapprocher du cas de la
femme hystérectomisée ayant con-
servé ses ovaires, le cas de la femme
en périménopause, mais en aménor-
rhée au long cours car porteuse d’un
DIU hormonal ou ayant subi une
endométrectomie.
Questions
Plusieurs problèmes sont à débattre.
Comment faut-il traiter une femme
ayant subi une endométrectomie ?
Dans la mesure où il se confirme que
le traitement par estrogènes seuls,
normalement réservé aux femmes
hystérectomisées, ne présente pas
ou présente moins de risque mam-
maire que le THS estroprogestatif,
comment pourrait-on l’appliquer ou
s’en approcher chez la femme ayant
conservé son utérus ? Certains ont
proposé un THS par estrogènes seuls,
mais associé à l’insertion d’un DIU
hormonal, qui serait conçu pour
la femme ménopausée (11). Dans
d’autres études, on a employé
des protocoles trimestriels avec
une séquence progestative tous les
3mois (12, 13).
Dans tous les cas, la décision
d’instaurer ou de renouveler un
THS doit rester individuelle, per-
sonnalisée et justifiée chez une
femme informée et volontaire.
Références
1.
Writing Group for the Women’s Health Initia-
tive Investigators. Risks and benefits of estrogen
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3:321-33.
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Million Women Study. Lancet 2003;362:419-27.
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4.
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sur le traitement hormonal substitutif et mise au
point actualisée sur le traitement hormonal subs-
titutif de la ménopause. afssaps.sante.fr (3 dé-
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5.
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Afem. Communiqué de l’AFEM à propos des
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10.
Tamborini A, Ruiz JC. Place actuelle du trai-
tement hormonal substitutif dans la prévention de
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11.
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Intra-uterine 10 mcg and 20 mcg levonorgestrel
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12.
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13.
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No increased risk of endometrial hyperplasia with
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THS
Intérêts et controverses