Les bases neurales de la peur, notre cerveau développe des

Barbara DONVILLE - Conférences EHESS 2013 " EMOTIONS ET CONNAISSSANCE DE SOI "
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CONFERENCE 6
LES MECANISMES NEUROPHYSIOLOGIQUES
DE LA PEUR
Qu’est-ce que la peur ? Quelles sont les aires du cerveau concernées par cette physiologie,
quelles sont les voies neurales et les différents mécanismes tant chimiques qu’électriques
qui se mettent en branle lorsque nous avons peur ? N’y –a-t-il pas plusieurs formes de peurs
impliquant différents processus ? C’est à toutes ses questions que nous allons tenter de
répondre pour comprendre que la peur n’est pas d’abord une réaction psychologique mais
en premier lieu, un processus physiologique qui joue un rôle essentiel dans l’identification
automatique du danger et le déclenchement de la fuite. Nous nous appuierons
essentiellement sur les travaux de Joseph Ledoux, neurophysiologiste spécialiste des
émotions et qui a tout particulièrement étudié les mécanismes de la peur.
Les bases neurales de la peur, notre cerveau développe des mécanismes pour
détecter et répondre de façon rapide et adéquate.
Nous allons étudier les bases neurales de la peur en partant des mécanismes
comportementaux des animaux.
La peur est avant tout un comportement d’adaptation.
En effet….
- Nous savons que l’organisation cérébrale est très similaire entre les différentes
espèces de vertébrés : Elle comporte toujours les cerveaux antérieur, moyen et
postérieur et à l’intérieur, on peut retrouver les mêmes grandes voies nerveuses
et structures de base.
Aussi….
- L’évolution a créé des solutions comportementales uniques aux problèmes
rencontrés par les différentes espèces pour leur survie : les systèmes cérébraux
sous-jacents à certains comportements émotionnels ont été conservés au cours
des nombreuses étapes de l’évolution du cerveau.
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- L’évolution ressemble à un buisson avec des ramifications : La ramification qui a
mené au cerveau humain n’a pas consisté en un simple accroissement de taille
du cerveau antérieur, car les structures cérébrales se sont aussi diversifiées.
- Même si l’on observe une certaine diversification, l’évolution du cerveau est
restée conservatrice et certains systèmes, particulièrement ceux utiles à la survie
depuis longtemps, ont été préservés dans leur structure et leur fonction.
- Les circuits cérébraux, se mettent en place au cours du développement
embryonnaire par des processus codés génétiquement. En effet, le code
génétique, à l’origine du câblage nerveux de ces fonctions est conservé à travers
les espèces, même s’il diffère d’ailleurs pour le développement des parties du
corps mobilisées par ces fonctions.
- En biologie, il n’y a pas d’assemblages à partir de plans soigneusement étudiés. Le
cerveau humain s’avère être l’un des dispositifs les plus complexes imaginables et
pourtant il n’a pas été préconçu. Il est dû au bricolage de l’évolution, au cours de
laquelle une foule de petites modifications se sont accumulées sur des périodes
extrêmement longues.
Comment l’évolution s’y est-elle prise pour « bricoler » toutes ces
petites modifications ?
- Les organismes sont un patchwork de bricolages rapides, de solutions partielles
qui ne devraient pas marcher mais qui y arrivent pourtant. En fait, le cerveau n’a
aucune fonction en lui-même. Il s’agit d’un regroupement de systèmes, appelés
modules, dotés chacun d’une fonction différente. Il n’y a aucune fonction qui
puisse, en combinant toutes les fonctions issues des différents systèmes, donner
une nouvelle fonction appelée fonction cérébrale.
- Pour Joseph Ledoux, neurophysiologiste qui a tout particulièrement étudié les
mécanismes de la peur, les différentes classes de comportements émotionnels
représentent donc des types distincts de fonctions cérébrales destinées à prendre
en charge différents types de problèmes chez l’animal et correspondent à des
systèmes cérébraux séparés.
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Les émotions jouent un rôle biologique
- Comprendre ce que sont toutes les émotions, qu’elles soient issues de la biologie
ou de construction sociale, est essentiel : différents systèmes cérébraux existent
pour différents types de fonctions.
Les éléments de base des émotions sont des systèmes cérébraux qui nous
permettent d’adapter notre comportement à l’environnement et qui sont
notamment essentiels pour notre survie.
- Les différentes émotions sont prises en charge par des réseaux cérébraux et des
molécules distincts, et les changements évolutifs dans un réseau donné
n’affecteront pas nécessairement les autres.
Il existe différents systèmes émotionnels
- S’il n’y avait pas d’expressions universelles caractéristiques de certaines
émotions ce serait la preuve que les émotions primaires ne sont pas déterminées
biologiquement. Or, les émotions jouent un rôle biologique en faisant le lien
entre les stimuli émotionnels et les réponses caractéristiques qu’elles induisent.
- Au niveau neural on peut décomposer chaque unité émotionnelle en un
ensemble de signaux d’entrées, un mécanisme d’évaluation et des signaux de
sorties. Le mécanisme d’évaluation est programmé pour détecter certains
signaux d’entrées ou stimuli de déclenchement.
Il existe deux types de déclencheurs :
a) Les déclencheurs naturels sont un mécanisme qui a la capacité d’apprendre
de nouveaux stimuli.
b) Les déclencheurs appris sont un mécanisme qui ont la capacité d’être
prédictifs et qui sont associés aux déclencheurs naturels.
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La peur, une émotion qui ne résulte pas d’une expérience de peur
Le sentiment de peur est un sous-produit de deux systèmes : l’un à l’origine du
comportement de défense l’autre à l’origine de la conscience.
En effet….
- Le système de la peur n’est pas, à proprement parlé, un système résultant de
l’expérience de la peur. Il est surtout programmé pour détecter les dangers et
produire des réponses qui optimisent la probabilité de survivre.
C’est donc un système de comportement de défense.
- La peur est avant tout une émotion profonde: on peut retrouver la trace de la
peur dans certains types d’émotions qui, de prime abord, paraissent l’antithèse
de la peur. (ex : le courage….)
Le comportement de défense est le résultat d’une longue histoire évolutive.
- La peur s’exprime d’ailleurs de la même manière chez l’homme et chez l’animal y
compris lorsqu’elle est d’origine pathologique. Les comportements émotionnels
comme celui de la défense ont probablement évolué indépendamment des
sentiments conscients.
En effet….
- Les interactions entre le système de défense et la conscience sous-tendent le
sentiment de peur, mais la fonction du système de défense est de permettre la
survie face au danger.
Les comportements défensifs sont l’action de systèmes cérébraux programmés
par l’évolution pour traiter le danger d’une façon anatomique :
- Bien que nous devenions conscients de l’intervention du système de défense,
celui-ci agit indépendamment de la conscience, il fait partie de ce que l’on
appelle l’inconscient émotionnel.
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Il existe probablement des types de réactivités à la peur génétiquement
programmés dans le cerveau humain :
- Quand le cerveau détecte le danger il envoie des messages aux organes via des
nerfs du système autonome et ajuste l’activité de ces organes aux exigences de
la situation.
La contribution génétique dans le système émotionnel de la peur
Les matériaux émotionnels de base spécifient notre système nerveux
- Nos gènes nous fournissent les matériaux de base à partir desquels nous
produirons nos émotions. Nos gènes spécifient le type de système nerveux que
nous avons, de processus mentaux auxquels peut mener notre système nerveux
ainsi que de fonctions corporelles qu’il commande.
- Certaines de nos émotions, si ce n’est toutes, ont un fondement biologique, mais
des facteurs sociaux, c’est-à-dire cognitifs, sont aussi d’une importance cruciale.
L’inné et l’acquis sont partenaires dans la vie émotionnelle, il faut en connaître
leur contribution spécifique.
Comment cela se passe-t-il dans le cas de la peur ?
- Dans le cas de la peur, les stimuli menaçants provoquent la libération par
l’hypophyse de l’hormone adrénocorticotrope (ACTH) qui induit à son tour celle
d’une hormone corticoïde par les glandes surrénales. Cette hormone gagne
ensuite le cerveau par le sang. Sa libération va d’abord aider l’organisme à
affronter le stress, mais si celle-ci se prolonge, elle peut avoir des effets
pathologiques en interférant avec les fonctions cognitives et même provoquer
des dégâts dans le cerveau
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