
CONFEDERATE HISTORICAL ASSOCIATION OF BELGIUM
nourrir et les approvisionner correctement. Bien qu’elle eût pu sauver l’armée de l’extinction, la
conscription fut en partie responsable de l’augmentation croissante des désertions. Dans les
familles, on ressentit de plus en plus les effets du blocus de l’Union. La désintégration du
système ferroviaire, due au manque d’entretien et aux raids de l’Union, incita les soldats au
front à se soucier en priorité de leurs familles et de leur subsistance. Les gouverneurs se
préoccupèrent surtout des droits de leur Etat tandis que Richmond tentait de contrôler les
ressources globales de la Confédération. La réduction de ses ressources humaines et la
suspension des échanges n’améliorèrent pas la situation. Il y avait plus de 26.000 Confédérés
dans les geôles de l’Union lorsque Grant mit fin aux échanges.
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Il était convaincu que, s’ils
étaient échangés, les soldats du Sud rejoindraient leurs rangs et reprendraient le combat,
prolongeant ainsi inutilement les hostilités. La cessation des échanges eut pour effet de garder
des dizaines de milliers de soldats de l’Union dans les camps rebelles, de les nourrir, de les
loger et de s’en occuper, contribuant de la sorte à la ruine économique sudiste.
Le but essentiel de ce chapitre est d’analyser les effets de la décision du général Grant sur la
capacité ou l’incapacité de la Confédération à réapprovisionner ses armées en hommes. Grant
fut bien conscient de la diminution du nombre de soldats que les généraux confédérés pouvaient
engager dès 1864, et la fin des échanges de prisonniers entra dans sa stratégie. Début avril de
cette même année, il fit part au général Butler que : « Persister de part et d’autre à libérer des
prisonniers sur parole (…) augmenterait de 30 voire 50% la capacité de résistance de Lee ».
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D’après le recensement de 1860, la population du Sud s’élevait à 9.000.000 d’âmes dont
3.500.000 esclaves ; celle du Nord à 22.000.000.
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A l’aube du conflit, le nombre d’hommes
aptes au service du côté des Rebelles fut moins d’un tiers de celui du Nord, soit
approximativement 1.000.000 contre 3.500.000 à 4.000.000.
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Certaines estimations accordent
au Nord une capacité de recrutement évaluée à 4.010.000 hommes suite à l’immigration
européenne.
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Quel que soit le chiffre exact, la balance pencha nettement en faveur de l’Union.
A l’été 1861, après la première bataille de Bull Run, les présidents Lincoln et Davis profitèrent
de l’accalmie qui suivit les combats pour s’attirer le soutien des Etats frontaliers (Border States)
et organiser leurs armées. La base de l’armée confédérée, potentiellement forte de plusieurs
centaines de milliers d’hommes, fut une armée confédérée régulière relativement peu connue.
Créée par un acte du Congrès provisoire daté du 6 mars 1861, cette armée régulière comprenait
un corps du génie, un régiment de cavalerie, six régiments d’infanterie, un corps d’artillerie et
différents départements d’état-major. Toutefois, une certaine confusion dans les sphères
gouvernementales rendit difficile la distinction entre l’armée provisoire, les volontaires et
l’armée régulière. Il en résulta que les effectifs de l’armée régulière ne dépassèrent guère les
2.000 hommes et n’atteignirent jamais l’effectif autorisé de 15.003 officiers et soldats. Les
dotations accordées à l’origine pour l’armée régulière furent utilisées pour couvrir les coûts de
l’armée provisoire, et les bureaux de recrutement de l’armée régulière fermèrent leurs portes
durant le premier été.
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En contrepartie, le Congrès confédéré autorisa la création d’une armée provisoire forte de
100.000 hommes et les volontaires affluèrent avec enthousiasme.
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Après la chute de Fort
Sumter, 60.000 hommes s’étaient déjà engagés dans les rangs du Sud.
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Le recrutement eut lieu
dans tout le territoire sudiste et même jusqu’à Baltimore dans le Maryland. Durant la première
année de guerre, les Sudistes engrangèrent plus de victoires que de défaites. Toutefois, pendant
l’hiver 1861-1862, ils eurent à souffrir de la perte des forts Henry et Donelson dans le
Tennessee et de la menace de McClellan aux portes de Richmond. Le nombre de volontaires
11
McPherson, Battle Cry of Freedom, 792; Butler, 584.
12
Butler, Butler's Book, 593.
13
Hattaway and Jones, How the North Won, 17; Vandiver, Blood Brothers, 47.
14
Vandiver, 47; Jones, 10.
15
Eaton, A History of the Southern Confederacy, 193.
16
Weinert, The Confederate Regular Army, 97-107.
17
Evans, Judah P. Benjamin, 117.
18
McPherson, Battle Cry of Freedom, 318.