
D. Misdrahi L’Encéphale, 2006 ;
32 :
1076-9, cahier 3
S 1078
L’intérêt de cette étude est de confirmer dans un con-
texte culturel différent les données précédentes, c’est-à-
dire l’importance de l’
insight
pour l’observance thérapeu-
tique.
Une étude clinique réalisée à Clermont-Ferrand avait
pour objectifs principaux l’étude du lien entre observance
et
insight
et l’étude du lien avec l’alliance thérapeutique.
L’évaluation portait sur les éléments cliniques et socio-
démographiques à l’aide d’une fiche de recueil standardi-
sée, sur un diagnostic d’abus ou de dépendance aux toxi-
ques ou à l’alcool établi à l’aide du MINI, sur le handicap
global évalué par l’EGF. L’observance était évaluée par
l’auto-questionnaire MARS, instrument d’origine austra-
lienne traduit en français (4) ; l’alliance thérapeutique était
mesurée par un auto-questionnaire créé pour cette étude,
la 4PAS, et l’
insight
par l’échelle SUMD version abrégée.
L’échantillon étudié comportait 38 patients schizophrè-
nes hospitalisés, remplissant les critères de la CIM 10,
dont 71 % d’hommes. Les traitements suivis pendant
l’évaluation comportaient en moyenne 8 comprimés ou
gélules par jour, avec au moins un antipsychotique. La pré-
valence des troubles addictifs était de 39,5 % d’abus ou
de dépendance à un toxique et de 21 % d’abus/dépen-
dance à l’alcool.
Les résultats montrent une corrélation statistiquement
significative entre le score à l’auto-questionnaire d’obser-
vance MARS et le score d’
insight
à la SUMD : plus la cons-
cience des troubles est bonne, plus l’observance est éle-
vée. Il existait une corrélation particulièrement marquée
de l’
insight
avec la composante comportementale de
l’observance, et avec celle liée à l’attitude par rapport au
traitement, mais pas avec celle liée aux effets indésira-
bles.
Une corrélation était également retrouvée entre le score
au MARS et celui à l’échelle 4PAS d’évaluation de
l’alliance thérapeutique : meilleure était l’alliance théra-
peutique, et meilleure était l’observance.
Enfin, une corrélation était retrouvée entre le score à
l’échelle SUMD et celui à la 4PAS, traduisant le fait que
plus la conscience des troubles est élevée, plus l’alliance
thérapeutique est satisfaisante.
RELATION ENTRE
INSIGHT
ET OBSERVANCE
La relation entre l’
insight
et l’observance peut être per-
çue comme tautologique : si le besoin perçu de traitement
est un des facteurs d’
insight
, alors son implication dans
la notion d’observance est évidente. Mais l’
insight
n’est
pas une dimension dichotomique, et il existe une diffé-
rence entre l’acceptation du besoin d’un traitement et
l’observance quotidienne d’un patient.
Une étude récente, publiée dans la prestigieuse revue
Archives of General Psychiatry, trouve son originalité dans
la taille de l’échantillon étudié (plus de 200 patients), dans
la mesure de l’impact des mesures coercitives d’hospita-
lisation, et dans la méthode statistique de modélisation, à
savoir une analyse structurale (2).
Les patients inclus présentaient un diagnostic de schi-
zophrénie ou de troubles schizo-affectifs au sens du
DSM IV, ils étaient âgés de 18 à 70 ans, consécutivement
admis dans 28 services de 8 hôpitaux, et ont été suivis
durant un an. Deux cent vingt-huit patients ont été inclus
(134 hommes), avec une moyenne de trois hospitalisa-
tions précédentes (de 0 à 25). Sur le plan thérapeutique,
73 patients étaient traités par antipsychotiques atypiques,
128 par neuroleptiques classiques et 27 par une combi-
naison thérapeutique.
Les mesures effectuées évaluaient les symptômes par
la PANSS, les effets secondaires par l’auto-question-
naire LUNSERS, l’attitude face au traitement par le DAI
et par l’échelle de VanPutten en 4 items pour l’expé-
rience subjective, l’observance par la
Morisky Com-
pliance Scale
en 4 items, et l’
insight
par l’échelle de Bir-
chwood en 8 items.
De façon plus originale, l’émotion et les attitudes du per-
sonnel, perçues par le patient, étaient évaluées par
l’échelle PEESS en 20 items, comprenant l’analyse des
attitudes de soutien et d’aide, d’intrusion ou d’indiscrétion,
et de critique.
L’alliance thérapeutique était évaluée par la
California
Pharmacotherapy Alliance scale
(échelle non validée
construite pour cette étude), et l’attitude coercitive ressen-
tie par la
McArthur Admission Experience Survey
, explo-
rant la coercition perçue, le sentiment de pression néga-
tive, la « voix perçue », et les réactions affective et
émotionnelle liées à l’hospitalisation.
L’analyse structurale montre le poids des différents
facteurs impliqués dans l’observance thérapeutique : les
deux principaux facteurs impliqués étaient d’une part
l’alliance thérapeutique et d’autre part l’
insight
; de façon
indirecte par l’intermédiaire des deux facteurs précé-
dents, on retrouvait également impliquées la connais-
sance sur les traitements et l’expérience vécue du
patient.
Ces résultats confirment l’importance de l’
insight
et des
attitudes envers le traitement, et la moindre importance
des effets secondaires ; ils soulignent également l’impor-
tance de l’alliance thérapeutique.
MOYENS DISPONIBLES POUR FAVORISER
L’ALLIANCE ET L’
INSIGHT
Il faut favoriser l’éducation et l’information du patient,
en termes simples et compréhensibles, sur la maladie et
ses risques évolutifs.
L’information doit également porter sur les objectifs thé-
rapeutiques, négociés avec le patient et revus régulière-
ment ; il importe en particulier d’expliquer les bénéfices
attendus des traitements et les risques et attitudes à avoir
face aux effets secondaires.
L’information doit également toucher la famille et
l’entourage, et favoriser leur implication dans le projet thé-
rapeutique, contribuant ainsi à l’éducation du patient et à
l’observance.