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Introduction
Cybersquatting, slamming, typosquatting,
dotsquatting, pornsquatting, front
running, phishing, illegal hosting,
illegal streaming
… Si internet a permis
la croissance économique, de nouvelles
formes d’échanges sociaux, des révolutions
politiques, il a aussi pu faire naître des
formes nouvelles de fraude ou d’atteintes
aux droits. Endogènes au « réseau des
réseaux », elles épousent parfois ses
caractéristiques : elles peuvent être
globales, de grande échelle, distribuées…
La multiplication de certaines infractions
propres à internet a entraîné la création
de mécanismes destinés à les enrayer qui
lui sont également spécifiques. C’est le cas
par exemple du mécanisme de résolution
des litiges inventé pour lutter contre les
enregistrements frauduleux de noms de
domaine, ou du mécanisme de
notice and
take down
pour la suppression de contenu
portant atteinte à un droit.
Le premier de ces mécanismes, l’
Uniform
Dispute Resolution Policy
(UDRP), est né
de la nécessité de pouvoir attaquer des
personnes enregistrant à bas coût des
noms de domaine identiques ou proches
de marques protégées, qui pouvaient
aisément chercher à se soustraire à une
action en justice en masquant ou truquant
leur identité et en se domiciliant dans une
juridiction accueillante. L’UDRP, système
de règlement des litiges en ligne, permet
de leur faire parvenir une plainte par le
truchement du bureau d’enregistrement
qui connaît leur e-mail – seule donnée
par hypothèse valide communiquée par
le fraudeur –, d’inviter le titulaire du
nom de domaine à y répondre, d’obtenir
une décision du centre de règlement des
litiges en ligne et l’exécution de celle-ci à
réception par le bureau d’enregistrement.
Cette procédure, enserrée dans un bref
délai, a été largement adoptée par la
pratique, ayant donné lieu depuis sa
création fin 1999 à plus de 33.000 décisions
(Manara, 2011).
Le second de ces mécanismes, dit de
notice & take down
, est destiné lui aussi
à endiguer la facilité avec laquelle une
personne malveillante peut mettre en
ligne un contenu illicite en organisant son
inaccessibilité (hypothèse d’une mise en
ligne anonyme depuis un pays étranger).
Afin que l’infraction occasionnée par la
mise en ligne de ce contenu ne puisse durer
le temps d’identifier son auteur, d’obtenir
une décision contre lui et l’exécution de
cette décision, il a été légalement prévu
que l’hébergeur du contenu puisse être
tenu de retirer ce contenu. Dans l’Union
Européenne, ce mécanisme de retrait par
l’hébergeur à défaut de l’auteur est prévu
par la directive Commerce électronique
du 8 juin 2000. Il est connu et largement
utilisé : la seule entreprise Google, par
exemple, indique qu’il lui arrive de recevoir
1.000.000 de notifications par mois en
provenance de titulaires de droits d’auteur
(Google, 2012).
Cet exemple de mécanisme d’autorégulation
– l’UDRP –, cet autre exemple de mécanisme
législatif –
le notice & take down
–, ont
tous deux plus de douze ans d’existence
et il est devenu très habituel d’y recourir.1
Depuis leur création, d’autres propositions
ont été faites en vue de lutter contre les
pratiques illicites sur internet. Il s’agit
en particulier des techniques de filtrage
ou de blocage, destinées à obtenir d’un
intermédiaire technique (fournisseur
d’accès à internet ou fournisseur de service
en ligne) de détecter l’existence d’un
contenu spécifique en vue d’en empêcher
la circulation. Des propositions législatives
ont été faites, ou des actions judiciaires
engagées, en vue d’obtenir de l’Etat ou
du juge qu’il mette en place ce type de
solution technique,2 afin de prévenir
1 - Leur caractère sommaire entraîne toutefois des critiques :
- la rapidité de l’UDRP et le manque de garanties pour le défendeur, en particulier au regard des droits de la défense, est très documentée et a entraîné un appel à la réformer à
cet égard (Komaitis, 2009) ;
- le caractère expéditif des notifications est également documenté, et donne lieu actuellement à examen par la Commission (DG MARKT, I
nitiative on procedures for notifying
and acting on illegal online content
, octobre 2011).
2 - Dont la fiabilité n’est pourtant pas certaine.