Rencontres économiques – Le Royaume-Uni ou comment être dans l’Union sans être dans l’Euro - 26 novembre 2013
raisons : les succès économiques enregistrés par les Etats membres de la CEE ne le laissent
pas indifférent, et il craint de se trouver isolé sur la scène internationale. Cependant, la
position intransigeante de la France, par la voix du général de Gaulle, fait échouer cette
première négociation le 28 janvier 1963. De Gaulle craint, en effet, que le Royaume-Uni
remette en cause la Politique agricole commune (PAC), que le statut de monnaie de réserve
de la livre sterling pose de graves difficultés à la CEE, et se méfie de la « relation spéciale »
que ce pays entretient avec les Etats-Unis.
En 1967, poussé par une situation économique très difficile (dévaluation de la livre en
novembre 1967) et constatant le relâchement des liens économiques avec le Commonwealth,
pendant que les relations économiques avec les pays membres de la CEE sont en
augmentation, le Premier Ministre travailliste Harold Wilson dépose une deuxième demande
d’adhésion. Jusque-là, les travaillistes ont refusé toute idée de rapprochement avec la CEE,
craignant qu’il nuise à la consolidation du Welfare State, au développement des relations
économiques avec le Commonwealth, et au renforcement de la relation spéciale avec les
Etats-Unis. Le Royaume-Uni se heurte de nouveau au veto du général de Gaulle, décision qui
sera très mal ressentie par les Cinq autres membres de la CEE , le premier veto français et la
politique de la « chaise vide » pratiquée par la France de juin 1965 à janvier 1966 au sujet de
la PAC ayant créé beaucoup de rancœur.
•1970 – 1979 : une entrée négociée dans l’Europe
Le premier élargissement de la CEE, en 1973, est rendu possible par le départ du général de
Gaulle1. Georges Pompidou, qui lui succède, le 15 juin 1969, fait preuve de pragmatisme et
accepte, lors du sommet de La Haye (1er et 2 décembre 1969), d’ouvrir des négociations pour
l’adhésion de nouveaux membres à la CEE, en contrepartie de l’aboutissement des
négociations sur le financement de la PAC. La France accepte également que soit entamée la
réflexion sur la mise en place d’une union économique et monétaire (UEM), dans la foulée
des idées émises dans le premier et le deuxième plans Barre 2. A cette fin, les ministres des
Finances des Six décident, en février 1970, de créer un comité, présidé par Pierre Werner,
président du gouvernement luxembourgeois3.
Au Royaume-Uni, les conservateurs remportent, contre toute attente, les élections de juin
1970. Le 30 juin, la CEE ouvre les négociations avec le très pro-européen Premier Ministre
britannique Edward Heath4, ainsi qu’avec le Danemark, l’Irlande et la Norvège qui
conditionnent leur propre adhésion à celle du Royaume-Uni.
Vue du Royaume-Uni, l’issue des négociations dépend de la France dont Londres redoute
l’inflexibilité. Le pays est en effet prêt à accepter les traités européens, à condition de
bénéficier d’une période de transition et d’ajustements portant sur :
- la contribution du Royaume-Uni au budget communautaire et au financement de la PAC
- les produits laitiers de Nouvelle-Zélande
- le sucre en provenance du Commonwealth.
Les négociations sont difficiles jusqu’au sommet qui a lieu les 20 et 21 mai 1971 entre
Edward Heath et Georges Pompidou. Parmi les questions les plus importantes discutées lors
de ce sommet, on note les questions institutionnelles et la livre sterling. Le président français
1 Le général de Gaulle démissionne à la suite de l’échec du référendum du 27 avril 1969 portant sur la régionalisation et la
réforme du Sénat.
2 Voir les Plans Barre I & II ; source : Centre de recherche et de documentation sur le processus de la construction
européenne (CVCE)
http://www.cvce.eu/content/publication/2011/12/1/a27c0587-77ad-479e-a644-cb56dbaf9c90/publishable_fr.pdf
3 Voir Rapport au Conseil et à la Commission concernant la réalisation par étapes de l’Union économique et monétaire dans
la Communauté, dit « Rapport Werner » ; source : Commission européenne -
http://ec.europa.eu/economy_finance/emu_history/documentation/chapter5/19701008fr072realunionecomon.pdf
4 C’est lui qui avait conduit les négociations lors de la 1ère demande d’adhésion.