Word, 18ko , 2003, Coalition pour la santé sexuelle et

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HORMONOTHÉRAPIE DE REMPLACEMENT
LES FAITS
Depuis une dizaine d'années, la ménopause fait l'objet d'une médicalisation croissante.
Étape naturelle dans la vie d'une femme, elle est devenue une source de «malaises» ou
une «maladie» nécessitant un «remède». Cette évolution a coïncidé avec la période où, en
Amérique du Nord, des millions de femmes de la génération du baby-boom sont arrivées
à la ménopause.
Pour palier aux «malaises» de la ménopause, on a développé l’hormonothérapie de
remplacement (HTR). L’hormonothérapie est un traitement hormonal qui consiste à
utiliser des hormones de substitution, naturelles ou synthétiques, afin de remplacer celles
que les ovaires cessent de sécréter à la ménopause.
Maintenant, on offre aussi l’HTR comme un moyen de prévenir certaines maladies.
Les risques associés à l’HTR de longue durée
Au fil des ans, de nombreux autres essais à plus petite échelle ont démontré que le
recours prolongé au HTR permettait de préserver la masse osseuse, tout en établissant
cependant un lien avec une longue liste de risques éventuels pour la santé, dont le cancer
du sein, la cholécystopathie (affection de la vésicule biliaire), les accidents vasculaires
cérébraux, la thromboembolie veineuse, les maladies de la bile et d'autres encore.
En 2003, les études Million Women Study et le Women’s Health Initiative (WHI) ont
révélé que l’hormonothérapie de remplacement combinée (avec estrogène et progestatif)
prise pendant plus de 4 ans accroît le risque de cancer du sein chez les femmes de plus
de 50 ans, de même que le risque d’autres maladies telles que maladie du coeur,
accident vasculaire cérébral et embolie pulmonaire. L'étude n'a démontré aucune
augmentation significative du risque de cancer du sein chez les femmes qui avaient suivi
une HTR pendant une période inférieure à quatre ans. Cependant, les chercheurs ont noté
une légère augmentation du nombre de clichés mammaires anormaux chez les femmes
sous HTR depuis plus d’un an. L’étude s’est concentrée sur les femmes
postménopausées, en santé, et ayant encore leur utérus.
Les risques relatifs associés à la HTR de longue durée (plus de cinq ans) atteignent le
chiffre alarmant de 41% en ce qui concerne les accidents vasculaires cérébraux. Le taux
de risque s'élève à 29% pour ce qui est des crises cardiaques, 22% pour les maladies
cardiovasculaires, 26% pour le cancer du sein et, dans le cas des caillots, il est doublé. Il
est aussi prouvé depuis vingt ans que les femmes qui prennent des hormones par voie
orale encourent presque deux fois plus de risques de souffrir d’une affection biliaire que
les autres.
Le 8 janvier 2004, la Société canadienne du cancer rendait publique sa recommandation à
propos de l’hormonothérapie substitutive combinée: «En raison de l’accroissement du
risque de cancer, les femmes devraient éviter de recourir à l’hormonothérapie de
remplacement combinée sauf pour traiter les symptômes graves de la ménopause
qu’aucun autre traitement n’a pu soulager».
Les éléments suivants sont donc à prendre en considération pour chaque patiente:
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les antécédents personnels et familiaux de cancer du sein et des ovaires, de
maladies cardiovasculaires, d’ostéoporose et de démence;
la gravité des symptômes de ménopause;
la durée de l’hormonothérapie substitutive.
L’information véhiculée aux femmes
Les sociétés pharmaceutiques utilisent plusieurs méthodes dans le but de promouvoir
l'hormonothérapie substitutive auprès des femmes d'âge mûr en bonne santé.
Depuis plus d'une décennie, les praticiens et les agences de consultation médicale
conseillent aux femmes en bonne santé de recourir au HTR à la ménopause comme
moyen de prévention des maladies du cœur et de l'ostéoporose. (L’étude WHI a constaté
une diminution des fractures de la hanche suite à un traitement d’oestrogènes associés à
des progestatifs si le traitement est continu pendant plus de sept ans. L’efficacité réelle
des traitements hormonaux contre les risque de fractures serait de 3% à 5%).
Certains dépliants et annonces publicitaires, au contenu des plus douteux, accordent
même à cette thérapie des bienfaits sensationnels, amenant les femmes à croire qu'elle
réduirait les signes de la vieillesse, guérirait la dépression et l'incontinence, et
préviendrait la maladie d'Alzheimer, pour ne nommer que ceux-là. On souhaite la vendre
comme mesure de prévention à long terme (et non simplement comme moyen de
soulager temporairement les effets de la ménopause tels que les bouffées de chaleur).
Dans les médias, certains reportages ont minimisé l'importance des risques relatifs en
citant le nombre exact de femmes exposées à un risque élevé, chiffre qui semble en effet
peu élevé dans chacun des cas. Selon l'étude de la WHI, seulement 8 femmes de plus sur
10 000 souffriront de cancer du sein en raison d'un recours prolongé au HTR; le nombre
est de 7 dans le cas des crises cardiaques, de 8 dans celui des accidents vasculaires
cérébraux et de 18 en ce qui concerne la formation de caillots. Toutefois, lorsqu'on tient
compte des millions de femmes qui suivent actuellement cette thérapie en Amérique du
Nord, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui sont exposées à ces risques.
Depuis cette sortie controversée dans les médias, la réponse médicale à cette étude a été
de réajuster les dosages de l’HTR plutôt que d’éviter son utilisation ou de proposer aux
femmes des solutions de rechange.
NON APPLICATION DU PRINCIPE DE PRÉCAUTION
Malgré les constats troublants découlant de ces essais à court terme portant sur des
femmes souffrant de maladies du cœur, on a continué à prescrire couramment le HTR et à
en recommander l'usage comme méthode de préservation de la santé.
L'étude du WHI est le premier essai à vaste échelle entrepris dans le but d'évaluer les
risques et les avantages à long terme associés à l'hormonothérapie pour les femmes en
bonne santé. Autrement dit, la pratique consistant à prescrire les HTR a précédé la
démonstration qui aurait permis d'établir des lignes directrices en matière d'ordonnance.
ENJEUX ÉCONOMIQUES
La société Wyeth, qui fabrique le Premarin, la formule de HTR la plus vendue aux ÉtatsUnis, affiche des ventes de 2,07 milliards $US en ordonnances pour l'an dernier
seulement, ce qui fait de ce produit le meilleur vendeur de la société. Aux États-Unis, le
Premarin était le 3e médicaments prescrits le plus vendu en 2001.
PISTES DE RÉFLEXION
Comment se fait-il que l'on ait incité des femmes en bonne santé à suivre un HTR
pendant une période aussi longue?
Pourquoi on prescrit aux femmes en bonne santé des médicaments qui n'ont pas été testés
sous toutes leurs facettes par le biais d'essais cliniques exhaustifs.
Les femmes choisiraient-elles le HTR si:
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elles connaissaient les solutions de rechange à l’hormonothérapie?
elles connaissaient les risques qui y sont associés?
elles savaient qu’elles peuvent les prendre pour une courte durée (pour celles qui
ont des symptômes sévères)?
la société considérait la ménopause comme une étape normale de la vie?
QUESTIONNEMENTS
1. Est-ce que l’hormonothérapie de remplacement accroît l’autonomie des femmes
en matière de santé reproductive?
2. Comment répond-on quand on nous dit que l’hormonothérapie de remplacement
est une question de choix?
3. Qu’est-ce qui nous préoccupe le plus par rapport à l’hormonothérapie de
remplacement?
RÉFÉRENCES

LACEY, J.V et al. (2002) «Menopausal hormone replacement therapy and risk of
ovarian cancer». JAMA, Vol 288, no.3.

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O’GRADY, K., BOURRIER-LACROIX, B. (2003). «Reprise de la ménopause:
un nouveau regard sur l’hormonothérapie et la médicalisation du corps féminin.»,
Le Réseau canadien pour la santé des femmes. Vol 5-9. no 4-1, p.3-4.
RÉSEAU QUÉBÉCOIS D’ACTION POUR LA SANTÉ DES FEMMES
(RQASF) (2004). «L’hormonothérapie, est-ce pour moi?». Notre soupe aux
cailloux, Cahier 3.5.4. RQASF.
SOCIÉTÉ CANADIENNE DU CANCER (SCC). (2004). « La Société
canadienne du cancer rend publique sa recommandation à propos de
l’hormonothérapie substitutive combinée». SCC.
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