
2.2. Le policy mix américain actuel est marqué par la combinaison d’une politique budgétaire très
active et d’une politique monétaire de soutien à l’activité
Le début de la présidence de George W. Bush a été marqué par un fort ralentissement de la croisance,
d'abord d'origine interne (du fait notamment d'un excès d'investissement dans les NTIC et de la correction
des cours boursiers) puis mondial, aggravé par les conséquences du 11 septembre. Face à ce
ralentissement, le président a fait voter un premier paquet budgétaire comportant des baisses d’impôts
pour les ménages, puis a proposé à la fin 2002 un deuxième paquet prévoyant notamment la fin de la
double taxation des dividendes. L’année 2002 a également été celle de l'abandon de facto de la politique
du dollar fort, avec une baisse de près de 20 % L’effet conjugué du ralentissement économique et de la
forte impulsion budgétaire explique la dégradation du solde public, d’un excédent de 2,3 % du PIB en
2000 à un déficit de 3,4 % du PIB en 2002 (toutes administrations publiques confondues). Il pourrait
atteindre 4,9 % en 2003 et 5,3 % en 2004.
Depuis l’entrée en récession en mars 2001, pas moins de trois plans de relance ont été votés : l’Economic
Growth and Tax Relief Reconciliation Act en juin 2001 (EGTRRA, 1 350 milliards de dollars de baisses
d’impôts sur 10 ans, visant essentiellement les ménages) ; le Job Creation and Worker Assistance Act en
mars 2002 (tourné vers les entreprises) ; le Jobs and Growth Tax Reconciliation Act fin mai 2003.
Contenant initialement environ 700 milliards de réductions d’impôts sur 10 ans, ce plan après vote par le
Congrès le 24 mai a été réduit de moitié et vise à la fois les ménages (surtout les plus aisés) et les
entreprises. Rompant avec la doctrine Clinton (nécessité d’équilibrer les finances publiques pour soutenir
la croissance à long terme), la doctrine de G. W. Bush est dans la droite ligne de celle des théoriciens de
l’offre (les réductions d’impôts soutiennent la croissance par le biais de la stimulation du travail et de
l’innovation). Durant la même période, la politique monétaire suivit une stratégie convergente de soutien à
l’activité : de 6,5 % début 2001, le taux directeur de la Réserve fédérale fut abaissé jusqu’à 1 % en 2003),
soit un taux d’intérêt réel négatif d’environ – 1 % compte tenu de l’inflation et qui traduit pour le moins
une politique monétaire expansionniste. Cela dit, les effets de la crise de surinvestissement qui a débouché
sur l’éclatement de la bulle Internet sont longs à se résorber et la détente sur l’ensemble des taux du
marché ne se fait concrètement sentir que depuis le début de l’année 2003. Enfin, la dépréciation induite
du dollar vient renforcer l’ajustement du déficit courant et le soutien à l’activité. Le tassement des
rendements effectifs et anticipés des actifs américains consécutif à l’éclatement de la bulle Internet est la
principale cause de la dépréciation du dollar, qui est donc avant tout économique. Les prêteurs ont pris
conscience de l’importance disproportionnée de ces actifs dans leurs portefeuilles. Leur recomposition
s’est traduite par une chute des flux nets entrants d’investissements directs, des achats nets d’actions et par
des entrées nettes de capitaux courts. En tout état de cause le policy mix américain est passé d’un état
plutôt restrictif en 2000 à un état franchement expansionniste en 2003.
Le taux de croissance n’est pas encore tout à fait à la hauteur des efforts consentis. Le mécanisme du
multiplicateur ne s’est que partiellement enclenché. En effet la reprise provient surtout de la
consommation des ménages, mais l’investissement des entreprises n’a recommencé à apporter une
contribution positive à la croissance qu’à partir de la fin 2002, pour prendre réellement son essor en 2003,
s’appuyant sur le retour de la rentabilité : les bénéfices des entreprises de l’indice S&P500 ont augmenté
de 21 % au troisième trimestre 2003 et devraient être équivalents pour le dernier trimestre.
Surtout cette reprise marquée par de forts gains en productivité laisse le taux de chômage américain
relativement élevé (6,4 % en 2003) ce qui pèse sur les revenus et la consommation. Un an après la sortie
de récession (mi-2001 telle qu’enregistrée par le comité NBER), l’économie américaine continuait de
perdre des emplois. Cela dit, la reprise des investissements à la fin 2004 laisse penser que l’investissement
va prendre le relais de la consommation dans le soutien à la demande et incite les prévisionnistes à estimer
que la croissance en 2004 pourrait dépasser 2,7 %, soit le potentiel de long terme de l’économie
américaine. Les prévisions les plus optimistes atteignent même 3,5 %, voire 4 %, d’autant que 50 milliards
de dollars de remises fiscales, soit 0,5 % du PIB sont attendues pour le premier trimestre 2004.