
Journal Identification = PNV Article Identification = 0778 Date: March 7, 2019 Time: 4:0 pm
M. Rochoy, et al.
Discussion
Les données épidémiologiques sur les troubles neuro-
cognitifs en France sont essentiellement basées sur les
cohortes PAQUID et Three-City, concernant environ 3 777
et 9 693 patients. Le taux de prévalence est estimé à
environ 40/1 000 personnes après 60 ans et augmente pro-
gressivement à 180/1 000 après 75 ans. Le taux d’incidence
est estimé entre 13 et 19/1 000 personnes-années.
Nous avons exclu de cette revue les études réalisées
en soins secondaires, chez des patients plus âgés ou ins-
titutionnalisés, pouvant donner des taux de prévalence de
démence plus élevés : par exemple, 34,3 % chez les 3 443
patients de 81 ±8,3 ans de l’hôpital Charles-Foix [41],
67 % chez les 346 résidents d’une maison de retraite dans
le Limousin [42], 34 % parmi 25 534 patients entrant en
Ephad [43] ou 27,6 % parmi les demandeurs d’APA (troubles
de la cohérence et/ou de l’orientation) [44]. De la même
fac¸on, nous avons exclu certaines données intermédiaires
ou redondantes des cohortes PAQUID et 3C [45-50].
En Europe, le taux de prévalence des troubles neuro-
cognitifs majeurs a été estimé à 1,5/1 000 chez les patients
de 60 à 65 ans, 12/1 000 de 65 à 70 ans, 36/1 000 de 79
à 75 ans, 76/1 000 de 75 à 80 ans, 134/1 000 de 80 à 86
ans, 213/1 000 de 85 à 90 ans, 315/1 000 de 90 à 95 ans et
447/1 000 après 95 ans [51]. Les données de l’étude Euro-
dem entre 1980 et 1990 étaient similaires après 65 ans mais
plus élevées, de l’ordre de 10/1 000, entre 60 et 65 ans [52].
Dans le monde, chez les patients de plus de 60 ans,
le taux de prévalence des troubles neurocognitifs majeurs
est estimé à 48,6/1 000 patients et le taux d’incidence à
17,2/1 000 personnes-années [53]. Dans d’autres études,
le taux de prévalence est estimé à environ 6 % pour les
patients de plus de 65 ans, 18 % après 75 ans et jusqu’à
40 % au-delà de 85 ans [54-56]. Ces résultats récents sont
proches des chiffres trouvés dans les études franc¸aises.
En France, en extrapolant les données sur échantillon,
il a été estimé qu’environ 1 à 1,2 million de personnes
souffraient de troubles neurocognitifs au début des années
2010, et que 3 millions de proches étaient impactés par
cette maladie [57, 58]. Plusieurs scénarios prévisionnels ont
été réalisés, pour estimer une prévalence à 1,75 million
en 2030 [59] et 1,81 million en 2050 [60]. Ces scénarios
demeurent théoriques, en supposant un vieillissement nor-
mal de la population, une prise en charge à l’identique des
facteurs de risque principaux et l’absence de thérapeutique
efficace pour ralentir l’apparition des troubles neurocognitifs
majeurs.
Par ailleurs, si la prévalence des troubles neurocogni-
tifs augmente en raison du vieillissement de la population,
une diminution du taux de prévalence a été montrée depuis
3 décennies. Depuis 2005, plusieurs études montrent en
effet une diminution du taux de prévalence de troubles neu-
rocognitifs majeurs après 65 ans sur les 10 à 30 dernières
années aux États-Unis [61-64], en Espagne [65], aux Pays-
Bas [66], au Royaume-Uni [56], en Suède [67], au Danemark
[68] ou en France [38]. Par exemple, au Royaume-Uni, chez
les plus de 65 ans, ce taux est passé de 8,3 % en 1989-
1994 (étude Cognitive function and ageing studing CFAS I)
à 6,5 % en 2008-2011 (CFAS II) [56]. Cette diminution du
taux de prévalence pourrait s’expliquer par la prévention,
la meilleure prise en charge des facteurs de risque ou
l’amélioration de la réserve cognitive, décalant l’âge de sur-
venue des troubles neurocognitifs majeurs [69, 70]. Dans
les cohortes sus-citées, une association a été évoquée avec
l’amélioration du niveau d’éducation et de stimulation intel-
lectuelle [38, 56, 61-63, 66, 68], l’amélioration de la qualité
de vie et du bien-être psychosocial [28, 67, 68], l’amélioration
des règles hygiéno-diététiques (activité physique, alimenta-
tion, diminution du tabagisme) [63, 65, 67], la diminution des
infections [68], le meilleur contrôle des facteurs de risque
cardiovasculaires [28, 56, 63, 65-67] et la diminution des
AVC [61, 66]. Le taux de prévalence des différentes étiolo-
gies de troubles neurocognitifs peut également évoluer au
fil des ans, en raison de changements de définitions ou de
critères [13, 14, 28].
Une revue de littérature sur les données épidémiolo-
giques franc¸aises reste pertinente à côté des données
européennes et mondiales. En effet, de nombreux fac-
teurs de risque de troubles neurocognitifs sont mis en
évidence et il existe des différences entre les pays quant
à l’exposition à ces facteurs (génétiques ou environnemen-
taux) [11]. Il existe également des différences régionales ;
ainsi, en France, les Hauts-de-France représentent la région
la plus concernée par la survenue des troubles neurocogni-
tifs majeurs en France métropolitaine avec un taux estimé
à 25,6/1 000 patients de plus de 40 ans (versus 19/1 000 en
Corse) [57].
La prévalence des troubles neurocognitifs est difficile
à estimer en raison notamment de son sous-diagnostic :
il est estimé que 40 à 50 % des personnes ayant une
maladie d’Alzheimer seraient diagnostiquées en Europe,
notamment au stade prodromal [12]. Dans le monde, ce
taux serait de 55 à 68 %, principalement en Chine et Inde,
chez les hommes et avant 70 ans [71]. Ce sous-diagnostic
pourrait néanmoins diminuer au fil de l’apparition de nou-
velles thérapeutiques [72].
Les données d’épidémiologie des troubles neurocogni-
tifs en France proviennent principalement de trois sources :
deux cohortes prospectives (PAQUID et 3C) et les grandes
bases de données (SNIIRAM, données du RSI, PMSI). Les
102 Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil, vol. 17, n ◦1, mars 2019
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