O
rganiser l’apprentissage
de la lecture
Le programme pour le cycle 2 souligne à maintes
reprises l’importance d’un équilibre entre toutes les
composantes de l’apprentissage de la lecture, de leur
présence continue – et non successive – au long de
l’année du cours préparatoire et de leur densité (pra-
tiques régulières et intenses):
– activités qui permettent d’acquérir les clés techniques
de la lecture et qui conduisent à l’identification des
mots et activités de compréhension des textes;
– activités de réception/compréhension (lecture,
acculturation) et activités de production (encodage
de mots, copie, dictée, transformation de phrases ou
de textes, production de textes).
Dans les quatre domaines (identification des mots,
compréhension des textes, production écrite et accultu-
ration) se mêlent trois dimensions (linguistique, cultu-
relle et métacognitive) dont il faut avoir conscience
pour s’assurer qu’aucune d’elles n’est jamais négligée;
en effet, des difficultés qui apparaissent dans un
domaine précis peuvent avoir leur source dans un autre
« registre » de l’apprentissage. Par exemple, des pro-
blèmes d’identification de mots peuvent provenir d’un
déficit de connaissances, donc d’acquis culturels (le
savoir-faire de déchiffrage étant par ailleurs présent);
l’incapacité à réutiliser dans des situations « vraies »,
et donc souvent complexes, des savoir-faire validés
dans des situations simples peut tenir à ce que les élèves
manquent de lucidité sur les stratégies et savoir-faire à
mobiliser faute de les avoir jamais identifiés.
Le présent chapitre propose d’abord une élucidation
relative à ces trois dimensions avant de développer
des recommandations sur des activités incontour-
nables et des précautions à prendre pour favoriser
les apprentissages des élèves les plus fragiles, quels
que soient la méthode et/ou le manuel utilisé.
Travailler dans trois registres
La pédagogie de la lecture, si elle vise des savoirs et
savoir-faire nouveaux dans le maniement du langage
écrit, s’appuie constamment sur un substrat culturel,
qu’elle sollicite et enrichit; elle doit favoriser la prise
de conscience des manières de faire qui conduit à
davantage d’autonomie.
La dimension linguistique
et langagière des apprentissages
C’est celle qui paraît la plus évidente; les compo-
santes en sont précisées par les programmes et refor-
mulées dans le livret Lire au CP – Repérer les
difficultés pour mieux agir 1(page 15) ; on ne fait
ici que les rappeler de manière synthétique:
Au début du CP
Les compétences déterminantes (qui ne recouvrent
donc pas tous les acquis) sur lesquelles on devrait pou-
voir compter à l’issue d’une scolarisation complète
en école maternelle, et qu’il faut construire si elles font
défaut, peuvent être ainsi résumées:
– le langage dit d’évocation est en place: tout élève
devrait être capable de rapporter un fait, de rappe-
ler un récit, de présenter un projet, en se faisant clai-
rement comprendre (protagonistes explicites avec
désignation cohérente au fil du propos, paramètres
de temps et de lieu, liens logiques…) ;
– la capacité de dicter à l’adulte (court texte) est ins-
tallée; l’enfant peut parler la « langue qu’on écrit » ;
– la compréhension d’histoires adaptées à l’âge et
aux intérêts est attestée (possibilité de reformuler un
récit entendu, d’en formuler le thème principal, de
situer les personnages essentiels et leurs relations) ;
– la manipulation des syllabes orales est possible:
scansion des mots (exemple: mir-li-ton); reconnais-
sance d’une même syllabe dans une position diffé-
rente (exemple : ba dans banane / débarrasser /
là-bas); inventions sur la base de la suppression ou
de l’ajout d’une syllabe;
– la production de rimes est possible; par exemple,
pour compléter une série de mots, une comptine… ;
– l’écriture du prénom est acquise; la copie d’une
courte phrase sans erreurs majeures est possible;
Organiser l’apprentissage de la lecture 7
1. Repéré Lire au CP (1) dans la suite du texte.