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que la question du droit peut être étroitement liée à celle de l’Etat, de l’administration et de la
gouvernance publique.
1.2. L’Etat de droit... entre l’Etat et le droit
Si la relation entre les institutions politiques – notamment celles qui dénotent un régime
démocratique – et la croissance semble avoir été largement étudiée, la question de l’Etat de
droit (« Rule of Law ») commence depuis quelques années à retenir l’attention. La
démocratie, les droits électoraux, la liberté politique, sont au terme des analyses empiriques
disponibles, davantage de produit de la croissance et, pour les PED, de la sortie de la
pauvreté, qu’une condition. L’analyse de Barro (2000) dans le cadre de la fondation Freedom
House montre que à cet égard que la relation entre un indice de droits électoraux – mesurant
le degré de démocratie - et la croissance du PIB n’est pas significative, ni statistiquement ni
factuellement. La forme de la courbe de régression obtenue est en U inversé, même si elle est
assez plate, ce qui laisse à penser que la relation n’est pas linéaire : la croissance augmenterait
au début de la démocratisation, atteindrait un maximum puis déclinerait avec la poursuite de
la démocratisation. Il y aurait donc deux étapes dans un processus-type de démocratisation :
dans un premier temps elle stimulerait la croissance parce qu’elle fait sauter des verrous à
l’initiative privée, à l’investissement, à l’activité économique ; dans un deuxième temps, la
croissance étant amorcée, les gouvernements et les élus mettraient en place des programmes
redistributifs qui contrarient la croissance. Si cette explication doit cependant être nuancée par
la faiblesse de la significativité statistique de la relation, il n’en reste pas moins qu’elle est
cohérente avec les résultats de Glaeser, La Porta, Lopez-de-Silanes, Shleifer (2004) qui
procèdent d’une approche « constitutionnelle » des institutions. Cette dernière met l’accent
sur le degré d’indépendance du pouvoir judiciaire, le niveau de contrôle de constitutionnalité,
la représentation proportionnelle et le pluralisme politique. Glaeser et al. soutiennent que les
causes de la croissance sont d’une part la formation du capital humain et, d’autre part, la
qualité des politiques de développement assumées par l’Etat, dont le modèle-type est un
régime autoritaire modernisateur comme celui de la Corée du Sud des années soixante et
soixante-dix. La démocratisation et de changement institutionnel interviennent donc après la
sortie de la pauvreté et l'accumulation de capital humain et de capital physique.
Un autre procédé, plus centré sur la prévalence de la Rule of Law, c’est-à-dire de l’Etat de
droit, peut être utilisé pour analyser la relation institutions juridiques-croissance. C’est l’objet
d’une analyse appliquée de Robert Barro (2000) sur laquelle nous nous attardons.
L’analyse économétrique suppose de disposer d’indices quantifiés mesurant l’Etat de droit.
En la matière, la plupart des indicateurs disponibles sont produits par des firmes de consulting
internationales qui réalisent du « scoring » des différents pays afin de prodiguer les conseils
aux investisseurs qui envisagent de faire des affaires dans tel ou tel pays et d’estimer, ainsi, le
niveau de risque de l’investissement.
La référence usuelle est l’International Country Risk Guide, produit par le Political Risk
Services, qui fait l’objet d’une publication annuelle et porte sur une centaine de pays depuis le
début des années quatre-vingts. Les données sont fournies par des experts locaux, sur des
dimensions telles que la prévalence du droit et de l’ordre, l’efficacité de l’administration, la
probabilité d’expropriation par le Gouvernement, l’étendue de la corruption des