
- Après une première partie descriptive à la troisième personne, emploi de la deuxième personne car
le poète s’adresse directement à Ophélie: «tu» v.18, «t’« v.20, «ta» v.21, «ton», v.22, etc. Mise
en place d’une intimité du poète avec la figure d’Ophélie pour explorer son intériorité.
- Explicitation des différentes raisons qui ont conduit à la folie puis à la mort d’Ophélie avec
l’anaphore de la structure emphatique «C’est que», aux vv 19, 21, 23, 25 & 27 (avec une
alternance d’un vers sur deux).
•La quête de liberté avec à nouveau personnification: les vents des monts de Norwège (sic)
qui parlent tout bas à Ophélie (cf. v.19) de liberté. A noter, une fois de plus, la licence
poétique de Rimbaud car Hamlet prend place au Danemark et non en Norvège.
•D’étranges idées lui viennent d’un souffle (vv 21-22), préfiguration de la folie.
•Fusion avec la nature, au sein de laquelle elle finira par mourir, vv 23-24.
•La force des éléments a achevé de briser la fragilité d’Ophélie, un pas de plus vers la folie
(vv 25-26), avec à nouveau personnification de la nature agissante: «la voix des mers
brisait ton sein (ici, métaphore du coeur) d’enfant».
•Dernier élément qui achèvera la pauvre Ophélie pour la faire basculer dans la folie, non plus
la nature elle-même, comme précédemment, mais son amour pour Hamlet, désigné par la
périphrase «un beau cavalier pâle» (v.27), qui amène aussi la folie («un pauvre fou»,
v.28), mais une folie par lui feinte pour confondre son oncle Claudius, assassin de son père,
quand bien même cette fausse folie commencera à précipiter Ophélie dans la sienne, réelle.
- Dans le dernier quatrain de cette partie, Rimbaud semble comprendre intimement Ophélie et
évoquer ses propres obsessions personnelles: le Ciel, symbolisant à la fois l’horizon de l’errance et
l’infini, l’amour (thème qui revient dans cinq autres des vingt-deux poèmes du recueil, cf. tableau
pp 80-83 de notre édition) et la liberté, à laquelle il restera férocement attaché tout au long de sa vie,
quitte en s’en brûler les ailes.
- Mais tout aussitôt, il lui montre la vanité de ces aspirations, qui ne sont qu’un rêve (v.29)
irréaliste:
•Son amour pour Hamlet ne pouvait que la consumer («comme une neige au feu» v.30).
•La force de son inspiration intérieure (ses «grandes visions» v.31) la condamner à ne pas
trouver la force de leur donner forme (sa parole étranglée, au même vers).
•Au v.32, Ophélie bascule définitivement dans la folie, cet «Infini terrible» qui semble la
foudroyer (cf. «effara ton œil bleu»).
•Là encore, parallèle possible troublant avec la trajectoire future de Rimbaud, lui aussi aux
yeux bleus, qui connaîtra l’année d’après, en 1871, un amour passionnel et destructeur de
deux ans avec Verlaine et finira en 1875 par renoncer à la poésie après sans doute avoir été
confronté à l’impossibilité de donner pleinement forme poétique à sa soif d’absolu (cf.
L’Impossible, poème de sa Saison en Enfer de 1873).
- Le poème semble donc prendre, en cette fin de deuxième partie, une autre dimension, agissant
comme une projection des propres préoccupations de Rimbaud à travers Ophélie, qui devient une
figure en miroir de ses propres fragilités et de son amour de la nature autant que de ses aspirations à
l’infini, un infini dangereux qui peut mener à la folie, comme le dit Rimbaud lui-même dans son
Alchimie du verbe d’Une saison en Enfer: «A moi. L’histoire d’une de mes folies.»
III): Le poète, seul voyant pouvant percevoir l’imperceptible (le III des vv 33 à 36):
Cet ultime quatrain, qui constitue aussi la dernière partie de ce poème, apparaît comme une
synthèse des deux premières parties qui va cependant en dépasser encore les enjeux.
- En effet, Rimbaud revient au tableau initial de la première partie.
•Retour à l’emploi de la troisième personne («il a vu» v.35).