
Tome 31, no3, 2006 DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT DE LA MALADIE THROMBOEMBOLIQUE VEINEUSE EN PÉDIATRIE 137
Chez l’enfant, il n’existe aucune étude prospective
ayant validé la sécurité diagnostique d’exclure une
thrombose veineuse profonde sur la base d’un examen
écho-Doppler négatif. Néanmoins, il y a relativement
peu de raison de penser que l’examen serait moins fiable
au niveau des membres inférieurs, et bien qu’il n’y ait eu
aucune validation formelle de cette attitude, l’échogra-
phie de compression est largement utilisée comme test
diagnostique en présence d’une suspicion de thrombose
veineuse profonde chez l’enfant. Ceci est particulière-
ment utile en pratique clinique quotidienne, car la phlé-
bographie, qui demeure l’examen de référence est de
réalisation difficile chez l’enfant et nécessite souvent
une sédation ou une anesthésie générale. En ce qui con-
cerne le rôle des D-dimères chez l’enfant, certains
auteurs ont suggéré que la persistance de taux élevés
est un marqueur de mauvais pronostic après un pre-
mier évènement thromboembolique (11). Toutefois,
les D-dimères sont un test hautement sensible mais peu
spécifique, dont le taux est élevé lors de pathologies tu-
morales, infectieuses ou inflammatoires. Or, l’associa-
tion extrêmement fréquente de la maladie thrombo-
embolique veineuse de l’enfant avec des pathologies
néoplasiques, auto-immunes, inflammatoires ou infec-
tieuses suggère clairement que la proportion d’enfants
suspects de MTEV avec un dosage de D-dimères néga-
tifs, ayant donc une relevance pour l’exclusion de la
maladie thromboembolique veineuse sera faible (12).
De plus, aucune étude bien conduite n’a validé l’utilisa-
tion de ce test dans l’exclusion de la maladie throm-
boembolique veineuse en pédiatrie et les particularités
du système hémostatique de l’enfant peuvent suggérer
que les seuils validés chez l’adulte ne sont pas idéaux
dans ce contexte particulier.
Contrairement à ce que l’on constate chez l’adulte, les
thromboses veineuses profondes chez l’enfant touchent
avant tout les veines des membres supérieurs, en particu-
lier à l’endroit d’insertion des voies d’accès veineux
(port-a-cath et voies veineuses centrales) (2). Il est bien
connu que l’écho-Doppler des membres supérieurs a
des performances limitées chez l’adulte. En particulier,
il est intéressant de rappeler que Baarslag et al. avaient
rapporté que le critère « incompressibilité de la veine
sous-clavière » avait une sensibilité (82 % ; IC 95 % :
70-93 %) et une spécificité (82 % ; IC 95 % : 72-92 %)
relativement limitées par rapport à la phlébographie
chez des adultes présentant une suspicion clinique de
thrombose veineuse profonde du membre supérieur (13).
Les performances du test étaient encore bien moindres
en présence d’une « anomalie de flux isolée » (sensibili-
té 50 % par rapport à la phlébographie). Chez l’enfant il
n’y a pas d’étude ayant validé la place de l’écho-Doppler
des membres supérieurs chez des patients symptomati-
ques. Les seules données concernant les performances
diagnostiques de l’échographie dans ce contexte pro-
viennent de l’étude PARKAA. Il s’agissait d’une étude
conduite chez 66 patients atteints d’une leucémie lym-
phoblastique aiguë, tous porteurs de port-a-cath et
asymptomatiques. Il est clair que l’absence de symptô-
mes de thrombose veineuse du membre supérieur contri-
bue à diminuer les performances de l’échographie,
comme cela a été montré pour la détection par échogra-
phie des thromboses proximales des membres inférieurs
chez des patients asymptomatiques (14). Toutefois, il est
intéressant de rapporter que la sensibilité de l’échogra-
phie par rapport à la phlébographie dans cette étude était
très décevante (37 %) (15). Par contre, dans cette étude,
la phlébographie n’avait pas permis de diagnostiquer
quatre thromboses jugulaires qui paraissaient indiscuta-
bles en écho-Doppler. Ceci suggère que l’écho-Doppler
demeure probablement l’examen de choix pour les vais-
seaux jugulaires. Néanmoins, les limites potentielles de
l’examen au niveau sous-clavier suggèrent qu’en pré-
sence d’une forte suspicion clinique, la démarche dia-
gnostique soit poursuivie par un autre examen
d’imagerie. Dans ce contexte, l’angio- scanner ou l’an-
gio-IRM ont probablement des bonnes performances
pour les veines sous-clavières et les troncs veineux bra-
chio-céphaliques mais leur réalisation nécessite souvent
une sédation, voire une anesthésie générale.
LE DIAGNOSTIC D’EMBOLIE PULMONAIRE EN PÉDIATRIE
Chez l’adulte, plusieurs stratégies diagnostiques de
l’embolie pulmonaire ont fait preuve de leur efficacité,
avec des taux d’évènements thromboemboliques au sui-
vi de trois mois de l’ordre de 2 %. Ces stratégies dia-
gnostiques se basent sur l’utilisation séquentielle de
tests tels que la probabilité clinique, le dosage des D-di-
mères, l’échographie de compression des membres infé-
rieurs, la scintigraphie de ventilation-perfusion, et plus
récemment, le scanner spiralé (16, 17). Malheureuse-
ment, il n’existe aucune étude prospective pragmatique
concernant le diagnostic de cette pathologie chez l’en-
fant (18). Comme déjà discuté, l’utilité des D-dimères
est probablement limitée dans ce contexte. L’utilité et
l’intérêt de la probabilité clinique empirique n’ont ja-
mais été analysés en pédiatrie et les scores de prédiction
n’ont été développés que pour des populations adultes.
La place de l’échographie de compression des veines
des membres inférieurs, elle non plus, n’a jamais été étu-
diée dans ce contexte. Le diagnostic repose dans une
majorité de centres sur la réalisation d’une scintigraphie
de ventilation-perfusion ou d’une angiographie pulmo-
naire. Toutefois, il est probable que le scanner spiralé,
en particulier doté de la technologie multi-barrettes, de-
vrait être particulièrement utile en pédiatrie. Chez
l’adulte, le scanner multi-barrettes est sensible et spéci-
fique pour le diagnostic d’embolie pulmonaire et a lar-
gement détrôné la scintigraphie (17). La scintigraphie
est un examen fonctionnel dont l’interprétation est com-
plexe et dont les performances peuvent être fortement
diminuées par la présence d’anomalies pleurales ou du
parenchyme pulmonaire (épanchements pleuraux, pneu-
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