Reflux gastro-œsophagien : Manifestations ORL chez l'adulte et l'enfant

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20-822-A-10
Manifestations
oto-rhino-laryngologiques
du
reflux
gastroœsophagien
C.
Blanchet,
M.
Mondain
Le
reflux
gastroœsophagien
(RGO)
peut
entraîner
des
manifestations
oto-rhino-laryngologiques
(ORL).
L’acide,
la
pepsine,
des
mécanismes
réflexes,
des
anomalies
de
la
sensibilité
vont
expliquer
une
symptoma-
tologie
différente
chez
l’adulte
et
chez
l’enfant.
Chez
l’adulte,
le
reflux
pharyngolaryngé
va
causer
surtout
des
manifestations
laryngées
(dysphonie,
hemmage,
paresthésies
pharyngées,
problèmes
de
déglutition,
toux,
problèmes
respiratoires
ou
spasmes
laryngés),
avec
une
atteinte
laryngée
postérieure
glottique
et/ou
sus-glottique,
et/ou
sous-glottique.
Les
explorations,
dominées
par
la
pH-métrie
double
canal,
ne
sont
pas
standardisées
et
pas
toujours
disponibles
(impédancemétrie).
Le
traitement
comporte
des
mesures
hygiénodiététiques
et
un
contrôle
de
l’acidité
par
traitement
médicamenteux
ou,
dans
de
rares
cas,
par
chirurgie.
Chez
l’enfant,
le
reflux
est
considéré
comme
pathologique
lorsqu’il
devient
la
cause
de
symptômes
invalidants
et/ou
de
complications
ORL.
Les
manifestations
cliniques
varient
selon
l’âge
de
l’enfant
:
laryngée
(stridor,
sténose,
spasmes),
rhinopharyngée
(hypertrophie
de
végétations
adénoïdes,
rhinite
néonatale,
infections
récurrentes),
otites
séreuses.
Le
traitement
est
médical
et
parfois
chirurgical.
Que
ce
soit
chez
l’adulte
ou
l’enfant,
le
manque
de
standardisation
des
explorations
paracliniques
ne
permet
pas
d’obtenir
des
travaux
à
la
méthodologie
indiscutable,
et
les
nombreux
développements
en
cours
devraient
enrichir
nos
connaissances
dans
les
prochaines
années.
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2016
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droits
réservés.
Mots-clés
:
Reflux
gastroœsophagien
;
Reflux
pharyngolaryngé
;
Laryngite
chronique
;
Stridor
;
pH-métrie
Plan
Généralités
1
Reflux
chez
l’adulte
2
Physiopathologie
du
RPL
2
Manifestations
fonctionnelles
du
RPL
chez
l’adulte
2
Manifestations
cliniques
du
RPL
chez
l’adulte
2
Explorations
paracliniques
du
RPL
3
Approche
thérapeutique
du
RPL
chez
l’adulte
3
Autres
manifestations
du
RGO
au
niveau
ORL
chez
l’adulte
4
Reflux
chez
l’enfant
4
Généralités
sur
le
RGO
de
l’enfant
4
De
la
difficulté
de
définir
le
reflux
gastroœsophagien
pathologique
chez
l’enfant
5
Manifestations
extradigestives
du
RGO
chez
l’enfant
:
étude
analytique
6
Manifestations
du
RGO
variant
avec
l’âge
de
l’enfant
7
Généralités
Le
reflux
gastroœsophagien
(RGO)
se
définit
par
le
passage
anor-
mal
et
répété
d’une
partie
du
contenu
gastrique
dans
l’œsophage.
Un
RGO
physiologique
existe
chez
tous
les
sujets
adultes
ou
enfants.
Le
RGO
pathologique
est
caractérisé
par
des
symp-
tômes
ou
des
lésions.
Au
niveau
œsophagien,
le
reflux
du
contenu
gastrique
entraîne
presque
toujours
une
anomalie
de
la
motricité
œsophagienne,
et
une
œsophagite
parlante
ou
asymp-
tomatique.
En
franc¸ais,
le
fait
de
désigner
par
RGO
le
processus
pathologique
et
le
processus
physiologique
entraîne
parfois
des
confusions.
La
physiopathologie
du
RGO
est
multifactorielle
:
défaillance
du
sphincter
inférieur
de
l’œsophage
(SIO)
qui
s’oppose
normale-
ment
au
gradient
de
pression
abdominothoracique
favorisant
les
épisodes
de
RGO
à
l’inspiration,
hyperpression
abdominale
(obé-
sité),
efforts
de
toux,
défaut
de
vidange
gastrique,
existence
d’une
hernie
hiatale
généralement
par
glissement.
Au
niveau
des
manifestations
cliniques,
on
distingue
:
les
symptômes
digestifs
du
RGO
:
pyrosis,
régurgitations
acides
jusqu’au
niveau
pharyngé
survenant
sans
effort
de
vomis-
sement,
avec
un
caractère
postural
et/ou
postprandial
très
évocateur
;
les
symptômes
évoquant
un
RGO
compliqué
d’œsophagite
:
douleurs
nocturnes,
hémorragie
digestive
révélée
par
une
ané-
mie
ferriprive,
une
hématémèse,
un
melæna
et
une
dysphagie
avec
altération
de
l’état
général
liés
à
une
sténose
œsopha-
gienne.
Toutefois,
les
lésions
d’œsophagite
sévère
peuvent
être
asymptomatiques,
en
particulier
chez
le
sujet
âgé.
L’endo-
brachy-œsophage
ou
œsophage
de
Barrett
(métaplasie
par
un
épithélium
cylindrique
de
type
intestinal
exposant
au
risque
d’adénocarcinome
œsophagien)
est
généralement
asymptoma-
tique.
EMC
-
Oto-rhino-laryngologie 1
Volume
11
>
n4
>
novembre
2016
http://dx.doi.org/10.1016/S0246-0351(16)76743-2
Téléchargé pour Mounir Hmidi ([email protected]) à Hospital Military Instruction Mohamed V à partir de ClinicalKey.fr par Elsevier sur septembre 09, 2018.
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20-822-A-10 Manifestations
oto-rhino-laryngologiques
du
reflux
gastroœsophagien
Les
symptômes
extradigestifs
du
RGO
sont
pulmonaires,
ORL,
stomatologiques
et/ou
cardiaques.
Des
troubles
du
sommeil
avec
microéveils
nocturnes
fragmentant
le
sommeil
sont
décrits.
Ces
manifestations
extradigestives
peuvent
être
associées
ou
disso-
ciées
des
symptômes
digestifs
du
RGO.
L’atteinte
ORL
du
RGO
est
décrite
dans
cet
article,
avec
la
notion
de
reflux
pharyngolaryngé
(RPL)
dont
la
physiopathologie,
la
pré-
sentation
clinique,
la
stratégie
d’explorations
paracliniques
et
le
traitement
sont
différents
du
RGO
à
expression
digestive,
cela
chez
l’adulte
puis
dans
une
seconde
partie
chez
l’enfant.
Reflux
chez
l’adulte
Physiopathologie
du
RPL
Une
action
de
l’acidité
Le
RGO
et
le
RPL
sont
tous
deux
dus
à
une
agression
de
la
muqueuse
laryngée
et
pharyngée
par
l’acide
et
la
pepsine,
mais
l’épithélium
laryngopharyngé
est
plus
sensible
que
l’épithélium
œsophagien.
L’œsophage
a
des
mécanismes
de
défense
antireflux
(production
de
bicarbonates,
fonction
motrice
de
l’œsophage
qui
augmente
la
clairance
des
acides) [1].
Le
péristaltisme
œsophagien
et
la
sécrétion
salivaire
assurent
une
clairance
rapide
du
reflux
au
niveau
pharyngolaryngé.
Une
perturbation
du
péristaltisme
aug-
mente
la
toxicité
de
l’acide.
L’épithélium
œsophagien
contient
aussi
de
l’anhydrase
carbonique
I
ou
IV
qui
produit
des
bicarbo-
nates
protégeant
la
muqueuse.
L’épithélium
laryngé
exprime
lui
l’anhydrase
carbonique
III
qui
malheureusement
est
diminuée
en
cas
de
reflux
acide [2].
Des
hétérotopies
gastriques
peuvent
être
aussi
présentes
au
niveau
de
l’œsophage
supérieur [3].
La
valeur
exacte
du
pH
toxique
pour
le
bas
œsophage
est
de
4
;
cette
valeur
reste
l’objet
de
spéculations
au
niveau
pharyngé
à
ce
jour
(pH
5
ou
pH
6) [4].
Une
action
de
la
pepsine
La
pepsine
a
une
toxicité
propre
au
niveau
pharyngoœsopha-
gien.
La
pepsine
peut
modifier
l’expression
des
protéines
du
stress,
diminuer
le
taux
d’anhydrase
carbonique
III,
ce
qui
altère
les
défenses
antiacides
et
d’E-cadhérine [5] jouant
un
rôle
dans
la
cohésion
intercellulaire
épithéliale
(rôle
possible
dans
le
déve-
loppement
de
cancers
laryngés) [6].
La
pepsine
appliquée
sur
des
cultures
de
cellules
de
cancer
hypopharyngé
provoque
une
modi-
fication
du
comportement
cellulaire
(capacités
de
migration
ou
d’adhésion) [7],
entraîne
des
dégâts
mitochondriaux,
une
activa-
tion
des
gènes
impliqués
dans
le
stress
cellulaire [8],
et
modifie
l’expression
de
gènes,
ce
qui
pourrait
jouer
un
rôle
dans
le
cadre
de
la
tumogenèse [9].
Par
ailleurs,
l’intensité
de
la
symptomato-
logie
pharyngolaryngée
est
corrélée
au
taux
de
pepsine
dans
les
sécrétions
pharyngées [10].
De
l’inflammation
et
des
altérations
cellulaires
Au
niveau
histologique,
il
est
montré
une
inflammation
du
haut
œsophage
chez
les
patients
présentant
un
RPL [11].
Au
niveau
immunohistologique,
Rees
et
al.
ont
montré
une
surexpression
de
CD1d,
avec
une
colocalisation
de
lymphocytes
T
NK,
sur
des
biopsies
laryngées
de
sujets
présentant
un
RPL [12].
Sur
culture
de
cellules
épithéliales
hypopharyngées [13],
la
pepsine
à
pH
7,4
entraîne
des
lésions
intracellulaires
(appareil
de
Golgi
et
mito-
chondries),
avec
surexpression
de
gènes
impliqués
dans
le
stress
et
la
cytotoxicité.
Des
biopsies
d’hypopharynx
ont
été
réalisées
chez
des
patients
présentant
des
signes
de
RPL
:
la
pepsine
est
présente
et
une
diminution
de
l’expression
de
la
Sep70
(squamous
cell
protein
protéine
de
stress)
est
trouvée
uniquement
en
cas
de
reflux
haut [14].
Cette
modification
cellulaire
en
réponse
à
une
exposition
acide
avait
été
aussi
montrée
chez
le
porc
en
2006 [15].
La
toux
et
le
spasme
laryngé
peuvent
être
liés
à
l’irritation
acide
sur
une
muqueuse
laryngée
inflammatoire.
L’inflammation
va
aussi
favoriser
les
traumatismes
vocaux.
Enfin,
d’autres
cofac-
teurs
vont
agresser
cette
muqueuse
:
tabac,
alcool,
traumatismes,
stress.
On
peut
noter
que
Helicobacter
pylori
est
présent
chez
62
%
des
biopsies
gastriques
des
patients
sans
relation
avec
la
sympto-
matologie
de
RPL.
Un
dysfonctionnement
ciliaire
va
exister,
entraînant
une
stase
de
mucus,
avec
sensation
de
paresthésie
pharyngée
et/ou
de
rhi-
norrhée
postérieure,
avec
hemmage.
Des
différences
avec
le
RGO
Deux
autres
mécanismes
physiopathologiques
propres
au
RPL
ont
été
avancés
:
un
réflexe
vagal
œso-pharyngo-laryngé
secon-
daire
à
la
mise
en
contact
de
l’acide
avec
l’œsophage
responsable
des
manifestations
de
laryngospasme
ou
de
toux
chronique,
et
une
augmentation
des
seuils
de
sensibilité
pharyngolaryngée
qui
peut
être
explorée [16] et
qui
facilite
les
micro-inhalations.
Les
patients
avec
un
reflux
pharyngopharyngé
présentent
un
reflux
prédominant
pendant
la
journée [17] et
en
position
debout,
et
le
surpoids
ou
l’obésité
ne
jouent
pas
de
rôle
la
différence
du
RGO) [18].
La
toxicité
n’est
pas
uniquement
liée
à
l’acidité
avec
donc
une
stratégie
d’explorations
paracliniques
propres
au
RPL
à
définir.
De
même,
on
comprend
que
le
traitement
antiacide
ne
peut
pas
contrôler
tous
les
facteurs
et
que
les
alginates
ou
la
chirurgie
ont
leur
place.
L’absence
de
réponse
thérapeutique
du
RPL
au
traite-
ment
anti-RGO
classique
ne
permet
pas
à
lui
seul
de
remettre
en
cause
un
RPL.
Manifestations
fonctionnelles
du
RPL
chez
l’adulte
Koufman
et
al.
ont
bien
décrit
des
lésions
laryngées
lors
de
RGO,
permettant
d’introduire
le
terme
de
RPL [17,
19].
La
prévalence
exacte
du
RPL
dans
la
genèse
des
troubles
ORL
est
inconnue [20].
Le
RPL
peut
entraîner
des
complications
au
long
cours
et
nuire
à
la
qualité
de
vie
des
patients [21,
22].
Contrairement
aux
patients
ayant
un
RGO,
les
patients
avec
un
RPL
se
plaignent
peu
de
douleurs
rétrosternales
(20
%
si
RPL
versus
83
%
si
RGO)
ou
de
régurgitations [19] et
ont
peu
d’œsophagites.
Mais
un
RPL
peut
être
retrouvé
chez
les
patients
présentant
des
douleurs
rétrosternales [23].
Le
RPL
est
évoqué
devant
des
manifestations
cliniques
sug-
gestives.
Belafsky
et
al. [19,
24] ont
développé
un
questionnaire
pour
apprécier
la
sévérité
d’un
RPL
(échelle
RSI
[reflux
symptom
index],
autoquestionnaire
à
9
items)
;
sur
une
échelle
de
0
à
5,
on
cote
les
symptômes
suivants
:
dysphonie
ou
problèmes
de
voix,
hemmage,
paresthésies
pharyngées
à
type
d’excès
de
mucus,
problèmes
de
déglutition,
toux
postprandiale,
problèmes
respiratoires
ou
spasmes
laryngés,
toux
invalidante,
paresthésies
pharyngées
à
type
de
corps
étranger
pharyngé,
douleurs
rétroster-
nales
ou
dyspepsie
ou
pyrosis.
Chez
les
sujets
contrôles,
le
score
moyen
est
de
11,6,
il
est
de
21,2
chez
les
sujets
suspects
de
RPL,
la
limite
du
pathologique
se
situe
au-dessus
de
13.
Les
paresthésies
pharyngées
avec
hemmage
sont
présentes
chez
87
%
des
patients
(3
%
des
RGO),
les
douleurs
sternales
sont
pré-
sentes
chez
20
%
des
RPL
(83
%
des
RGO) [19].
Une
autre
étude
(ABEA
American
Broncho-Esophagological
Association) [25] rap-
porte
les
chiffres
de
98,3
%
de
hemmage,
96,6
%
de
toux,
95,7
%
de
douleurs
sternales
ou
de
dyspepsie,
94,9
%
de
globus
et
94,9
%
de
modification
de
la
voix
en
cas
de
RPL.
Pour
mémoire,
en
cas
de
RGO,
la
prévalence
de
la
dysphagie
est
de
13,5
%,
celle
du
globus
hystericus
de
7
%,
celle
de
la
dysphonie
de
14,8
%[26].
Les
symptômes
peuvent
exister
sans
anomalie
laryngée
à
l’examen,
et
ces
symptômes
sont
non
spécifiques [27].
Toutes
les
autres
étiologies
doivent
donc
être
recherchées
face
à
ces
symptômes.
Enfin,
une
étude
récente
prospective
sur
dix
ans
de
35
sujets
sains
montre
que
les
signes
cliniques
de
RPL
apparaissent
avec
l’âge [28].
Manifestations
cliniques
du
RPL
chez
l’adulte
À
l’examen,
les
signes
d’inflammation
ou
d’irritation
laryngés
sont
classiques,
mais
certaines
anomalies
sont
plus
spéci-
fiques
si
elles
prédominent
dans
la
partie
postérieure
du
larynx [29] :
érythème
ou
hyperhémie
des
aryténoïdes
(97,5
%),
érythème
des
cordes
vocales
(95,7
%),
œdème
des
cordes
vocales
(95,7
%),
hypertrophie
de
la
commissure
postérieure
(94,9
%) [27].
2EMC
-
Oto-rhino-laryngologie
Téléchargé pour Mounir Hmidi ([email protected]) à Hospital Military Instruction Mohamed V à partir de ClinicalKey.fr par Elsevier sur septembre 09, 2018.
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Manifestations
oto-rhino-laryngologiques
du
reflux
gastroœsophagien 20-822-A-10
Les
paramètres
vocaux
sont
altérés
en
conséquence [30].
Les
lésions
qui
atteignent
la
totalité
des
cordes
vocales
ou
du
larynx
sont
moins
évocatrices.
La
présence
de
mucus
épais,
blanchâtre,
au
niveau
laryngé
est
un
signe
de
RPL [31].
Au
niveau
supraglottique,
l’aspect
de
comblement
du
ventricule
secondaire
à
l’œdème
supraglottique
est
classique.
L’œdème
de
la
région
sous-glottique
peut
modifier
l’aspect
de
la
corde
vocale
observée
en
fibroscopie
avec
un
aspect
de
pseu-
dosulcus
(valeur
prédictive
positive
70
%) [32].
À
la
différence
du
vrai
sulcus
qui
s’arrête
au
processus
vocal,
le
pseudosulcus
s’étend
également
à
la
partie
postérieure
du
larynx.
Cet
aspect
de
pseudo-
sulcus
peut
également
être
lié
à
l’âge.
Ce
signe
isolé
a
donc
peu
de
valeur
en
faveur
d’un
RPL
chez
le
sujet
âgé.
La
population
âgée
pré-
sente
d’autres
spécificités
que
les
pseudosulcus
:
sur
175
patients
âgés
de
65
à
89
ans,
Gregory
et
al.
ont
trouvé
dans
91
%
des
cas
des
signes
de
RPL
en
vidéostroboscopie,
le
plus
souvent
avec
une
alté-
ration
de
la
voix
(voice
handicap
index
évaluation
objective
de
la
voix) [33].
L’atrophie
cordale
est
un
aspect
classique
observé
chez
la
personne
âgée.
Elle
est
souvent
associée
à
un
RPL.
Sur
26
patients
présentant
une
atrophie
cordale,
une
gêne
pharyngée
était
pré-
sente
dans
85
%
des
cas,
une
dysphonie
dans
54
%
des
cas.
La
responsabilité
du
RPL
laryngée
dans
cette
symptomatologie
n’est
pas
au
premier
plan
par
rapport
à
l’insuffisance
glottique,
puisque
les
signes
peuvent
disparaître
après
une
prise
en
charge
phonia-
trique
(rééducation,
ampliation
de
la
corde
vocale) [34].
Il
ne
faut
donc
pas
incriminer
le
RPL
pour
tous
les
problèmes
vocaux
du
sujet
âgé.
Les
granulomes
et
ulcères
de
l’aryténoïde
sont
des
complications
du
RPL.
Au
niveau
sous-glottique,
le
RPL
est
mis
en
cause
comme
facteur
étiologique
ou
associé
dans
certaines
sténoses [35].
La
leucoplasie
est
plus
une
complication
qu’un
aspect
évocateur
de
RPL.
Une
fréquence
plus
élevée
de
reflux
était
notée
chez
les
patients
atteints
de
cancer
laryngé
(88
%).
Des
études
de
cohortes
nationales
(Corée)
suggèrent
une
incidence
accrue
de
cancers
oro-
pharyngés
et
hypopharyngés
(surtout
chez
les
hommes)
chez
les
patients
présentant
une
RGO
(pas
un
RPL) [36].
Le
RPL
a
été
pro-
posé
comme
cofacteur,
surtout
pour
les
non-fumeurs [37].
Il
n’est
pas
toujours
aisé
dans
la
littérature
de
différencier
le
rôle
du
reflux
et
le
rôle
des
autres
facteurs
carcinogènes [38].
Pour
Rezaii
et
al. [39],
H.
pylori,
comme
le
tabac,
est
un
facteur
de
risque
indépendant
de
cancer
hypopharyngé
ou
laryngé.
Une
étude
récente
suggère
un
rôle
du
RPL
dans
la
genèse
de
l’œdème
de
Reincke [40].
Belafsky
et
al.
ont
développé
une
échelle
d’examen
clinique
(RFS
reflux
finding
score)[41].
Les
signes
cliniques
suivants
sont
cotés
de
0
à
4
:
œdème
sous-glottique,
œdème
sus-glottique,
érythème
ou
hyperhémie,
œdème
des
cordes
vocales,
œdème
laryngé
global,
œdème
commissure
postérieure,
granulome
et
œdème
endolaryngé.
Le
score
RFS
(symptomatologie
laryngée)
a
été
corrélé
avec
le
degré
de
lésions
œsophagiennes
(sur
92
sujets
présentant
un
reflux
46
avec
lésions
œsophagiennes,
46
sans
lésions) [42].
Malgré
cela,
cette
cotation
reste
très
subjective,
ce
qui
rend
difficile
les
comparaisons
entre
les
études.
RFS
et
RSI
sont
bien
corrélés [43].
Le
RFS
a
une
sensibilité
de
87,7
%
et
une
sensibilité
de
37,5
%
(par
rapport
à
un
RPL
prouvé) [44].
Explorations
paracliniques
du
RPL
Dans
le
cadre
du
RGO,
les
explorations
sont
assez
bien
codifiées
:
l’endoscopie
œso-gastro-duodénale
permet
d’affirmer
le
diagnos-
tic
de
RGO
lorsqu’elle
découvre
une
œsophagite
ou
une
sténose
peptique.
Une
endoscopie
normale
ne
permet
pas
d’écarter
le
diagnostic
de
RGO
(30
à
50
%
des
cas).
La
pH-métrie
œsopha-
gienne
des
24
heures
est
le
gold
standard
pour
diagnostiquer
un
reflux
acide
pathologique
au
niveau
œsophagien.
Le
transit
baryté
œsogastrique
a
peu
d’intérêt.
La
manométrie
œsopha-
gienne
objective
la
pression
du
SIO
et
les
troubles
du
péristaltisme
œsophagien.
Les
explorations
du
RPL
ne
sont
pas
standardisées
et
certaines
explorations
ne
sont
pas
disponibles
en
routine.
La
pH-métrie
œsophagienne
des
24
heures
ignore
l’acidité
pha-
ryngoœsophagienne.
La
pH-métrie
avec
double
sonde
pharyngée
et
œsophagienne
sur
une
durée
de
24
heures,
après
arrêt
de
tout
traitement
antisécrétoire
(une
semaine
pour
les
inhibiteurs
de
la
pompe
à
protons),
permet
de
mesurer
l’acidité
pharyngée
ou
sous
la
bouche
de
l’œsophage.
Si
de
l’acide
atteint
la
sonde
pharyn-
gée,
il
existe
un
RPL.
Des
artefacts
de
mesure
existent
(sommeil,
repas [45])
et
cette
méthode
ignore
deux
types
de
RPL
:
les
reflux
non
acides
contenant
entre
autres
de
la
pepsine
et
les
reflux
gazeux [46].
De
plus,
les
critères
diagnostiques
du
RPL
en
pH-métrie
ne
sont
pas
standardisés
en
termes
de
valeur
de
pH
à
retenir [47,
48]
(anormale
pour
un
pH
inférieur
à
4
pour
certains [49],
pour
un
pH
inférieur
à
5
pour
d’autres [29] au
niveau
pharyngé)
et
de
durée.
Cela
explique
les
travaux
récents
pour
développer
de
nouvelles
sondes
de
pH-métrie
(hypopharyngée,
oropharyngée [45,
48,
50])
et
établir
des
données
normatives
d’abord
chez
le
sujet
sain
puis
chez
les
patients
présentant
un
RPL.
L’impédancemétrie
œsophagienne
est
le
seul
examen
permet-
tant
de
mettre
en
évidence
un
RGO
peu
ou
non
acide.
Patterson
et
al. [51] ont
montré
chez
37
patients
asthmatiques
ou
avec
une
toux
chronique
que
l’adjonction
de
l’impédancemétrie
à
la
pH-métrie
permet
d’améliorer
grandement
la
mise
en
évi-
dence
d’un
RPL
synchrone
des
manifestations
cliniques.
De
plus,
l’impédancemétrie
permet
d’identifier
les
RPL
gazeux [52].
Plus
récemment,
Gavini
et
al.
ont
montré
qu’un
reflux
pharyngé
pathologique
est
plus
fréquent
dans
une
population
de
patients
avec
une
fibrose
pulmonaire
idiopathique
étudiée
avec
impédan-
cemétrie
;
les
patients
ont
plus
d’épisodes
de
reflux
pharyngé,
avec
un
temps
d’exposition
au
reflux
supérieur.
Pour
certains
de
ces
patients,
le
reflux
était
non
acide [53].
Les
pH-métries
double
canal
et
l’impédancemétrie
ne
sont
mal-
heureusement
pas
réalisées
en
pratique
courante
à
ce
jour,
d’où
la
proposition
de
test
thérapeutique
avec
des
antiacides
(voir
infra).
On
peut
noter,
comme
autres
développements,
la
pH-métrie
œso-
phagienne
sans
fil
par
capsule
permettant
d’enregistrer
pendant
48
heures
l’acidité
œsophagienne
qui
pose
le
problème
de
son
coût
et
éventuellement
de
déplacement
extraœsophagien [54–56],
et
la
mesure
spectrophotométrique
de
reflux
biliaire.
Si
une
endoscopie
sous
anesthésie
est
réalisée,
des
biop-
sies
muqueuses
peuvent
mettre
en
évidence
la
diminution
d’expression
de
l’isoenzyme
anhydrase
carbonique
III
plus
spé-
cifique
du
RPL [2],
complétée
par
une
étude
de
l’expression
de
hsp70
pour
d’autres [57].
Une
étude
de
la
déglutition
avec
évalua-
tion
de
la
sensibilité
supraglottique
par
stimulus
d’air
au
travers
d’un
fibroscope
est
proposée
par
certains [58] pour
mettre
en
évidence
la
diminution
de
sensibilité
laryngée
en
cas
de
RPL.
En
raison
de
la
non-spécificité
des
signes
de
RPL,
la
persistance
des
signes
malgré
un
traitement
doit
conduire
à
la
réalisation
d’une
fibroscopie
œsophagienne
à
la
recherche
d’un
adénocarci-
nome [59].
Au
total,
on
peut
retenir
une
absence
de
standardisation
des
explorations
paracliniques
dans
le
RPL
et
l’impossibilité
d’utiliser
les
explorations
du
RGO
en
raison
des
mécanismes
physiopatho-
logiques
propres
du
RPL.
Approche
thérapeutique
du
RPL
chez
l’adulte
La
prise
en
charge
n’est
pas
standardisée
en
raison
des
pro-
blèmes
de
diagnostic
paraclinique.
Les
inhibiteurs
de
pompe
à
protons
(IPP)
permettent
de
stopper
l’acidité.
Ils
ont
donc
une
effi-
cacité
réelle,
mais
variable
sur
les
signes
fonctionnels
et
physiques
en
raison
de
la
physiopathologie
propre
du
RPL.
Ils
sont
pro-
posés
comme
test
thérapeutique [29] en
première
intention
pour
conforter
le
diagnostic
de
RPL
et
son
implication
dans
les
symp-
tômes.
Toutefois,
malgré
la
littérature
internationale
(cf.
infra),
la
Haute
Autorité
de
santé
(HAS)
estime
que
«
[l]es
IPP
n’ont
pas
d’[autorisation
de
mise
sur
le
marché]
dans
le
soulagement
de
manifestations
extradigestives
isolées
pouvant
être
liées
à
un
RGO,
telles
que
symptômes
ORL,
toux
chronique,
asthme
ou
douleurs
thoraciques
d’origine
non
cardiaque.
Il
n’y
a
pas
d’intérêt
à
les
prescrire
dans
ces
situations,
sauf
en
cas
de
RGO
documenté
(par
pH-métrie
par
exemple),
mais
non
en
traitement
d’épreuve
ou
test
thérapeutique
»
;
la
HAS
ne
parle
pas
de
RPL.
De
nombreuses
études
relatent
l’efficacité
des
IPP
sur
le
RPL
;
on
peut
citer
l’étude
de
Reichel
et
al. [60],
qui
traite
en
double
EMC
-
Oto-rhino-laryngologie 3
Téléchargé pour Mounir Hmidi ([email protected]) à Hospital Military Instruction Mohamed V à partir de ClinicalKey.fr par Elsevier sur septembre 09, 2018.
Pour un usage personnel seulement. Aucune autre utilisation n´est autorisée. Copyright ©2018. Elsevier Inc. Tous droits réservés.
20-822-A-10 Manifestations
oto-rhino-laryngologiques
du
reflux
gastroœsophagien
aveugle
avec
randomisation
62
patients
avec
un
RSI
supérieur
à
13
et
un
RFS
supérieur
à
7,
avec
soit
ésoméprazole
20
mg
deux
fois
par
jour,
soit
placebo,
pendant
trois
mois.
Une
réduction
du
RSI
et
du
RFS
est
notée
dans
les
deux
groupes
(effet
placebo),
mais
avec
une
efficacité
statistiquement
significative
du
groupe
IPP.
Le
RSI
se
«
normalise
»
après
six
mois
de
traitement
par
IPP
pour
Belafsky [61],
ou
pour
Kouffman [17].
La
valeur
du
pH
pharyngé
s’améliore
sous
IPP [62].
La
notion
d’une
prise
d’IPP
deux
fois
par
jour
30
à
60
minutes
avant
les
repas
durant
plus
de
deux
mois
ressort
dans
les
différentes
publications.
La
prise
d’IPP
améliore
aussi
les
échelles
de
qualité
de
vie [63].
Le
traitement
par
IPP
du
RPL
semble
moins
efficace
chez
le
sujet
âgé
que
chez
le
sujet
jeune [64].
La
ranitidine
a
une
moindre
efficacité
(50
%
de
l’efficacité
des
IPP) [20].
Par
ailleurs,
le
traitement
comporte
des
mesures
hygiénodié-
tétiques,
pour
certains
la
mastication
de
chewing-gum
(Smoak
a
montré
sur
un
faible
effectif
que
cela
augmenterait
le
pH
œso-
phagien [65]).
Le
traitement
par
suspension
d’alginate
doit
être
proposé
car
il
est
efficace [66].
En
cas
de
trouble
vocal,
la
réédu-
cation
orthophonique
améliore
l’efficacité
des
IPP [67].
En
effet,
le
traitement
par
IPP
améliore
la
symptomatologie
du
RPL,
mais
l’amélioration
des
paramètres
de
la
voix
est
plus
nuancée
:
sur
41
patients
avec
un
RPL
(RFS
>
7
;
RSI
>
13)
traités
par
pantopra-
zole
20
mg
matin
et
soir
et
mesures
hygiénodiététiques
(3
mois),
les
RSI
et
le
RFS
sont
statiquement
améliorés,
mais
les
amélio-
rations
des
paramètres
objectifs
de
la
voix
sont
plus
difficiles
à
démontrer [68].
Les
sujets
pour
lesquels
le
traitement
médical
a
échoué,
avec
une
incompétence
du
SIO
et
un
RPL
important,
se
voient
propo-
ser
une
correction
chirurgicale.
En
effet,
l’augmentation
des
doses
d’IPP
amène
peu
de
bénéfices [69].
La
fondoplicature
type
Nissen
peut
améliorer
les
symptômes
dans
25
cas
sur
29 [70],
améliorer
la
dysphonie [71–73].
Hamdy
et
al.
ont
traité
18
patients
avec
une
symptomatologie
sévère
de
RGO
et
RPL,
et
11
patients
avec
des
signes
sévères
isolés
de
RPL.
Dans
ce
dernier
groupe,
les
symp-
tômes
diminuent
dans
81,8
%
des
cas,
et
disparaissent
dans
45,5
%
des
cas [74].
En
pratique,
il
n’existe
pas
de
consensus
de
prise
en
charge,
mais
l’organigramme
proposé
par
Ford
et
al.
fondé
sur
le
RSI/RFS,
avec
pour
tous
les
patients
une
nasofibroscopie
laryngée
ou
rigide
si
besoin [29],
permet
de
guider
la
réflexion
décisionnelle.
Les
patients
avec
un
RSI
supérieur
à
13
et
un
RFS
supérieur
à
7
sont
traités
de
fac¸on
empirique
par
mesures
hygiénodiététiques
et
IPP
pendant
trois
mois.
Si
les
symptômes
s’amendent,
un
sevrage
est
effectué.
Si
les
symptômes
s’améliorent,
le
traitement
est
poursuivi
pendant
six
mois.
Si
le
traitement
est
inefficace,
ou
si
les
symptômes
ne
s’amendent
pas
après
six
mois
d’IPP,
un
bilan
complémentaire
est
fait
pour
décider
d’une
chirurgie
éventuelle.
Un
traitement
par
suspension
d’alginate
devrait
s’associer
aux
IPP.
Dans
le
futur,
la
validation
des
nouvelles
méthodes
paracli-
niques
et
la
mise
au
point
de
traitement
ciblant
l’action
de
la
pepsine
devraient
modifier
cet
arbre
thérapeutique.
Autres
manifestations
du
RGO
au
niveau
ORL
chez
l’adulte
Au
niveau
sinus,
des
études
suggèrent
un
rôle
du
RPL
dans
les
troubles
sinusiens
chroniques
de
l’adulte.
La
pepsine
a
été
mise
en
évidence
dans
du
liquide
de
lavage
chez
des
patients
présen-
tant
un
RGO.
L’application
de
pepsine
in
vitro
sur
des
cellules
HNEpC
montre
une
réduction
de
l’activité
mitochondriale,
avec
augmentation
de
la
sécrétion
d’IL-1
et
d’IL-6 [75].
L’H.
pylori
a
été
retrouvé
au
niveau
de
polypose
nasosinusienne.
La
signification
de
sa
présence
est
imprécise [76].
Ozmen
et
al.
ont
étudié
33
patients
ayant
une
rhinosinusite
chronique
et
20
sujets
contrôles
avec
une
pH-métrie
double
canal
et
un
dosage
de
pep-
sine
dans
le
lavage
nasal
:
il
existe
plus
de
RPL
chez
les
patients
que
chez
les
contrôles
(88
%
versus
55
%),
avec
une
corrélation
avec
le
niveau
de
pepsine
nasal
suggérant
un
rôle
du
RPL
au
niveau
rhinosinusien [77].
Plusieurs
études
épidémiologiques
plaident
aussi
pour
le
rôle
du
RPL
ou
du
RGO
dans
la
pathogénie
d’une
rhinosinusite
chronique
chez
l’adulte.
Sur
une
étude
déclarative
prospective
sur
dix
ans
intéressant
5417
sujets,
19,1
%
ont
développé
une
rhinosinusite
non
infectieuse,
avec
une
relation
dose-réponse
entre
le
nombre
de
reflux
rapportés
et
le
risque
de
rhinosinusite
non
infectieuse
(le
tabac
est
un
autre
facteur) [78].
La
prévalence
d’une
sinusite
chronique
est
de
20,7
%
dans
une
population
de
82
patients
danois
souffrant
de
RGO,
versus
une
prévalence
de
8,5
%
en
population
générale.
Le
retentissement
de
la
sinusite
chronique
(SNOT-22
score)
était
plus
important
dans
la
population
présen-
tant
un
RGO [79].
Dans
une
étude
de
cohorte
nationale
(Taïwan)
étudiant
sur
deux
ans
15
807
adultes
avec
un
nouveau
diagnostic
de
RGO
(versus
47
421
témoins) [80],
le
développement
d’une
sinusite
chronique
a
été
observé
dans
2,57
%
des
patients
RGO
versus
1,18
%
dans
la
population
témoin
;
après
ajustement,
le
risque
relatif
de
sinusite
chronique
était
de
2,36,
avec
un
nombre
plus
élevé
de
polyposes
nasosinusiennes.
Le
manque
de
standardisation
des
tests
paracliniques
ne
permet
pas,
toutefois,
à
ce
jour
de
conclure
formellement.
Le
seuil
olfactif
est
augmenté
chez
les
adultes
ayant
un
RGO,
et
leur
discrimination
olfactive
aussi
(35
hommes
avec
un
RGO
versus
45
témoins
sniffing
sticks
olfactory
test).
Cette
anoma-
lie
est
corrélée
avec
la
plainte
pharyngée
et
sinusienne,
mais
non
influencée
par
la
symptomatologie
laryngée [81].
Altundag
et
al.
rapportent
chez
110
sujets
avec
RPL
(RFS
>
11
;
RSI
>
13)
une
élévation
des
seuils
de
détection
olfactive
(pas
des
capacités
de
dis-
crimination
olfactives),
de
la
perception
gustative
de
l’amer
(pas
du
salé,
sucré,
acide) [82].
Au
niveau
dentaire,
la
prévalence
des
caries,
en
particulier
au
contact
de
la
langue
ou
du
palais,
est
augmentée.
Sur
une
étude
comparant
181
sujets
avec
un
reflux
et
72
sujets
contrôles,
le
pour-
centage
de
caries
est
supérieur
dans
le
groupe
reflux
(47,5
%
versus
12,5
%) [83].
Toutefois,
une
autre
étude
montre
que
la
diminution
du
flux
salivaire
et
les
habitudes
alimentaires
jouent
aussi
un
rôle
en
plus
du
reflux [84].
Le
RPL
peut
avoir
un
retentissement
chez
le
sujet
apnéique.
En
effet,
Rodrigues
et
al.
ont
coté
le
retentissement
subjectif
du
reflux
chez
105
patients
apnéiques
(39
sujets
obèses
66
sujets
non
obèses)
:
le
score
moyen
est
plus
élevé
chez
le
sujet
obèse
en
cas
de
syndrome
d’apnées
obstructives
du
sommeil
(SAOS)
sévère
que
en
cas
de
SAOS
modéré
;
cette
différence
ne
se
trouve
pas
chez
le
sujet
non
obèse.
Le
reflux
est
donc
un
sujet
d’inconfort
sup-
plémentaire
dans
cette
population
et
doit
être
systématiquement
cherché
et
traité [85].
En
dehors
de
la
pathologie
apnéique,
le
RPL
influence
la
qualité
du
sommeil.
Laohasiriwong
et
al.
ont
étudié
chez
93
adultes
présentant
un
RPL
(âgés
en
moyenne
de
50,2
ans)
le
RSI,
les
différents
paramètres
du
sommeil
et
un
index
de
qua-
lité
de
vie
(QOL)
:
le
RPL
influence
l’insomnie,
l’hypersomnie
ainsi
que
la
qualité
de
vie [86].
On
peut
citer
aussi
les
interactions
entre
RPL
et
état
pulmonaire
:
présence
de
RPL
en
impédancemétrie
et
fibrose
pulmonaire
idio-
pathique [53],
corrélation
entre
le
score
de
RPL
et
la
sévérité
de
la
bronchopneumopathie
chronique
obstructive [87],
contamination
trachéale
en
réanimation [88].
Reflux
chez
l’enfant
Généralités
sur
le
RGO
de
l’enfant
Le
RGO
est
fréquent
chez
l’enfant.
Il
peut
être
physiologique
ou
pathologique.
Il
pourrait
entraîner
plusieurs
types
de
symp-
tômes,
mais
la
preuve
du
lien
de
causalité
est
difficile
à
apporter.
Les
mécanismes
physiopathologiques
chez
l’enfant
sont
iden-
tiques
à
ceux
évoqués
chez
l’adulte.
Cependant,
la
défaillance
du
système
anatomique
antireflux
sous
forme
de
hernie
hia-
tale
est
rare
chez
l’enfant.
De
plus,
la
présence
d’une
hernie
n’implique
pas
plus
que
chez
l’adulte
la
présence
d’un
RGO.
La
maturation
du
SIO
est
rapide
chez
le
nouveau-né,
avec
appa-
rition
précoce
d’un
tonus
basal
normal
en
quelques
semaines.
Le
RGO
chez
l’enfant
peut
être
à
une
baisse
constante
de
ce
tonus
basal
ou
à
des
relaxations
transitoires
inappropriées
du
SIO
ainsi
qu’à
un
ralentissement
de
la
vidange
gastrique,
notamment
lors
des
repas
liquides.
Les
manifestations
extradi-
gestives
pourraient
être
expliquées
par
la
remontée
du
reflux
au
4EMC
-
Oto-rhino-laryngologie
Téléchargé pour Mounir Hmidi ([email protected]) à Hospital Military Instruction Mohamed V à partir de ClinicalKey.fr par Elsevier sur septembre 09, 2018.
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Manifestations
oto-rhino-laryngologiques
du
reflux
gastroœsophagien 20-822-A-10
Point
important
Le
RPL
peut
se
traduire
par
une
dysphonie
ou
des
problèmes
de
voix,
un
hemmage,
des
paresthésies
pha-
ryngées
à
type
d’excès
de
mucus,
des
problèmes
de
déglutition,
une
toux
postprandiale,
des
problèmes
res-
piratoires
ou
des
spasmes
laryngés,
une
toux
invalidante,
des
paresthésies
pharyngées
à
type
de
corps
étranger
pha-
ryngé.
L’examen
clinique
retrouve
une
atteinte
laryngée
posté-
rieure
glottique
et/ou
sus-glottique,
et/ou
sous-glottique
(érythème
ou
hyperhémie
des
aryténoïdes,
érythème
des
cordes
vocales,
œdème
des
cordes
vocales,
hypertrophie
de
la
commissure
postérieure).
Les
explorations,
dominées
par
la
pH-métrie
double
canal,
ne
sont
pas
standardisées
et
pas
toujours
disponibles
(impédancemétrie).
Le
traitement
comporte
des
mesures
hygiénodié-
tétiques
et
un
contrôle
de
l’acidité
par
traitement
médicamenteux
ou
dans
de
rares
cas
par
chirurgie.
niveau
pharyngolaryngé,
sinusien
et
otologique.
Certaines
par-
ticularités
anatomiques
faciliteraient
ces
remontées
(petite
taille
du
nourrisson,
trompe
auditive
courte
et
évasée,
etc.).
De
plus,
la
muqueuse
pharyngolaryngée
serait
plus
sensible
aux
agressions
chez
l’enfant.
Le
reflux
pourrait
également
intervenir
en
déclen-
chant
des
mécanismes
réflexes
(réflexe
vagal,
laryngospasme).
Sur
le
plan
clinique,
les
critères
permettant
de
définir
l’existence
d’un
reflux
pathologique
chez
l’enfant,
sa
localisation
(œsophagienne,
pharyngolaryngée,
sinusienne)
sont
encore
plus
flous
que
chez
l’adulte.
De
la
difficulté
de
définir
le
reflux
gastroœsophagien
pathologique
chez
l’enfant
Reflux
physiologique
chez
l’enfant
Le
RGO
correspond
à
la
remontée
d’une
partie
du
contenu
gas-
trique
dans
l’œsophage
(quelle
que
soit
la
nature
de
ce
contenu
et
son
pH) [89,
90],
avec
ou
sans
régurgitations
ou
vomissements.
Le
RGO
est
un
processus
physiologique
normal
qui
peut
survenir
plusieurs
fois
par
jour
chez
les
nourrissons
et
enfants
en
bonne
santé.
La
plupart
des
épisodes
de
reflux
chez
les
enfants
en
bonne
santé
durent
moins
de
trois
minutes,
surviennent
en
période
post-
prandiale
et
ne
causent
pas
ou
peu
de
symptômes.
Les
régurgitations
sont
définies
en
pédiatrie
par
le
passage
de
contenu
gastrique
dans
le
pharynx
ou
la
bouche
avec
pos-
sible
réjection
par
la
bouche.
Les
régurgitations
se
produisent
en
général
sans
effort
et
sont
non
projectiles.
Des
régurgitations
se
produisent
chaque
jour
chez
40
à
70
%
des
nourrissons
de
moins
de
3
mois.
Elles
persistent
jusqu’au
sixième
mois
puis
diminuent
progressivement.
Les
régurgitations
disparaissent
dans
la
majorité
des
cas
vers
l’âge
de
1
an [89,
91–95].
L’influence
du
type
d’alimentation
(au
sein
ou
au
biberon)
n’aurait
pas
d’effet
sur
la
fréquence
des
régurgitations
dans
les
premiers
jours
de
vie [96].
Cependant,
la
durée
des
épisodes
de
reflux
mesurée
par
pH-métrie
semble
plus
courte
chez
les
nouveaux-nés
nourris
au
sein [97].
L’étude
récente
d’Hegar
et
al.
suggère
que
les
nourrissons
âgés
de
2
à
6
mois
nourris
exclusivement
au
sein
régurgite-
raient
moins
que
ceux
nourris
par
allaitement
mixte
(sein
et
biberon) [92].
Reflux
pathologique
chez
l’enfant
Le
RGO
a
été
impliqué
dans
une
multitude
de
symptômes
diges-
tifs
et
extradigestifs
sans
que
la
preuve
du
lien
de
causalité
ait
forcément
été
apportée.
La
littérature
internationale
est
profuse
mais
les
études
de
haut
niveau
de
preuve
sont
en
fait
rares.
De
plus,
les
critères
pour
établir
le
seuil
entre
reflux
physiologique
et
reflux
pathologique
ne
sont
pas
standardisés,
ce
qui
gêne
les
études
comparatives
et
les
méta-analyses.
Face
à
ces
difficultés,
deux
conférences
internationales
de
consensus
se
sont
réunies
en
2009
pour
définir
le
RGO
pathologique
(gastroesophageal
reflux
disease
dans
la
littérature
anglo-saxonne)
chez
l’enfant,
pour
faire
le
point
sur
les
preuves
existant
entre
présence
du
RGO
et
les
différents
signes
cliniques [90],
et
pour
faire
une
synthèse
sur
les
méthodes
diagnostiques
et
de
prise
en
charge [89].
Ces
deux
conférences
de
consensus
ont
repris
les
bases
de
la
conférence
de
consensus
de
2006
sur
le
RGO
chez
l’adulte [98] :
le
reflux
est
considéré
comme
pathologique
lorsqu’il
devient
la
cause
de
symptômes
invalidants
et/ou
de
complications
(avec
un
fort
accord
de
l’ensemble
des
experts).
Cette
définition
se
voulait
suffisamment
large
pour
pou-
voir
intégrer
les
patients
présentant
des
symptômes
typiques
sans
autre
preuve
diagnostique
et
les
patients
présentant
des
symp-
tômes
ou
complications
atypiques
chez
qui
des
examens
avaient
montré
l’existence
du
RGO
(pH-métrie,
impédancemétrie,
etc.)
ou
l’existence
de
lésions
liées
au
reflux
(endoscopie,
histologie).
Symptômes
«
invalidants
»
liés
à
la
présence
de
RGO
Cependant,
cette
définition
soulève
plusieurs
problèmes.
Définir
comment
un
symptôme
devient
invalidant
et
influe
sur
la
qualité
de
vie
En
fonction
de
l’âge
et
du
niveau
de
communication
de
l’enfant,
il
est
peut
être
difficile,
voire
impossible,
de
réaliser
l’interrogatoire
de
l’enfant
lui-même
(recherche
de
douleurs,
de
leur
intensité,
de
leur
localisation,
etc.).
La
conférence
de
consensus
a
statué
sur
une
fiabilité
acceptable
de
l’interrogatoire
de
l’enfant
lorsqu’il
était
âgé
de
plus
de
8
ans.
Avant
cet
âge,
il
devient
nécessaire
d’interroger
les
parents
ou
les
personnes
s’occupant
de
l’enfant.
La
présence
de
manifestations
extradigestives
et
leur
répétition
doivent
être
recherchées
dans
l’histoire
de
l’enfant
(carnet
de
santé).
Définir
si
le
ou
les
symptômes
invalidants
sont
spécifiques
du
RGO
Sensibilité
et
spécificité
des
symptômes
digestifs.
Différents
symptômes
digestifs
peuvent
être
associés
au
RGO
:
régurgitations
avec
ou
sans
vomissements
;
manifestations
douloureuses,
d’expression
très
variable
avec
l’âge
:
agitation,
cris
perprandiaux
et
refus
de
boire,
pleurs
paroxystiques
chez
les
nouveau-nés
et
nourrissons.
Les
dou-
leurs
rétrosternales
ou
épigastriques
avec
brûlure
peuvent
être
exprimées
chez
le
grand
enfant.
Dysphagie
et
odynophagie
sont
rares,
survenant
plutôt
après
une
évolution
longue
;
hématémèses,
d’abondance
variable,
pouvant
survenir
en
cas
d’œsophagite
peptique
;
ralentissement
de
la
prise
de
poids,
voire
perte
de
poids.
Cependant,
aucun
de
ces
symptômes
pris
isolément
n’est
spé-
cifique
de
la
présence
de
RGO
(accord
fort
des
experts,
haut
grade
de
preuve) [90].
Ainsi,
les
régurgitations
peuvent
être
physiologiques
chez
le
nourrisson
(cf.
supra).
La
recherche
de
certaines
caractéristiques
pourrait
augmenter
la
spécificité
des
régurgitations
en
faveur
du
RGO
pathologique.
L’étude
prospective
de
Marin
et
al.
sur
693
enfants
a
suggéré
que
les
nourrissons
qui
régurgitaient
plus
souvent
ou
sur
une
durée
cumulée
de
plus
de
90
jours
dans
les
deux
premières
années
de
vie
avaient
plus
de
risque
de
déve-
lopper
des
symptômes
tels
que
douleur
rétrosternale,
pyrosis
et
vomissements
vers
l’âge
de
9
ans [93].
Heine
et
al.,
dans
une
étude
chez
des
nourrissons
de
moins
de
9
mois
irritables,
ont
montré
que
les
régurgitations
survenant
plus
de
cinq
fois
par
jour
avaient
une
sensibilité
de
54
%
et
une
spécificité
de
71
%
d’un
index
de
pH-métrie
supérieur
à
10
%[99].
L’ensemble
des
symptômes
digestifs
décrits
plus
haut
peuvent
également
être
rencontrés
chez
le
nourrisson
en
cas
d’allergie
alimentaire,
d’anomalies
anatomiques
(obstruction
du
tractus
gastro-intestinal),
d’infections,
d’affections
neurologiques
ou
métaboliques.
Ainsi,
une
allergie
alimentaire
aux
protéines
de
lait
chez
le
nourrisson
n’est
pas
toujours
discernable
d’un
RGO
EMC
-
Oto-rhino-laryngologie 5
Téléchargé pour Mounir Hmidi ([email protected]) à Hospital Military Instruction Mohamed V à partir de ClinicalKey.fr par Elsevier sur septembre 09, 2018.
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