laire et les manifestations digestives sont rares. L’engagement
cérébral constitue une cause importante de mortalité des patients
avec HF.
La prise en charge thérapeutique aura pour objectif de lutter contre
l’apparition et la progression de l’œdème cérébral tout en préser-
vant une perfusion cérébrale satisfaisante. Compte tenu de la rareté
de l’atteinte, peu d’études contrôlées sont disponibles.
Prise en charge thérapeutique de l’EH
–Conditionnement du patient
Le patient sera isolé dans une chambre calme. Toutes les stimula-
tions auditives et visuelles seront idéalement évitées. La tête sera
surélevée de 30° et toutes les causes de gêne au retour veineux seront
prévenues. La sédation doit être évitée aux stades initiaux de l’EH.
Le patient dont le stade d’EH progresse (III ou IV) sera intubé afin
de protéger ses voies aériennes. La mesure invasive de la pression
intracrânienne reste sujette à controverse. Même si cette mesure
fournit des informations intéressantes pour la surveillance neuro-
logique, la procédure de mise en place comporte des risques
hémorragiques qui peuvent éventuellement être prévenus par l’ad-
ministration de facteurs de coagulation (facteur VII recombinant),
mais aucune étude contrôlée ne prouve que cette mesure apporte
un bénéfice en termes de survie. En l’absence de surveillance directe
de la pression intracrânienne, une évaluation neurologique régu-
lière doit permettre d’identifier des signes avant-coureurs d’un
engagement cérébral.
–Le lactulose
Une étude rétrospective multicentrique publiée sous forme d’abs-
tract a comparé l’évolution de 70 patients avec HF traités par lac-
tulose à 43 patients non traités présentant des caractéristiques
comparables. Cette étude ne mettait pas en évidence de différence
entre les deux groupes en termes de sévérité de l’EH, de recours
à la TH et de mortalité. La médiane de survie observée des patients
traités avec lactulose, plus longue (15 jours versus 7 jours), suggé-
rait une possibilité d’attente d’un greffon plus importante (6). Ainsi,
le traitement par lactulose peut éventuellement être utile aux stades
initiaux I et II de l’EH. Son utilisation, qui s’accompagne habi-
tuellement d’une distension gazeuse intestinale, peut néanmoins
gêner la réalisation de la transplantation hépatique.
–L’osmothérapie, l’hyperventilation et la corticothérapie
L’intérêt pour l’osmothérapie dans la prévention de l’œdème céré-
bral repose en partie sur une étude contrôlée publiée en 1982 et
incluant 44 patients (7). Dans ce travail, l’administration de man-
nitol (1 g/kg) contrôlait les épisodes d’HTIC liée à l’œdème céré-
bral et améliorait significativement la survie (47 % versus 6 %,
p=0,008). Son utilisation, habituellement en bolus de 0,5 à 1 g/kg,
présente un risque de rétention hydrosodée en cas d’insuffisance
rénale. L’association à une technique d’épuration rénale est alors
conseillée.
L’hyperventilation provoque une diminution de la PaCO
2
qui
induit une diminution du flux sanguin cérébral par un mécanisme
de vasoconstriction vasculaire. Dans une étude randomisée, l’hyper-
ventilation préventive permettait de retarder l’engagement cérébral
sans éviter l’œdème cérébral ni améliorer la survie (8). Néanmoins,
compte tenu des incertitudes résiduelles concernant des risques
potentiels, cette technique n’est recommandée qu’en seconde ligne
ou en recours après échec de l’osmothérapie. La corticothérapie
n’a pas démontré d’intérêt significatif dans le contrôle de l’œdème
cérébral ou de la survie des patients avec HF.
Au total, devant des signes d’HTIC, une osmothérapie et une hyper-
ventilation assistée peuvent être proposées, car elles permettent
de diminuer temporairement la pression intracrânienne. Il n’existe
pas d’arguments clairs en faveur de leur instauration préventive.
La coagulopathie
Le foie étant le principal organe produisant les facteurs de la coa-
gulation, tous les patients avec une HF présentent d’importantes
anomalies de l’hémostase liées à la diminution de la synthèse des
facteurs I, II,V,VII, IX et X. Dans ce contexte, d’autres anomalies
sont fréquemment associées : consommation de ces facteurs,
activation de la fibrinolyse, thrombopénie sévère et thrombopathie.
La valeur pronostique du facteur V (proaccélérine) au cours de
l’HF vient de sa demi-vie, qui est l’une des plus courtes (de 15 à
36 heures) et donne une relative indication sur la réserve fonc-
tionnelle hépatique. En l’absence d’hémorragie active, il n’appa-
raît pas nécessaire de corriger ces anomalies par transfusion de
concentrés plaquettaires ou de plasma frais congelé (PFC). Par
ailleurs, le PFC modifie artificiellement le bilan d’hémostase, ne
permettant plus d’interpréter les facteurs de coagulation comme
indicateurs pronostiques, et comporte un risque d’inflation volu-
mique par surcharge hydrosodée, facteur d’aggravation et préci-
pitant vers l’HTIC. La correction externe de ces anomalies par
transfusions de concentrés plaquettaires et/ou de PFC congelé n’est
recommandée qu’en situation d’hémorragie active ou préalablement
à une procédure invasive. L’administration de facteur VII recom-
binant humain pourrait également se révéler utile dans la prise en
charge des patients en HF. Dans une étude publiée en 2003, son
utilisation associée au PFC chez 7 patients, comparativement à la
perfusion de PFC seul, réduisait le risque d’anasarque, corrigeait
transitoirement les anomalies de l’hémostase, permettait la réali-
sation de gestes invasifs (mesure invasive de la pression intracrâ-
nienne) et améliorait sensiblement la survie globale post-trans-
plantation (9). Ce travail mérite d’être confirmé à plus grande
échelle.
L’atteinte hémodynamique
La situation hémodynamique du patient avec HF est par certains
aspects comparable à celle du patient cirrhotique en syndrome
hépatorénal ou à celle du patient en choc septique avec effondrement
des résistances vasculaires systémiques et hypercinésie circula-
toire (débit cardiaque élevé, tachycardie). L’étude hémodynamique
hépatique par cathétérisme sus-hépatique (mesure de la pression
sus-hépatique bloquée et libre) met en évidence un gradient porto-
systémique élevé, témoin d’une hypertension portale liée à la
congestion sinusoïdale (10). La plupart des patients à l’admission
nécessitent un remplissage vasculaire en raison d’une hypovolémie
réelle ou relative liée à l’apparition d’un troisième secteur, d’une
vasodilatation généralisée et/ou d’une déshydratation (troubles
digestifs, apports hydriques insuffisants). Le soluté d’expansion
volumique souvent privilégié est l’albumine. L’utilisation de drogues
DOSSIER THÉMATIQUE
La lettre de l’hépato-gastroentérologue - n° 4 - vol. VIII - juillet-août 2005
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