Commentaires des programmes - Ambassade de France au Liban

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INSPECTION GENERALE DE L'EDUCATION NATIONALE
Groupe Histoire Géographie
SERVICE DE COOPERATION ET D’ACTION CULTURELLE
Service de l’Enseignement Français
PROGRAMMES D’HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE
CLASSE DE TERMINALE GÉNÉRALE
Commentaires des programmes
Option internationale du baccalauréat
Sections arabes au Liban
En histoire : le programme sera traité en 57 à 62 heures
Regards historiques sur le monde actuel
Thème 1 – Le rapport des sociétés avec leur passé (10-11 heures)
Les mémoires de la présence ottomane au Liban : il s’agit de comprendre la contribution de
l’héritage historique, politique et culturel de l’empire ottoman, dans la diversité de ses traces et de
ses marques, dans la mémoire libanaise contemporaine. La mise en œuvre peut se faire par le biais
des héritages historiques, de la culture sous toutes ses formes (arts, littérature, gastronomie …) de la
langue, du patrimoine architectural et des tentatives de préservation dont il a fait l’objet, ainsi que
de la volonté française, à partir du mandat de 1920, de minimiser la réalité de l’influence ottomane
sur le Liban.
On distinguera trois temps dans l’étude des mémoires de la présence ottomane au Liban.
C’est, d’abord, le temps long de l’empire, de son administration, de son empreinte sur la société, la
culture, la religion. On insistera sur ce qui demeure d’un temps qui semble s’effacer avec la Grande
Guerre.
C’est, ensuite, la période qui va de la fin de l’empire ottoman à l’indépendance du Liban. Du
Mandat à la Seconde guerre mondiale et à ses convulsions, plusieurs mémoires du temps de
l’empire émergent, complémentaires, concurrentes, ou conflictuelles, en rapport avec l’histoire de
ces années-là.
C’est enfin le Liban de l’Indépendance, des enjeux et des conflits, où une mémoire à tendance plus
patrimoniale semble prendre forme et rang, dans une redécouverte d’un monde et d’un temps qui ne
laisse plus de place aux témoins disparus.
Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale : la mise en œuvre est identique au programme
NOIB.
Les mémoires de la guerre civile libanaise.
Malgré l’existence de mémoires parallèles et de nombreuses manifestations mémorielles à travers
différents domaines (cinéma, littérature, recherche universitaire…), le processus de construction
d’une mémoire collective faisant consensus à l’échelle nationale en est encore à ses balbutiements.
Les souvenirs traumatiques de cette période récente demeurent très vifs. La constitution d’une
mémoire nationale se heurte aux limites du système confessionnel et empêche l’émergence d’une
véritable société civile. La mise en œuvre de la question pourrait se faire en collaboration avec le
programme de langue et littérature arabes. Le thème « pouvoir et liberté » y est, en effet, abordé par
le biais de la littérature de guerre qui est une thématique très importante dans le corpus littéraire
libanais.
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Les enseignants veilleront à utiliser la variété des sources par lesquelles s’expriment les mémoires,
qu’elles soient individuelles ou collectives (cinéma, presse, chansons populaires, pièces de
théâtre…). Dans le cadre de l’épreuve orale, cette question est particulièrement adaptée à la
préparation à toutes formes d’argumentation.
Thème 2 – Idéologies et opinions de la fin du XIXe siècle à nos jours (8-9 heures)
Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France et dans le monde de la fin
du XIXe siècle à nos jours : la mise en œuvre est identique au programme NOIB.
En ce qui concerne la deuxième mise en œuvre (Médias et opinion publique dans les grandes crises
politiques au Liban de la fin du XIXe siècle à nos jours), les professeurs sont libres de choisir les
exemples qui leur apparaissent les plus pertinents pour mener à bien cette étude. Ils ne doivent pas
s’appliquer à une présentation exhaustive mais s’appuyer sur des événements concrets pour faire
ressortir les grandes lignes d’évolution du rapport entre les canaux de diffusion de l’information et
la construction de l’opinion publique. Ils doivent poser la question de la formation de l’opinion
publique et de sa relation à la sphère politique. Il ne faut pas écarter la question de la temporalité
entre le choc de l’événement qui est advenu, sa réception immédiate, la maturation de l’opinion
publique et la construction d’une réaction collective dans l’espace public.
Le traitement de la mise en œuvre s’effectue au moyen d’études de cas dont le choix est laissé aux
enseignants en fonction de la périodisation (on se reportera à l'annexe 1).
Thème 3 – Puissances et tensions dans le monde de 1918 à nos jours (12-13 heures)
La question portant sur « les chemins de la puissance » (États-Unis et Chine) demeure
identique au programme NOIB.
Le traitement de la seconde question, " un foyer de conflits ", est identique au programme
NOIB à l’exception d’une mise en perspective finale qui permet d’approfondir le cas du Liban dans
son environnement géographique et géopolitique.
En introduction, il convient de s’interroger sur la notion de frontière au Proche et au Moyen –
Orient.
La mise en perspective finale doit faire prendre conscience que la diversité des causes de tensions et
de conflit dans la région peut être appréhendée à travers une approche multi scalaire et plurielle du
territoire libanais.
La mise en œuvre privilégie l’étude de cartes à différentes échelles pour montrer la pluralité
culturelle et économique, en lien avec les héritages historiques et l’évolution de la situation
géopolitique du Liban dans son espace régional. L’étude d’une carte illustrant la géopolitique du
Moyen-Orient, tout particulièrement les conséquences du conflit israélo-palestinien au Liban, peut
être l’occasion de revenir sur les événements qui ont abouti aux accords du Caire (1969) qui
reconnaissent la présence militaire palestinienne au Liban.
Le thème se prête également à la préparation des élèves à la démarche du débat argumenté.
Thème 4 - Les échelles de gouvernement dans le monde de la fin de la Seconde Guerre
mondiale à nos jours (11-12 heures)
Le thème est identique au programme NOIB.
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Thème 5 – Gouverner le Liban de l’indépendance à nos jours (16-17h)
La première question se décline en plusieurs mises en œuvre. Il convient tout d'abord de revenir sur
l'affirmation de l'indépendance du Liban passant par sa reconnaissance à l'échelle internationale : le
Liban fait partie des pays fondateurs de la Ligue arabe et compte au nombre des membres
fondateurs de l'ONU. L'acte constitutif de la Ligue arabe est signé le 22 mars 1945. Le texte du
Pacte de la Ligue des États arabes pose les principes suivants : "Renforcer les liens entre les États
arabes sur la base du respect de l'indépendance et de la souveraineté de ces États [.] " et " Tout État
membre s'engage à respecter le régime de gouvernement établi dans les autres pays membres ".
Le Liban y voit reconnue son identité propre (pays arabe, de langue arabe, mais multiculturel et
pluriconfessionnel) son territoire et sa souveraineté. À l'instigation des États-Unis et du RoyaumeUni en effet, le Liban (comme l'Égypte, l'Arabie Saoudite et la Syrie) déclare la guerre à
l'Allemagne et au Japon (fin février 1945). Il figure ainsi parmi les 50 États fondateurs de l'ONU.
Ceci s'avère un atout certain quand le Conseil de sécurité examine la plainte conjointe du Liban et
de la Syrie pour exiger l'évacuation totale des troupes étrangères de leur territoire. Cette première
mise en œuvre se clôt donc sur les réticences françaises à quitter le territoire libanais. La France
reste préoccupée par les ambitions de son allié britannique au Levant. Les derniers militaires
français évacuent le Liban le 31 décembre 1946, occasionnant l'inauguration d'une plaque
commémorative sur les bords du Nahr al-Kalb. Le Liban est désormais pleinement souverain.
La deuxième mise en œuvre peut s'appuyer sur une rapide chronologie afin de faciliter le repérage
entre les présidences successives. Le Pacte national est étudié (on se reportera à l’annexe 2).
Considéré comme le pilier de la vie politique du Liban souverain, c'est un consensus oral entre
élites libanaises établissant un partage des pouvoirs sur une base confessionnelle (à partir du
recensement discutable de 1932). Le Pacte national concerne aussi l'indépendance du pays. Les
chrétiens maronites, en effet, renoncent à placer le Liban sous la protection d'une puissance
occidentale (la France avant tout) tandis que les musulmans sunnites abandonnent tout projet de
grande Syrie et d'unité arabe. La Constitution de 1926 est conservée garantissant les droits de
l'Homme et la démocratie. Elle est révisée pour effacer toute référence au Mandat.
La troisième mise en œuvre doit avant tout s'attacher à analyser la difficulté à maintenir des
institutions démocratiques stables par un État tiraillé entre le maintien d’un équilibre confessionnel
qui ne tient pas compte des évolutions sociales et démographiques, la persistance des allégeances
claniques et familiales, et les répercussions d'une situation régionale et ses nombreuses évolutions
(Guerre froide et conflits israélo-arabes).
La deuxième question (Gouverner le Liban de 1975 aux accords de Taëf) ne consiste pas en l'étude
de plus de 15 ans de guerre proprement dits. Cependant, l'étude d'un axe chronologique peut
permettre l'analyse des causes profondes et la présentation synthétique de la complexité de ce
conflit aux dimensions multiples : civile, régionale et internationale. Il s'agit ensuite de montrer
dans la deuxième mise en œuvre la paralysie de l'État libanais qui entérine l’éclatement
confessionnel et l’exacerbation des tensions communautaires ainsi que l’escalade de la violence (on
se reportera à l’annexe 2).
La troisième mise en œuvre doit insister sur l’importance des accords de Taëf dans le retour de
l’État. Adoptés par 59 députés le 24 octobre 1989, ces accords sont suivis de l'adoption par les
députés d'importants amendements constitutionnels, comme la parité entre chrétiens et musulmans
dans la représentation parlementaire.
La IIe République libanaise est mise en place.
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Une nouvelle intervention syrienne est lancée en 1990, à la demande de la présidence libanaise avec
l'accord tacite des États-Unis sur le point de s’engager dans la première guerre du Golfe. Cette
intervention vise le général Aoun, dont les projets politiques ont été rejetés et qui a lancé l'armée
contre les milices qui lui sont hostiles.
La première mise en œuvre de la troisième question (Gouverner et reconstruire le Liban après 1990)
doit aborder le désarmement des milices, les lois d’amnistie signées en 1991 ainsi que les traités
syro-libanais signés la même année. Ceux-ci reconnaissent l'indépendance du Liban d'une part et
consacrent l'influence (politique, militaire et socio-économique) de la Syrie d'autre part. L'influence
étrangère ne se limite pas à celle de la Syrie. La résolution 1559 de l'ONU et la guerre israélolibanaise de 2006, dite " guerre des trente-trois jours ", en sont autant d'illustrations. Le Liban reste
le jeu des acteurs régionaux. Si Israël se retire du Sud-Liban (23 mai 2000), les cartes sont
redistribuées en faveur du Hezbollah qui se présente comme le garant de l'intégrité du territoire
libanais.
La deuxième mise en œuvre sera abordée par le biais d’une étude de cas consacrée à la " Révolution
du Cèdre " (appelée aussi le " printemps libanais ", ou encore, le " printemps de Beyrouth ") de
2005 et à ses répercussions sur la recomposition du paysage politique national sur la base de deux
coalitions principales : le Mouvement du 14 mars et l'Alliance du 8 mars.
Issue de la société civile, cette révolution illustre une prise de conscience et une mobilisation
citoyenne fortes. Il s'agit de montrer la difficulté de parvenir à un consensus politique à partir
d'intérêts nationaux et régionaux opposés. Depuis la vie politique libanaise connait une succession
de périodes de crise (assassinats d'hommes politiques ou d'intellectuels) et d'apaisement (accord de
Doha du 21mai 2008) où l'État peine à imposer toute son autorité.
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En géographie : le programme sera traité en 57 à 62 heures
Mondialisation et dynamiques géographiques des territoires
En ce qui concerne la deuxième mise en œuvre de la deuxième question du thème 2 : Les espaces
maritimes : approche géostratégique, la situation politique, diplomatique et militaire de la
Méditerranée fait l’objet d’un développement appuyé sur des cartes à plusieurs échelles et aux
différents moments de l’histoire contemporaine, en relation avec le programme d’histoire.
L’exemple du canal de Suez y est étudié.
La question des migrations en Méditerranée peut aussi fournir une étude de cas, dans le cadre
général des relations entre l’espace méditerranéen et l’Union européenne.
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Annexe 1 Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques au Liban de la fin du
XIXe siècle à nos jours
La presse libanaise et l’opinion publique du temps de l’empire ottoman
À cette époque, L’Égypte est sans conteste le berceau de la presse arabe écrite. Ce sont des
Levantins installés pour fuir l’oppression ottomane qui y lancent les premiers journaux et
périodiques. L’une des créations les plus significatives est le quotidien al-Ahrām (Les Pyramides),
fondé par deux frères levantins, Salīm et Bišāra Taqlā en 1876 à Alexandrie avant d’être transféré
au Caire. Ce titre continue d’occuper une place de premier choix dans le paysage de la presse
égyptienne. Au Mont-Liban, Hadīqat al-Akhbār (Le Jardin des Nouvelles) voit le jour en 1858.
C’est le premier journal à paraître dans la région sous l’impulsion de Khalīl al-Khoury. Plus de
1500 titres de périodiques paraissent entre 1858 et 1929. Ce grand nombre de journaux et de revues
relève alors d’une sorte d’artisanat au niveau technique. Il s’agit surtout de tribunes destinées à des
poètes ou à des écrivains, des intellectuels, des politiciens, des religieux.1
L’autonomie dont jouit le Mont Liban sous la protection de la France et de la Grande Bretagne,
prend fin en 1914 avec l’entrée en guerre de l’Empire ottoman aux cotés de l’Allemagne. Le pays
est alors directement soumis à l’autorité ottomane qui entreprend de faire la chasse aux
nationalistes, notamment à ceux qui diffusent leurs idées à l’aide des journaux. Cette nouvelle
presse ne se distingue de celle du siècle précédent que par un engagement politique de plus en plus
revendicatif, ce qui va coûter la vie à des nombreux journalistes exécutés sur la place publique en
1916, accusés de haute trahison. De 1914 à 1920, du fait de la répression, peu de titres paraissent au
Liban : 90% de la presse libanaise est éditée à l’étranger pendant la Première Guerre mondiale. À
cette presse implantée dans l’espace qui va devenir plus tard le Liban, il faut ajouter la
multiplication des publications outre-mer, en lien avec la constitution d’importantes diasporas
libanaises à partir des années 1860-1870.
La prise en compte de cette période doit permettre de mettre en exergue le combat nationaliste porté
par le biais de la presse contre la présence ottomane et les conséquences qui en ont découlé en
termes de persécution à l’intérieur du Mont-Liban. L’opposition s’organise depuis l’extérieur. Il
serait à ce titre très intéressant d’inclure dans cette étude la presse libanaise de la diaspora (Égypte
en premier lieu, mais aussi l’Amérique latine, Amérique du Nord, l’Europe, notamment la France).
À ce moment, ces organes de presse, fondés par des hommes de lettres qui maintiennent encore des
liens très étroits avec leur patrie d’origine, sont très mobilisés dans ce combat.
Médias et opinion publique sous le mandat français : 1920-1943
La presse demeure le média quasi-exclusif pendant cette période. Cependant, c’est à cette époque
que les autorités françaises créent la station de radio « Radio Orient », le 3 septembre 1938. Les
programmes sont essentiellement culturels et politiques. Elle passe sous le contrôle de l’État après
l’indépendance et devient « Radio Liban » en 1946.
Le retour des journalistes après la Première Guerre mondiale relance la presse libanaise. Elle
s’organise pour défendre ses droits avec la fondation du premier syndicat de la presse (1919) et du
syndicat des propriétaires de journaux (1932).
1
Au début du 20ème siècle, des journaux aussi bien politiques que culturels, ont été fondés par des écrivains célèbres :
Al-Barq (L’Éclair,1908), hebdomadaire politique créé par le poète Bišāra al-Khoury, Al-ʿUrfān (La
Connaissance,1909), périodique culturel, fondé à Saida par le Cheikh Ahmad ʿĀref al-Zen et qui continue à paraître,
Al-Šaʿab ( Le Peuple, 1911), hebdomadaire politique de l’écrivain Rašīd Nakhla. C’est de cette période que date
également la création d’al-Hawādith (Les Événements) à Tripoli par Lutfallah Khlāt.
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Cependant, certains éléments de la loi ottomane sur la presse restent en vigueur jusqu’en 1924, date
à laquelle les autorités françaises établissent une nouvelle loi, appliquée aux pays placés sous leur
contrôle. Selon cette loi, le directeur de publication doit avoir un casier judiciaire vierge, savoir lire
et écrire la langue maternelle du journal et déposer une caution de 500 livres syriennes. De même,
le vendeur ambulant chargé de vendre les exemplaires du journal dans la rue doit à son tour obtenir
une autorisation et il lui est interdit de crier les informations importantes en vue d’attirer le public.
Un décret de 1926 impose l’autorisation préalable et rend le directeur et l’imprimeur coresponsables de toute infraction commise. Une bonne partie des titres de presse naît entre les deux
guerres mondiales dans les conditions que nous venons de décrire.2
L’étude de cette période du mandat français, et tout particulièrement de la montée du nationalisme
libanais, est un des points focaux de cette leçon. Elle permet aisément de montrer le rôle que joue la
presse d’opinion qui s’affirme alors dans les processus de structuration et de mobilisation d’une
opinion publique libanaise. Il s’agit de montrer qu’à travers l’affirmation d’une véritable presse
d’opinion, la société civile libanaise devient un acteur de plus en plus important de la vie politique
et sociale du territoire sous mandat. En effet, la presse libanaise se lance activement dans la lutte
politique et nationaliste, en particulier à partir des années 1930. Les négociations menées en 1936
entre la France et ses mandats du Levant confirment un processus d’indépendance séparée de la
Syrie et du Liban.
Ce moment peut être pris comme étude de cas consacrée à cette période. La presse y joue un rôle
important pour la médiatisation des débats d’idées qui mobilisent l’opinion publique autour des
grands enjeux politiques du moment. Les autorités françaises multiplient les pressions contre la
presse nationaliste opposée à leurs desseins tout en dispensant des subventions pour attirer des
partisans à la cause de la puissance tutélaire3 .
Deux tendances se partagent la presse sous le mandat français dès 1920 : l’une, soutenue par des
formations politiques panarabes et par un sentiment diffus dans la population musulmane qui
réclame l’union avec la Syrie et revendique l’appartenance du Liban à son environnement arabe,
l’autre, défendue notamment par certains partis chrétiens maronites, soutient, à des degrés
différents, l’idée d’un Liban indépendant attaché aux valeurs et aux modes de vie occidentaux.
Toutefois à partir de 1941, durant l’épreuve de force qui les a opposés aux Français, les deux partis
ont tendance à se ranger du même côté pour réclamer la fin du mandat français. La presse joue
pleinement son rôle de caisse de résonnance des débats qui agitent les milieux nationalistes et est un
moyen très important par le biais duquel les leaders du moment cherchent à mobiliser l’opinion
publique dans leur lutte.4 Les principaux journalistes engagés dans le combat nationaliste sont alors
Mīšāl Šīhā, Ğibrān Twaynī, Ğūrğ Naqqāš, Mīšāl Zaccūr, Šibl Dammūs, Yūsif al-Khāzin.5
al-Hurriyya (La Liberté, 1918), qui devint par la suite l’organe des nationalistes arabes, al-Dabbūr (Le Frelon, 1923),
hebdomadaire satirique de Yūsif Mkarzel, al-Nahār (le Jour, 1933) fondé par Ğibrān Twaynī, al-ʿAmal (Le Travail, en
1938, hebdomadaire puis quotidien porte-parole des Katā’ib (les Phalanges), composé surtout des chrétiens maronites,
al-Hadaf (Le But, fondé en 1942 par Saʿīd Frayha), organe du parti al-Nağğāda, composé en majorité de musulmans
sunnites, al-Sayyad (Le Chasseur, fondé en 1943), hebdomadaire politique et satirique, devenu, par la suite, une
entreprise de presse puissante possédant plusieurs publications à vocation politique et récréative, dont la plus célèbre
était le quotidien du même nom (1959).
3
Leur journal de prédilection était «L’Orient» (1924), journal de langue française, fondé par un chrétien, Ğūrğ Naqqāš,
hostile à la fois aux thèses nationalistes arabes et à l’influence anglaise.
4
L’ouvrage de Denise Ammoun, Histoire du Liban contemporain, t.1 (1860-1943), Paris, Fayard, 1997, offre une mise
au point détaillée des événements de cette période ainsi que des allusions intéressantes au rôle politique de la presse.
5
Gérard Figuié, Le Point sur le Liban, Paris, éd. Maisonneuve et Larose, 1998, p.470.
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Les médias et la guerre du Liban : 1975-1990
Cette période représente une inflexion importante au niveau des médias libanais. Le déclenchement
de la guerre marque, pour la presse écrite, la fin d’une période de prospérité et d’expansion : de
l’indépendance au déclenchement de la guerre civile, 213 publications paraissent au Liban.6 L’essor
de la presse n’est entravé par les débuts du développement de l’audiovisuel qu'à partir des années
1960.7
Les publications politiques liées aux organisations armées qui s’affrontent dans le pays se
multiplient pendant la guerre. La presse écrite et l’ensemble des médias audiovisuels sont
instrumentalisés. On assiste à un développement « anarchique » de la presse écrite, mais aussi de la
radio et de la télévision, en dehors de tout contrôle de l’État. Les progrès techniques (télex,
ordinateurs, NTIC…) favorisent cette prolifération. On compte plus de vingt radios privées, au plus
fort de la crise, diffusant pour la plupart des programmes politiques.8 Au total, une cinquantaine de
chaînes de télévision émettent sans licence sur tout le territoire libanais, des programmes politiques
et de variété, en langue arabe dans leur majorité.
La mise en œuvre de l’enseignement de cette période ne manque pas de prendre en compte les
médias étrangers ainsi que les agences de presse internationales qui œuvrent sur le terrain pendant
cette période. Ils occupent une place importante dans la médiatisation du conflit (Sabra et Chatila
par exemple). On assiste, par le biais de cette fragmentation médiatique, à une instrumentalisation
au service de « micro-États » dont la mainmise sur les médias permet de contrôler communautés et
territoires.
La journée nationale des martyrs de la presse du 6 mai fait une place très importante aux
journalistes libanais tombés pendant la guerre civile. Une trentaine de journalistes et de
photographes de presse payent de leur vie l’exercice de leur métier sur le terrain libanais, certains
victimes collatérales des combats, d’autres assassinés…
Aborder cette période, à travers une étude de cas, doit permettre d’appréhender les phénomènes
évoqués. On peut partir du traitement médiatique d’un événement précis, par exemple l’opération
« Paix en Galilée », pour bien montrer l’instrumentalisation de l’actualité par la propagande. Il
s’agit aussi de rendre compte des immenses difficultés rencontrées par certains médias et des
risques encourus, en particulier par leurs journalistes, dans leur volonté d’exercer un journalisme
d’information et d’investigation qui cherche à prendre ses distances par rapport aux différentes
factions engagées.
Par exemple, les quotidiens al-Kifāh al-ʿArabī (Le Combat arabe), al-Ğarīda (Le Journal), al-Safīr (L’Ambassadeur)…
En 1971, on assiste à la fusion des journaux L’Orient et Le Jour pour former l’Orient-Le Jour.
7
À partir de 1962, la radio officielle du Liban étend ses émissions quotidiennes en direction de certains pays d’Afrique,
d’Amérique et d’Europe pour la diaspora libanaise. En 1959 naît la première chaîne de télévision au Liban, premier
pays arabe à se doter d’une télévision nationale. Il s’agit d’une création franco-libanaise qui diffuse au départ surtout
des émissions francophones de divertissement. Une télévision privée apparaît en 1962, financée par des capitaux
américains, Téléorient.
8
Entre autres exemples, en 1984, la Lebanese Broadcasting corporation (LBC) voit le jour. Elle est l’organe officiel des
forces libanaises avec la Radio Liban Libre (R.L.L) et l’hebdomadaire al-Masīra (La Marche) et devient plus tard la
LBCI.
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Médias et crise politique au Liban depuis les accords de Taëf (1990 à nos jours)
Le retour de l’État et des médias nationaux : dans quelle mesure ?
La question est complexe, sensible, mais il semble que l’on ne puisse pas l’éluder dans le cadre de
cette dernière séquence chronologique. Il s’agit d’histoire «immédiate » et le recul nous manque
encore davantage que pour la période précédente. L’enseignant veillera à ne pas adopter ou à ne pas
faire adopter des positions trop tranchées. Certes, le retour de l’État, en tant que législateur pour
l’ensemble du territoire national et des communautés qui y vivent est patent. Il s’efforce de
normaliser le paysage médiatique et de forger des vecteurs médiatiques véritablement nationaux.
Cependant, de multiples facteurs et événements brouillent les cartes, révélant des situations fort
diverses, conséquences de la complexité politique, géopolitique et culturelle du pays.
La fin de la guerre civile ouvre une période d’évolutions et de transitions dont certains effets
perdurent. L’État s’efforce de reprendre ses prérogatives et entreprend de normaliser et de
réglementer la situation du paysage médiatique tant au niveau de la presse écrite que de
l’audiovisuel, tandis que les chaînes de télévision et de radio privées se multiplient. Pendant cette
période, on assiste au déclin de plus en plus marqué de la presse écrite au profit des médias
audiovisuels. L’information télévisée fait sentir son poids de plus en plus important au cours des
années 1990.
L’État tente avec difficulté d’imposer une règlementation sur l’information télévisée, radiodiffusée
et écrite. Des journaux sont suspendus ou soumis à de sévères amendes. Un conseil supérieur de
l’audiovisuel (CSA) est créé en 1995. Il est chargé d’étudier les problèmes posés par la prolifération
des chaînes de radio et de télévision et de donner des homologations aux dites chaînes à conditions
qu’elles respectent le cahier des charges défini par la loi sur l’audiovisuel.
La réorganisation de l’audiovisuel montre toutefois la complexité de la situation: LBCI, Future
Television, M.T.V et National Broadcasting ont obtenu l’homologation pour diffuser les bulletins
d’information et des programmes politiques. La chaîne de télévision al-Manār (Le Phare) n’est pas
initialement retenue car elle ne remplit pas les conditions du cahier des charges. Finalement, elle
reçoit l’autorisation d’émettre « du fait que le Hezbollah est le fer de lance de la résistance contre
l’occupation israélienne dans le sud du pays » (Figuier, 2005). Par souci d’équilibre confessionnel,
une télévision chrétienne, Télé-Lumière, bénéficie du même traitement.
Parallèlement, la publicité connaît un essor sans précédent : elle assure le financement de la plupart
des chaînes privées. Le Liban, à partir des années 80, s’ouvre massivement aux flux médiatiques
extérieurs par l’intermédiaire des antennes paraboliques et des satellites. Ce marché échappe
presque totalement au contrôle de l’État.
L’ouverture publicitaire ne garantit pas par ailleurs forcément l’indépendance des médias. Le
marché publicitaire libanais est somme toute restreint, partagé entre une dizaine de chaînes de
télévision locales, sans compter les médias satellitaires, une quinzaine de journaux, ainsi qu’une
cinquantaine de magazines : il ne peut suffire à financer l’ensemble du paysage médiatique libanais,
en particulier lorsqu’on sait que le budget moyen d’une chaîne de télévision s’élève à environ 25
millions de dollars américains par an. Pour émettre, les médias ont nécessairement besoin du
soutien financier d’investisseurs aussi bien locaux qu’extérieurs. Ce peut être un moyen de pression
et d’influence d’acteurs extérieurs au Liban susceptibles de soutenir les intérêts des puissances
régionales.9
Un nouveau paysage médiatique grâce aux NTIC ?
Julien Saada, chercheur sur l’axe Moyen Orient de la chaire Raoul Dandurand en études diplomatiques et stratégiques
de l’UQAM, Le rôle des médias dans les dynamiques communautaires au Liban, http://www.affairesstrategiques.info/spip.php?article1463
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Les années 2000 marquent l’apparition du numérique dans le paysage médiatique libanais. La
campagne électorale de 2008 pourrait faire l’objet d’une étude de cas. Les médias demeurent
soumis à l’article 13 qui énonce certaines restrictions à la liberté d’expression. Elle aurait été très
marquée par la présence des nouveaux médias, notamment le phénomène de l’Internet participatif
via l’utilisation de plateformes comme Facebook, YouTube, Twitter entre autres. De multiples sites
Web voient le jour en 2006, après la guerre du mois de juillet qui a opposé le Hezbollah à l’armée
israélienne.
Ces sites permettent un accès instantané à l’information. Ils sont aujourd’hui régulièrement
consultés par la population libanaise et sont cités à de nombreuses reprises, à travers la presse ou la
télévision. Pour le moment, ce phénomène Internet reste calqué sur le modèle médiatique libanais,
puisque la plupart de ces nouveaux sites, bien que se présentant sous un format « indépendant »,
sont financés et affiliés à un parti politique ou à une communauté. Il en est de même pour l’Internet
participatif, qui sert d’outil marketing pour la plupart des candidats aux élections parlementaires.
Internet demeure coûteux au Liban. Il n’est pas encore sous le contrôle de la loi, sans être pour
autant un espace total de liberté. Des blogueurs ont été inquiétés par la justice.
Cependant, une voix alternative, encore minoritaire se développe à travers les blogs et les nouveaux
réseaux sociaux. L’installation de l’Internet rapide, ainsi que l’utilisation massive des téléphones
portables et autres smartphones intégrant une mini-caméra vidéo, permettent à la population
libanaise de témoigner sur son environnement et de mettre en place un nouveau journalisme dit "
citoyen " qui aurait une vocation plus indépendante. Ce phénomène reste encore marginal, mais
bénéficie d’un développement rapide qui serait susceptible à l’avenir de concurrencer les médias
traditionnels. Selon certains spécialistes (J. Saada), cette évolution du paysage médiatique libanais
pourrait permettre d’atténuer la bipolarisation médiatique à laquelle on assiste depuis 2005, dans le
sillage de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri.
Annexe 2 Gouverner et développer le Liban de l’indépendance à nos jours
Gouverner le Liban de l’indépendance à 1975 : le Pacte national
Les bases du Pacte national se trouvent dans deux textes écrits : le discours d'investiture du
président de la République Béchara al-Khoury et la déclaration ministérielle du président du
Conseil des ministres Riad al-Solh (octobre 1943). À l'issue de cette déclaration, la Chambre
accorde massivement la confiance au gouvernement de Riad al-Solh et lance le Liban sur la voie de
l'indépendance. De nature coutumière, le Pacte national s'est vu adjoindre de nouveaux principes.
À propos du partage des pouvoirs sur une base confessionnelle établi par le Pacte national, il est
utile de rappeler que la Constitution de 1926 ne mentionne aucune religion en tant que religion
d'État, mais que l'article 95 stipule qu' " à titre transitoire et conformément aux dispositions de
l'article premier de la charte du mandat, et dans une intention de justice et de concorde, les
communautés seront équitablement représentées dans les emplois publics et dans la composition du
ministère, sans que cela puisse nuire au bien de l'État".
Gouverner le Liban de 1975 aux accords de Taëf : La paralysie de l'État libanais
Celle-ci entérine l’éclatement confessionnel et l’exacerbation des tensions communautaires ainsi
que l’escalade de la violence. Cette situation de plus en plus incontrôlable légitime l’intervention
des puissances étrangères (Israël avec les invasions de 1978 et de 1982, la Syrie dans le cadre de
l’intervention des forces arabes de dissuasion en 1976).
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L’autorité de l’État ne s'étend plus que sur une partie variable d'un territoire de plus en plus
fragmenté et disputé. Elle est sapée par les rivalités confessionnelles et s’efforce de faire face aux
interventions syriennes et israéliennes, mais aussi à la montée en puissance des milices,
confessionnelles ou politiques, qui font régner la violence en multipliant kidnappings et explosions
de voitures piégées.
Le Liban cristallise alors toutes les rivalités régionales : cause palestinienne, défense de l’État
d’Israël (opération « paix en Galilée de 1982), lutte contre l’État d’Israël (OLP, Hezbollah...),
ambition de puissances régionales cherchant à se servir du Liban comme point d’appui à leurs
objectifs d’influence (Syrie, Iran, Irak, Arabie Saoudite, Égypte, Lybie…). La plupart des milices
politiques et/ou confessionnelles s’alignent ou sont captées par l’une de ces puissances étrangères.
Certains acteurs se retirent du conflit (comme l’OLP en 1982 avec les conséquences dramatiques
des massacres de Sabra et Chatila). Dans ce contexte, les institutions démocratiques sont
paralysées ; l’institution présidentielle donne l’image d’une continuité de l’État, fragilisée par les
assassinats d’hommes politiques de premier plan (Bachir Gemayel, Rachid Karamé…).
Les interventions au titre de l’ONU de soldats « de la paix » doivent être replacées dans ce contexte.
En 1987, l'armée syrienne se redéploye, rétablissant la domination syrienne sur presque tout le
Liban (à l'exception du Sud aux mains de l’A.L.S, milice pro-israélienne, ainsi que des régions sous
contrôle chrétien au nord de Beyrouth). La fin du mandat d’Amine Gemayel et le vide politique
qu'il amène entraînent la coexistence de deux gouvernements (l'un dirigé par Michel Aoun, l’autre
par Selim al-Hoss) qui se disputent le pouvoir. Des rivalités de plus en plus fortes entre les forces
libanaises de Samir Geagea et l’armée libanaise commandée par le général Aoun provoquent un
affrontement armé entre chrétiens. Ce dernier se lance également dans une « guerre de libération »
contre les Syriens.
Un comité tripartite formé du Maroc, de l'Algérie et de l'Arabie Saoudite organise une médiation
entre les différents acteurs libanais et la Syrie. Son plan en sept points est accepté lors d'une réunion
à Taëf, en Arabie Saoudite (octobre 1989). Ces points portent sur la politique libanaise et sur les
relations entre le Liban et la Syrie. Les députés libanais sont invités à Taëf et 63 d'entre eux (sur 73)
répondent à l'invitation. Ils sont 59 à approuver la réforme de la constitution : maintien du partage
des pouvoirs maintenu (président de la République maronite, président du Conseil sunnite et
président de la Chambre chiite), réduction des pouvoirs du Président de la République au profit du
Président du Conseil, 108 députés (54 musulmans, 54 chrétiens). Le rétablissement de la
souveraineté de l'État libanais sur l'ensemble du territoire et la dissolution des milices figurent
parmi les sept points. Le premier Président élu de la IIe République, René Moawad, est assassiné le
22 novembre 1989, moins de trois semaines après son élection. Son successeur, Élias Hraoui forme
un gouvernement d'union nationale présidé par Selim al-Hoss.
Gouverner et reconstruire le Liban depuis 1990
Les accords de Taëf portent aussi sur les relations libano-syriennes. Le point 4 commence ainsi : "
Le Liban, arabe d'appartenance et d'identité, est lié par des relations sincères avec tous les États
arabes, et entretient avec la Syrie des relations particulières qui tirent leur force du voisinage, de
l'histoire et des intérêts fraternels communs. " et affirme pour finir : " [De même que] la Syrie,
soucieuse de la sécurité du Liban, de son indépendance et de son unité ainsi que de l'entente de ses
fils, ne permettra aucune action susceptible de menacer la sécurité du Liban. "
L'accord de fraternité signé entre les deux États le 22 mai 1991 ne fait cependant pas l'unanimité au
Liban.
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Certains considèrent les accords de Taëf comme le moyen de rétablir la paix (sous la protection de
la Syrie). D'autres, comme le général Aoun, dénoncent la mise en place d'un protectorat syrien. Les
groupes chiites (Hezbollah et Amal) enfin, estiment que le renforcement des sunnites (pouvoirs
accrus du Président du Conseil) constitue une menace. L'influence syrienne reste au cœur de la vie
politique libanaise. Ainsi, en 2004, à l'issue de son mandat, le président Émile Lahoud (prosyrien)
voit son mandat prorogé de 3 ans. Les États-Unis s'opposent à ce projet dont ils estiment qu'il assure
le maintien de la présence syrienne. L'ONU, à l'instigation de la France, adopte la résolution 1559
qui " se déclare favorable à ce que les élections présidentielles […] se déroulent […] en dehors de
toute interférence ou influence étrangère ". Ceci n'empêche pas le Parlement d'adopter la loi
organique à une très large majorité (96 voix pour).
Rafic Hariri devient premier ministre en 1992, après des élections largement boycottées par les
chrétiens. Il reste au pouvoir six ans. En 1998, Émile Lahoud est élu Président de la République. En
2000, Rafic Hariri est à nouveau premier ministre alors qu'il est en profond désaccord avec le
Président Lahoud. Il démissionne en octobre 2004 quand ce dernier obtient la prorogation de son
mandat.
Le 14 février 2005, Rafic Hariri est assassiné dans un attentat à la voiture piégée.
La « Révolution du Cèdre » regroupe chrétiens, druzes et sunnites. Les manifestations sont quasi
quotidiennes pour réclamer la fin de la présence militaire syrienne et de son influence sur la vie
politique libanaise. Le 5 mars, le président Bachar al-Assad annonce le retrait des troupes syriennes
du Liban. Deux coalitions émergent de cette révolution. Le Mouvement du 14 mars choisit son nom
en référence à la grande manifestation ayant réuni plus d'un million de Libanais le 14 mars 2005.
Très hostile à la Syrie, ce mouvement veut le retrait du Président Lahoud. Il exige le désarmement
du Hezbollah. Aux élections législatives de 2005, le Mouvement du 14 mars obtient une large
majorité (72 des désormais 128 députés). Il réclame aussi la création d'un tribunal international pour
identifier et juger les assassins de Rafic Hariri. L'Alliance du 8 mars, elle aussi issue de la crise
provoquée par l'assassinat de Rafic Hariri, s'appuie essentiellement sur deux formations chiites : le
Hezbollah (fondé en 1982 mais révélé publiquement en 1985, il prend la forme d'un parti politique
en raison des accords de Taëf qui prévoit la fin des milices, sans pour autant renoncer aux armes) et
le mouvement Amal.
L'Alliance constitue d'abord l'opposition au gouvernement Saad Hariri. Cependant, aux élections de
2009, elle obtient 68 députés. Elle a su, en effet, rallier le Courant patriotique du général Aoun,
deux courants réunissant plusieurs partis chiites et les druzes du Parti démocratique libanais, opposé
aux choix de Walid Joumblatt. En 2005, le Hezbollah intègre le gouvernement. La vie politique
libanaise reste marquée par le confessionnalisme, malgré les préconisations des accords de Taëf.
Parallèlement à cette vie politique, il faut organiser la reconstruction. L'État organise de grandes
opérations de réaménagement de Beyrouth pour remettre les équipements et infrastructures de la
capitale aux normes mais aussi pour attirer les capitaux étrangers. Le Conseil du Développement et
de la Reconstruction est rattaché au Premier Ministre. Il est financé par les bailleurs de fonds
étrangers. En 1994, la SOciété LIbanaise pour le DEveloppement et la REconstruction
(SOLIDERE) est créée par le gouvernement. La reconstruction du centre-ville, des écoles et des
réseaux téléphonique et routier est un succès, alors que certains problèmes restent d'actualité
comme la distribution de l'eau, les hôpitaux, les transports en commun et les égouts. Après la guerre
libano-israélienne de 2006, une nouvelle reconstruction est nécessaire.
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