
tels objectifs. Elle est la boîte de pandore du développement. Dès lors, la priorité des priorités est la
relance d’un vaste processus vertueux de croissance.
Lorsqu’on interroge les économistes sur les voies et moyens pour accélérer les rythmes de
croissance, ils vous rétorquent de façon abrupte, quelles que soient leurs chapelles idéologiques, qu’il
faut mettre les citoyens au travail, massifier les investissements dans les secteurs productifs et élargir
les gains de productivité pour rendre l’économie plus compétitive. Ces trois composantes constituent les
déterminants de l’offre de production. Pour accélérer les rythmes de croissance dans les prochaines
années, un cadre macroéconomique pertinent ou assaini ne suffit pas, il faut impérativement
aiguillonner le potentiel de croissance des différents secteurs par des politiques structurelles publiques
judicieuses, efficaces et inscrites dans une bonne trajectoire.
La première composante concerne le travail : travailler plus, produire plus et gagner plus
et promouvoir l’entreprise.
Le travail est le premier facteur de production, la principale source de progrès économique et
social : il n y a de richesse que d’hommes. Au Sénégal, comme dans la plupart des pays en
développement, la croissance ne bute pas sur une contrainte quantitative du travail, la démographie
fournissant beaucoup de bras valides. Les déficiences notoires des statistiques du travail ne permettent
pas d’évaluer même grossièrement deux indicateurs significatifs que sont les taux d’activité de la
population et la productivité physique des travailleurs. Toutefois, une série d’indices montrent une
attitude holistique trop permissive à l’égard du travail ce qui configure une lourde contrainte et
rapproche d’une société de chômage et de repos. En prenant le taux de chômage dans les zones
urbaines et périurbaines, il frise les 60%, de même dans le secteur agricole, le paysan travaille 600
heures en moyenne annuelle contre plus de 3000 en Asie. Quant à la productivité, c’est-à-dire le
nombre moyen d’heures de travail rapporté à la population en activité, elle est particulièrement faible :
les causes tiennent à la démobilisation du travailleur par la démultiplication des sollicitations
sociales comme les innombrables cérémonies familiales et les autres motifs d’absentéisme (les
défaillances dans les transports, les grèves, le faible niveau de formation, etc.). A l’évidence, ces
obligations individuelles et collectives plombent la mobilisation du facteur travail pour la production des
biens matériels et interdisent tout calcul d’optimisation. Ainsi, elles créent l’improductivité de la société
par suite de l’utilisation stérile du surplus due à la flexibilité sociale et à l’élasticité des filets sociaux. En
effet, ce surplus produit dans un univers marchand est dilapidé dans un univers traditionnel.
C’est dire que mettre le pays au travail peut constituer l’exploitation d’un potentiel appréciable
de croissance économique. Alors, comment le faire? Globalement, ces réserves de croissance ne
peuvent être mobilisées qu’en opérant des ruptures profondes au sein de la société par la création d’un
«Nouveau Type de Sénégalais» et la réforme de tous les systèmes de formation et d’éducation. Cela
n’est réalisable que dans un vaste élan de consensus national qui regrouperait les forces politiques et
sociales les plus significatives et les plus déterminantes.
La seconde composante est formée par les investissements qui doivent être massifs et
orientés prioritairement vers les secteurs productifs.
L’investissement est le rédempteur de l’activité économique et sociale. Une croissance
durablement élevée repose sur un taux d’investissement élevé. Les actions à entreprendre relèvent
des politiques sectorielles nationales qui doivent développer de manière équilibrée tous les secteurs
productifs avec comme priorité l’agriculture qui doit être réformée pour devenir le moteur la croissance.
Les objectifs sont connus : diversifier et accroître l’offre de production pour atteindre l’autosuffisance
alimentaire de même que le domaine d’investissement (le triptyque eau, terre et crédit). Ce qui est
moins bien maîtrisé est la question de la mobilisation et de l’insertion des agricultures dans le processus
de modernisation ainsi que la revalorisation des structures et des organisations paysannes pour rendre
l’espace rural de plus en plus vivable et de plus en plus attractif. Le schéma industriel est à redessiner
autour des filières spécifiées bien connectées, en amont et en aval, à l’agriculture : Les petites et
moyennes entreprises industrielles doivent être au départ de ce renouveau industriel qui devrait
permettre de tirer pleinement parti des avantages du marché régional. Dans le même temps, il faut