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D. BaillyS12
Des hallucinations auditives sont retrouvées dans envi-
ron 80 % des cas, et jusque dans 94 % des cas chez les
enfants âgés de 13 ans et plus. Des hallucinations visuelles,
le plus souvent associées à des hallucinations auditives,
sont aussi notées dans 30 à 50 % des cas. Les hallucinations
cénesthésiques sont beaucoup plus rares [43, 44, 56, 90].
En règle générale, les hallucinations apparaissent plus fré-
quentes chez les enfants âgés d’au moins 8 ans [40].
Les idées délirantes sont moins fréquentes que les hal-
lucinations. Pour certains auteurs, elles seraient même
rares, n’apparaissant le plus souvent qu’après l’âge de
9 ans [113]. Des études signalent cependant leur présence
dans 44 à 63 % des cas [43, 44, 56, 90]. Les idées délirantes
à thèmes somatiques et persécutifs sont les plus fréquentes
(20 % des cas environ pour chacun de ces deux types d’idées
délirantes), tandis que les idées délirantes à thèmes mysti-
ques ou de contrôle de la pensée sont rares (< 5 %) [90].
Enfin, de nombreux auteurs soulignent les changements
observés avec le développement dans les hallucinations et
les idées délirantes, non seulement dans leurs thèmes mais
aussi en termes de complexité d’élaboration [16, 90, 110,
111]. Pour certains, ces changements ne refléteraient pas
uniquement le développement des capacités cognitives et
des compétences langagières, mais pourraient aussi être
liés pour une part à l’histoire naturelle du trouble [90].
Toutes ces données posent à l’évidence la question de
la variation de la symptomatologie observée en fonction
des stades du développement. À ce titre, des auteurs ont
analysé l’évolution des symptômes dans les schizophrénies
à début précoce. Leurs résultats montrent que durant la
première enfance, sont observés un retard et des anoma-
lies de langage, un retard psychomoteur avec hypotonie,
un manque de sensibilité et des réponses bizarres aux sti-
mulations de l’environnement. Durant la seconde enfance,
apparaissent une labilité de l’humeur, des comportements
d’agrippement inappropriés, des réactions inexpliquées de
colère, et une hyperactivité. Plus tardivement, au cours de
la pré-adolescence, surviennent les altérations du cours de
la pensée, le manque et la discordance dans le domaine de
l’affectivité, suivis ensuite, lors de l’adolescence, par les
hallucinations et les idées délirantes caractéristiques du
trouble [110].
Peu d’études se sont intéressées aux formes cliniques
observées dans les schizophrénies à début précoce. Leurs
résultats apparaissent, à première vue, contradictoires,
certaines études retrouvant une surreprésentation des
types « désorganisé » et « indifférencié » [71, 113],
d’autres une plus fréquence du type « paranoïde » [30].
Certains auteurs soulignent les difficultés de catégorisation
rencontrées dans les schizophrénies à début précoce, tant
les tableaux cliniques observés sont atypiques [111]. Pour
d’autres, le type « paranoïde » serait aussi fréquemment
observé chez l’enfant et l’adolescent que chez l’adulte
[79]. Ces résultats divergents pourraient être en fait liés à
des biais d’échantillonnage, une étude ayant montré que
les symptômes positifs augmentaient de façon linéaire avec
l’âge et étaient associés à un QI > 85, tandis que les symp-
tômes négatifs étaient associés à la présence de désordres
cérébraux [16].
Un diagnostic peu stable
Si les études cliniques précédemment rapportées peuvent
laisser croire que le diagnostic de schizophrénie à l’adoles-
cence est relativement facile, la symptomatologie obser-
vée se rapprochant beaucoup à cet âge de ce qui est
retrouvé chez l’adulte, de nombreuses données montrent
qu’en fait, il n’en est rien.
Toutes les études sur le devenir des enfants et des ado-
lescents diagnostiqués primitivement comme schizophrè-
nes montrent que si, plusieurs années plus tard, un certain
nombre de sujets sont toujours diagnostiqués comme schi-
zophrènes, d’autres sont diagnostiqués comme ayant un
trouble schizoaffectif, un trouble bipolaire, ou encore un
trouble de la personnalité (principalement de type border-
line, antisocial ou non spécifié) [6, 31, 48, 86, 102, 113,
121]. Dans le même ordre d’idée, il convient aussi de rap-
peler la diversité du devenir des épisodes psychotiques
aigus à l’adolescence, certains pouvant s’avérer sans len-
demain ou évoluer vers un trouble de l’humeur [50]. Au
total, la fréquence des diagnostics initiaux « erronés » de
schizophrénie chez l’enfant et l’adolescent serait particu-
lièrement élevée, de l’ordre de 50 à 72 % des cas [51, 86,
113]. Comme le démontre l’utilisation encore persistante
du concept de « spectre schizophrénique », ces données
posent à l’évidence le problème des frontières diagnosti-
ques entre schizophrénie, trouble schizoaffectif et trouble
bipolaire [53, 113].
La place des symptômes autres que ceux requis pour
porter le diagnostic de schizophrénie reste l’objet de
controverses : ces symptômes justifient-ils un diagnostic
additionnel ou doivent-ils être considérés comme des
caractéristiques associées ? Quoi qu’il en soit, des pertur-
bations de l’humeur sont habituellement rapportées chez
les enfants et les adolescents diagnostiqués comme schi-
zophrènes, avec une fréquence de l’ordre de 70 à 83 % [42,
108]. Les études ayant utilisé des entretiens diagnostiques
standardisés retrouvent des troubles de l’humeur caracté-
risés de type dépressif (dépression, dysthymie) dans 30 à
37 % des cas, de type maniaque dans 4 % des cas [88, 90].
Parallèlement, toutes les études soulignent la fréquence
des symptômes psychotiques observés chez les enfants et
les adolescents diagnostiqués comme ayant un trouble
bipolaire. Au cours des épisodes maniaques, des hallucina-
tions sont retrouvées dans 16 à 33 % des cas, des idées déli-
rantes dans 15 à 68 % des cas, la fréquence des épisodes
maniaques avec caractéristiques psychotiques variant,
selon les études, de 15 à 75 % [21, 38, 41, 81, 100, 114]. De
même, au cours des épisodes dépressifs, des hallucinations
sont retrouvées dans 23 à 50 % des cas, des idées délirantes
dans 53 à 66 % des cas, la fréquence des épisodes dépressifs
avec caractéristiques psychotiques variant de 55 à 70 %
[81, 100]. Toutes ces données peuvent rendre compte des
difficultés diagnostiques rencontrées chez l’enfant et
l’adolescent, les épisodes thymiques revêtant fréquem-
ment à cet âge une « coloration schizophrénique » [35, 99].
Environ 50 % des adolescents ayant un trouble bipolaire
seraient diagnostiqués primitivement comme schizophrè-
nes [1, 51].