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LES INFECTIONS URINAIRES DANS LA SEP :
DONNÉES DE LA LITTÉRATURE
Sur plus de 200 re
´fe
´rences indexe
´es ces trente dernie
`res
anne
´es consacre
´es aux neurovessies de la SEP, seule une
trentaine informe sur le statut infectieux urinaire [4].
La pre
´valence me
´diane des infections urinaires basses dans
la SEP y est estime
´ea
`30 % avec des extre
ˆmes de 13 a
`74 %
[4-7]. Ces fluctuations de pre
´valence tiennent pour beau-
coup a
`la variabilite
´des crite
`res et des outils retenus
pour poser le diagnostic d’infection urinaire et notam-
ment de la non-distinction, pourtant fondamentale dans
la de
´marche the
´rapeutique, entre colonisation urinaire
(bacte
´riurie asymptomatique) et infection urinaire symp-
tomatique (uroculture positive et sympto
ˆmes cliniques
e
´vocateurs d’infection urinaire) [2].
La pre
´valence me
´diane des complications urinaires hautes
sur une pe
´riode d’e
´volution de la maladie comprise entre
1 et 18 ans est e
´value
´ea
`8 % des patients, avec des extre
ˆmes
de 0 a
`25 % [4-7]. Leur de
´finition se heurte aux me
ˆmes diffi-
culte
´s que pour les infections basses et il est difficile de pre
´-
ciser si le diagnostic a e
´te
´pose
´sur des crite
`res purement
cliniques face a
`une fie
`vre e
´leve
´e chez un patient bacte
´-
riurique ou agre
´mente
´s d’arguments morphologiques.
Les facteurs de risque d’infection urinaire restent sous-
e
´value
´s dans la SEP. L’existence d’un re
´sidu postmictionnel
e
´leve
´(> a
`120 mL) et le sexe fe
´minin pre
´disposeraient a
`la
survenue d’infections urinaires basses [6], tandis que les
ante
´ce
´dents d’infection urinaire basse favoriseraient les
infections du haut appareil urinaire chez l’homme [6].
Les surrisques potentiels de l’exposition a
`des traitements
immuno-suppresseurs, ne
´phrotoxiques ou corticoı
¨des au
long cours ne sont pas e
´value
´s dans la SEP.
L’analyse compile
´e des e
´tudes e
´valuant les facteurs de
risque de complications urone
´phrologiques, infectieuses
ou non dans la SEP, re
´ve
`le que les principaux facteurs
majorant la pre
´valence ou l’incidence des complications
de l’arbre urinaire sont la dure
´e d’e
´volution de la maladie,
particulie
`rement au-dela
`de 15 ans d’e
´volution, le port
d’une sonde a
`demeure et les re
´gimes de hautes pressions
ve
´sicales permanentes (de
´trusor hypocompliant, hyperto-
nique, ou fortement hyperactif) [4, 5, 7].
COMMENT DÉFINIR L’INFECTION URINAIRE ?
Dans la population ge
´ne
´rale, la re
´cente confe
´rence de
consensus sur les infections urinaires nosocomiales de
l’adulte [2] recommande les de
´finitions suivantes :
– l’infection urinaire est de
´finie par l’association d’une
uroculture positive et d’au moins un des signes cliniques
suivants : fie
`vre > 38 ˚C, impe
´riosite
´mictionnelle, polla-
kiurie, bru
ˆlures mictionnelles ou douleurs sus-pubiennes,
en l’absence ou non d’autre cause infectieuse [7] ;
– le terme qualitatif trop impre
´cis de pyurie doit e
ˆtre
abandonne
´au profit d’une mesure quantitative des leuco-
cytes (leucocyturie) [2] ;
– une bacte
´riurie ou une candidurie est a
`prendre en consi-
de
´ration si elle est supe
´rieure ou e
´gale a
`10.3 ufc (unite
´s
formant colonies)/mL sous respect strict des conditions de
pre
´le
`vement, de transport et d’analyse des urines [7] ;
– la leucocyturie, le jour d’apparition d’une bacte
´riurie
significative ne constitue pas un facteur pre
´dictif d’infec-
tion [2] ;
– la leucocyturie n’a pas d’inte
´re
ˆt chez le patient sonde
´[2] ;
– chez un patient symptomatique sans sonde, l’associa-
tion d’une bacte
´riurie supe
´rieure ou e
´gale a
`10.3 ufc/mL
et d’une leucocyturie supe
´rieure ou e
´gale a
`10.4/mL est
fortement e
´vocatrice d’une infection [2] ;
– chez le patient non sonde
´, le test de de
´pistage de l’infec-
tion urinaire par la bandelette urinaire conserve un inte
´-
re
ˆt en raison de sa forte valeur pre
´dictive ne
´gative
(bandelette ne
´gative si absence de virage des deux bandes
de re
´action que sont la leucocyte este
´rase et la nitrate
re
´ductase) estime
´ea
`95 %, permettant ainsi d’e
´viter avec
un grand niveau de se
´curite
´une grande proportion des
ECBU. En revanche, chez le patient sonde
´et chez le
patient ayant une vessie neurologique, le de
´pistage a
`la
bandelette n’est pas pertinent en raison de l’existence
d’une leucocyturie chronique [2].
On perc¸oit d’emble
´e les limites d’application de ces de
´fini-
tions et recommandations dans la population SEP.
La premie
`re limite est d’ordre clinique. Les sympto
ˆmes cli-
niques e
´vocateurs d’infection urinaire dans la population
ge
´ne
´rale (troubles mictionnels irritatifs ou douloureux)
sont extre
ˆmement fre
´quents dans la SEP en l’absence de
toute colonisation urinaire. On sait en effet que plus de
80 % des patients SEP pre
´sentent des troubles mictionnels
irritatifs (urgenturie, pollakiurie, fuites sur impe
´riosite
´)au
cours de l’e
´volution de la maladie [4, 5, 7]. On sait e
´gale-
ment que les stigmates infectieux urinaires chez les
patients neurologiques sont souvent atypiques, se tradui-
sant plus fre
´quemment par une modification du sche
´ma
spastique ou de l’e
´quilibre ve
´sico-sphincte
´rien que par
des signes classiques de cystite irritative [2, 8, 9]. Il apparaı
ˆt
donc difficile de fonder une suspicion clinique d’infection
urinaire dans la SEP sur les seuls sympto
ˆmes recomman-
de
´s par la Haute Autorite
´de Sante
´(HAS).
Le deuxie
`me argument est d’ordre bacte
´riologique. Nom-
bre de patients SEP pre
´sentent une re
´tention urinaire
chronique, qui peut e
ˆtre me
´connue du patient dans pre
`s
d’un cas sur deux, exposant a
`une leucocyturie chronique
[4, 8]. Nombre d’entre eux ont e
´galement recours a
`des
modes mictionnels pre
´disposant a
`la bacte
´riurie tels les
cathe
´te
´rismes ure
´traux ou les appareillages d’incontinen-
tation [5, 7, 8]. La pertinence de la bandelette urinaire est
ainsi limite
´e dans la SEP et il paraı
ˆt pre
´fe
´rable de recourir
d’emble
´ea
`la cytobacte
´riologie urinaire dans les situations
ou
`un de
´pistage d’infection urinaire est recommande
´.
QUE RETENIR EN PRATIQUE POUR DÉFINIR
L’INFECTION URINAIRE DANS LA SEP ?
Il apparaı
ˆtle
´gitime de conside
´rer que comme dans la popu-
lation ge
´ne
´rale le diagnostic d’infection urinaire doit repo-
ser sur l’association de signes cliniques et d’une bacte
´riurie
significative. Cependant, il convient de ne pas limiter la
symptomatologie clinique e
´vocatrice aux signes classiques
de cystite (pollakiurie, impe
´riosite
´,douleurspelviennes),
mais d’y inclure e
´galement toute modification du compor-
tement ve
´sico-sphincte
´rien ou du statut neurologique
susceptible de traduire l’existence d’une e
´pine irritative.
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vol. 1 n°8
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décembre 2009
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