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UQAM PLAN DE COURS
Titre du cours : Nietzsche
Code et groupe : PHI-4017-10
Session : Hiver 2008
Horaire : Lun 18h00-21h00
Salle : N-M450
Professeur : Jacques Aumètre
Bureau : W-5280
Téléphone : 987-3000 poste 4423#
DESCRIPTION DU COURS SELON L’ANNUAIRE
Étude globale de la philosophie de Nietzsche et de son influence déterminante sur
le cours de la philosophie occidentale, de manière à apprécier l’essentiel de son
apport.
PROBLÉMATIQUE
Nietzsche se propose de « renverser le platonisme », c’est-à-dire l’idéalisme
métaphysique qui s’est développé, depuis Platon, au principe non seulement de la
philosophie, mais de l’ensemble de la culture humaine du monde comme entreprise
« contre-nature » d’idéalisation rationnelle du réel. La métaphysique,
essentiellement idéaliste en tant que critique de la réalité naturelle de l’être au nom
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de l’idéal rationnel de l’esprit, s’achève et s’accomplit au sein de la Science
philosophique de Hegel, l’Esprit absolu s’éternise, ayant atteint la parfaite
conscience de tout comme de soi, à la fin de l’histoire du monde. Alors, tandis que
la « sagesse » hégélienne assume la négativité d’une raison dialectique de l’être, la
« folie » nietzschéenne rejette ce « nihilisme » de la raison au nom d’une
affirmation tragique de l’être sans raison.
À présent, « Dieu est mort », et l’homme, qui L’a tué, sans Lui dépérit, dans un
monde profane « le désert croît », désastreusement étiolé, rabougri… Voilà le
« dernier homme », à la fin de l’histoire « humaine-trop-humaine » du monde. Le
« surhomme » est l’homme à venir qui surmontera le nihilisme métaphysique de
l’humanité au comble de la décadence historique, lorsque le nihilisme s’auto-
annihilera et que se renversera le sens de l’histoire, c’est-à-dire lorsque l’énergie
vitale du monde que Nietzsche nomme « volonté de puissance », reviendra du Dieu
Esprit à la Déesse Nature de l’anthropothéisme chrétien au cosmothéisme païen
et redeviendra ainsi affirmative de la vie éternelle du monde, à l’éternité
immanente au temps. Le « Zarathoustra » de Nietzsche annonce l’avènement futur
de ce surhomme qui transvaluera toutes les humaines-trop-humaines valeurs
métaphysiques transcendantes, et transmutera le retour historique une fois pour
toutes de l’Esprit en et par « l’éternel retour » de la Nature.
« Dionysos (et Apollon) contre le Crucifié ... » (et contre Prométhée l’Enchaîné).
Même par son « irrationalisme », Nietzsche s’oppose à Kierkegaard ; comme il
s’oppose à Marx, même par son « athéisme ». Mais c’est à Hegel qu’il s’oppose le
plus, et plus que les deux autres qui ne le font qu’à moitié, en opposant au
dépassement dialectique conservateur-réconciliateur un surpassement tragique
destructeur des opposés, notamment de la foi chrétienne et de la culture humaine
immanentisant sa transcendance métaphysique. Selon Deleuze, seul un tel
surpassement permettra de défaire et refaire l’histoire, de détruire sa
capitalisation morielle d’un sens de l’être et de recréer, à force d’oubli, l’être
insensé du monde, le non-sens de son devenir éternel comme éternel revenir. Aussi
Nietzsche rejette-t-il christianisme et humanisme, pris ensemble (Descartes, Kant,
Hegel…) ou parément (Kierkegaard / Marx), pour remonter vers le paganisme, et
même un paganisme archaïque venu d’Orient en Occident par les présocratiques
(Héraclite).
Son ennemie, c’est la civilisation comme domestication, qui a fait de l’homme une
bête de troupeau, docile et pitoyable. Qui dit grégarité, dit médiocrité, vulgarité,
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servilité ! Mais ce n’est pas que l’homme égotique du libéralisme vaille beaucoup
mieux que l’homme générique du socialisme, ni qu’il soit moins à surmonter, à la
faveur d’une surhumaine réintégration de la Nature, car Nietzsche a la mystique
aristocratique... En révolte contre la modernité bourgeoise mocratique, contre la
petitesse et la bassesse de son industrieuse humanité marchande et de sa culture
techno-scientifique utilitaire, il remonte l’histoire à rebours, aristocratiquement,
vers une Nature encore indomptée, mystérieuse et sauvage une « Nature
artiste » où soient réintégrés les hommes comme les dieux, le ciel y recouvrant la
terre à féconder.
Aux antipodes de la Science gélienne de l’Esprit, l’Art nietzschéen de la Nature
serait-il mieux à même d’assurer le salut de l’humanité en la soumettant à une
surhumanité, à une élite surhumaine de l’humanité, une élite d'hommes libres
créateurs de l'avenir, d'« individus souverains » maîtres de leur destin, fine fleur
d'une culture artistico-aristocratique violemment sélective, cruelle, impitoyable ?
Certainement pas, car sinon pourquoi la chute dans un devenir-réactif des forces,
un devenir-nihiliste de la volonté triomphent les « esclaves » et leur
« faiblesse », pourquoi le progrès historique de la décadence, c’est-à-dire de la
culpabilité, du ressentiment, de la mauvaise conscience et de l’idéal ascétique... si
tout allait pour le mieux avec le paganisme primitif avant Socrate, la Judée, le
christianisme et la démocratie, libérale et sociale? La négativité revient
éternellement, la négation de l’autre doublant toujours l’affirmation de soi ; nul ne
se délivre du mal nihiliste une fois pour toutes. Il n’y a pas de livrance définitive,
mais seulement temporaire, car le déclin appartient au destin comme l’essor, et il
faut l’aimer comme tel, aimer vivre roïquement jusqu'au malheur, à la souffrance
et à la mort « Amor fati » ! Ainsi n'est-il pas de réunion sans séparation, pas de
retour éternel sans éternel départ… Voilà la sagesse tragique de Nietzsche.
Mais avec ce retour de l’Esprit à la Nature, Nietzsche ne se borne-t-il pas à
retourner contre soi l’Esprit transcendant ou transcendantal ayant inspiré la
critique méta-physique de la Nature ? Car la Nature, en effet, ne saurait elle-même
directement, sans intermédiaire spirituel divin ou humain, critiquer l’Esprit, ni
vouloir, ni agir, ni créer des significations et des valeurs, à proprement parler, et
Nietzsche essaie en vain d’attribuer à la Nature une volonté de puissance qui n’a
jamais appartenu en propre qu’à l’Esprit. À travers sa « philosophie au marteau », ce
serait donc encore l’Esprit qui critique, et cette fois s’auto-critique, hyperbolisant
le criticisme kantien, jusqu’à condamner violemment la « nature » contre-nature de
sa culture, en une volte-face suicidaire. Mais si c’est encore de l’Esprit, malgré tout,
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que Nietzsche se fait le porte-parole, ne poursuit-il pas la révolution humanisatrice
du monde naturel et social qu’opéra l’Esprit le Dieu fait homme… et
réciproquement et ne constitue-t-il pas, comme le prétend Heidegger, le dernier
métaphysicien, l’ultime et suprême nihiliste, avec son platonisme à l’envers ? La
question reste ouverte à propos de Nietzsche, mais aussi de Heidegger à son
tour, voire de quiconque…
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OBJECTIFS
Situation de Nietzsche à la fin de l'histoire de la métaphysique et réflexion sur le
statut de sa critique du nihilisme métaphysique au principe de sa critique
généalogique de la culture nihiliste notamment de la morale, mais aussi de la
science et de l’art, de la religion et de la politique, etc.
Examen des notions-clés de la pensée nietzschéenne : nihilisme, généalogie critique,
perspectivisme vital , volonté de puissance, surhomme, transvaluation, éternel
retour, amor fati… et des principales questions philosophiques qu'elles soulèvent.
Analyse de quelques textes de Nietzsche, depuis sa principale oeuvre de jeunesse
jusqu’aux fragments posthumes d'avant l'effrondement dans la folie, en passant par
le poème philosophique central de sa maturité.
MODALITÉS PÉDAGOGIQUES
Le cours alternera les exposés magistraux, destinés à déployer la problématique de
la pensée nietzschéenne, avec des ateliers de discussion sur quelques textes
importants de Nietzsche. La présence aux exposés magistraux et la participation
aux ateliers de discussion sont fortement recommandées pour faire les travaux.
Les étudiants auront cinq textes de Nietzsche à lire obligatoirement durant la
session, dont ils devront se procurer le recueil à la COOP-UQÀM (cf. la
bibliographie pour les références et le calendrier pour savoir quand lire les textes
avant les cours où ils seront étudiés et pouvoir ainsi intervenir en connaissance
de cause dans les discussions). De plus, ils pourront trouver dans la bibliographie de
nombreuses études sur Nietzsche leur permettant de faire des lectures
complémentaires à même d’alimenter leur recherche et réflexion sur les textes et
thèmes ou thèses de Nietzsche.
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