
Allocution d’ouverture
Ronan KERREST
Vice-président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis en charge des finances
Ce colloque est organisé de manière très opportune. En inaugurant son mandat par le vote de
15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches, le Président Sarkozy a mis la question
fiscale au centre des débats politiques. Nous faisons face à une bataille d’idées particulièrement
virulente ; le Gouvernement, en effet, a voulu alléger l’impôt des plus riches pour des raisons
strictement idéologiques. Nous savons que le paquet fiscal sera assumé par les plus pauvres, via la
Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) sociale et la franchise médicale, et aura pour contrepartie un
moins-disant social. C’est pour ces raisons que nous voulons, nous aussi, faire entendre notre voix
particulière dans ce débat public. L’actualité bruit de rumeurs sur le plan fiscal et notre colloque
vient à point nommé pour explorer des thèmes comme la TVA sociale, la quasi-suppression de
l’Impôt sur la Fortune (ISF), l’avenir de la Taxe Professionnelle (TP). Alors que les transferts de
compétences n’ont pas été accompagnés des moyens, les ressources des collectivités territoriales ne
cessent de se réduire. L’Etat a une dette de 300 millions d’euros à l’égard du Conseil général de la
Seine-Saint-Denis. Il ne prend en charge que 22 % de l’Allocation Personnalisée à l’Autonomie
(APA) contre 33 % dans le reste de l’Hexagone. Cet écart représente un manque à gagner pour
notre collectivité de 33 millions d’euros. Notons enfin la charge que représente le Revenu
Minimum d’Insertion (RMI). L’acte III de la décentralisation, mené sans concertation, confortera
malheureusement cette tendance en déléguant aux Départements la charge de la politique sociale.
Le Gouvernement a décidé pour le budget 2008 de s’attaquer aux dotations de l’Etat en mettant fin
aux contrats de croissance et de solidarité. Les Régions et les Départements bénéficieront de
335 millions de crédits en moins par rapport à ce qu’ils pouvaient espérer de l’ancien système. Les
recettes fiscales des collectivités sont aujourd’hui menacées. L’amputation de la part salaires de la
TP, le plafonnement de la TP et la multiplication des exonérations de TP accordés par l’Etat mais
financés par les contribuables locaux viennent assécher les ressources départementales et la
commission présidée par Jacques Attali préconise purement et simplement la suppression des
Droits de Mutation à Titre Onéreux (DTMO) qui constituent pourtant une des recettes les plus
dynamiques des Départements avec la hausse des prix du marché de l’immobilier.
Les coupes sombres dans les budgets affectent notre Département dont la population souffre et qui
compte 50 000 RMIstes, 60 000 demandeurs de logement et un revenu moyen par ménage fiscal
inférieur de 33 % à la moyenne régionale. Notre département se paupérise et dispose de moyens
réduits. Les collectivités les plus en difficultés doivent faire face à des ressources contraintes. Nous
ne pouvons nous satisfaire d’une réforme technique de la fiscalité.
Nous voulons une plus grande justice fiscale et une meilleure solidarité dans la répartition des
ressources fiscales. Les collectivités doivent se doter de recettes nouvelles nécessaires à couvrir les
besoins de leurs populations. Elles doivent refuser la restriction des compétences par l’affectation
de ressources fiscales spécialisées. Nous voulons porter la revendication d’une plus grande justice
fiscale et d’un bien plus grand partage des recettes entre les collectivités locales et en particulier en
Ile-de-France où les indicateurs de richesses révèlent des disparités d’une ampleur honteuse. La
Seine-Saint-Denis est le Département où le rapport entre les dépenses de RMI et l’évolution des
droits de mutation est le plus élevé. Autrement dit, l’augmentation des dépenses de RMI n’est
couverte que pour moitié par l’augmentation des droits de mutation. Dans les Hauts-de-Seine, elle
est couverte trois fois par les droits de mutation. Nous demandons une meilleure répartition des
droits de mutation payés par la vente d’un bien immobilier. Si nous avions le partage des droits de
mutation en Ile-de-France à égalité par habitant et non par allocataire du RMI, notre budget