
POINT DE VUE ÉCONOMIQUE
2017 marque le début d’une nouvelle ère de dumping
fiscal initié par Trump. L’ensemble des grandes puissances
économiques vont emboiter le pas. Orir une bouée
d’oxygène aux entreprises est une bonne chose, mais
encore faut-il que ces dernières se mettent à investir pour
soutenir la machine économique qui se veut en pleine
mutation. L’investissement se doit d’être stimulé dans les
secteurs au potentiel de croissance élevé en laissant de côté
la politique des grands travaux pour se consacrer davantage
aux innovations portées par la révolution technologique.
Une nouvelle ère s’ouvre avec, en fil conducteur, la baisse massive de
l’impôt sur les sociétés. Ce mouvement a été initié par Donald Trump,
mais Theresa May a très vite emboité le pas. Le taux d’imposition
devrait ainsi passer aux États-Unis de 35 % à 15 %. Il en sera de même
pour la Grande-Bretagne, qui s’est engagée à maintenir son taux au
niveau le plus bas des pays du G20.
En France, le candidat François Fillon a déjà annoncé la couleur en
proposant une réduction progressive de l’impôt sur les sociétés de
33,3% à 25 % ainsi qu’une baisse des charges pour les entreprises,
de 40 milliards €.
L’objectif principal de ces mesures : redynamiser l’attractivité de chaque
zone. Nous voilà donc lancés dans un vaste mouvement de dumping
fiscal. Les grandes puissances économiques vont devoir s’y conformer
en ajustant leur propre fiscalité si elles souhaitent rester dans la course.
En d’autres termes, quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle
en France, il devra s’adapter en abaissant le taux d’imposition sur les
sociétés pour éviter de se tirer une balle dans le pied. L’Allemagne est
déjà bien positionnée avec un taux global de 15,8 %.
La fiscalité ne fait pas tout
La baisse massive d’impôts aura pour conséquence immédiate la
diminution des recettes fiscales et la détérioration des comptes
publics. Pour atténuer cette dégradation, il faudra soit baisser les
dépenses publiques, soit laisser dériver les déficits sur quelques
semestres en attendant que la dynamique de croissance crée de
nouveaux emplois, stimule les revenus et les bénéfices pour, in fine,
générer de nouvelles sources d’impôts. La tentation de mettre la
pression sur les plus aisés en augmentant leurs taux d’imposition ne
fait plus recette, même en France. La nouvelle tendance en matière de
politique budgétaire se concentre sur le potentiel de croissance pour
récolter plus de recettes fiscales.
Mais en économie, rien n’est automatique. En d’autres termes, il ne
suffira pas de sortir l’artillerie lourde en matière fiscale pour stimuler
la machine économique. La bouffée d’oxygène offerte aux entreprises
en abaissant la fiscalité est nécessaire mais non suffisante car elle
n’engage en rien ces dernières. Les firmes peuvent, en effet, préférer,
faute de débouchés à leurs yeux, miser
sur la valorisation de leurs titres plutôt
que d’investir. Or, l’investissement
est l’impulsion de la croissance. Sans
les dépenses des entreprises pour
moderniser l’appareil productif, pour
innover et rester pionnier dans leur secteur, le chômage et l’emploi ne
pourront être améliorés.
Depuis la crise de 2008, le rendement attendu d’un investissement
semble avoir été défini à un niveau trop élevé, ce qui a conduit les
entreprises à privilégier le rachat de leurs titres ou la distribution de
dividendes. Ainsi, depuis les quatre derniers trimestres, les dépenses
en investissement des entreprises américaines se contractent. Au
troisième trimestre 2016, alors que la croissance du PIB enregistre
une hausse de 3,2 % en rythme annualisé, l’investissement marque
un recul de 4,8 %.
Le rendement à tout prix tue l’investissement
La faiblesse de l’investissement productif est devenue un frein
chronique dans la plupart des pays développés.
Pour la zone euro, il faudrait, selon le FMI, accroître les dépenses
d’investissement de 10 % à 15 % pour retrouver des niveaux
d’avant crise. La course aux rendements court terme dissuade bon
nombre d’entreprises d’investir. Si les politiques d’allègement fiscal
constituent un plus pour stimuler l’effort d’investissement, elles
resteront insuffisantes si elles ne sont pas accompagnées d’une prise
de conscience et d’une incitation pour les entreprises à prendre en
marche les mutations économiques qui s’opèrent.
La révolution technologique réclame une mise à jour et une
modernisation de l’appareil productif en phase avec l’apport des
diverses innovations qui transforment notre façon de consommer,
de produire et plus globalement nos modes de vie. Donc, certes,
il faut investir mais pas n’importe où. Reprendre les recettes
d’antan en misant notamment sur la politique des grands travaux
à travers le développement des infrastructures ne pourra soutenir
qu’artificiellement la croissance. Il faut davantage agir sur le potentiel
de long terme avec un partenariat privé/public visant à accompagner
ces transformations et offrir plus de latitude aux entreprises qui
craignent un retour sur investissement trop tardif. n
2017 : LA CROISSANCE MONDIALE DANS L’ŒIL DU CYCLONE FISCAL
Mais en
économie, rien n’est
automatique