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chirurgicales spécialisées ; pour le type IV (intra-anal
profond, c’est-à-dire avec sphincter externe envahi),
l’amputation reste la règle. Le toucher rectal par un
spécialiste, l’échographie endorectale et plus récem-
ment l’imagerie par résonance magnétique (IRM) per-
mettent d’évaluer avec précision les rapports entre la
tumeur et le plancher pelvien et d’affiner la décision
chirurgicale [6]
.
Nouveaux concepts carcinologiques
La marge de sécurité distale a toujours guidé le choix
de la technique chirurgicale des cancers du rectum. Les
raisons sont un risque d’infiltration carcinomateuse de
la paroi rectale en dessous de la tumeur dans 20 % des
cas. Les recommandations de pratique chirurgicale,
issues de données anatomopathologiques et de
confrontations cliniques, ont évolué avec le temps et
grâce à une meilleure connaissance de l’histoire natu-
relle de l’adénocarcinome rectal. Initialement, 5 cm de
marge distale étaient nécessaires pour autoriser une
chirurgie conservatrice sphinctérienne [7]. A partir des
années 1980, 2 cm étaient jugés suffisants [8]. En
2005, 1 cm de marge distale semble compatible avec
une conservation sphinctérienne, sous réserve d’une
technique d’exérèse de qualité du mésorectum et d’un
éventuel avis spécialisé pour confirmer le choix théra-
peutique [5].
L’acceptation d’une marge de résection distale de plus
en plus réduite est en partie liée à l’importance prépon-
dérante de la marge de résection circonférentielle dans
le contrôle local de la maladie. Une marge
circonférentielle<1mmexpose à un risque de 40 %
de récidive locale contre 10 % en cas de
marge>1mm [9]. Le véritable risque du traitement
chirurgical conservateur des cancers du bas rectum est
donc une marge circonférentielle trop étroite plus
qu’une marge distale insuffisante, ce d’autant qu’une
marge distale saine peut toujours être obtenue en
élargissant l’exérèse au sphincter interne. Ce nouveau
concept de marge circonférentielle va progressivement
modifier les principes de la chirurgie conservatrice
sphinctérienne. Le critère de choix entre amputation
abdominopérinéale (AAP) et conservation sphincté-
rienne ne sera plus la distance de la tumeur par rapport
à la marge anale ou au sphincter mais l’infiltration
circonférentielle de la tumeur au sphincter externe,
suspectée cliniquement et confirmée par échographie
endoanale ou IRM [10].
Traitement chirurgical standard :
résultats et limites
L’AAP est encore le traitement standard des cancers du
bas rectum pour la majorité des chirurgiens pour des
raisons conventionnelles et historiques. En effet, une
chirurgie large enlevant le sphincter est théoriquement
plus carcinologique qu’une chirurgie passant à quel-
ques millimètres du sphincter anal ou du rectum. Par
ailleurs, l’AAP étant la première opération proposée
pour traiter les cancers du rectum dès 1910 [11], elle
demeure aujourd’hui encore l’opération de référence à
laquelle toute nouvelle technique doit se confronter.
Les résultats de l’AAP pour cancer du bas rectum
montrent 70 à 95 % de contrôle local selon la qualité
de l’exérèse du mésorectum et si une radiothérapie a
été associée [2, 12, 13]. De façon assez surprenante
et inattendue, les limites oncologiques de l’AAP vien-
nent d’être rapportées. L’essai hollandais a analysé de
façon exhaustive les pièces opératoires d’exérèse rec-
tale et a mis en évidence 14 % de perforation rectale
après AAP contre 2,5 % après conservation sphincté-
rienne [14]. Le risque de marge de résection circonfé-
rentielle envahie était également plus élevé après AAP
qu’après conservation sphinctérienne : 29 versus
12 %. Ces observations viennent également d’être
notées en Norvège [12] et en Angleterre [15]. C’est
surtout la présence d’un taux non négligeable de
perforation rectale et de marge envahie dans les stades
précoces T1 et T2 après AAP et leur quasi-absence
après conservation sphinctérienne qui ont permis
d’incriminer la technique opératoire [14]. L’AAP appa-
raît comme une technique non anatomique et non
standardisée. Les temps de dissection abdominale et
périnéale ont tendance à amincir l’exérèse dès qu’on
se rapproche du canal anal, à l’origine de perforation
tumorale ou rectale qui altère le pronostic local et la
survie. Le taux de récidive locale est deux à trois fois
plus élevé en cas de perforation rectale ou de marge
circonférentielle envahie [12, 14-16].
L’AAP a un autre inconvénient par rapport à la chirur-
gie conservatrice sphinctérienne. Cette technique muti-
lante détruit la barrière anatomique du plancher pel-
vien en sectionnant les muscles releveurs de l’anus.
Ceci entraîne des plaies pelvipérinéales dont la cica-
trisation, parfois longue après traitement néoadjuvant,
favorise des processus inflammatoires ou infectieux
locaux, ce qui facilite la récidive locale voire métasta-
tique par l’intermédiaire des facteurs de croissance
cellulaire comme les cytokines [17]. Il a ainsi été
observé un taux de 33 % (10/30) de récidive locale
après sepsis postopératoire contre 8 % (5/60) sans
sepsis chez des patients traités par AAP pour cancer du
bas rectum [18]. Pour cette raison, l’AAP est considé-
rée par Heald, chirurgien promoteur de la technique
d’exérèse du mésorectum, comme une intervention
potentiellement dangereuse [19].
En résumé, bien qu’étant considérée comme le traite-
ment chirurgical standard des cancers du bas rectum,
l’AAP a des limites. L’association de l’ouverture du
Hépato-Gastro, vol. 14, numéro spécial, mars 2007 47
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