ECS 2, Cours chapitre 8 Octobre 2010
Espaces vectoriels, applications linéaires, matrices
I Espaces vectoriels, combinaisons linéaires, familles de vecteurs
I.1 Premières définitions
I.1.a Axiomes
Kétant le corps des coefficients ou des scalaires, égal à Rou à C, un K-espace vectoriel (E, +, .)est défini par :
* un ensemble Edont les éléments sont souvent appelés “vecteurs”,
* une opération (ou loi de composition interne) +qui est :
-
associative :
∀u, v, w ∈E, (u+v) + w=u+ (v+w) = u+v+w
(on fait les opérations dans l’ordre qu’on veut).
-
commutative:
∀u, v ∈E, u +v=v+u
(on peut placer les vecteurs dans l’ordre qu’on veut).
-
possédant un élément neutre noté
0
ou
0
E
ou
−→
0
appelé vecteur nul
(∀u∈E, u + 0 = 0 + u=u).
-
tout élément
u
de E possède un opposé, noté
−u
(tel que
u+ (−u) = (−u) + u= 0
).
* une opération externe notée . , application de K×Edans E, qui au couple (λ, u)associe un vecteur v=λ.u :
-
pseudo-associative :
∀(λ, µ)∈K
2
,∀u∈E, λ.(µ.u) = (λ×µ).u
.
-
pseudo distributive à gauche :
∀(λ, µ)∈K
2
,∀u∈E, (λ+µ).u =λ.u +µ.u
.
-
pseudo distributive à droite :
∀λ∈K,∀(u, v)∈E
2
, λ.(u+v) = (λ.u) + (λ.v).
-
1 est un pseudo-élément neutre à gauche :
∀u∈E, 1.u =u.
Ces axiomes fixent les règles algébriques qui permettent de “gérer” les combinaisons linéaires...
I.1.b Combinaisons linéaires
Le vecteur wde Eest combinaison linéaire des vecteurs uet vde E(ou des vecteurs u
1
, u
2
, ..., u
n
de E) s’il existe un couple
(λ, µ)de K
2
, tel que : w=λ.u +µ.v. (ou un n-uplet (λ
1
, ...λ
n
)tel que w=
n
k=1
λ
k
u
k
) .
Théorème : une combinaison linéaire de combinaisons linéaires est une combinaison linéaire.
Si w
′
=
n
k=1
λ
′
k
u
k
et w
′′
=
n
k=1
λ
′′
k
u
k
alors αw
′
+βw” = α
n
k=1
λ
′
k
u
k
+β
n
k=1
λ
′′
k
u
k
=
n
k=1
(αλ
′
k
+βλ
′′
k
)u
k
I.1.c Espaces vectoriels de référence
Historiquement, il faut citer les espaces de vecteurs
V
, associés aux espaces “affines” en géométrie (à tout couple de points
(A, B)
, on
associe un vecteur
−→
AB
). Cet exemple est utile pour faire des “dessins” sur des questions relatives aux vecteurs !
On évoquera juste le rôle stratégique de l’étude des vecteurs ou des champs de vecteurs en Physique. En économie, il y a aussi beaucoup de
situations qui obéissent à des “règles linéaires”, dès qu’il y a “proportionnalité”...
Il y a l’ensemble
K
n
des
n
-uplets
(a
1
, a
2
, ..., a
n
)
, ou l’espace
M
n,p
(K)
des matrices
n×p
muni des opérations + et . classiques.
Il y a l’ensemble
K[X]
des polynômes à une indéterminée à coefficients dans
K
, ( muni des opérations + et . ).
Il y a tous les espaces des applications
F(A, K)
d’un ensemble quelconque
A
dans l’ensemble
K
, (exemple :
F(R,R)
, ensemble des
fonctions numériques définies sur
R
ou
F([a, b],R)
, ensemble des fonctions définies sur
[a, b]
,
F(N,R)
ensemble des suites numériques
réelles....et les espaces des applications
F(A, E)
d’un ensemble
A
dans un
K
-espace vectoriel
E
Les opérations sont définies ainsi :
- si
f, g ∈ F(A, K)
ou
F(A, E)
,
f+g
est l’application définie sur
A
par :
x→ f(x) + g(x)
(on ajoute dans
K
ou
E
).
- si
f∈ F(A, K)
ou
F(A, E)
,
λ∈K, λ.f
est définie sur
A
par :
x→ λ×f(x)
(la multiplication se passe dans
K
ou
E
).
I.1.d Sous-espaces vectoriels
Si Fsous-ensemble de E,Fest un sous-espace vectoriel si Fest non vide et stable pour + et . :
1.∀(u, v)∈F
2
, u +v∈F; 2.∀(λ, u)∈K×F, λ.u ∈F
ou encore stable pour les combinaisons linéaires : ∀(u, v)∈F
2
,∀(λ, µ)∈K
2
, λ.u +µ.v ∈F
Remarque :
dans 99 % des cas, pour démontrer qu’un ensemble, muni d’opérations + et . , possède une structure d’espace vectoriel, on
démontre que c’est un sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel
E
classique. Vérifier que ce sous-espace est non vide, c’est vérifier qu’il
contient le vecteur nul “
0
E
”
. Quelques exemples :
- les espaces
C
n
([a, b],R)
sont des sous-espaces vectoriels de
F([a, b],R)
.
- l’ensemble des suites numériques vérifiant une relation de récurrence linéaire (simple, double, multiple).
- l’ensemble
K
n
[X]
des polynômes de
K[X]
de degrés inférieurs ou égaux à
n.
- si
(Ω,F, P )
est un espace probabilisé, l’ensemble des variables aléatoires reélles est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel
F(Ω,R)
des applications de
Ω
vers
R
(idem avec les vecteurs aléatoires).
- l’ensemble des solutions d’un système linéaire homogène de
n
équations à
p
inconnues (sous-espace de
K
p
).
I.2 Familles de vecteurs
I.2.a Sous-espace vectoriel Vect(u
i
)
i∈I
=<(u
i
)
i∈I
>engendré par une famille (u
i
)
i∈I
Théorème : Si (u
i
)
i∈I
est une famille (finie ou infinie) de vecteurs du K-espace vectoriel E, l’ensemble de toutes les combi-
naisons linéaires de vecteurs de la famille est un sous-espace vectoriel Fnoté aussi Vect(u
i
)
i∈I
ou <(u
i
)
i∈I
>.
Luc Bouttier, Lycée Camille Vernet, Valence
ECS 2, Cours chapitre 8 Espaces vectoriels, applications linéaires, matrices 2
Démonstration :
un tel espace est stable par combinaisons linéaires.
Exemples :
très souvent, on repère un sous-espace vectoriel (de dimension finie) comme un ensemble de combinaisons linéaires.
I.2.b Famille génératrice
On dit que ce sous-espace vectoriel F= Vect(u
i
)
i∈I
, ensemble de toutes les combinaisons linéaires de vecteurs de la famille,
est engendré par (u
i
)
i∈I
ou encore que la famille (u
i
)
i∈I
est une famille génératrice de F.
Dans le cas de la famille finie (u
1
, u
2
, ..., u
n
), cela s’écrit :
w∈Vect(u
1
, u
2
, ..., u
n
) = u
1
, u
2
, ..., u
n
 ⇔ ∃(λ
1,
λ
2
, ..., λ
n
)∈K
n
tel que w=λ
1
u
1
+λ
2
u
2
+... +λ
n
u
n
Exemples :
l’ensemble des polynômes de
K[X]
de degrés inférieurs ou égaux à
n
est
K
n
[X] = Vect(1, X, X
2
, ..., X
n
)
,
l’ensemble des matrices symétriques, de la forme
a
b
b
d
(a, b, d ∈K),
est
S
2
(K)
=
Vect 
1
0
0
0
,
0
1
1
0
,
0
0
0
1
,
I.2.c Familles libres
La famille finie (u
1
, u
2
, ..., u
n
)de nvecteurs de Eest libre,
ou encore les nvecteurs u
1
, u
2
, ..., u
n
sont linéairement indépendants si :
•La combinaison linéaire nulle λ
1
u
1
+λ
2
u
2
+... +λ
n
u
n
= 0
E
ne peut être obtenue que si λ
1
=... =λ
n
= 0 .
•Ou encore l’équation λ
1
u
1
+λ
2
u
2
+... +λ
n
u
n
= 0
E
a pour unique solution λ
1
=λ
2
=... =λ
n
= 0.
La famille “infinie” (u
i
)
i∈I
est une famille libre, si toute famille finie extraite de (u
i
)
i∈I
est libre.
I.2.d Familles liées
La famille finie (u
1
, u
2
, ..., u
n
)de vecteurs de Eest liée si n’est pas libre, ou encore si les vecteurs u
1
, u
2
, ..., u
n
sont linéaire-
ment dépendants, c’est à dire aussi si :
l’un (au moins) des vecteurs de la famille est combinaison linéaire des autres vecteurs de la famille. C’est à dire
∃j∈ {1, ..., n},∃(a
1
, ..., a
j−1
, a
j+1
, ..., a
n
)∈K
n−1
tel que u
j
=a
1
u
1
+... +a
j−1
u
j−1
+a
j+1
u
j+1
+... +a
n
u
n
Démonstration :
- si
(u
1
, u
2
, ..., u
n
)
est liée, l’égalité :
u
j
=a
1
u
1
+... +a
j−1
u
j−1
+a
j+1
u
j+1
+... +a
n
u
n
fournit un
n
-uplet
(λ
1
, ..., λ
n
) =
(a
1
, ..., a
j−1
,−1, a
j+1
, ..., a
n
)
différent de
(0, ..., 0)
tel que :
λ
1
u
1
+λ
2
u
2
+... +λ
n
u
n
= 0
E
.
- si
λ
1
u
1
+λ
2
u
2
+... +λ
n
u
n
= 0
E
et
(λ
1
, ..., λ
n
)= (0, ..., 0)
,
∃k∈ {1, ..., n}
tel que
λ
k
= 0
, on a une relation de dépendance
linéaire :
u
k
=−
λ
1
λ
k
u
1
−
λ
k−1
λ
k
u
k−1
−
λ
k+1
λ
k
u
k+1
−... −
λ
n
λ
k
u
n
, la famille est donc liée.
Remarque :
Si la famille
(u
i
)
i∈I
est libre et si
J⊂I
, alors la famille extraite
(u
i
)
i∈J
est libre ;inversement
(u
i
)
i∈J
liée
⇒(u
i
)
i∈I
liée.
Il suffit de voir qu’une combinaison linéaire de vecteurs de la famille extraite
(u
i
)
i∈J
peut être prolongée en une combinaison linéaire de
vecteurs de la famille
(u
i
)
i∈I
en ajoutant des coefficients nuls aux autres vecteurs.
I.2.e Base
Une base (u
1
, u
2
, ..., u
n
)de l’espace vectoriel Eest une famille libre et génératrice.
Tout vecteur de Epeut s’écrire de façon unique comme combinaison linéaire des vecteurs de la famille :
∀w∈E, ∃!(λ
1
, λ
2
, ..., λ
n
)∈K
n
tel que w=λ
1
u
1
+λ
2
u
2
+... +λ
n
u
n
.
Ce n-uplet s’appelle “les coordonnées ou les composantes” du vecteur wdans la base (u
1
, u
2
, ..., u
n
).
Plus généralement une base (u
i
)
i∈I
(Iquelconque, fini ou infini) de l’espace vectoriel Eest une famille libre et génératrice : à
tout vecteur wde Ecorrespond une famille de coordonnées ou composantes (λ
i
)
i∈I
mais dans ces coordonnées seul un nombre
fini de λ
i
n’est pas nul, car on travaille toujours avec des “combinaisons linéaires finies”.
Exemple : (1, X, X
2
, ..., X
n
, ...)
est une base de
K(X)
, un polynôme est une somme finie de monomes.
I.2.f Calculs sur les coordonnées ou composantes
Si B= (u
1
, ..., u
n
)est une base de l’espace vectoriel E, à tout vecteur vde E, qui s’écrit sous la forme x
1
u
1
+... +x
n
u
n
correspond des coordonnées : v
x
1
¨x
n
de M
n,1
(K)( ou (x
1
, ..., x
n
)de K
n
) .
Il y a “unicité” des coordonnées : si v
x
1
¨x
n
, w
y
1
...
y
n
,v=w⇔ ∀i∈ {1, ..., n}, x
i
=y
i
.
et λv +µw a pour coordonnées:λ
x
1
¨x
n
+µ
y
1
...
y
n
=
λx
1
+µy
1
λx
n
...
+µy
n
I.3 Opérations sur les sous-espaces vectoriels
I.3.a Intersection
Théorème : si (F
k
)
k∈I
est une famille de sous-espaces vectoriels de l’espace vectoriel E, alors l’intersection
k∈I
F
k
des
sous-espaces vectoriels de la famille (finie ou infinie) est un sous espace vectoriel.
Démonstration immédiate :
si des vecteurs appartiennent à tous les sous-espaces, une combinaison linéaire de ces vecteurs appartient à
chacun des sous espaces vectoriels stable par combinaison linéaire.
Remarque sur la réunion :
si
F
1
et
F
2
sont deux sous-espaces vectoriels, alors leur réunion n’est pas un sous-espace vectoriels, (sauf s’il
y a une relation d’inclusion entre les deux sous-espaces).
Luc Bouttier, Lycée Camille Vernet, Valence.
ECS 2, Cours chapitre 8 Espaces vectoriels, applications linéaires, matrices 3
En effet si
u
est un vecteur de
F
1
qui n’est pas dans
F
2
et
v
est un vecteur de
F
2
qui n’est pas dans
F
1
la somme
s=u+v
des deux
vecteurs n’est pas dans
F
1
(sinon
v=s−u
serait dans
F
1
) ni dans
F
2
.
I.3.b Somme de sous-espaces vectoriels
Si F
1
et F
2
sont deux sous-espaces vectoriels de E, la somme des sous-espaces F
1
+F
2
=Sest l’ensemble des vecteurs vqui
s’écrivent sous la forme : v=v
1
+v
2
, avec (v
1
, v
2
)∈F
1
×F
2
.
On obtient une famille génératrice de F
1
+F
2
=Sen juxtaposant des familles génératrices ou des bases de F
1
et F
2
.
Plus généralement, si F
1
,F
2
,..., F
n
sont nsous-espaces vectoriels, on définit une somme F
1
+... +F
n
=Sen prenant tous
les vecteurs vqui sont des sommes v
1
+... +v
n
de vecteurs appartenant respectivement à F
1
, ..., F
n
.
Une famille génératrice de Ss’obtient par juxtaposition de familles génératrices (ou de bases) de F
1
, ..., F
n
.
I.3.c Somme directe de sous-espaces vectoriels
1. Somme directe de 2 sous-espaces
Il y a unicité dans la décomposition v=v
1
+v
2
d’un vecteur de F
1
+F
2
si et seulement si F
1
∩F
2
={0
E
}.
On dit dans ce cas que la somme F
1
+F
2
est directe, on écrit : F
1
+F
2
=F
1
⊕F
2
.
2. Somme directe de nsous-espaces
Plus généralement la somme S
n
=F
1
+F
2
+... +F
n
est directe s’il y a unicité de la décomposition de tout vecteur vde S
n
en somme de vecteurs de F
1
,F
2
, ..., F
n
et on écrit dans ce cas : S
n
=F
1
⊕F
2
⊕... ⊕F
n
.
Règle :S
n
=F
1
+F
2
+... +F
n
est directe ⇔S
n−1
=F
1
+F
2
+... +F
n−1
est directe et S
n−1
+F
n
est directe.
Démonstration :
on applique la définition à un vecteur
v
de
S
n−1
+F
n
, qui s’écit de façon unique sous la forme
v=s
n−1
+v
n
puis à
s
n−1
qui s’écrit de façon unique sous la forme
s
n−1
=v
1
+... +v
n−1
.
Donc on a une décomposition unique
v= (v
1
+... +v
n−1
) + v
n
=v
1
+... +v
n−1
+v
n
.
Conséquences :
•S=F
1
+... +F
n
est directe ⇔toute famille (v
1
, ..., v
n
)de vecteurs non nuls de F
1
×... ×F
n
est libre.
La propriété est vraie pour
n= 2
et on la suppose vraie jusqu’au rang
(n−1
) : on pose
w
′
=a
1
v
1
+...+a
n−1
v
n−1
, avec
w
′
∈S
n−1
,
et
w=w
′
+a
n
v
n
∈S
n
. La somme
S
n−1
+F
n
est directe
⇔
(
w= 0
E
⇒w
′
= 0
E
et
a
n
v
n
= 0
E
), donc en utilisant l’hypothèse
de récurrence, cela équivaut à :
a
1
v
1
= 0
E
,
...
,
a
n−1
v
n−1
= 0
E
et
a
n
v
n
= 0
E
. D’où la conclusion.
•S=F
1
+...+F
n
est directe ⇔une base de Ss’obtient par juxtaposition de bases de F
1
, .., F
n
.
La propriété a été établie dans le cas
n= 2
, elle s’étend par récurrence à une somme de
n
sous-espaces.
I.3.d Sous-espaces vectoriels supplémentaires
Définition :F
1
et F
2
sont deux sous-espaces vectoriels supplémentaires du K-espace vectoriel Esi et seulement si la somme
F
1
+F
2
est directe et égale à E.
Cela implique que F
1
∩F
2
={0
E
}. On a encore la propriété caractéristique suivante : tout vecteur ude Ese décompose de
façon unique sous forme d’une somme d’un vecteur u
1
de F
1
et d’un vecteur u
2
de F
2
,u=u
1
+u
2
.
I.4 Espace vectoriel de dimension finie
I.4.a Nombres d’éléments d’une famille
1
libre et d’une famille génératrice
Un espace vectoriel Eest de dimension finie s’il possède une famille génératrice finie.
Théorème : On peut construire une base de Een partant d’une famille génératrice finie (u
1
, u
2
, ...., u
n
) :
- si la famille (u
1
, u
2
, ...., u
n
)est libre, on a une base, il n’ y a rien de plus à faire.
- sinon, l’un des vecteurs, u
k
par exemple, peut s’écrire comme combinaison linéaire des autres vecteurs de la famille et
Vect(u
1
, u
2
, ..., u
n
) = Vect(u
1
, ..., u
k−1
, u
k+1
, ..., u
n
): dans toute combinaison linéaire de u
1
, u
2
, ..., u
n
on peut remplacer u
k
par son expression en fonction de u
1
, ..., u
k−1
, u
k+1
, ..., u
n
,donc (u
1
, ..., u
k−1
, u
k+1
, ..., u
n
)est génératrice
- on enlève des vecteurs jusqu’à ce qu’on obtienne “une famille génératrice minimale”, n’étant pas liée, c’est une base.
Théorème : si G= (u
1
, ..., u
p
)est une famille génératrice et L= (v
1
, ..., v
r
)est libre de E, alors |G|=p≥ |L|=r.
Démonstration :
on écrit
v
1
=
p
k=1
α
k
u
k
(
G
est génératrice), les coefficients
α
k
n’étant pas tous nuls (
v
1
= 0
car
L
est libre). On
suppose (quite à changer l’ordre des éléments de
G)
que
α
1
= 0
: on a alors
u
1
=
1
α
1
v
1
−
p
k=2
α
k
α
1
u
k
.
La famille
G
1
= (v
1
, u
2
, ..., u
p
)
est génératrice car (en remplaçant
u
1
) une combinaison linéaire de
u
1
, ..., u
p
est une combinaison linéaire de
v
1
, u
2
, ..., u
p
..
Si
p= 1
, c’est fini, sinon on continue : on suppose que
G
h
= (v
1
, ..., v
h
, u
h+1
, ..., u
p
)
est génératrice (
h < p
et
h < r).
On peut écrire
v
h+1
=
h
k=1
α
k
v
k
+
p
k=h+1
α
k
u
k
, les coefficients
α
h+1
, ..., α
p
n’étant pas tous nuls (
L
est libre
⇒v
h+1
/∈Vect (v
1
, ...v
h
)
)
et en supposant (quitte à permuter les
p−h
derniers vecteurs) que
α
h+1
= 0,
on remplacera dans une combinaison linéaire des éléments de
1
On utilise le mot famille d’éléments lorsque les éléments sont repérés par des indices i∈I. Ici I⊂N
∗
,cette famille est en quelque sorte une suite
(finie ou infinie).
Luc Bouttier, Lycée Camille Vernet, Valence
ECS 2, Cours chapitre 8 Espaces vectoriels, applications linéaires, matrices 4
G
h
, u
h+1
=
h
k=1
−
α
k
α
h+1
v
k
+
1
α
h+1
v
h+1
−
p
k=h+2
α
k
α
h+1
u
k
,
on obtiendra une famille génératrice
G
h+1
.
Si
r > p
alors
(v
1
, ..., v
p
)
est libre et génératrice donc une base :
v
p+1
, ..., v
r
s’expriment comme combinaisons linéaires de
v
1
, ..., v
p
et
la famille
(v
1
, ..., v
r
)
est liée ! Ceci contredit l’hypothèse, donc
r≤p
.
Et si
r≤p,
les substitutions s’arrêtent lorsque
h=r,
la famille
(v
1
, ..., v
r
, u
r+1
, ..., u
p
)
étant génératrice, d’où le théorème
I.4.b Dimension d’un espace vectoriel
Théorème de la dimension
Si Epossède une base (e
1
, ..., e
n
)de nvecteurs, toute autre base a nécessairement nvecteurs et ce nombre ns’appelle la
dimension de Eet se note dim(E).
Et si dim(E) = n, alors toute famille libre a au plus nvecteurs ;si elle possède nvecteurs, c’est une base ;
toute famille génératrice a au moins nvecteurs ;si elle possède nvecteurs, c’est une base.
Démonstration :
Si on a 2 bases
B
1
= (e
1
, ..., e
p
)
et
B
2
= (v
1
, ..., v
r
)
de
E,
l’une des familles étant une famille génératrice l’autre étant
une base, d’après le théorème précédent on aura à la fois
p≥r
et
r≥p
en inversant les rôles, donc
p=r.
Il faut connaître les bases canoniques et dimension de K
n
,et K
n
[X].
Théorème de la base incomplète
Une famille libre (u
1
, u
2
, ..., u
r
)d’un espace vectoriel de dimension npeut-être complétée en une base de E.
- Si
r=n
, on a une base (théorème de la dimension).
- sinon il y a au moins un vecteur
w
de
E
qui n’est pas combinaison linéaire de
u
1
, ..., u
r
:
w /∈Vect(u
1
, ..., u
r
)
.
On pose alors
u
r+1
=w
, la famille
(u
1
, u
2
, ..., u
r
, u
r+1
)
est libre et on recommence, si
r+ 1 < n
en choisissant un vecteur
u
r+2
/∈
Vect(u
1
, ..., u
r+1
)
jusqu’à ce qu’on obtienne une famille libre “maximale”
(u
1
, ..., u
n
)
.
I.4.c Sous-espaces vectoriels supplémentaires
Théorème : tout sous-espace vectoriel Fde dimension pde l’espace vectoriel Ede dimension npossède (au moins) un
supplémentaire Gde dimension n−p.
Si
F
est un sous-espace vectoriel de
E,
si
(v
1
, ..., v
p
)
est une base de
F,
la famille libre
(v
1
, ..., v
p
)
de vecteurs de
E
peut être prolongée
en une base
(v
1
, ..., v
n
)
de
E(
cf. théorème de la base incomplète
) :
si
n > p,
la famille
(v
p+1
, ..., v
n
)
engendre un sous-espace vectoriel
G
supplémentaire de
F
dans
E
: tout vecteur de
E
s’écrit de façon unique :
u=
n
k=1
α
i
v
i
=
p
k=1
α
i
v
i
+
n
k=p+1
α
i
v
i
=u
1
+u
2
,
avec
u
1
=
p
k=1
α
i
v
i
∈F
et
u
2
=
n
k=p+1
α
i
v
i
∈G
(remarque :
dim (G) = n−p).
Théorème : en juxtaposant des bases des sous-espaces supplémentaires F
′
et F
′′
de E, on obtient une base de E.
Si
F
′
et
F
′′
sont supplémentaires, si
e
′
1
, ..., e
′
p
est une base de
F, e
′′
1
, ..., e
′′
q
est une base de
F
′′
,
par unicité de la décomposition d’un
vecteur quelconque
u
de
E=F
′
⊕F
′′
en une somme
u
′
+u
′′
,
telle que
(u
′
, u
′′
)∈F
′
×F
′′
,
puis de
u
′
et
u
′′
en combinaison linéaires
de
e
′
1
, ..., e
′
p
et
e
′′
1
, ..., e
′′
q
,
on obtient une décomposition unique de
u
en combinaison linéaire des vecteurs de
e
′
1
, ..., e
′
p
, e
′′
1
, ..., e
′′
q
qui est
une base de
E
et
dim (E) = p+q.
Réciproque
, si
(e
1
, ..., e
n
)
est une base de
E
et
p∈ {1, ..., n},Vect (e
1
, ..., e
p
)
et
Vect (e
p+1,
..., e
n
)
sont supplémentaires.
I.4.d Dimension d’une somme de sous-espaces vectoriels
Théorème : si F
1
et F
2
sont des sous-espaces vectoriels, dim(F
1
+F
2
) = dim(F
1
) + dim(F
2
)−dim(F
1
∩F
2
)
Démonstration :
si
F
1
et
F
2
sont de dimensions finies
p
et
q
, on construit une base de
F
1
+F
2
de la façon suivante :
- On choisit une base de
F
1
∩F
2
:
(u
1
, ..., u
k
)
.
- On complète cette base
(u
1
, ..., u
k
)
en ajoutant des
(p−k)
vecteurs
u
k+1
, ..., u
p
pour obtenir une base
(u
1
, ..., u
p
)
de
F
1
.
- On complète aussi la base
(u
1
, ..., u
k
)
en ajoutant des
(q−k)
vecteurs
u
p+1
, ..., u
q+p−k
pour obtenir une base de
F
2
.
Les
p+q−k
vecteurs ainsi obtenus forment une famille libre d’une part et engendre
F
1
+F
2
: c’est une base de
F
1
+F
2
.
Conséquences
·La somme F
1
+F
2
est directe ⇔dim(F
1
∩F
2
) = 0 ⇔dim(F
1
+F
2
) = dim(F
1
) + dim(F
2
).
·Les sous-espaces F
1
et F
2
de Esont supplémentaires ⇔dim(F
1
∩F
2
) = 0 et dim(F
1
) + dim(F
2
) = dim (E).
·Plus généralement F
1
+... +F
n
est directe ⇔dim(F
1
+F
2
+... +F
n
) = dim(F
1
) + dim(F
2
) + ... + dim(F
n
).
En effet une famille génératrice de
S
s’obtient par juxtaposition de bases de
F
1
, .., F
n
,
et cette famille est libre si et seulement si la somme
est directe par unicité des décompositions en somme de vecteurs de
F
1
, .., F
n
,
et en combinaison linéaire d’éléments de
S.
Remarque : dim(F
1
+... +F
n
)≤dim(F
1
) + ... + dim(F
n
), il y a égalité si et seulement si la somme est directe.
Je ne donne pas de théorème sur la dimension de la somme de plusieurs sous-espaces vectoriels, il n’y a rien de simple.
Luc Bouttier, Lycée Camille Vernet, Valence.
ECS 2, Cours chapitre 8 Espaces vectoriels, applications linéaires, matrices 5
II Applications linéaires
II.1 Généralités
II.1.a Définition
Une application φdu K-espace vectoriel Evers le K-espace vectoriel est dite linéaire (ou K-linéaire) si :
∀(u, v)∈E
2
, φ(u+v) = φ(u) + φ(v) ; ∀(λ, u)∈K×E, φ(λ.u) = λ.φ(u).
ou encore ce qui est équivalent, ∀(u, v)∈K
2
,∀(λ, µ)∈E
2
, φ(λ.u +µ.v) = λφ(u) + µφ(v).
Cas particulier : si F=K, on dit aussi que φest une “forme linéaire”.
Exemples :
Parmi les situations innombrables, on peut citer par exemple une application de
K
3
vers
K
2
qui au triplé
(a, b, c)
fait
correspondre le couple
(a+c, −a+b−3c)
. On peut citer en géométrie des transformations sur les “vecteurs” associées à des transformations
du plan (exemple à une rotation du plan de centre
C
, d’angle
α
correspond une rotation des vecteurs d’angle
α
, à une projection des points du
plan sur la droite
D
correspond à une projection des vecteurs sur une droite vectorielle).
De
K[X]
vers
K[X]
, étant donné un polynôme
P
0
,
on peut citer les applications
Φ : P→ Q
et
Ψ : P→ R
, qui associent au polynôme
P
, le quotient et le reste de
P
dans la division enclidienne par
P
0
.
Dans les espaces de fonctions, on peut citer des opérations telles que la dérivation ;si on associe à une fonction l’intégrale de cette fonction
sur un segment
[a, b]
, on a une “forme linéaire”.
II.1.b Images et images réciproques d’un sous-espace
Théorème 1 : L’image d’un espace vectoriel E(resp. d’un sous-espace vectoriel E
′
de E) par une application linéaire φde E
vers Fest un sous-espace vectoriel Im(φ) = φ(E)de F(resp. φ(E
′
)).
En particulier si E= Vect(u
1
, u
2
, ..., u
p
)alors Im(φ) = φ(E) = Vect(φ(u
1
), φ(u
2
), ..., φ(u
p
)).
Démonstration
: si
v
′
et
v
′′
appartiennent à l’image de
E
ou
E
′
, alors il existe
u
′
,
u
′′
∈E
(ou
E
′
) tels que
v
′
=φ(u
′
)
et
v
′′
=φ(u
′′
)
.
Donc
α
′
v
′
+α
′′
v
′′
est une image car
α
′
v
′
+α
′′
v
′′
=α
′
φ(u
′
)+α
′′
φ(u
′′
) = φ(α
′
u
′
+α
′′
u
′′
)
est l’image de
u=α
′
u
′
+α
′′
u
′′
vecteur de
E
ou
E
′
. En particulier
w
combinaison linéaire de
u
1
, u
2
, ..., u
p
son image s’écrit comme combinaison linéaire de
φ(u
1
), φ(u
2
), ..., φ(u
p
)
(avec les mêmes coefficients).
Théorème 2 : L’image réciproque d’un espace vectoriel F(resp. d’un sous-espace vectoriel F
′
de F) par une application
linéaire φde Evers Fest un sous-espace vectoriel φ
−1
(F)de E(resp φ
−1
(F
′
)).
En particulier si F
′
={0
F
}, l’image réciproque s’appelle le noyau de φ, et se note Ker(φ).
Démonstration
: Si
u
′
et
u
′′
∈φ
−1
(F
′
)
, image de réciproque de
F
′
, les images
v
′
=φ(u
′
)
et
v
′′
=φ(u
′′
)
sont dans
F
′
.
Si
(α, α
′
)∈K
2
, v =a
′
v
′
+a
′′
v
′′
∈F
′
et
v=α
′
φ(u
′
)+α
′′
φ(u
′′
) = φ(α
′
u
′
+α
′′
u
′′
)
est l’image de
u=α
′
u
′
+α
′′
u
′′
∈φ
−1
(F
′
)
.
Si
u
′
et
u
′′
∈Ker(φ)
alors
φ(α
′
u
′
+α
′′
u
′′
) = α
′
φ(u
′
)+α
′′
φ(u
′′
) = α
′
0
E
+α
′′
0
E
= 0
E
donc
(α
′
u
′
+α
′′
u
′′
)∈Ker(φ).
Théorème 3 : Application linéaires φde Evers Finjectives, surjectives, bijectives :
1. L’application linéaire φest surjective si et seulement Im(φ) = F.
(u
1
, ..., u
p
, ...)étant une base de E:φsurjective ⇔Im(φ) = F⇔(φ(u
1
), ..., φ(u
p
), ...)est une famille génératrice de F.
2. L’application linéaire φest injective si et seulement Ker(φ)est réduit à {0
E
}.
(u
1
, ..., u
p
, ...)étant une base de E:φinjective ⇔Ker(φ) = {0
E
} ⇔ (φ(u
1
), ..., φ(u
p
), ...)est une famille libre de F.
3. L’application linéaire φest bijective ⇔Im(φ) = Fet Ker(φ)est réduit à {0
E
}.
(u
1
, ..., u
p
, ...)étant une base de E:φbijective ⇔(φ(u
1
), ..., φ(u
p
), ...)est une base de F.
Démonstration :
1. Chercher l’antécédent du vecteur
v
de
F
dans
E
revient à chercher ses coordonnées
(x
1
, ..., x
p
)
dans la base
(u
1
, ..., u
p
)
: on a alors
v=x
1
φ(u
1
) + ... +x
p
φ(u
p
)
et on conclut avec la définition d’une surjection ou d’une famille génératrice
...
2. Si
v∈F
possède déjà un antécédent
u,
alors :
φ(u) = φ(u
′
)⇔φ(u−u
′
) = 0
F
⇔u−u
′
∈Ker(φ).
Donc
φ
est injective
⇔
il y a unicité de l’antécédent de n’importe quel vecteur
v⇔Ker(φ) = {0
E
}.
Inversement si
u
0
∈Ker(φ)
alors
φ(u+u
0
) = φ(u) + φ(u
0
) = φ(u)
, donc le vecteur
v=φ(u)
a pour antécédent tout vecteur qui
s’écrit
u
′
=u+u
0
avec
u
0
∈Ker (φ)
Isomorphismes et dimension
Si Eet Fsont deux espaces vectoriels, tels que dim(E) = pet dim(F) = n, il ne peut y avoir de bijection linéaire φde E
vers Fque si n=p, puisque l’image d’une base de Eest une base de F.
Si dim (E) = dim (F),alors d’après le théorème de la dimension, il y a équivalence
φinjective⇔φsurjective⇔φbijective car (φ(u
1
),...,φ(u
p
)) libre⇔(φ(u
1
),...,φ(u
p
)) génératrice⇔(φ(u
1
),...,φ(u
p
)) libre.
L’application de Evers K
n
ou M
n,1
(K)qui associe au vecteur uses coordonnées dans une base est un isomorphisme.
II.2 Différents types de morphismes
II.2.a Notations
On désigne par L
K
(E, F )l’ensemble des applications linéaires de Evers F, ou morphismes d’espaces vectoriels [on dit aussi
homomorphismes, ce sont des notions très “structuralistes”]
Luc Bouttier, Lycée Camille Vernet, Valence
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