Chapitre 2
Espaces vectoriels de dimension finie
2.1 Dimension
Définition 2.1 On appelle espace vectoriel de dimension finie tout espace vectoriel admettant une famille gé-
nératrice finie. Sinon, l’espace est dit de dimension infinie.
Le théorème suivant affirme que tout espace vectoriel de dimension finie possède une base.
Théorème 2.1 (Base incomplète) Soit Eun espace vectoriel non nul de dimension finie sur K. Soit Gune
famille génératrice finie de E, et soit L⊂Gune sous famille libre. Il existe une base Bde Etelle que L⊂B⊂G.
Corollaire 2.1 Sous les hypothèses du théorème, il existe toujours B⊂Gqui soit une base de E.
Corollaire 2.2 Soit (e1, . . . , ek)une famille libre de vecteurs d’un espace vectoriel de dimension finie E. Il
existe des vecteurs ek+1 , . . . , entels que e1, . . . , enest une base de E.
Preuve. Il suffit pour le voir d’appliquer le théorème de la base incomplète aux familles L={e1, . . . , ek}et
L∪G, où Gest une famille génératrice quelconque de E.
Preuve du théorème de la base incomplète. On construit à partir de Lune suite strictement croissante de familles
libres de E.
Traitons d’abord le cas où Lest réduite à un vecteur u1, ce qui permet de construite une base en partant d’un
des vecteurs générateurs. Supposons construite une partie libre Lk={u1, . . . , uk}⊂Gavec k≥1(c’est vérifié
pour k= 1. Si Lkest génératrice, on a fini. Sinon, il existe uk+1 ∈Gtel que uk+1 �∈ Vect(Lk). Autrement,
puisque l’on pourrait exprimer chaque u∈Gcomme combinaison linéaire d’éléments de Lk, il en irait de même
de toutes les combinaisons linéaires d’éléments de G, i.e. de tous les vecteurs, donc Lkserait génératrice. Donc
Lk+1 =Lk∪{uk+1}est une partie libre incluse dans G. On construit ainsi une suite strictement croissante de
parties libres tant que Lkn’engendre pas E. Le processus s’arrête en temps fini puisque Lk⊂Get Gest fini.
Il exists donc k0≤#Gtel que L=L1⊂Lk0⊂Get Lk0soit libre et génératrice.
Si l’on part d’une famille libre L={u1, . . . , uk0}⊂Gquelconque, on procède de la même façon. si Lest déjà
génératrice, il n’y a rien à faire. Sinon on complète par récurrence.
Théorème et définition 2.1 Soit Eun espace vectoriel non nul de dimension finie sur K. Toutes les bases
de Eont le même nombre d’éléments. Ce nombre est appelé la dimension de Eet est noté en général dim KE.
Si E={0}, on convient que dim KE= 0.
Par convention, la dimension d’un espace vectoriel réduit au vecteur nul est égale à 0.
Preuve : (1) Cas des petits nombres.
(a)Il existe une base à un élément e. Alors, si (ε1,...,εp)est une autre base, tous les εis’écrivent εi=λieavec
λi�= 0. Donc si p≥2,ε1et ε2sont liés, contradiction.
(b)Il existe une base à deux élément (e1, e2). Alors, si (ε1,...,εp)est une autre base, tous les εis’écrivent
εi=λi,1e1+λi,2e2avec λi,1,λi,2∈Ket au moins l’une des deux coordonnées non nulle. Supposons p≥3.
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14 CHAPITRE 2. ESPACES VECTORIELS DE DIMENSION FINIE
Comme (ε1,ε2)est libre, les vecteurs coordonnées λ1,1
λ1,2et λ2,1
λ2,2ne sont pas liés. Ceci implique que e1et
e2sont engendrés par ε1et ε2, il en va donc de même de ε3. Contradiction. Donc p≤2. Mais si p= 1, alors
d’après le (a)les vecteurs e1et e2doivent être liés ; nouvelle contradiction. Ainsi p= 2.
(2) Cas général. On raisonne par récurrence sur n≥1pour montrer que dans tout espace vectoriel de dimension
finie non réduit à {0}, si l’on a deux bases (e1, . . . , en)et (ε1,...,εp)telles que p≥n, alors on a n=p.
Le cas n= 1 est clair. Supposons le résultat vrai pour n−1avec n≥2. Soit Eun espace vectoriel et deux
familles libres (e1, . . . , en)et (ε1,...,εp)avec p≥net Vect(e1, . . . , en) = Vect(ε1,...,εp) = E.
(1) Il existe eitel que (ei,ε2,...,εp)soit libre et forme une base de E. En effet, si tous les eisont engendrés
par ε2, . . . εp, il en est de même de ε1. Contradiction.
(ei,ε2,...,εp)engendre alors ε1, sinon, on pourrait former la famille libre (ei,ε1,ε2,...,εp). Or eiest engendré
par les εj.
(2) Appelons λk,i la composante de chaque εksur ei. On a que (ei,εk−λk,iei: 2 ≤k≤p)est une base de E.
On voit aussi que (εk−λk,iei: 2 ≤k≤p)et (ej:j�=i)sont des bases de Vect(ej:j�=i).
En effet, (εk−λk,iei: 2 ≤k≤p)est libre et contenue dans Vect(ej:j�=i). De plus (εk−λk,iei: 2 ≤k≤p)
engendre Vect(ej:j�=i), sinon (ei,εk−λk,iei: 2 ≤k≤p)ne pourraît être une base de E. Donc, par hypothèse
de récurrence on a n−1 = p−1, d’où n=p.
Théorème 2.2 Dans un espace vectoriel de dimension n, toute famille de plus de nvecteurs est liée (et toute
famille libre a au plus nvecteurs).
Corollaire 2.3 Soit Eun espace vectoriel de dimension finie n, et soit (v1, . . . , vn)une famille de nvecteurs.
On a équivalence entre :
1. (v1, . . . , vn)est une base de E,
2. (v1, . . . , vn)est une famille libre,
3. (v1, . . . , vn)est une famille génératrice.
Exercice 2.1 –
1- Quelle est la dimension de Cespace vectoriel sur R? sur C?
2- Quelle est la dimension de Kn?
2- Quelle est la dimension de Cn[X]sur R? Sur C
2- Quelle est la dimension de E×F? (détailler)
2.2 Sous-espaces vectoriels
Proposition 2.1 Soit F⊂Eun sous-espace vectoriel de E. Alors, Fest de dimension finie, et dim (F)≤
dim (E). De plus, on a dim (F) = dim (E)⇐⇒ F=E.
Preuve. Fne peut contenir de famille libre infinie, sinon il en irait de même de E, qui contiendrait alors des
sous-espaces des familles libres de cardinal supérieur à sa dimension. En appliquant le corollaire 2.2, on aurait
alors une contradiction. On voit alors que Fest de dimension finie, et que toute base de Fpeut être complétée
en une base de E, donc dim (F) = dim (E)⇐⇒ F=E.
Exemple 2.1 Les droites, les plans, les hyperplans.
Proposition 2.2 Soit Eun espace vectoriel de dimension finie sur K.Soit Eun espace vectoriel de dimension
finie. Tout sous-espace vectoriel Fde Eadmet au moins un supplémentaire Gdans Eet
E=F⊕G⇒dim (E) = dim (F) + dim (G).
Si Fet Gsont deux sous-espaces de Een somme directe, i.e. F⊕G, alors dim F+G= dim (F) + dim (G).
Plus généralement, si les Eksont des sev de Een somme directe, ⊕k
i=1Ek, alors dim ⊕k
i=1 Ek=k
i=1 dim Ek.
2.2. SOUS-ESPACES VECTORIELS 15
Exercice 2.2 – Dans R4, on considère le sous-espace Fengendré par (a, b, c)et le sous-espace Gengendré par
(d, e).
a= (1,2,3,4), b = (1,1,1,3), c = (0,1,2,2), d = (1,0,−1,2), e = (2,3,0,1)
Déterminer les dimensions de F, G, F ∩G, F +Get des bases de ces sous-espaces, et des représentations carté-
siennes (on cherchera d’abord une base de F∩G).
Définition 2.2 (Rang d’un système de vecteurs) On appelle rang d’un système de vecteurs Sla dimen-
sion du sous-espace vectoriel, supposé de dimension finie, engendré par ce système.
C’est donc le nombre maximal de vecteurs indépendants dans S. Notons nla dimension de E.
On donnera plus tard une méthode systématique de calcul du rang.
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