effet de la reference a soi sur la memoire episodique

publicité
THESE DE DOCTORAT DE L’UNIVERSITE RENE DESCARTES PARIS 5
Ecole doctorale 261, Cognition, Comportements, Conduites humaines
Spécialité : Psychologie
EFFET DE LA REFERENCE A SOI SUR LA
MEMOIRE EPISODIQUE :
Evaluation et prise en charge dans le vieillissement
normal et la maladie d'Alzheimer
Jennifer Lalanne
Soutenance le 27 novembre 2013
DIRECTEUR DE THESE :
Pascale Piolino, PU-HDR, Université Paris Descartes, INSERM
COMPOSITION DU JURY :
David Clarys, PU-HDR, Université de Poitiers, CNRS (Rapporteur)
Gianfranco Dalla Barba, CR-HDR, Université Pierre et Marie Curie, INSERM (Rapporteur)
Serge Nicolas, PU-HDR, Université Paris Descartes, INSERM (Examinateur)
Thierry Gallarda, PH, Université Paris Descartes, INSERM (Invité)
Laboratoire Mémoire et Cognition, INSERM S894
A tous mes patients
Les Naufragés d’Alzheimer
Julos Beaucarne
J'aime ces gens étranges, aux trous dans la mémoire,
Des trous remplis de plaies, présentes ou bien passées,
Vérités toutes crues, remontant en marée,
Quand les masques ont fondu, que la farce est jouée.
L'inconscient se lézarde, la raison capitule,
Des blessures tenaces, font surface et bousculent,
L'hier est aujourd’hui, le présent n'est qu'instant,
De vieilles photos parlent, révélateurs puissants.
J'aime ces gens étranges, leur raison déraisonne,
Ils sont les dissidents, des logiques des hommes,
Leur cœur ne souffre pas, l'événement leur échappe,
Ils captent les émois, l'essentiel sans flafla…
J'aime ces gens étranges, qui repèrent la fausseté,
Des gestes et des paroles, réclament l'amour vrai,
Fonctionnent à la tendresse, négligent tout le reste,
Ils sont vérité nue, ils aiment, ou ils détestent.
J'aime ces gens étranges, à la mémoire trouée,
Qui échangent des bribes, de leurs vies effacées,
Voyageurs sans papier, sans qualifications,
Ils sont ce que nous sommes, et nous leur ressemblons.
J'aime ces gens étranges, qui me montrent du doigt,
Les immenses trous noirs, que j'ai au fond de moi,
Ils sont le grand miroir, de mes désirs enfouis,
De ma débridence tue, et de ma fantaisie.
J'aime ces gens étranges, qui ont le mal d'enfance,
Comme le mal d'un pays, qu'ils chercheraient en silence,
Derrière l'apparence, de leur mémoire perdue,
Leur peau parle une langue, que nous n'entendons plus.
J'aime ces gens étranges, aux trous dans la mémoire,
Des trous remplis de plaies, présentes ou bien passées,
Vérités toutes crues, remontant en marée,
Quand les masques ont fondu, que la farce est jouée.
RESUME
Le Soi est un construit complexe en interaction intime avec la mémoire. Selon certains
modèles, cette interaction avec la mémoire s'exerce à la fois aux niveaux conceptuel et
phénoménologique du Soi. Le Soi conceptuel basé sur la mémoire autobiographique sémantique
est préservé dans le vieillissement normal et affaibli dans la maladie d’Alzheimer à un stade
débutant. En revanche, le Soi phénoménologique basé sur la mémoire autobiographique
épisodique est déjà perturbé dans le vieillissement normal et est très altéré dans la maladie
d’Alzheimer. La conséquence principale de l’atteinte du Soi dans la maladie d’Alzheimer est la
perte progressive de l’identité, avec un passé qui devient de plus en plus abstrait et désincarné.
Le premier objectif de cette thèse était d’étudier dans le vieillissement normal et la
maladie d'Alzheimer l’influence de ces deux composantes du Soi (basée sur les aspects
sémantiques ou épisodiques de la mémoire autobiographique) sur l’apprentissage de nouvelles
informations en mémoire épisodique. Trois études expérimentales ont été réalisées à partir d'un
paradigme de référence à Soi sur la mémoire. Chez les sujets jeunes et âgés, et à moindre
mesure chez les patients Alzheimer, les résultats ont montré que la mise en relation de
nouveaux stimuli avec des connaissances sur Soi (Soi conceptuel) ou des souvenirs personnels
(Soi phénoménologique) facilitait l’élaboration et l’organisation de la trace mnésique durant
l’encodage. L’élaboration supérieure des traces mnésiques après un traitement en référence au
Soi conceptuel ou phénoménologique permettait aussi d’augmenter leur discrimination
(reconnaissance) et favorisait l’expérience recollective (Remember). Par contre, à l'exception
des sujets jeunes, la récupération via une recherche stratégique auto-initiée (rappel libre)
n’était pas améliorée par un encodage en référence à Soi. La récupération des traces mnésiques
est également apparue être fortement influencée par les buts personnels du sujets, dont le
maintien d’une image positive est particulièrement prévalent chez les sujets âgés et les patients
Alzheimer, donnant ainsi lieu à un biais de positivité durant le rappel des informations.
Le second objectif concernait le développement d'une prise en charge spécifique des
troubles de mémoire antérograde dans la maladie d'Alzheimer en s'appuyant sur l'interaction
bénéfique entre le Soi et la mémoire. L’idée était que le Soi pouvait être une voie pour pallier aux
troubles mnésiques antérogrades dans la maladie d’Alzheimer et devenir une stratégie efficace
de compensation, qui puisse être optimisée en renforçant également lacomposante mnésique
rétrograde dans ses aspects sémantique et épisodique autobiographiques. Pour cela, une
quatrième étude a été réalisée afin de valider expérimentalement l'efficacité d’un programme
de réminiscence basé sur le modèle théorique de mémoire autobiographique de Conway. Les
résultats ont pu démontrer l’efficacité du programme sur l’amélioration de l’humeur chez des
patients Alzheimer, et surtout sur la récupération d’informations personnelles sémantiques et
sur la spécificité des souvenirs autobiographiques. Dans une cinquième étude, la réminiscence
a été utilisée pour renforcer la mémoire autobiographique conjointement à l’apprentissage
d’une stratégie de facilitation mnésique visant l'amélioration de l’encodage de nouveaux
événements par le biais de traitements en référence au Soi conceptuel et phénoménologique. Les
résultats d’une première étude de cas ont pu montrer que le programme avait eu un impact
positif sur les capacités de mémorisation de nouvelles infomations en mémoire épisodique, sur
la mémoire autobiographique et le sentiment d'identité.
En conclusion, les résultats exposés dans cette thèse permettent de montrer que
l’encodage en mémoire basé sur la référence à soi est en partie préservé dans le vieillissement
normal et qu’il peut être encore relativement efficace dans la maladie d'Alzheimer, mais surtout
qu’il est durable dans le temps. Cette stratégie est par ailleurs un support efficace pour
améliorer les capacités mnésiques d’apprentissage de nouvelles informations chez les patients
Alzheimer.
ABSTRACT
The self is a complex and multidimensional construct in close interaction with the
memory. The conceptual Self, based on semantic autobiographical memory, is preserved in
normal aging but weakened in Alzheimer's disease from an early stage. However, the
phenomenological Self, based on episodic autobiographical memory, is disturbed in normal
aging and even more in Alzheimer's disease. The main consequence of those impairments in
Alzheimer's disease is a gradual loss of identity, with a past becoming increasingly abstract and
disembodied.
The first objective of this thesis was to study the influence of the different components
of the self on the learning of new information in episodic memory in normal aging and in
Alzheimer's disease. We realized three studies based on the Self-reference paradigm on
episodic memory. In young and elderly people, and to a lesser extent in Alzheimer's patients,
results showed that linking new stimuli with pre-existing Self-knowledge (Conceptual Self) or
personal memories (Phenomenological Self) facilitated the elaboration and the organization of
the mnesic trace during the encoding. The superior elaboration of mnesic traces after
processing information in reference to the conceptual or phenomenological Self also increased
the discrimination of memory traces (recognition) and favored the recollective experience
(Remember). However, the recall based on self-initiated strategic research (free recall) was not
improved, except for the young participants. The retrieval of memory traces also appeared to
be strongly influenced by the personal Self-goals, including maintaining a positive image that is
especially prevalent in aging. The consequences were a positive bias on performances during
the retrieval.
The second objective of this thesis concerned the development of a non medical
intervention specially devoted to anterograde memory in Alzheimer’s disease based on the
beneficial interaction between the Self and the episodic memory. The idea was that the Self
could be a palliative method to the anterograde amnesia in Alzheimer's disease and could
become an effective compensation strategy that could be optimized by enhancing self-contents
based on retrograde memory according to different life-periods and multidimensional aspects
(semantic, episodic). In that way, in a fourth study was presented a validation of an
experimental program of reminiscence based on Conway’s theoretical model in patients with
an early to moderate stage of Alzheimer's disease. The results have demonstrated the
effectiveness of the program on improving mood, and especially on the retrieval of semantic
personal information and on the specificity of autobiographical memories. In a last study, the
reminiscence was used to strengthen the autobiographical memory in conjunction with the
learning of a facilitation mnemonic strategy in order to improve the encoding of new events
through conceptual and phenomenological Self-reference processing. Preliminary results with a
single case showed that this program had a positive impact on the capacities of learning new
information in episodic memory, on the autobiographical memory and the personal sense of
identity.
In conclusion, results showed that Self-reference processes are ? preserved in normal
aging and that they could be still efficient in Alzheimer’s disease. The most important is that the
Self-reference effect is sustainable in long term memory. The Self-reference strategy is also an
efficient support to improve the mnesic capacities for acquiring new personal events in
Alzheimer's patients.
REMERCIEMENTS
En tout premier lieu, je souhaite remercier Pascale Piolino. Lorsque j’ai découvert ses
travaux, il est devenu une évidence pour moi de travailler sur la mémoire autobiographique. Sa
personnalité, son dynamisme et sa carrière ont peut-être été les plus déterminants dans mon
choix final, suite à la profonde admiration que j’ai ressenti lors de notre premier rendez-vous
professionnel. Je ne la remercierais jamais assez de m’avoir laissé tant de liberté intellectuelle
et de manœuvres durant toutes ces années, toujours en me guidant finement et en m’assurant
un sentiment de sécurité latent perpétuel. Elle a su s’adapter à ma personnalité, mon rythme,
mes choix personnels et a toujours su avoir une profonde empathie pour les différents
événements de vie qui m’ont touchés.
Merci à David Clarys, Gianfranco Dalla Barba, Thierry Gallarda et Serge Nicolas,
membres du Jury, d’avoir pris le temps d’étudier en profondeur ce manuscrit et d’accepter
d’évaluer ce travail.
Je remercie à nouveau Thierry Gallarda d’avoir cru au potentiel de la prise en charge de
la mémoire proposé dans ce travail de thèse et de permettre sa pérénité dans l’avenir. Merci à
Johanna Rozenberg avec qui j’ai grandement collaboré pendant ce travail de thèse, tant sur le
plan de la reflexion de certains projets que sur leur réalisation pratique.
Je souhaite également remercier le professeur Gilles Chevallier pour ses cours
exceptionnellement pédagogiques qui m’ont clairement orientés dans le choix de ma spécialité,
la Neuropsychologie, ainsi que nos nombreux échanges intellectuels et ses conseils amicaux.
Merci également à Valérie Gyselinck, qui m’a connu dés mon entrée à la faculté de psychologie,
a suivi tout mon parcours, a toujours eu le sourire réconfortant et les mots encourageants et
surtout, qui a su la première, m’intéresser à la Psychologie expérimentale.
Merci à mes parents, Joëlle Thisse et Gérard Flaisler, qui m’ont toujours apporté tout
leur amour, leur soutien et leur gentillesse. Ils m’ont appris à dépasser mes limites, à me
surpasser quoiqu’il arrive et à ne jamais abandonner ses buts et projets. Grâce à leur protection
infinie, j’ai pu mener de grandes études et je ne les remercierai jamais assez pour cette grande
chance que beaucoup n’ont pas et espère être à la hauteur de leurs attentes et les rendre fiers
de ce que je suis devenue aujourd’hui. Un grand merci à ma grand-mère, Marie-Louise Vella.
Grâce à son amour, sa joie de vivre et sa jeunesse éternelle, j’ai choisi de travailler en gériatrie,
où j’y ai développé un respect profond pour mes aînés.
Je tiens également à remercier Adrien Chopin qui est en grande partie à l’origine de cet
attrait que j’ai pu développer pour le monde de la Recherche. Je lui suis reconnaissante de l’aide
et du soutien moral qu’il a pu m’apporter durant de nombreuses années. Il a su a de
nombreuses reprises émettre des critiques toujours profondément pertinentes, constructives
et positives. Enfin, grâce à son aide dans un domaine que je connais peu : l’informatique et
notamment la programmation, j’ai pu mener à bien une des études présentées dans ce
manuscrit.
Merci à mes amies de longue date, Laure-Aline Dequier et Ieva Rasinskaite, pour tous
ces moments que nous avons partagés et continuons de partager ensemble et qui sont toujours
aussi présentes malgré la distance physique qui nous sépare et les chemins si différents que
nous avons pu prendre.
Un grand merci à Gaëlle Borschardt qui a partagé mon bureau durant trois ans. Le
hasard de ce partage fait qu’aujourd’hui elle est devenue une amie précieuse qui m’a
profondément soutenu durant ces années de doctorat. Merci aussi à tous les doctorants qui
m’ont donné leur amitié sincère, Audrey Abitan, Servane Barrault, Yannick Gouden, Marion Nys.
Je remercie également Julien Chauvet qui s’est avéré être un soutien moral et
réconfortant très important durant cette dernière année. Merci aussi à Antoine Stora pour sa
bienveillance et sa gentillesse au travers de toute épreuve, sans qui je n’aurais pu mener à bien
cette dernière année de thèse.
Je tiens tout autant à remercier mes amis grâce à qui j’ai pu partager des moments de
détente et d’amusement inoubliables, moments particulièrement importants pour ne pas lâcher
prise durant le doctorat : Séverine Gilbert, Mélodie Ambroset, Frédéric Benmusa et son groupe
Antigone, Fabio Puzzo, Geoffrey Boucard, Pauline Lapalus, Christophe Sabat, Pauline Lefort
avec son cabaret burlesque, ainsi qu’à tous les autres.
Enfin, j’aimerais remercier mes collègues de l’hôpital Léopold Bellan qui m’ont
accompagné amicalement et professionnellement, et m’ont largement aidés à concilier ma vie
professionnelle et ma vie de doctorante : Magali Barbe, Amandine Helbert, Fabrice SullyAlexandrine, Manuel Cerioli, Mario Puntaric, Perrine Vosniak, Rayane Tournier.
Pour terminer, je souhaite remercier tous les relecteurs : Antoine Stora, Gaëlle
Borschardt, Julien Chauvet, Servane Barrault, Jonathan Valentim.
AVANT-PROPOS
Dans notre société, la vieillesse est souvent vectrice d’images négatives. Etre vieux, c’est
être malade, être moins beau physiquement, être moins utile, être fou et sénile, être un poids
pour la société. Pourquoi tant de dévalorisation ? La vieillesse est devenue un problème de
santé publique depuis plusieurs décennies, car la population vieillit, mais elle vit surtout de plus
en plus longtemps. Alors que la durée de vie devrait être vue comme une avancée médicale
positive, elle est plutôt vue comme un fardeau lourd à porter, lourd pour les plus jeunes, lourd
pour l’économie d’un pays. Vivre plus vieux est donc devenu vivre à la charge de la société plus
longtemps. Les coûts financiers engendrés par la vieillesse apparaissent souvent au premier
plan dans les discours, car vieillir suppose que l’on s’expose à de plus en plus de maladies à
soigner et que la dépendance devient plus prégnante. Or, une donnée souvent oubliée est que
les personnes vivent certes plus longtemps, mais elles vivent aussi mieux plus longtemps ; les
personnes âgées ne sont donc pas plus malades qu’avant, elles le sont plus tard. L’espérance de
vie augmente parce que les conditions de vie sont meilleures, que les avancées médicales
permettent de prévenir un grand nombre de pathologies, et que les personnes bénéficient de
soins plus adaptés dés leur plus jeune âge. Et dans ce sens, il apparait que les coûts de santé liés
à la vieillesse (aux soins) ne sont pas si monumentaux qu’on veut bien le faire croire et ont en
réalité une part plus minimes qu’on ne le pense dans l’augmentation globale des dépenses
publiques. Finalement, ces « vieux » sont surtout la meilleure preuve pour nous montrer toutes
les belles et nombreuses années que la vie nous réserve encore.
A l’heure où la société se veut individualiste, surproductive, et où la rentabilité est de
mise, la vieillesse est vue comme une entrave à son bon fonctionnement. Etre productif c’est
travailler, travailler c’est être jeune. On exclue ainsi les personnes âgées de la société et on les
dépossède de leur valeur personnelle, en oubliant qu’elles aussi ont par le passé travaillé pour
elle. Pourtant, en France, elles ont certainement bien plus travaillé que les travailleurs
d’aujourd’hui, les 35h n’existaient pas. Mais le problème n’est sûrement pas ici, il tient au fait
que la société ne veut pas vieillir, et que tout est fait pour repousser les limites de la jeunesse.
Avec les avancées médicales, la mortalité est devenue principalement l’apanage des âgés, et ce,
pour le plus grand bonheur de tous. Aujourd’hui, la jeunesse est en sécurité, car la mortalité ne
fait presque plus partie de sa vie, de son quotidien. La vieillesse devrait donc être positive
puisqu’elle est, encore une fois, la preuve que nous vivons mieux. Mais le passé gène, il est la
marque du temps écoulé, temps qu’on ne veut pas voir avancer car on ne veut pas s’approcher
de la finitude qui guette tout à chacun malgré les avancées repoussant cette fin inexorable. De
cette contradiction, la société en vient à rejeter un des plus grands privilèges de la vieillesse,
celui d’avoir vu, entendu et vécu la vie. En effet, il ne faut pas oublier que la personne âgée est la
garante du passé de chacun et de l’Histoire. Son expérience est la lumière des plus jeunes et elle
est même la mieux placée pour mettre en valeur tous les changements positifs qu’une société a
pu vivre.
Toutefois, c’est peut-être l’image de sénilité et de démence qui a le plus mis à mal
l’image de la vieillesse ces dernières décennies. La médiatisation grandissante des pathologies
démentielles, le développement accru des recherches dans ce domaine, et surtout la précocité
des diagnostiques a mis la démence au premier plan des effets néfastes du vieillissement. Il n’y
a sûrement pas plus de personnes qui deviennent séniles ou démentes que dans le temps, elles
sont simplement diagnostiquées plus souvent et plus tôt. Nous les voyons plus qu’auparavant à
la lumière de la société. Si les recherches se concentrent principalement à déterminer les
facteurs permettant de diagnostiquer plus précocement les syndromes démentiels ou les
personnes à risque, c’est aussi principalement pour permettre une prise en charge efficace le
plus tôt possible. Cette démarche louable a toutefois un aspect négatif où la vieillesse semble se
réduire à être ou ne pas être dément. Dans le cadre de mon activité professionnelle, mais
également dans mes recherches, la plus grande angoisse qu’éprouvent les personnes âgées face
à leurs difficultés cognitives, est la possibilité d’avoir un syndrome démentiel. Et la simple
annonce diagnostique peut tout changer pour la personne qui la reçoit. Elle n’est plus ce qu’elle
est, elle devient une personne avec une démence et ses proches la voient comme une charge,
bien souvent avant même que les troubles perturbent le quotidien. Pourtant, à ce moment, elle
est toujours la même personne, rien n’a changé, sauf cette nouvelle étiquette sociale qu’on vient
de lui poser. Cette vision si négative de la démence est aussi fortement associée à la peur de
perdre sa dignité du fait d’être sous la dépendance grandissante vis-à-vis d’autrui. Pourtant,
nous sommes tous dépendants les uns des autres, notre dépendance varie seulement en
fonction de nos besoins qui évoluent au cours de la vie. La dépendance des personnes âgées
devient alors le besoin d’être bien entourée, pour le bien-être de sa fin de vie. Ainsi, la dignité ne
se perd pas par le fait d’avoir besoin d’autrui, elle se perd quand l’individualité et l’intégrité
n’est plus respectée.
Ma volonté de travailler en gériatrie vient du grand respect que j’éprouve pour les
personnes âgées et de ma tristesse face à la manière dont nos ainés sont considérés par la
société. La recherche est devenue pour moi le meilleur moyen de participer à l’amélioration des
conditions de vie des personnes âgées, et notamment de celles atteintes d’un syndrome
démentiel. Elles sont le reflet d’un passé que je n’ai pas connu mais que je peux approcher par
l’histoire que l’on me conte. Cette mémoire, leur mémoire, si chère à mes yeux, est donc
devenue le centre de mes recherches. Cette volonté est née de l’observation de ceux qui la
perdent et quoi de mieux que de l’étudier pour tenter de les aider à la préserver au plus
longtemps. A l’heure actuelle, il n’existe pas de traitements médicamenteux permettant de
stopper la maladie, ils peuvent seulement en ralentir la progression et ce n’est
malheureusement pas toujours une réussite. La nécessité de trouver des solutions alternatives
est donc une priorité, et le développement des thérapies cognitives non médicamenteuses par
le biais de la recherche est d’une importance cruciale. Un patient, à qui on venait d’annoncer
son diagnostique, m’a dit un jour : « Pourquoi me dire que j’ai une maladie d’Alzheimer, si on ne
peut rien faire pour me soigner ? Maintenant je suis malade et le vide de l’avenir m’envahit, la
connaissance vient de me faire perdre le bonheur ». Cette remarque m’a profondément
touchée, et je fais partie des gens qui ne considère pas nécessairement l’annonce précoce de
diagnostique, surtout l’étiquette sociale qu’il donne, d’un bon œil s’il n’est pas accompagné de
prise en charge efficace de la personne. C’est pourquoi, j’ai voulu donner cette orientation
supplémentaire à ce travail de recherche, car j’estime qu’il est nécessaire de pallier au mieux à
ce vide qui peut envahir la personne diagnostiquée.
SOMMAIRE
PREAMBULE………………………………………………………………………………………………………..1
INTRODUCTION GENERALE…………………………………………………………………………………5
CHAPITRE 1 : LA MEMOIRE
I.
CONTEXTE HISTORIQUE : NAISSANCE DE L’ETUDE DE LA MEMOIRE EN PSYCHOLOGIE
EXPERIMENTALE ......................................................................................................................... 8
A.
EBBINGHAUS : LES PREMIERES ETUDES..................................................................................................... 8
B.
MEMOIRE ET BEHAVIORISME ................................................................................................................. 9
C.
MEMOIRE ET COGNITIVISME ................................................................................................................12
II.
DE LA MEMOIRE A LONG TERME A LA MEMOIRE EPISODIQUE ................................................ 14
A.
LA NAISSANCE DE LA MEMOIRE EPISODIQUE............................................................................................14
B.
LA MODELISATION STRUCTURO-FONCTIONNELLE DE LA MEMOIRE : MODELE SPI DE TULVING .........................15
C.
LIMITES DU MODELE SPI ET REDEFINITION DES FONCTIONS DE LA MEMOIRE EPISODIQUE ................................17
1.
Les processus fonctionnels de la mémoire épisodique reconsidérés ......................................17
2.
Une composante épisodique dans la mémoire de travail.......................................................18
D.
COMMENT EVALUER LA MEMOIRE EPISODIQUE ? ....................................................................................19
CHAPITRE 2 : LE LIEN INTIME ENTRE SOI ET MEMOIRE
I.
21
DE LA MEMOIRE EPISODIQUE A LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE ...................................... 22
A.
LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE EST-ELLE UNIQUEMENT EPISODIQUE ?...................................................22
B.
LA MEMOIRE EPISODIQUE EST-ELLE STRICTEMENT AUTOBIOGRAPHIQUE ? ....................................................23
C.
VERS UNE DEFINITION ACTUALISEE DE LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE ....................................................23
II.
LE SOI ET LA MEMOIRE EN INTERACTION .................................................................................. 24
A.
LA CONCEPTION DE JAMES...................................................................................................................24
B.
MODELE DE LA MEMOIRE DE SOI DE CONWAY ........................................................................................26
C.
PRECISIONS DES INTERACTIONS ENTRE LE SOI ET LA MEMOIRE ....................................................................27
1.
Soi conceptuel, mémoire sémantique .....................................................................................27
2.
Soi phénomenologique, mémoire perceptive et mémoire épisodique ...................................29
3.
Soi de travail, memoire de travail............................................................................................33
CHAPITRE 3 : EFFET DE REFERENCE A SOI
I.
II.
7
38
CRAIK ET LOCKHART : THEORIE DE LA PROFONDEUR DE TRAITEMENT .................................... 39
A.
PRINCIPE GÉNÉRAL .............................................................................................................................39
B.
LES EXPERIENCES DE CRAIK ET TULVING (1975) .......................................................................................41
C.
AJOUTS THÉORIQUES ..........................................................................................................................44
1.
Les processus d’encodage reconsidérés ..................................................................................44
2.
Les processus de récupération détaillés ..................................................................................46
EFFET DE REFERENCE A SOI........................................................................................................ 47
A.
LITTERATURE ET EXPLICATIONS THEORIQUES ........................................................................................... 48
1.
Effet de référence à Soi ............................................................................................................ 48
2.
Effet de référence à Soi en recollection ................................................................................... 49
3.
Effet de référence à Soi et émotions ....................................................................................... 50
4.
Comment expliquer ce bénéfice ?............................................................................................ 51
B.
DEUX TYPES DE REFERENCE A SOI, DEUX PROCESSUS DISTINCTS .................................................................. 52
C.
TRAITEMENTS DIMINUANT L’EFFET DE LA REFERENCE A SOI........................................................................ 54
1.
Traitement de désirabilité sociale ........................................................................................... 54
2.
Traitement en référence à autrui ............................................................................................ 55
a)
Cas particuliers : auto-génération, sentiment d’appartenance et agentivité ................................... 56
3.
Traitement sur un matériel de noms communs ...................................................................... 57
4.
Traitement par imagerie mentale ........................................................................................... 58
D.
BASES NEURALES APPUYANT LA SPECIFICITE DE LA REFERENCE A SOI ........................................................... 60
CHAPITRE 4 : LES TROUBLES MNESIQUES DANS LE VIEILLISSEMENT
I.
63
LES PERTURBATIONS MNESIQUES DANS LE VIEILLISSEMENT NORMAL .................................... 65
A.
LA MEMOIRE NON EPISODIQUE DANS LE VIEILLISSEMENT ........................................................................... 65
B.
LA MEMOIRE EPISODIQUE DANS DES TACHES DE LABORATOIRE ................................................................... 66
II.
1.
Troubles spécifiques des processus d’encodage ..................................................................... 66
2.
Troubles spécifiques des processus de récupération .............................................................. 68
3.
Un dysfonctionnement exécutif à l’origine des déficits mnésiques épisodiques ................... 69
MALADIE D’ALZHEIMER ............................................................................................................. 70
A.
B.
LES DEFICITS DE MEMOIRE NON EPISODIQUE ........................................................................................... 70
1.
Troubles de la mémoire procédurale et perceptive ................................................................ 70
2.
Troubles de la mémoire sémantique ....................................................................................... 71
3.
Troubles de la mémoire de travail ........................................................................................... 71
LES DEFICITS DE LA MEMOIRE EPISODIQUE .............................................................................................. 73
a)
Atteinte des processus d’encodage ................................................................................................... 73
b)
Atteinte des processus de stockage ................................................................................................... 75
c)
Atteinte des processus de récupération ............................................................................................ 76
CHAPITRE 5 : LE SOI ET LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE DANS LE VIEILLISSEMENT
I.
78
LE VIEILLISSEMENT NORMAL...................................................................................................... 79
A.
UN SOI CONCEPTUEL PRESERVE ............................................................................................................ 79
B.
UN SOI PHENOMENOLOGIQUE PERTURBE .............................................................................................. 80
C.
L’IMPORTANCE DES SOUVENIRS DEFINISSANTS LE SOI ............................................................................... 82
II.
MALADIE D’ALZHEIMER ............................................................................................................. 84
A.
UN SOI CONCEPTUEL FRAGILISE ............................................................................................................ 84
B.
UN SOI PHENOMENOLOGIQUE ALTERE .................................................................................................. 85
C.
DYSFONCTIONNEMENT DU SOI DE TRAVAIL ............................................................................................. 86
CHAPITRE 6 : INFLUENCE DU SOI EN MEMOIRE EPISODIQUE DANS LE VIEILLISSEMENT NORMAL 89
I.
EFFET DE REFERENCE A SOI DANS LE VIEILLISSEMENT NORMAL ............................................... 89
A.
EFFET DE REFERENCE A SOI RELATIVEMENT PRESERVE ...............................................................................89
B.
EFFET DE REFERENCE A SOI EN RECOLLECTION PERTURBE ..........................................................................92
C.
DIFFERENCES FONCTIONNELLES ENTRE SUJETS JEUNES ET AGES ..................................................................93
II.
DES EFFETS DE REFERENCE A SOI PRESENTS MAIS RESTREINTS DANS LA MALADIE
D’ALZHEIMER ............................................................................................................................ 94
A.
UN EFFET DE REFERENCE A SOI EN RECONNAISSANCE ET EN RECOLLECTION TOUJOURS PRESENT .......................94
B.
BENEFICE DE L’AUTO-GENERATION ET DE L’AGENTIVITE SUR L’APPRENTISSAGE DANS LA MALADIE D’ALZHEIMER .95
C.
APPORT DE L’IMAGERIE DANS LA COMPREHENSION DE L’EFFET DE REFERENCE A SOI ......................................96
III. BIAIS DE POSISITIVITE ET THEORIE SOCIO-EMOTIONNELLE DANS LE VIEILLISSEMENT ............. 97
CHAPITRE 7 : PRISE EN CHARGE DES TROUBLES MNESIQUES DANS LA MALADIE D'ALZHEIMER 100
I.
PRINCIPES DES METHODES GENERALES DE PRISES EN CHARGE...............................................103
II.
DES METHODES DE REHABILITATION DE LA MEMOIRE EPISODIQUE A CELLES DE LA MEMOIRE
AUTOBIOGRAPHIQUE ..............................................................................................................104
A.
OPTIMISATION DES CAPACITES DE MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE PAR DES METHODES DE FACILITATION ........105
B.
OPTIMISATION DES CAPACITES DE MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE PAR DES METHODES DE REORGANISATION ..106
C.
AIDES PROTHETIQUES COMME SUPPORT DE LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE ..........................................109
III. LE CAS PARTICULIER DE LA REMINISCENCE AUTOBIOGRAPHIQUE ..........................................111
TRAVAUX EXPERIMENTAUX
CHAPITRE 8 : OBJECTIFS GENERAUX
115
117
I.
EVALUATION DE L’EFFET DE REFERENCE A SOI .........................................................................118
II.
PRISE EN CHARGE DE LA MEMOIRE BASEE SUR LA REFERENCE A SOI ......................................120
CHAPITRE 9 : TRAVAUX EXPERIMENTAUX SUR L'EFFET DE DEREFERENCE A SOI
123
I.
CONSTRUCTION DU MATERIEL .................................................................................................123
II.
EFFET DE REFERENCE AU SOI CONCEPTUEL : ETUDE 1..............................................................125
III. EFFET DE REFERENCE A SOI MULTIDIMENTIONNEL EN RAPPEL LIBRE : ETUDE 2 .....................152
IV. EFFET DE REFERENCE A SOI MULTIDIMENSIONNEL EN RECONNAISSANCE : ETUDE 3 .............166
CHAPITRE : PRISE EN CHARGE BASEE SUR LA REFERENCE A SOI
192
I.
PROGRAMME DE REMINISCENCE AUTOBIOGRAPHIQUE : ETUDE 4 ........................................192
II.
PROGRAMME INNOVATEUR DE REVALIDATION DE LA MEMOIRE BASE SUR L’EFFET DE
REFERENCE A SOI A UN STADE DEBUTANT DE LA MALADIE D’ALZHEIMER : ETUDE 5 ............220
CHAPITRE 11 : DISCUSSION GENERALE DES ETUDES 1 A 3
I.
257
EFFET DU SOI CONCEPTUEL ET DU SOI PHENOMENOLOGIQUE SUR LA RECUPERATION,
L’ELABORATION ET LA FORCE DES TRACES MNESIQUES. ........................................................260
A.
SUJETS JEUNES ................................................................................................................................260
B.
LES EFFETS DE REFERENCE A SOI ROBUSTES AU VIEILLISSEMENT NORMAL ...................................................263
C.
MALADIE D’ALZHEIMER ....................................................................................................................266
II.
ETAT DE CONSCIENCE AUTONOETIQUE : LE REFLET DE L’INTEGRATION DES INFORMATIONS AU
SOI ........................................................................................................................................... 270
A.
EFFET DE REFERENCE A SOI EN RECOLLECTION ....................................................................................... 271
B.
LA PERTINENCE DES INFORMATIONS POUR LE SOI PREDICTIVE DE LA RECOLLECTION FUTURE DANS LE
VIEILLISSEMENT NORMAL ......................................................................................................................... 272
C.
UNE INTEGRATION AU SOI RESTREINTE AUX INFORMATIONS TRAITEES EN REFERENCE A SOI DANS LA MALADIE
D’ALZHEIMER. ....................................................................................................................................... 273
III. REGULATION EMOTIONNELLE ET SOI DE TRAVAIL ................................................................... 274
A.
LE CAS DES SUJETS JEUNES ................................................................................................................. 275
B.
BIAIS EMOTIONNEL DE POSITIVITE DANS LE VIEILLISSEMENT NORMAL ........................................................ 276
C.
BIAIS EMOTIONNEL DE POSITIVITE DANS LA MALADIE D’ALZHEIMER : REGULATION EMOTIONNELLE OU
ANOSOGNOSIE ? .................................................................................................................................... 278
DISCUSSION GENERALE
280
CHAPITRE 12 : DISCUSSION GENERALE DES ETUDES 4 ET 5
282
CHAPITRE 13 : CONCLUSIONS, LIMITES ET PERSPECTIVES
285
IV. PISTES DE REFLEXIONS SUR L’EFFET DE REFERENCE A SOI ....................................................... 286
A.
MATERIEL EXPERIMENTAL .................................................................................................................. 286
B.
PARADIGMES EXPÉRIMENTAUX ........................................................................................................... 286
C.
DES ANALYSES SUPPLEMENTAIRES POUR ENRICHIR LES DONNEES .............................................................. 288
D.
DES DIRECTIONS FUTURES DE L’ETUDE DE LA REFERENCE A SOI EXPLICITE.................................................... 290
E.
PROJETS FUTURS : EFFET DE REFERENCE A SOI ET MEMOIRE IMPLICITE ....................................................... 291
V.
PISTES DE REFLEXIONS SUR LES PRISES EN CHARGE ................................................................ 293
A.
OPTIMISATION DE LA PRISE EN CHARGE................................................................................................ 293
B.
VALIDITÉ EXPÉRIMENTALE ................................................................................................................. 294
C.
DES MODIFICATIONS COGNITIVES AUX MODIFICATIONS CEREBRALES ......................................................... 295
CONCLUSION GENERALE
297
ANNEXES
307
I.
RESUME DES ETUDES SUR L’EFFET DE REFERENCE A SOI SUR LE RAPPEL ET LA
RECONNAISSANCE D’INFORMATION CHEZ DES SUJETS JEUNES ET AGES ............................... 309
II.
DESCRIPTION DES TESTS UTILISES DANS LES TRAVAUX EXPERIMENTAUX .............................. 315
III. MATERIEL - TRAITS DE PERSONNALITE .................................................................................... 325
IV. ACTIVITES ET PUBLICATIONS DURANT LE DOCTORAT ............................................................. 328
PREAMBULE
Le vieillissement de la population et les difficultés liées à la comorbidité de nombreuses
maladies en ont fait depuis moins d’une vingtaine d’années un problème de santé publique,
notamment avec l’idée générale de trouver des solutions préventives et palliatives. Si la
recherche est particulièrement impliquée dans cette problématique, c’est en partie parce que
les troubles cognitifs ont un impact sur la qualité de vie des personnes concernées. En effet,
déjà dans le vieillissement normal, les personnes âgées font face à d’importants changements
physiques et biologiques, telles que la prévalence plus importante de maladies (troubles
cardiaques, diabète, ….), une réduction de fonctions basiques (vision, l’audition, sexualité …),
qui peuvent induire une diminution de l’autonomie (réduction de la mobilité, des activités
domestique, des loisirs etc. …). Ces difficultés quotidiennes peuvent rapidement atteindre la
qualité de vie des personnes âgées en réduisant l’équilibre psychique (e.g. syndrome anxiodépressif), mais peuvent aussi toucher le domaine des relations sociales et familiales. En plus
de ces pertes ou diminution, les personnes âgées doivent également faire face à l’optique de la
fin de vie approchante qui nécessite de grandes capacités de réorganisation psychique pour
maintenir une vision positive de Soi. Si la plus grande partie des sujets vieillissants poursuivent
leur vie sans ressentir ce poids, nombreux sont également ceux qui le vivent d’autant moins
bien dés lors que les difficultés cognitives rentrent en jeu, d’autant plus lorsque celles-ci sont
liées à la maladie d’Alzheimer. Ainsi, l’étude des mécanismes sous-jacents de la mémoire est
d’une importance cruciale puisque pour contrer les troubles de manière efficace, il est
nécessaire d’en comprendre son fonctionnement dans le but de développer ensuite les prises
en charges les plus efficaces possibles ; tels étaient les objectifs de cette thèse au sens le plus
large.
Sur le plan cognitif, la plainte mnésique est probablement la plus courante dans le
vieillissement normal. Il est aujourd’hui admis que la plainte mnésique des personnes âgées
représente une réalité tant sur le plan des performances de mémoire concernant notamment la
mémoire épisodique (Naveh-Benjamin, & Old, 2008) que des modifications cérébrales (pour
revue, voir, Ludwig & Chicherio, 2007). Les troubles en mémoire épisodique sont généralement
ceux rapportés comme étant les premiers signes de la maladie d'Alzheimer. Le diagnostique de
Maladie d’Alzheimer probable nécessite en effet d'objectiver une atteinte progressive d’au
moins deux domaines cognitifs, dont l’un concerne la mémoire épisodique, et une perte de
l’autonomie conjointe aux troubles cognitifs, qui ne sont pas dus à une atteinte neurologique ou
infectieuse autre que la maladie d’Alzheimer (Mc Khann et al., 1984). La maladie d’Alzheimer se
caractérise sur le plan neuropathologique par une accumulation de plaques amyloïdes et de
1
protéines Tau donnant lieu à une dégénérescence neurofibrilaire (Buée & Delacourte, 2006;
Delacourte, 1998), entraînant ainsi la perte progressive des fonctions cognitives et de l’intégrité
intellectuelle.
L'atteinte de la mémoire épisodique est ainsi au coeur des déficits liés au viellissement
normal et à la maladie d'Alzheimer. L’objectif générale de cette thèse était de mieux cerner les
mécanismes qui permettent d'améliorer la mémoire épisodique dans le but de proposer une
prise en charge efficace et ainsi soutenue par un appui théorique et expérimental. Les travaux
qui en découlent ont été réalisés dans la lignée des expériences de Rogers et ses collaborateurs
(1977) montrant que des connaissances sur Soi pouvaient influencer les processus
d’apprentissage en mémoire et améliorer les performances de rappel subséquentes (« effet de
référence à Soi »). Depuis cette étude princeps, d’autres auteurs ont montré que l’amélioration
des performances mnésiques, après avoir relié des informations nouvelles avec des
informations sur Soi, était aussi présente chez les personnes âgées. Toutefois, aucune des
recherches dans le vieillissement ne s’est intéressée à cet effet sur la mémoire à long terme,
notamment sur la consolidation des traces mnésiques. De plus, aucune n’a tenu compte de la
multiplicité du Soi comme facteur d’influence de l’effet de référence à Soi.L’idée d’utiliser cette
stratégie pour aider les patients Alzheimer à mémoriser de nouvelles informations a fait naitre
les travaux de cette thèse. Mon intérêt fut donc d’étudier les mécanismes sous-jacents de ce
phénomène pour développer des méthodes originales et spécifiques de mémorisation de
nouvelles informations en s'appuyant sur les fondements de l'effet de référence à Soi sur la
mémoire.
La première partie de cette thèse concerne une introduction générale sur les aspects
théoriques et expérimentaux sur lesquels mes travaux sont basés. Le premier chapitre définit,
après quelques éléments historiques, le concept de mémoire épisodique dans le cadre de la
modélisation structurale de la mémoire du modèle SPI de Tulving, ainsi que ses limites. Le
second chapitre s’intéresse plus aux liens entre la mémoire (plus spécifiquement la mémoire
autobiographique) et le Soi, et comment ils interagissent. Le troisième chapitre est consacré à
l’effet de référence à Soi qui constitue le cœur de cette thèse. Pour cela, nous présentons en
premier lieu un paradigme expérimental qui permet d’étudier les phénomènes d’apprentissage
en mémoire épisodique (paradigme de la profondeur de traitement) et sur lequel est basée
l’étude de l’influence du Soi en mémoire épisodique. Les chapitres suivants sont consacrés à la
littérature sur le sujet dans le cadre du vieillissement normal et de la maladie d’Alzheimer.
Ainsi, le quatrième chapitre présente les troubles mnésiques observés dans ces deux
populations. Le cinquième chapitre s’attarde plus volontier sur les interactions entre le Soi et
la mémoire, et le sixième chapitre s’intéresse à la manifestation de l’effet de référence à Soi au
2
regard des troubles mnésiques précédemment décrits. Enfin, le dernier chapitre de cette
introduction présente une revue de littérature sur la prise en charge des troubles mnésiques
dans la maladie d’Alzheimer.
La deuxième partie de cette thèse présente l’ensemble des travaux expérimentaux
pour lesquels les objectifs sont détaillés dans le chapitre 8. A partir des trois premières études
l’effet de référence à Soi (basé sur les aspects sémantiques ou épisodiques de la mémoire
autobiographique) est recherché dans la mémorisation de nouvelles informations en
comparant systématiquement des groupes de sujets jeunes, de sujets âgés sains et de patients
atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade débutant. Ces travaux sont présentés dans le
neuvième chapitre. Enfin, le dixième chapitre comprends les deux dernières études qui sont
axées sur la mise en place d'une prise en charge non médicamenteuse des troubles mnésiques
épisodiques dans la maladie d’Alzheimer. La première (étude de groupes) vise à tester
l'efficacité d’un nouveau programme de réminiscence pour la prise en charge de la mémoire
autobiographique afin de renforcer les connaissances et les souvenirs sur lesquels se base le
Soi, et la seconde (étude de cas unique) associe une prise en charge de la mémoire
autobiographique qui renforce le Soi pour permettre la mémorisation plus efficace de nouvelles
informations en se basant sur l'effet de référence à Soi (tel qu'étudié dans les premières
études).
Enfin, la dernière partie se termine par une discussion de l’ensemble des résultats
obtenus dans ces cinq études, leurs liens avec le cadre théorique exposé dans les premiers
chapitres, mais également leur implication clinique ainsi que leurs limites. : les études 1 à 3 sont
discutées dans le onzième chapitre, les études 4 et 5 dans le douxième chapitre. Cette thèse
se termine sur une conclusion générale de l’ensemble des travaux.
3
4
INTRODUCTION GENERALE
5
6
Chapitre 1 : La Mémoire
CHAPITRE 1 : LA MEMOIRE
« Et la mémoire
comment est-elle faite la mémoire
de quoi a-t-elle l’air
de quoi aura-t-elle l’air plus tard
la mémoire
Peut-être qu’elle était verte pour les souvenirs de
vacances
peut-être que c’est devenu maintenant un grand
panier d’osier sanglant
avec un petit monde assassiné dedans
et une étiquette avec le mot Haut
avec le mot Bas
et puis le mot Fragile en grosses lettres rouges
en bleues
ou mauves
pourquoi pas mauves
enfin grises et roses
puisque j’ai le choix maintenant »
In Memoriam
Jacques Prévert
Le 18ème et 19ème siècle ont connu le développement de l’empirisme, dont William
James, John Locke, et David Hume ont été partisans. L’empirisme considère que les
connaissances sont principalement acquises à partir des expériences subjectives (émotions,
sensations, plaisirs, perceptions …) et ne sont pas innées, telles que conçues dans l’innéisme
(Lalande, 1988). Ainsi, les expériences subjectives constituent des observations et des faits
mesurables dont il est possible d’extraire des règles. En psychologie, l’empirisme devient donc
l’étude des phénomènes psychiques (de l’âme) qui sont des faits de la conscience, faisant de
l’introspection et l’induction la principale méthodologie. Dans ce contexte, l’étude de la
mémoire était surtout liée à l’expérience subjective de la récupération des souvenirs
personnels, où les conceptions de Soi et de mémoire étaient déjà intrinsèquement liées.
C’est dans l’empirisme que la psychologie expérimentale a en partie pris ses racines,
même si l’évolution de cette discipline n’est pas réductible à un courant stricto-sensu. Bien que
la mémoire fût un objet d’étude déjà bien établi, son étude au sens expérimental s’est
considérablement développée après la parution des premiers travaux d’Ebbinghaus (1885). Ce
dernier avait la conviction qu’il était possible d’étudier les processus mnésiques, et notamment
ceux en jeu dans l’apprentissage, de façon scientifique et objectivable. Il considérait également
que les processus mnésiques pouvaient toutefois appartenir au domaine de l’inconscient et que
notre cognition ne se réduisait pas nécessairement à ce qui était observable. Par la suite, le
courant béhaviorisme a donné naissance à une forme de psychologie, également empirique,
mais ne considérant plus les phénomènes psychiques. Le béhaviorisme a pris racine dans
l’étude des comportements observables comme unique vérité de la cognition, rejetant ainsi
l’étude des phénomènes introspectifs et la notion de conscience et de Soi. L’apprentissage était
considéré comme celui de la réponse comportementale face à un stimulus et à sa
généralisation. Le développement des premières formes d’intelligence artificielle a permis de
7
Chapitre 1 : La Mémoire
donner un essor nouveau à la psychologie, le cognitivisme. Les comportements n’étaient plus
les seuls garants de ce qu’est l’Homme et les états mentaux étaient de nouveau mis au goût du
jour, mais apparentés à des processus de calcul interne, où le psychisme fut comparé à un
ordinateur assimilant une quantité d’informations. Ce contexte historique est rapidement
présenté dans la section I de ce chapitre. Depuis cette première conception du cognitivisme, le
courant a considérablement évolué. Il a donné lieu à de nombreuses modélisations théoriques
de la mémoire se rapprochant le plus de sa conception actuelle, dont les fonctions
consensuelles se définissent par l’encodage, le stockage et la récupération des informations. Le
développement de la notion de mémoire épisodique a fait émerger celle d’un système
spécifique qui puisse permettre d’expliquer la formation des traces mnésiques contextualisées
et les processus d’apprentissage de nouvelles informations en mémoire.
I.
CONTEXTE HISTORIQUE : NAISSANCE DE L’ETUDE DE LA MEMOIRE
EN PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
Des travaux d’Ebbinghaus, on retiendra principalement ses données sur la durée d’un
apprentissage et les courbes d’oublis d’une trace mnésique. Le courant béhavioriste a
également engendré de nombreuses données expérimentales et comportementales sur
l’apprentissage, dans lesquelles les travaux de Reed apparaissent particulièrement intéressants
pour leur similitude sur les lois d’associations qui guident les processus d’apprentissage avec
celles qui seront plus tard développées par Craik et Lockhart. Leur théorie de la profondeur de
traitement, ainsi que les modélisations actuelles de la mémoire trouve également leurs bases
dans les premiers modèles de la mémoire, dont l’un des plus importants fut celui d’Atkinson et
Shiffrin.
A.
EBBINGHAUS : LES PREMIERES ETUDES
Les premiers travaux à proprement dits expérimentaux sur la mémoire sont ceux
d’Ebbinghaus (1885), qui fut le premier à explorer l’influence de l’apprentissage en mémoire
sur la rétention des informations par des mesures quantitatives et observables (pour revue de
ses travaux, voir Nicolas, 1992). Ainsi, c’est en observant ses propres données
comportementales à la suite d’apprentissage par lectures successives de listes de syllabes non
signifiantes et non reliées entre elles qu’Ebbinghaus constata un grand nombre de résultats
primordiaux pour la compréhension de la mémoire.
8
Chapitre 1 : La Mémoire
Plus le nombre de syllabes dans une liste était important, plus le nombre de répétitions
nécessaire pour retenir une liste était grand. Par ailleurs, plus les listes étaient répétées durant
l’apprentissage, plus vite elles étaient apprises de nouveau le jour suivant. Par ailleurs,
Ebbinghaus montra que plus l’intervalle de temps écoulé après une première phase
d’apprentissage était grand, plus la vitesse de réapprentissage durant une seconde série de
répétition était lent. De même, le fait de modifier l’ordre des syllabes d’une même liste à chaque
nouvelle phase d’apprentissage réduisait systématiquement le temps de réapprentissage. Un
apprentissage espacé sur plusieurs jours donnait également lieu à une rétention plus efficace
d’une liste de syllabes qu’un apprentissage massé sur une courte durée. C’est à Ebbinghaus que
l’on doit également la découverte des effets de récence et de primauté : les items de début et fin
de liste ont une meilleure rétention en mémoire que ceux de milieu de liste. L’apprentissage
d’un matériel significatif sur le plan sémantique suivait les mêmes règles, mais permettait
toutefois de diminuer le temps d’apprentissage nécessaire à la rétention en mémoire.
La figure 1 (p. 10) présente les courbes d’oublis en fonction de l’intervalle de rétention
et du nombre de répétition de l’apprentissage. Malgré une méthode basée sur l’observation
comportementale directe de l’apprentissage, Ebbinghaus ne rejette pas les processus qui ne
sont pas accessibles par la conscience du sujet.
B.
MÉMOIRE ET BÉHAVIORISME
C’est avec le développement du béhaviorisme que l’intérêt pour les processus de la
mémoire a pris une ampleur considérable. Le béhaviorisme met ainsi au centre des recherches
en psychologie, l’étude des processus d’apprentissage comme donnant lieu à des modifications
comportementales directement observables et mesurables (Watson, 1913). Ce courant rejette
massivement les conceptions de conscience et de subjectivité des états mentaux par les
mesures introspectives utilisées jusque là par la psychologie. Les mesures physiologiques et
comportementales du lien entre un stimulus et sa réponse sont estimées comme seules
garantes de l’expérimentation des processus cognitifs. Ainsi de nombreux auteurs ont surtout
développé ces nouvelles méthodes par l’étude de l’apprentissage chez les animaux (Pavlov,
Skinner, Thorndike), considérant que les systèmes des animaux étaient identiques à celui des
Hommes.
Parmi les études importantes chez l’homme, celles de Reed (1918a, 1918b, 1918c) qui
souhaitait comprendre quels étaient les facteurs d’encodage qui pouvaient influencer
l’apprentissage des informations et donc leur récupération ultérieure. C’est dans ce contexte
9
Chapitre 1 : La Mémoire
Figure 1. Courbes d’oubli après l’apprentissage d’une liste de syllabes en fonction de la durée de rétention
(haut) et du nombre de sessions d’apprentissage (bas) à partir des travaux d’Ebbinghaus (1885)
béhavioriste que Reed a examiné l’apprentissage de paires de mots chez des participants
anglophones. Il a comparé l’efficacité des relations créées durant l’encodage sur les
performances de rappel, en étudiant les différents liens qui pouvaient être formés entre les
paires de stimulus, mais également en étudiant les effets d’un apprentissage répété en fonction
des différents liens qui pouvaient être créés durant l’encodage, et enfin si le temps
d’apprentissage ou la nature du matériel avaient une influence sur la récupération. C’est donc
par l’observation de la réponse créée par l’association de deux stimuli qu’il a étudié les
mécanismes d’apprentissage. Les principaux résultats exposés ci-dessus, ainsi que les lois
expérimentales qui en découlent, méritent qu’on s’y attarde en raison du parallèlisme
particulièrement intéressants qui peut s’opérer au regard de la théorie de la profondeur de
traitement de Craik et Lockhart exposée plus loin dans ce chapitre.
10
Chapitre 1 : La Mémoire
Dans cette idée, il a proposé quatre listes de mots à apprendre, deux listes de paires de
mots anglais non associés sémantiquement, une liste de paires de mots allemands et de leur
traduction anglaise, et une liste composée de paires de non mots. Concernant les paires de mots
anglais non associés sémantiquement, les stratégies d’association basées sur des
caractéristiques sémantiques, la formation d’images mentales ou la construction de phrase sont
les plus utilisées. Pour la liste de paires de mots allemand-anglais et la liste de paires de nonmots, les associations formées sont plus souvent basées sur la similitude phonologique,
syllabique ou sur la présence de rimes que la paire de stimuli partagent. Toutefois, certaines
paires de mots, quelle que soit la liste d’encodage, pouvaient avoir été apprise de manière
automatique par les participants, sans qu’ils portent volontairement leur attention dessus.
Les résultats indiquaient également que plus les participants avaient utilisé des
stratégies d’association, plus leur performance de rappel était élevée, y compris les jours
suivants, et d’autant plus que les associations étaient de nature sémantique plutôt que
perceptive. Les associations basées sur des aspects perceptifs donnaient également lieu à un
nombre d’erreurs plus important. L’association mise en place durant l’encodage servait d’indice
de récupération au moment du rappel. De plus, Reed constata que plus vite une association
était formée à l’encodage, moins était rapide l’oubli des paires de mots et moins les
interférences intra-listes étaient observées. Il constata également que les associations
pouvaient dépasser le cadre d’une paire de mot, et être étendues à d’autres items d’une même
liste selon leur ordre d’apparition dans la liste. Ainsi, l’élaboration pouvait être spécifique à une
paire de stimuli ou mise en lien et reliée avec d’autres paires de stimuli au sein d’une même
liste. Enfin, la répétition de l’apprentissage des listes de paires de mots sur plusieurs jours
induisait une automatisation du lien entre les mots d’une paire, c'est-à-dire que la récupération
de l’association faite durant l’encodage n’était plus utilisée et plus nécessaire pour se souvenir
d’un item.
Ainsi, pour Reed (1927), il existait trois lois d’apprentissage : (1) la loi de contigüité, où
si une réponse ou série de réponses est répétée après la présentation de deux stimulus
contigus, alors la répétition de cette association stimulus-réponse, donnera lieu à la même
réponse ou série de réponses même si seulement un des deux stimuli est présenté. La loi de
contigüité décrit donc les reflexes conditionnés ou la création d’habitudes. (2) La loi de
similarité consiste à répondre à la présence d’un nouveau stimulus par une réponse ancienne
déjà associée dans une relation stimulus-réponse préexistante. Cette loi permet de décrire le
principe de transfert ou de généralisation d’une réponse à plusieurs stimuli. (3) A ces deux lois,
Reed rajoute celle de la loi des relations qui n’apparaissait pas dans les précédents rapports
béhavioristes. Ainsi, à la présentation de plusieurs stimuli, le sujet extrait les caractéristiques
11
Chapitre 1 : La Mémoire
communes de manière à les regrouper et les rendre signifiantes. Enfin, le Béhaviorisme traitant
l’apprentissage comme une association, le concept de la force de l’association est également
développé, dépendant notamment de l’adaptabilité de la réponse résultant de la présentation
d’un stimulus déterminant leur conservation ou leur élimination. Ainsi, si une réponse donnant
lieu à un résultat (ou conséquence pour Reed) est satisfaisante, la force de l’association est
renforcée, sinon elle est diminuée.
C.
MÉMOIRE ET COGNITIVISME
Le béhaviorisme a fait couler beaucoup d’encre, et a connu un succès indéniable en
psychologie. Toutefois, la naissance de l’intelligence artificielle va donner lieu à de nouvelles
conceptions théoriques, telles que le traitement de l’information, les systèmes opératoires et
calculatoires, ou encore les représentations symboliques qui seront donc utilisées et
développées avec l’émergence du cognitivisme.
En 1936, Turing développe « la machine de Turing » qui est la modélisation d’un automate
préprogrammé, c'est-à-dire avec une procédure prédéfinie par un algorithme mathématique,
permettant de traiter une suite finie de symboles et d’opérer un calcul en fonction de la lecture
de ces symboles, le résultat donnant lieu à la réécriture des symboles existants. Les machines
de Turing contiennent un système de mémoire qui enregistre les différents états successifs de
l’automate après chaque calcul, mais également un système d’action qui ordonne la suite du
traitement en fonction d’une comparaison entre les nouveaux symboles traités et l’état actuel
de la machine ayant été enregistré. La conception de la machine est donc déjà modulaire. D’un
niveau supérieur, « la machine de Turing universelle » est capable non plus simplement de
traiter une suite de symboles, mais également de transposer tout système de symboles en un
nouvel ensemble de symboles, enregistré en mémoire, qu’elle peut ensuite utiliser pour opérer
de nouveaux calculs.
Ainsi, le cognitivisme reprend l’idée que le système cognitif s’apparente à un système de
calcul basé sur des représentations symboliques, où les processus mentaux sont des opérations
formelles de calcul. La perception est le résultat de ces opérations et l’entrée sensorielle d’un
stimulus est transformée en une représentation signifiante. Dans un premier temps, c’est donc,
tout naturellement que les chercheurs se sont surtout intéressés à la compréhension d’un
système symbolique universel, celui du langage : le plus célèbre étant Chomsky (1959, 1967a,
1967b). En 1948, Shannon développe une théorie de l’information dans laquelle il modélise la
transmission de l’information, sous forme de signal, dans les systèmes de communication, d’un
12
Chapitre 1 : La Mémoire
émetteur à un récepteur, où l’information serait traitée de manière séquentielle, linéaire et
probabilistique.
Concernant la mémoire, un des premiers modèles structuraux multi-systèmes est celui
développé par Atkinson et Shiffrin (1968, 1969, 1971). Les auteurs sont les premiers à inclure
la distinction mémoire à court terme et mémoire à long terme, déjà apparente dans le modèle
de Broadbent (1958), mais ils intègrent également les premiers aspects fonctionnels pour
décrire les différents modules, c'est-à-dire les interactions et les processus qui agissent au sein
des différents systèmes (Cf. figure 2, ci-dessous).
Dans ce modèle, c’est la mémoire à court terme qui joue un rôle important dans
l’apprentissage de nouvelles informations. Le modèle se décompose en trois systèmes : les
registres sensoriels, le registre à court terme et le registre à long terme. C’est un modèle sériel
où l’information entrante est supposée transiter de manière ordonnée d’un système à l’autre.
L’information est d’abord traitée en parallèle par les différents registres sensoriels (tactile,
visuel, auditif…) sans analyse spécifique, puis une partie, sur laquelle l’attention a été portée,
est transférée et stockée temporairement dans le registre à court terme. Au niveau de ce
registre, l’information peut faire l’objet d’une récapitulation articulatoire, d’un travail
d’élaboration, d’un recodage sous une modalité différente de l’entrée sensorielle, ou d’un
processus de récupération, ces mécanismes étant apparentés à des processus de contrôle qui
jouent un rôle pour le transfert en mémoire à long terme où les informations sont stockées sous
forme sémantique. Ainsi, plus l’information est maintenue longtemps en mémoire à court
terme, plus la probabilité qu’elle se trouve encodée en mémoire à long terme est élevée. Le
registre à court terme permet également de traiter de nouvelles informations en fonction de
celles en provenance du registre à long terme ; c’est donc plus qu’un simple système de
stockage. Enfin, toute réponse à un stimulus est générée à partir du registre à court terme. Le
registre à court terme devient par la suite la mémoire de travail et le registre à long terme sera
séparé en mémoire procédurale, mémoire sémantique et mémoire épisodique (cf. infra).
Figure 2. Modèle de la mémoire d’Atkinson et Shiffrin (1968)
En résumé, bien que les conceptions théoriques de la mémoire aient évolué, de
nombreuses données expérimentales ont encore à ce jour un impact et un intérêt
13
Chapitre 1 : La Mémoire
considérable. Des travaux d’Ebbinghaus, on retiendra principalement ses données sur la
durée d’un apprentissage, l’influence des phénomènes de répétition massée ou espacée,
les courbes d’oublis d’une trace mnésique, l’effet de récence ou de primauté, ainsi que
l’importance de la signification du matériel appris. Durant le béhaviorisme,
l’expérimentation comportementale de la mémoire par Reed a permis de mettre en
évidence les premières notions de stratégies d’encodage : la profondeur de traitement,
l’élaboration et l’organisation des stimuli ; où comment l’encodage influence la force de
l’association et la récupération subséquente des informations. L’assimilation de l’Homme
à une machine durant le cognitivisme a donné naissance au développement des systèmes
de mémoire et aux différents modules qui les composent, chacun étant associé à des
processus et des opérations mentales spécifiques pouvant être étudiés séparément. Afin
de comprendre les interactions entre le Soi et la mémoire, qui sont le sujet central de ce
travail de thèse, nous allons dans la partie suivante définir plus précisément
l’organisation et le fonctionnement de la mémoire à court terme et à long terme au
regard des nouvelles définitions.
II.
DE LA MEMOIRE A LONG TERME A LA MEMOIRE EPISODIQUE
Cohen et Squire (1980) ont proposé une dichotomie structurale de la mémoire à long
terme différenciant la mémoire déclarative et de la mémoire non déclarative. La mémoire
déclarative permet l’encodage et le stockage d’informations à long terme, c'est-à-dire les
connaissances générales, les faits et les événements qui peuvent se verbaliser ou s’imager, et
dont la récupération est consciente. Par opposition, la mémoire non déclarative correspond à la
mémoire des procédures, des habilités motrices et cognitives, et des conditionnements.
A.
LA NAISSANCE DE LA MEMOIRE EPISODIQUE
Au sein de la mémoire déclarative, Tulving (1972) est le premier à faire le distinguo
entre la mémoire épisodique et la mémoire sémantique qui diffèrent à propos de la nature des
informations qui y sont encodées. La mémoire épisodique est définie par « l’acquisition et la
rétention d’un type particulier d’informations dans un type particulier de situation » et la
mémoire sémantique renvoie à « l’acquisition et à la rétention d’informations associatives,
imaginatives, factuelles et conceptuelles indépendamment des circonstances particulières de
cette acquisition » (Tulving, 1991).Depuis sa première conception en 1972, le concept de
mémoire épisodique a considérablement évolué. Sa différence avec la mémoire sémantique
s’exprime d’une part, par la nature des informations qui sont stockées (Tulving, 1983) et
d’autre part, par la différence des processus de récupération de ces informations (Tulving,
1985).
14
Chapitre 1 : La Mémoire
Ainsi, la mémoire épisodique se définit comme un système d’enregistrement, de stockage
et de récupération des événements autobiographiques personnellement vécus situés dans leur
contexte spatial et temporel d’acquisition, alors que la mémoire sémantique est un système
d’enregistrement, de stockage et de récupération des concepts et des connaissances sur le
monde indépendants du contexte spatio-temporel d’acquisition (Tulving, 1983). Par ailleurs, la
récupération des évènements de la mémoire épisodique doit être associée à une expérience
subjective de reviviscence des éléments phénoménologiques (sensations, émotions, perception
etc..), mais également à un voyage mental dans le temps subjectif (passé, présent et futur) où le
sujet prend conscience de son identité personnelle (Tulving, 1985). En revanche, la
récupération des connaissances et faits sémantique s’associe à l’expérience subjective de savoir
sans voyage temporel (Tulving, 1985).
B.
LA MODELISATION STRUCTURO-FONCTIONNELLE DE LA MEMOIRE : MODELE SPI DE
TULVING
En 1985, Tulving propose une organisation monohiérarchique ou un agencement par
emboîtement de la mémoire en trois systèmes (mémoire procédurale,, mémoire sémantique,
mémoire épisodique), où chaque système est caractérisé par la nature de ses représentations et
l’état de conscience (anoétique, noétique, autonoétique) durant la récupération. En 1995, le
modèle évolue et se voit compléter par deux systèmes supplémentaires de mémoire (système
de représentations perceptives, mémoire de travail) et des précisions sur le plan fonctionnel des
processus d’encodage, de stockage et de récupération. Ainsi, dans sa conception actuelle
(Tulving, 2001 ; cf., figure 3, p.16), les systèmes de mémoire sont hiérarchisés par leur ordre
d’apparition au cours du développement ontogénétique et phylogénétique. D’autre part,
l’encodage d’informations est nécessairement sériel et dépendant de l’intégrité du niveau
inférieur de mémoire, auquel cas l’encodage n’est plus opérant. Le stockage des informations
s’opère en parallèle, tandis que leur récupération est indépendante des autres systèmes de
mémoire, ce qui permet d’avoir accès à des informations déjà stockées en mémoire même si le
système inférieur est défaillant. Enfin, la récupération des informations peut être consciente et
volontaire, on parlera de mémoire explicite, ou non consciente, on parlera alors de mémoire
implicite.
Au final, on retrouve donc la mémoire procédurale qui est un système anoétique (sans
aucun accès conscient) automatique regroupante les informations non ou peu verbalisables sur
des habilités perceptives, motrices et cognitives, par l’apprentissage inconscient des
connexions entre les stimuli et l’action.
15
Chapitre 1 : La Mémoire
Figure 3. Modèle SPI de Tulving (2001)
Le système de représentations perceptives est également un système anoétique, mais
présémantique qui regroupe les informations non verbalisables relatives à leurs formes et à
leurs structures (qu’elles soient visuelles, auditives, kinesthésiques). Il permet l’identification
d’un stimulus sans accès à sa signification. Aussi, une présentation répétée des mêmes
informations ou une similarité entre elles pourra donner lieu à la création d’une signification de
ces informations en mémoire sémantique.
Ainsi, la mémoire sémantique regroupe les informations factuelles et conceptuelles
verbalisables sur le monde qui peuvent être accessibles consciemment sans toutefois accéder
au contexte d’encodage par la conscience noétique. L’actualisation des connaissances
sémantiques se fait de manière implicite ou explicite et leur récupération peut également
s’opérer sans que l’individu en prenne conscience ou en toute conscience.
La mémoire de travail permet de stocker à court terme des informations afin de les manipuler
pour la réalisation d’une tâche, en étant associée à une prise de conscience noétique.
Enfin, la mémoire épisodique regroupe les expériences et les événements vécus et les
informations contextuelles (notamment spatiales et temporelles) liées à ces événements. La
récupération est forcément associée un sentiment de reviviscence du moment et lieu où elles
ont été encodées (conscience autonoétique) et est associée à une prise de conscience de Soi
dans le temps subjectif. Ainsi, selon Tulving, la mémoire épisodique est strictement
autobiographique.
16
Chapitre 1 : La Mémoire
C.
LIMITES DU MODELE SPI ET REDEFINITION DES FONCTIONS DE LA MEMOIRE
EPISODIQUE
Le modèle SPI permet d’expliquer un grand nombre de pathologies de la mémoire, mais
il existe un certain nombre de limitations, notamment sur le plan fonctionnel des différents
systèmes et de leurs interactions. Ainsi, Eustache et Desgranges (2008) ont récémment proposé
leur modèle MNESIS qui intègre au modèle de Tulving, les modifications nécessaires afin
d'intégrer les données neuropsychologiques actuelles (cf. Figure 4, p.18).
1.
Les processus fonctionnels de la mémoire épisodique
reconsidérés
A ce jour, plusieurs éléments sont en faveur du fait que la mémoire épisodique joue un
rôle de rétroaction sur les systèmes inférieurs de mémoire durant l’encodage d’une part, mais
également une fois que les informations sont stockées. Tout d’abord pour la mémoire
procédurale, la mémoire épisodique intervient rétroactivement dans la phase d’apprentissage
procédural de nouvelles informations qui disparait ensuite lorsque les habilités procédurales
sont automatisées. En effet, les patients avec des troubles épisodiques peuvent avoir des
difficultés et être ralentis à l’apprentissage de nouvelles habilités procédurales (Beaunieux et
al., 2006 ; Beaunieux et al., 1998; Pitel et al., 2007). Cependant, la mémoire procédurale peut
être atteinte sans que la mémoire épisodique soit perturbée (comme dans la Maladie de
Huntington, Heindel, Salmon, Shults, Walicke, & Butters, 1989).
En second lieu, la mémoire épisodique aurait également un lien rétroactif sur la mémoire
sémantique durant l’encodage. Ce lien, existerait d’une part durant l’encodage puisqu’une
atteinte du système épisodique peut perturber l’apprentissage de nouvelles informations
sémantiques par un ralentissement conséquent (Glisky, Schacter, & Tulving, 1986a, 1986b). De
plus, l’encodage n’apparaîtrait pas strictement sériel puisque Simons, Graham et Hodges (2002)
ont montré que des patients avec une démence sémantique (maladie neurodégénérative
caractérisée par des troubles massifs de la mémoire sémantique) étaient capables d’acquérir de
nouvelles informations contextuelles épisodiques.
Par ailleurs, la mémoire épisodique et la mémoire sémantique sont également en étroite
relation pour le devenir des traces mnésique déjà stockées, notamment concernant les
processus de sémantisation et d’abstraction des informations et événements épisodiques
(Cermak , 1984; Conway, 2005). En effet, la répétition d’événements similaires spécifiques
conduit à la formation en mémoire sémantique d’un évènement générique qui regroupe leurs
17
Chapitre 1 : La Mémoire
Figure 4. Modèle Neo-Structural Inter-Systémique d’Eustache et Desgranges (2008)
1=Phase d’apprentissage des habilités procédurales, 2=Processus de sémantisation des informations épisodiques,
3=Processus de renforcement et réactualisation des informations perceptivo-sensorielles
caractéristiques communes à défaut de celles spécifiques. Ce phénomène est observé dans le
nctionnement normal et souvent amplifié dans certains syndromes amnésiques et la la maladie
d’Alzheimer. Enfin, la mémoire épisodique aurait aussi un lien rétroactif avec la mémoire
perceptive (système de représentation perceptive) ce qui jouerait d’une part, un rôle important
lors de la reviviscence d’un événement épisodique par la remise en place de l’ensemble des
processus ayant lieu à l’encodage, et par conséquent induit la consolidation des souvenirs
épisodiques.
2.
Une composante épisodique dans la mémoire de travail
Le modèle MNESIS intègre également les apports de Baddeley sur la mémoire de travail,
peu développée chez Tulving. Ainsi, ce système est séparé en quatre systèmes.
L’administrateur central (centre exécutif) est un système attentionnel s’occupant de la mise
en œuvre et du contrôle des opérations de traitement, sélectionnant et mettant en place les
stratégies cognitives les plus pertinentes pour la tâche en cours. Miyake et collaborateurs
(2000) précise que ce système dispose de plusieurs processus exécutifs indépendants, dont
l’inhibition (capacité à inhiber une information non pertinente), la flexibilité (capacité de
18
Chapitre 1 : La Mémoire
switcher son attention d’une tâche à une autre) et la mise à jour (capacité à traiter de nouvelles
informations en fonction des anciennes). Ce système contrôle trois sous-systèmes. Tout
d’abord, la boucle phonologique permet le traitement et le maintien des informations verbales
sous leur forme phonologique dans une unité de stockage phonologique par le biais d’un
processus de répétition articulatoire qui rafraichit les informations. A l’instar, le calepin
visuo-spatial permet de traiter et maintenir des informations visuo-spatiales issues de la
perception visuelle ou d’images mentales dans le cache visuel par le biais du scribe interne,
qui est un mécanisme de rafraîchissement.
La troisième composante qui nous intéresse le plus ici est celle du buffer épisodique.
C’est un système de stockage et d’intégration multimodal des informations permettant de lier
les informations des systèmes esclaves et/ou de la mémoire à long terme en une seule
représentation épisodique unitaire et transitoire. Ce système épisodique à court terme permet
d’expliquer qu’avec une amnésie antérograde épisodique sévère, des patients sont capables
d’un apprentissage épisodique à court terme d’informations contextuelles (Baddeley & Wilson,
2002), mais également que la perturbation de la mémoire de travail engendre des troubles de
récupération des informations en mémoire épisodique (Charlot & Feyereisen, 2005). Cette
conception recoupe donc en partie la conception de mémoire épisodique de Tulving. Ici, c’est le
buffer épisodique qui est donc lié aux processus de d’encodage et récupération qui ne sont plus
à proprement parlé de la mémoire épisodique, faisant ainsi des processus de stockage et de
consolidation la caractéristique unique de la mémoire épisodique.
D.
COMMENT EVALUER LA MEMOIRE EPISODIQUE ?
Pour étudier la mémoire épisodique, des épreuves de laboratoire ont été développées
pour pouvoir étudier les processus d’encodage, de stockage et de récupération de manière
contrôlée. Ainsi, on retrouve une phase d’apprentissage où l’on peut contrôler les conditions
d’encodage, permettant de voir ce qui modifie le stockage d’une trace mnésique, et une phase
de récupération par le biais de différentes tâches, le rappel ou la reconnaissance. Ces
expériences de laboratoire sont considérées comme des mini-évèvments épisodiques mais sont
assez loin de la définition d’aujourd’hui de la mémoire épisodique, où le sujet au moment de la
récupération doit opérer un voyage mental dans le temps subjectif, revivre
phénoménologiquement l’évènement et prendre conscience de Soi (Conway, 1990).
Toutefois, pour se rapprocher de la définition actualisée de Tulving de la mémoire
épisodique en lien avec les différents états de conscience au moment de la récupération des
traces mnésiques, Gardiner (Gardiner, 1988 ; Gardiner, Ramponi, & Richardson-Klavehn, 2002)
19
Chapitre 1 : La Mémoire
a développé une méthode permettant de dissocier ces états dans une tâche de reconnaissance
de laboratoire (Paradigme R/K). Ainsi, dés lors que le sujet reconnait un item, il lui est demandé
de préciser s’il se souvient précisément ou sait l’avoir vu durant la phase d’encodage. La
reconstruction consciente de l’épisode d’apprentissage (condition d’encodage, moment et lieu
d’apparition, sentiment, perception, imagerie) permet d’évaluer la conscience autonoétique et
précisément les traces mnésiques issues de la mémoire épisodique. S’il a seulement un
sentiment de familiarité et de savoir concernant l’apprentissage du stimulus sans la
reconstruction de son contexte, cela permet d’évaluer la conscience noétique ainsi que les
traces mnésiques issues de la mémoire sémantique.
Dans ce sens, les méthodes évaluant les souvenirs d’événements autobiographiques
rééls (e.g. Tempau, Piolino et al., 2000) apparaissent plus écologiques et au plus près de la
conception actuelle de la mémoire épisodique, car ils sont considérés comme des événements
plus complexes et avec une implication personnelle plus grande (Conway, 1990). Cependant
cette autre méthode ne permet pas d’évaluer la mémoire épisodique en modulant les conditions
d’encodage.
En résumé, la conception originale de la mémoire épisodique a considérablement
évoluée depuis sa création. Aujourd’hui, elle se définit par le stockage d’événements
personnels et leurs informations contextuelles associés à trois critères durant la
recollection des traces mnésiques : un sentiment de reviviscence, un voyage mental dans le
temps subjectif et une prise de conscience de Soi. Son bon fonctionnement repose en partie
sur l’intégrité des systèmes inférieursn notamment la mémorie sémantique et la mémoire
de travail. Si la notion de Soi commence à prendre du sens avec le concept de mémoire
épisodique, elle reste très partielle et loin de la complexité qui la définit. Ainsi, dans le
chapitre suivant, nous nous intéressons de plus près à ce qu’est le Soi et comment il est
possible d’éclairer plus précisément les intéractions entre le Soi et la mémoire.
20
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et mémoire
CHAPITRE 2 : LE LIEN INTIME ENTRE SOI ET MEMOIRE
« Hier au soir un Hindou amnésique
a mis tous mes souvenirs dans une grosse boule en
or
et la boule a roulé au fond d’un corridor
et puis dans l’escalier elle a dégringolé
et il est parti sangloter sur la tombe de mon
grand-père paternel
le judicieux éleveur de sauterelles
l’homme qui ne valait pas grand chose mais qui
n’avait peur de rien
renversant un monsieur
et qui portait des bretelles mauves
devant la loge de la concierge
Sa femme l’appelait grand vaurien
un monsieur qui voulait dire son nom en rentrant
Et la boule lui a jeté tous mes souvenirs à la tête
et il a dit mon nom à la place du sien
et maintenant
me voilà tranquille pour un bon petit bout de
temps
Il a tout pris pour lui
je ne me souviens de rien
ou grand saurien peut-être
oui c’est cela je crois bien grand saurien
ou autre chose
est-ce que je sais
est-ce que je me souviens
Tout ça futilités fonds de tiroirs miettes et gravats
de ma mémoire
Je ne connais plus le fin mot de l’histoire"
In Memoriam
Jacques Prévert
Evincé des recherches pour sa conception peu empirique (Mischel & Morf, 2003),
l’étude du Soi et de l’identité personnelle ont été remis au centre des recherches en Psychologie
cognitive. Comme il l’avait été une centaine d’année plus tôt, c’est dans son interaction avec la
mémoire que les chercheurs s’y sont intéressés et l’ont progressivement intégré aux
modélisations sur l’organisation fonctionnelle et structurelle de la mémoire. Ainsi, chacun
d’entre nous possède une conception assez précise de qui il est : une expérience unique de soimême, un «je» qui pense, ressent, agit, se souvient et vit à travers le temps (Klein, Rozendal, &
Cosmides, 2002). Cette perception d’un Soi unifié ne reflète pourtant pas une simplicité sousjacente et la question élémentaire « Qui suis-Je ? » que tout individu se pose, s’est posé, ou se
posera soulève des réponses multiples et variées, parfois contradictoires. Mon «Moi» est une
femme, une personne sociable et pourtant timide, empathique et pourtant terriblement
impatiente, quelqu'un qui vit à et adore Paris mais qui rêve d’une autre ville, etc ... Quelles que
soient les orientations théoriques de la Psychologie, le Soi est toujours décrit comme une entité
complexe et multidimensionnelle. Le Soi se décrit comme une entité à la source d’un sentiment
subjectif d’être un être singulier avec une identité unitaire à travers le temps (Handel, 1987). Ce
sentiment subjectif se définit comme une prise de conscience de son existence en tant qu’être
différent du monde extérieur (« Self-awareness »), ainsi que par une prise de conscience
réflexive (« Self-consciousness ») de par la capacité d’un individu à se prendre comme objet
d’attention et de connaissance (Morin, 2006). Toutefois, ce Soi « entier » est le résultat d’une
interaction de multiples sous-entités, de différents types de Soi au fil du temps (Klein, 2012).
21
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
Cependant, toutes réflexions portant sur le Soi semblent nécessairement liées à celles
sur la mémoire, plus particulièrement de la mémoire autobiographique (Piolino, Desgranges,
& Eustache, 2008) et il apparait difficile d’expliquer ces notions sans parler de l’une ou de
l’autre. Ainsi, la mémoire autobiographique est la conservation, depuis le plus jeune âge, des
traces mnésiques dont le Soi est objet de connaissance (Piolino et al., 2008). Cette circularité
retrouvée dans les définitions représente simplement l’interdépendance et l’interconnexion qui
existe entre ces deux entités qu’on ne peut donc dissocier. Ainsi, l’émergence du Soi dépend de
la prise de conscience de Soi, d’être un être vivant, pensant, acteur, spectateur, d’être un « Moi »
qui dit « je » au cours du développement d’un individu dès lors que le substrat mnésique est
suffisamment riche en expériences. Parallèlement, ce même Soi sera plus tard un modulateur
des informations stockées en mémoire, ce qui permettra de développer et maintenir un
sentiment d’identité et de continuité.
I.
DE LA MEMOIRE EPISODIQUE A LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE
Par la définition de la mémoire épisodique, nous avons pu entrevoir la notion de
mémoire autobiographique. Si cette dernière est si importante c’est en raison de la place qu’elle
prend pour la compréhension de ce qu’est le Soi, notion que nous avons évoquée à plusieurs
reprises depuis le début de ce manuscrit sans pour autant encore le définir rééllement et point
que nous aborderons plus précisément dans la section II de ce chapitre. A partir de la partie
précédente, plusieurs questions se posent tout d’abord quant à quoi se refére au final la
mémoire autobiographique ; questions auxquelles je vais tenter d’apporter quelques éléments
de réponse.
A.
LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE EST-ELLE UNIQUEMENT
EPISODIQUE ?
Jusqu’en 1985, la mémoire épisodique était considérée comme la mémoire
autobiographique pour Tulving. Ainsi, il ne distingue pas la mémoire autobiographique en tant
que telle, mais c’est la nature autobiographique des représentations mnésiques si elles
appartiennent ou non à la mémoire épisodique (Tulving, 1972, 1985). Toutefois, à partir de
l'étude d'un cas d'amnésie, le célèbre cas KC, Tulving évolue dans sa conception de la nature
autobiographique des représentations mnésiques (Tulving et al., 1988) et la mémoire
autobiographique n’est plus l’équivalent stricte de la mémoire épisodique. A partir de cette
étude de cas, Tulving, considérera comme autobiographique toute représentation faisant
référence à Soi ou impliquant l’individu lui-même. En ce sens, toute expérience vécue située
22
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
dans un contexte temporo-spatial, phénoménologiquement ressentie et impliquant
nécessairement le Soi et un voyage mental est de l’ordre de la mémoire épisodique. En revanche,
toute connaissance décontextualisée dont l'objet de connaissance est le Soi appartient à la
mémoire sémantique personnelle. On distingue alors, une mémoire sémantique
autobiographique d’une mémoire sémantique non autobiographique.
B.
LA MEMOIRE EPISODIQUE EST-ELLE STRICTEMENT AUTOBIOGRAPHIQUE ?
La conception strictement autobiographique de la mémoire épisodique pose problème
car elle ne permet de rendre compte de certains souvenirs qui ne sont pas autobiographiques
qui concernent des évènements publics spécifiques («Effondrement des Tours jumelles à New
York » ; « Résultats du premier tour des élections présidentielles de 2002 ») et qui peuvent être
considérés comme appartenant à la mémoire épisodique (Brown et Kulik, 1977). Ce type de
souvenir est défini en tant que souvenirs flashes, caractérisés par une grande vivacité, une
charge émotionnelle importante (« la stupéfaction et la colère ou la joie ressentie à l’annonce
des résultats du 1er tour des élections »), mais également une importance personnelle élevée
(« Mineure à l’époque, cet événement a été celui qui m’a rendue responsable de mon devoir en
tant que future électrice »)(Conway, 1995).
Pourtant, leur récupération peut ainsi être associée à la récupération de toutes les
caractéristiques contextuelles et à la reviviscence de l’événement d’origine, impliquant ainsi la
notion de voyage mental. Même si la récupération de ces événements implique le Soi en tant
que voyageur, ils ne sont pas catégorisés comme des souvenirs autobiographiques car le
contenu de l’information, l’objet de connaissance, ne fait pas directement référence à soi
(Larsen, 1992). Cependant, ces événements permettent d’inscrire l’histoire personnelle d’un
individu dans le cadre de l’histoire sociale d’un groupe ou d’un pays (Gaskell and Wright, 1997).
Dans ce sens, l’histoire personnelle peut donc être associée à des repères temporels autres que
personnels. Ainsi, pour Conway (2005), pour qu’un souvenir épisodique soit considéré comme
autobiographique, il doit directement faire référence à Soi, impliquer le Soi et surtout être
pertinent pour définir l’identité personnelle.
C.
VERS UNE DEFINITION ACTUALISEE DE LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE
Ainsi, la mémoire autobiographique se définit comme une partie de mémoire à long
terme conservant les traces mnésiques, quelles qu’en soient leur nature, qui se rapportent au
passé d’un individu et font référence à Soi depuis son plus jeune âge (Piolino, Desgranges, &
23
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
Eustache, 2000). De nombreux auteurs s’accordent aujourd’hui à la diviser en une composante
sémantique et une composante épisodique (e.g., Conway, Singer, & Tagini, 2004; Conway &
Williams, 2008; Conway, 2005; Tulving, 1988, 2002; et bien d'autres ). Comme le montre la
neuropsychologie, la mémoire autobiographique n’est complètement fonctionnelle que si ses
deux composantes sont intactes (Tulving, Schacter, McLachlan, & Moscovitch, 1988). La
mémoire autobiographique aurait pour fonction de permettre la construction d’un sentiment
d'identité, le maintien d’un sentiment de continuité de Soi et la poursuite des buts personnels
(Bluck, Alea, Habernas & Rubin, 2005; Conway, 2005). De plus, elle a aussi une fonction sociale
importante permettant de renforcer le sentiment d’identité par la différenciation avec autrui,
mais également d’établir et renforcer les liens sociaux (Bluck, Alea, Habernas & Rubin, 2005;
Conway, 2005).
En résumé, la distinction théorique entre mémoire épisodique et mémoire
autobiographique est fondamentale puisqu’elle permet d’appréhender le Soi comme
objet de connaissance à la fois sur un plan conceptuel et non plus strictement sur un plan
phénoménologique, comme cela avait été évoqué dans le chapitre 1. De plus, si la
mémoire épisodique implique nécessairement le Soi dans un événement passé, ce dernier
peut ne pas être directement en lien avec l’identité personnelle d’un individu.
II.
LE SOI ET LA MEMOIRE EN INTERACTION
Dans cette partie, la notion de Soi en lien avec la mémoire sera plus spécifiquement
abordée, en exposant de manière résumé les travaux de James sur ce sujet, l'un des pionniers
en la matière, puis en présentant une modélisation récente de ces liens proposée par Conway.
Au final, on pourra dégager et détailler trois dimensions du Soi en lien avec trois composantes
disctinctes de la mémoire qui constituent une base théorique des travaux de recherche
présentés dans cette thèse. Ces dimensions du Soi sont au cœur de nos travaux sur les effets de
référence à Soi puisque notre intention est d’étudier leur influence sur l'acquisition de
nouvelles informations en mémoire épisodique.
A.
LA CONCEPTION DE JAMES
La conception du Soi est depuis longtemps l’objet de tentatives de définition en lien
avec la mémoire. Parmi les essais les plus connus en Psychologie, on retrouve le travail de
William James (1870), pour qui les expériences passées stockées en mémoire sont
indissociables de la conception de Soi qui s’en nourrit.
24
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
Il a ainsi défini des aspects de Soi à la fois conceptuels et phénoménologiques. Le
« Moi » se caractérise en tant qu’objet de connaissance (ou contenu de la pensée) et peut se
définir empiriquement comme tout ce qui fait référence à l’identité d’un individu ou peut être
défini par « mien ». Le « Je » apparait comme étant ontologiquement «l’être conscient » à part
entière, le sujet et le penseur de cette connaissance. Ces deux aspects sont considérés comme
les constituants du Soi qui éveillent des émotions et des sentiments, et induisent des actions et
des comportements. C’est par ce tout que James définit le Soi.
Le « Je » ou l’ « Ego Pur » est caractérisé par une unicité phénoménologique qui permet
à un individu d’avoir son identité personnelle continue propre à chacun au travers du temps.
Dans ce sens, le « Je » perçoit dans l’ici et maintenant une unité du contenu de la pensée à
propos d’un « moi » présent et d’un « moi » passé. De manière plus grossière, c’est donc la
subjectivité ou l’expérience subjective qui sépare le « Je » du « Moi ». Le « Je » est et le « Moi »
ressent une expérience subjective d’être. Au final, la conception du Soi en tant que Soi unitaire
lié à une identité personnelle est de l’ordre du « je » tandis que la définition et l’expérience
subjective de cette identité de l’ordre du « moi ». Cette différence est fondamentale pour
comprendre la différence entre ces deux concepts.
Le « Moi » ou « Soi empirique 1» est défini de manière multidimensionnelle en plusieurs
« Moi » dont la somme de leurs expériences subjectives caractérise le « Je ». Ainsi, le « Moi » est
un Soi matériel se référant aux possessions (son corps, ses biens matériels, sa famille, etc …). Il
est aussi un Soi social se référant à la reconnaissance sociale obtenue des pairs et plus le
nombre de pairs croient, plus celui des Soi sociaux augmentent. Enfin, le Soi spirituel est
problablement le plus complexe à comprendre, notamment par la confusion qui peut s’opérer
avec le « je » sur la notion de penseur. Le Soi spirituel se référe au sentiment subjectif d’ « être »
et d’ « être conscient » au travers des facultés psychiques de l’individu (talent, habilité, valeurs,
volonté, personnalité …). Le Soi spirituel est également comparé à un penseur (« le Soi des Soi »)
responsable de métacognition (se penser en tant que penseur) et de l’expérience subjective de
la conscience de Soi (être conscient d’être, de penser, de se souvenir ou de narrer son
existence). Il est une structure active à l’origine des processus reflexifs qui gèrent les contenus
de la pensée que le « je » s’approprie et juge en tant qu’entité unitaire. Pour James, le Soi
spirituel nécessite donc un effort cognitif et attentionnel. Au final, le « Moi » représente le
fameux « Je pense, donc je Suis », qui ressent l’expérience d’être parce qu’il a conscience d’avoir
pensé, tandis que le « Je » représente simplement le « Je suis ». Ainsi, la notion de mémoire
épisodique au regard du travail de James impliquerait le « Moi » et plus particulièrement le « Soi
1
Empirique signifie ici qu’il est possible de l’étudier et de le mettre en évidence par des méthodes scientifiques.
25
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
spirituel » puisqu’elle inclut une expérience subjectif de Soi en tant que voyageur dans le temps
également subjectif (présent, passé, futur).
Plus récemment, Klein a tenté de résumé ce qui pouvait être étudié du Soi, et qui
correspond en réalité à ce qu’est le Moi de James, et qui le définit en fonction de la mémoire
(Klein & Gangi, 2010; Klein, 2012) : les souvenirs épisodiques des événements de la vie
personnelle, les représentations sémantiques résumées des traits de la personnalité de
l’individu, les connaissances sémantiques de faits à propos de sa propre vie, une expérience
subjective de continuité au cours du temps (implication de la mémoire épisodique), un
sentiment d’agentivité et de propriété personnelle (la croyance, et l’expérience d’être la cause
de mes propres actions et pensées), une capacité à réfléchir sur soi (pour former des métareprésentations) et un Soi physique.
B.
MODELE DE LA MEMOIRE DE SOI DE CONWAY
Conway (e.g., Conway & Pleydell Pearce 2000 ; Conway, 2004 ; 2005; 2009) est le
premier à proposer d'étudier spécifiquement les interactions entre les notions de Soi et la
mémoire autobiographique dans un modèle unique, développé à partir d’expérimentations sur
des sujets sains ou atteints d’une pathologie de la mémoire. Pour lui, comme pour Baddeley
(1992), la mémoire autobiographique est la conservation (et donc l’encodage et la récupération)
depuis le plus jeune âge des traces mnésiques dont le Soi est objet de connaissance, mais
Conway souligne que c’est la pertinence de ces mêmes traces mnésiques au modèle de Soi, ou
identité, qui détermine leur devenir et constitue leur essence autobiographique.
Plus précisément, le modèle de la mémoire de Soi de Conway se décompose dans sa
version la plus récente en trois entités ainsi définies (Conway, 2005) : le Soi conceptuel, la
mémoire épisodique, et le Soi de travail.
Le Soi conceptuel regroupe des représentations sémantiques du passé d’un individu qui sont
hierarchisées et organisées en fonction de leur niveau d’abstraction (les schémas de vie, les
périodes de vie et les événements généraux).
La mémoire épisodique regroupe toutes les représentations spécifiques phénoménologiques
d’une expérience passée unique et de courte durée (quelques minutes à quelques heures au
maximum). Cependant, dans le cadre de ce modèle, les représentations épisodiques ne
constituent pas à proprement dit un souvenir autobiographique spécifique. Ce dernier est le
fruit d’une reconstruction consciente et détaillée d’un événement passé à partir de la
récupération des représentations épisodiques de cet événement, mais également de la
récupération des connaissances autobiographiques sémantiques du Soi conceptuel qui y sont
26
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
reliées. Ce processus de remémoration est le seul à être accompagné d’un état de reviviscence
de la situation d’encodage et d’un voyage mental dans le passé. Dans ce sens, on voit que la
conception de mémoire épisodique dans le cadre de ce modèle est plus restrictive que celle de
Tulving puisqu’elle seule n’implique pas la notion de chronesthésie ; et ici les souvenirs
autobiographiques spécifiques ne sont pas stockés mais reconstruit et leur rémémoration
implique leur lien intime avec la composante sémantique de la mémoire autobiographique.
La remémoration consciente et volontaire des souvenirs autobiographiques s’opère via le
contrôle du Soi de travail en fonctions des buts personnels de l’individu dont l’objectif est de
maintenir une cohérence de l’identité personnelle.
Pour Conway, la mémoire autobiographique a une fonction plus large que telle que
définie par Tulving dans sa conception de la mémoire épisodique (même en conceptualisant ses
aspects sémantiques à partir de 1988). La remémoration du passé correspond plutôt à une
reconstruction du passé, dont l'inscription sémantique est essentielle, et qui permet le
maintien d’un sentiment subjectif d’identité et de continuité à travers le temps (Conway &
Pleydell Pearce 2000).
C.
PRECISIONS DES INTERACTIONS ENTRE LE SOI ET LA MEMOIRE
1.
Soi conceptuel, mémoire sémantique
Le Soi conceptuel se caractérise comme une métacognition dynamique constituée à
partir d’un ensemble de représentations multidimensionnelles de Soi stockées en mémoire,
qu’il contribue par ailleurs à organiser. Ces représentations, fortement influencées par le
contexte social et culturel, regroupent les buts généraux du Soi, les images du Soi qui séparent
le Soi conceptuel en nombreux Soi possibles (Soi passé, Soi futur, Soi idéal…), les scripts
personnels, les représentations de soi avec les autres, les schémas relationnels qui génèrent les
attitudes, les valeurs et les croyances (Baumeister, 2010; Baumeister, 1997; Bergner & Holmes,
2000). Ces représentations multidimensionnelles sont définies par de très nombreuses
informations descriptives sur soi et en relation avec autrui : les traits de personnalité, les
émotions, les motivations, les pensées, les intentions, les compétences, les comportements, les
schèmes, les règles …
Ces représentations mentales sont l’essence même du modèle d’identité d’un individu
car elles sont ce qui nous définit en tant qu’individu unique (Conway, 2005; Duval, Eustache, &
Piolino, 2007). Elles se forment à partir de l’abstraction des expériences vécues au cours de la
vie qui ont été stockées et organisées dans la mémoire autobiographique sémantique
27
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
(Tulving, Schacter, McLachlan, & Moscovitch, 1988). Elle fait donc partie de la mémoire
sémantique qui comprend l’ensemble des connaissances générales factuelles, celles du monde
qui nous entoure (mémoire non autobiographique) et celles spécifiquement sur Soi (mémoire
autobiographique). Ces connaissances sont sans accès direct aux expériences ou événements
spécifiques sur lesquelles elles se basent. La récupération et le traitement spécifiques de ces
connaissances sémantiques s’associent à une prise de conscience, décrite par Tulving (2002)
comme la conscience noétique. Un individu devient capable de se prendre comme objet
d’attention et de connaissances (Filipp & Klauer, 1986; Rosenberg, 1986), ainsi que de traiter
les informations spécifiquement en lien avec son Soi conceptuel, sans pour autant être capable
de les contextualiser sur le plan spatio-temporel. La figure 5 (p.29) modélise les interactions
entre le Soi conceptuel et la mémoire autobiographique sémantique.
Au sein de la mémoire autobiographique sémantique, les connaissances sont organisées
selon trois niveaux d’abstraction (Conway, 2005).
Les schémas historiques personnels sont les connaissances les plus abstraites et ils
regroupent les informations globales de l'histoire personnelle basées sur les conventions
normatives sociales et culturelles via une généralisation de thèmes dominants ou de chapitres
de vie (« Mon enfance », « Ma vie professionnelle », « Ma vie sentimentale »). Ces schémas
historiques personnels sont eux-mêmes connectés avec les connaissances moins abstraites du
niveau inférieur, les périodes de vie. Ces dernières incluent des connaissances générales sur les
buts, les plans, les thèmes du Soi pouvant recouper les informations. Elles s'étalent sur
quelques années à plusieurs décennies, comportent un début et une fin (« Mes années lycée »,
« Mes années de faculté », «Mon premier poste de psychologue »). Plusieurs périodes de vie
peuvent être regroupées sous la forme d’un thème commun (« Mes années collège » regroupe
« La vie chez ma grand-mère », « Mes débuts à Paris », « Mes années de gymnastique »). Les
périodes de vie sont elles-mêmes connectées avec les connaissances les plus fréquentes du
niveau inférieur, qui sont plus détaillées et hétérogènes, ce sont les souvenirs d’événements
généraux. Ces derniers sont soit des événements étendus s'étalant sur une durée supérieure à
24h à quelques mois, soit des événements répétés. Ils incluent les informations principales sur
les acteurs, les localisations, les actions, et les but plus spécifiques liés à ces événements. Ils
peuvent être liés par une courte période ou par un thème commun. Les événements généraux
constituent le mode d’entrée privilégié dans la mémoire autobiographique dés lors que la
récupération des souvenirs est active, c’est à dire contrôlée (« Les cours de Basket tous les
dimanches à 15h30 au Gymnase Camou dans le 7ème pendant ma première année de doctorat en
2010 », « La venue d’un sculpteur, deux jours successifs, au sein de l’atelier d’art-thérapie que
j’organise tous les mercredis à l’hôpital Léopold Bellan dans le 14ème, au mois d’août 2012 »).
28
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
Figure 5. Organisation de la mémoire autobiographique sémantique et interaction avec le Soi conceptuel.
Cette figure est inspirée du modèle de Conway, Singer, & Tagini (2004)
Dans la section II.C.3 (p.33), est étudié comment l’encodage, le stockage, l’organisation
et la récupération de ces diverses connaissances s’opère sous le contrôle du Soi de travail.
2.
Soi phénomenologique, mémoire perceptive et mémoire
épisodique
Le Soi phénoménologique peut être défini comme une entité dynamique se
décomposant en une forme synchronique et diachronique (cf. Figure 6, p.32). Le terme de Soi
phénoménologique abordé ici, n’apparait pas dans le modèle de la mémoire de Soi de Conway.
En revanche, la conception de Tulving du Soi est fortement à rapprocher de celle définie dans
cette section, modèle sur lequel nous nous basons également dans les travaux de cette thèse.
Ainsi, il m’est apparu important de développer ce concept au vu des nombreuses références
supplémentaires dans la littérature que l’on peut trouver sur le lien entre le Soi et l’expérience
phénoménologique (Blanke & Metzinger, 2010; Damasio, 1999; Gallagher & Zahavi, 2010;
James, 1890; Klein, 2012; Locke, 1731; Zahavi, 2010).
29
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
Le Soi phénoménologique synchronique ou Soi minimal (Damasio, 1999; Klein, 2012) est
le Soi du moment qui induit une prise de conscience à un moment donné par l’expérience
subjective du moment vécu, ce qui permet de ressentir un sentiment d’appartenance (le Soi qui
existe) mais également d’agentivité (le Soi qui agit). La mémoire perceptive apparait essentielle
pour comprendre cette notion de Soi, car elle encode les patterns de représentations
perceptives qui n’ont jamais été vécues auparavant, ce qui permet aussi de ressentir sur le
moment des expériences phénoménologiques nouvelles non immédiatement verbalisables, ou
de ressentir à nouveau des expériences phénoménologiques déjà vécues qui pourront, elles,
être reliés à des connaissances sémantiques. Ici, le lien avec la mémoire épisodique n’est pas
nécessairement activé. Par exemple, les patients ayant une atteinte épisodique (e.g. patients
atteints de la maladie d’Alzheimer) perdent la capacité à voyager phénoménologiquement dans
le temps subjectif, à rappeler des souvenirs, mais ils sont toujours capables de ressentir et de
décrire (quand le stade n’atteint pas la composante sémantique) les expériences
phénoménologiques du moment présent, sans pour autant en conserver les traces
contextuelles en raison de l’amnésie antérograde.
Le Soi phénoménologique diachronique2 (Klein, 2012 ; Lockes, 1731) est le Soi qui induit
une forme de conscience de Soi supérieure et spécifique, appelée conscience autonoétique.
Elle représente la capacité d’un individu à prendre conscience de sa propre existence et à se
représenter, non plus seulement à un moment donné, mais dans un continuum de temps
subjectif passé ou futur (D’Argembeau & Van der Linden, 2004; Tulving, 2002). Le Soi
phénoménologique diachronique pourrait donc être apparenté à un Soi en tant que voyageur
temporel.
Dans ce sens, un individu devient capable de revivre phénoménologiquement l’expérience d’un
événement détaillé personnellement vécu et peut le restituer dans un contexte spatio-temporel
précis. Ces événements détaillés sont encodés, stockés et consolidés au sein de la mémoire
autobiographique épisodique (Tulving, 2001). Ainsi, la mémoire autobiographique épisodique
répertorie les connaissances les plus spécifiques. Ce système contient les informations sur les
activités pertinentes avec les buts en cours du Soi ou nécessaires à l’accomplissement d’une
tâche, ainsi que les informations phénoménologiques sensorielles (odeur, douleurs…),
A côté de la notion de Soi minimal, la notion de Soi narratif ou autobiographique est généralement décrite dans la
littérature (Damasio, 1999; Gallagher & Zahavi, 2010; Zahavi, 2010). Ce dernier est décrit comme le Soi permettant
de se décrire et raconter son histoire personnelle par les événements qu’un individu a vécu ou imagine dans le futur
d’une manière cohérente afin de définir un sentiment d’identité unitaire. Toutefois, cette notion intègre en réalité
celles de Soi phénoménologique diachronique et de Soi conceptuel, et le Soi narratif représente leur interaction. Il
permet d’intégrer les événements personnellement vécus dans sa propre histoire de vie, en relation avec des
éléments sémantiques sur Soi, tels que les buts du Soi, les images de Soi, les thèmes du Soi … C’est pourquoi, je
n’intègre pas la notion de Soi narratif à cet exposé.
2
30
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
perceptives (images, sons…), cognitives (pensées, réflexions…) et affectives (émotions) liées à
un événement spécifique.
Tout comme la mémoire autobiographique sémantique, les connaissances sont
organisées en mémoire autobiographique épisodique de manière hiérarchique à partir des
informations phénoménologiques en fonction de trois niveaux conceptuels (Conway, 2009). En
effet, les souvenirs épisodiques reflètent un ensemble résumé d’expériences
phénoménologiques sensorielles (dont le nombre varie selon les souvenirs), sans en être une
copie exacte. Les éléments épisodiques sont les représentations les plus proches des moments
d’expérience vécue (ou un résumé) concernant un événement, et sont le plus souvent visuels et
d’un laps de temps très court (« L’image de ma grand-mère heureuse d’apprendre le bébé à
venir de mon cousin », « Le bruit de ses cris de joie »). Les éléments épisodiques ne
correspondent donc pas à la stricte entrée perceptive qui s’apparente à une information
perceptivo-sensorielle non verbalisable stockées dans la mémoire perceptive.
La plupart du temps, les éléments épisodiques sont rattachés à un cadre conceptuel simple qui
résume les connaissances liées à l’événement, les contextualise et les organise (« Soirée du 25
novembre 2011, chez moi à Paris, en famille »), formant ainsi un souvenir épisodique simple
dont la durée est relativement courte (« Le moment où mon cousin a annoncé qu’il allait avoir
un fils »). Les souvenirs épisodiques simples, par la similarité de leur cadre conceptuel, peuvent
être associés (au précédent, je rajoute ainsi, « La préparation de l’apéritif avant la venue de ma
famille », « L’arrivée de ma mère et ma grand-mère », « Le chemin pour aller au restaurant »,
etc…) pour former un souvenir épisodique complexe temporellement plus long avec un cadre
conceptuel de plus haut niveau (« La soirée où j’ai appris la venue prochaine de mon petitcousin »).
D’une manière plus générale, le cadre conceptuel correspond à une interprétation plus
personnelle en lien avec le Soi conceptuel tandis que les éléments épisodiques correspondent à
la réalité de l’événement. A noter qu’avec le temps, le cadre conceptuel du souvenir est
conservé alors que l’accès aux éléments épisodiques est altéré car très peu sont conservés au
final en mémoire épisodique, et ainsi le cadre conceptuel des souvenirs devient de plus en plus
rattaché aux connaissances en mémoire autobiographique sémantique et aux représentations du
Soi conceptuel laissant ainsi le souvenir se sémantiser progressivement.
Au final, la récupération des souvenirs épisodiques permet de fournir des exemples précis et
concrets au Soi conceptuel, c'est-à-dire à l’identité d’un individu par le biais de ses expériences
passées.
31
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
Figure 6. Organisation de la mémoire autobiographique épisodique et son interaction avec le Soi
phénoménologique.
Cette figure est inspirée des conceptions du Soi Conway et al. (2004 ; 2009) et Tulving (2002)
Les souvenirs épisodiques se définissent également par des caractéristiques communes.
Ils possèdent nécessairement une perspective du point de vue de l’individu. Dans le premier
cas, la personne est actrice de l’évènement et revoit la scène comme la première fois qu’elle l’a
vécue, ce qui est le plus courant pour les souvenirs récents. Dans le second cas, la personne
peut être observatrice en se revoyant elle-même dans la scène vécue, ce qui devient plus
courant à mesure que les souvenirs remontent en date. Par ailleurs, les souvenirs épisodiques
contiennent également des informations sur les buts associés à l’événement, leur réalisation et
avancement. Ainsi, parmi tous les souvenirs épisodiques créés dans une journée, seuls quelques
uns sont intégrés à long terme en fonction de leur pertinence par rapport aux buts, valeurs et
32
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
croyances. Les différents modes opératoires, notamment d’encodage, d’organisation et de
récupération de ces informations sont développés dans la section suivante.
3.
Soi de travail, memoire de travail
Le Soi de travail est une entité exécutive de haut niveau, ayant pour principale activité
la gestion des buts qui guident et modulent les différents systèmes cognitifs, émotionnels et
comportementaux en lien avec le Soi conceptuel et le Soi phénoménologique (cf. figure 6, p.34). Il
est également mis en jeu dans diverses activités mentales en référence à Soi impliquant une
prise de conscience de soi, telles que la planification, l’autorégulation, l’auto-description, l’autoévaluation, etc … (Markus & Wurf, 1987; Morin, 2006; Northoff & Bermpohl, 2004). On peut le
rapprocher de la conception de Soi spirituel (« le Soi des Soi ») de James. Ainsi, le Soi de travail
est impliqué dans les processus de mémoire, tels que l’encodage, la consolidation et la
récupération des informations et connaissances, leur accessibilité ou au contraire leur
inaccessibilité, ainsi que dans la construction des souvenirs autobiographiques (Conway, 2005).
Pour cela, le Soi de travail agit en interaction avec la mémoire de travail (Baddeley, 2000).
Pour rappel, ce système de mémoire est un système de stockage temporaire et de traitement à
court terme des informations unimodales ou multimodales nouvelles ou issues de la mémoire à
long terme.
Plus précisément, le Soi de travail est un régulateur des divergences des buts entre leurs
états désirés et leurs états actuels, afin de garantir l’intégrité et la cohérence du Soi conceptuel
(Conway et al., 2004; Markus & Wurf, 1987; Piolino et al., 2008). La gestion des buts et des
sous-buts par le Soi de travail s’opère sous la contrainte de deux principes compétitifs que sont
la correspondance et la cohérence (Conway et al., 2004).
Par le principe de correspondance (Filipp & Klauer, 1986; Maslow, Frager, & Fadiman, 1970;
Maslow & Lewis, 1987; Trope, 1986), la réalité d’une expérience (les éléments épisodiques)
doit être encodée telle qu’elle est vécue, et les souvenirs épisodiques remémorés au plus proche
de l’événement tel qu’il a été vécu à l’origine. Le but principal est de conserver au mieux des
traces mnésiques qui intègrent les buts en cours du Soi conceptuel et leur progression à un
moment donné.
Parallèlement, le Soi de travail module par activation ou inhibition l’encodage ou l’accès aux
connaissances autobiographiques épisodiques (plus particulièrement aux cadres conceptuels
des souvenirs épisodiques) et aux connaissances autobiographiques sémantiques, de manière à
rendre ces informations cohérentes et consistantes avec les buts actuels du Soi conceptuel
(plutôt dans sa globalité qu’à un moment donné) et ses croyances, ses images de Soi et les
33
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
Figure 7. Organisation du Soi de travail et son interaction avec les autres systèmes de la mémoire de Soi.
Cette figure est inspirée du modèle de Conway et al. (2004)
souvenirs déjà engrammés. Ces modulations sont guidées par le principe de cohérence
(Epstein, 1981, 1985; Filipp & Klauer, 1986; Swann & Buhrmester, 2012).
Lorsque le principe de cohérence prend un poids plus important, les souvenirs peuvent
ainsi être altérés, distordus, voire fabriqués pour soutenir les aspects actuels du Self (Loftus,
2003). A l’instar, des distorsions trop importantes, comme dans les syndromes délirants,
peuvent conduire un individu à baser son Soi conceptuel sur des faux souvenirs qui en
s’accumulant peuvent conduire le Soi conceptuel à se modifier, voire à créer une nouvelle
34
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
identité. Au contraire, lorsque c’est le principe de correspondance qui prend le pas, le Soi de
travail peut laisser émerger des souvenirs très détaillés, vivaces et intrusifs, comme dans le cas
d’un stress post-traumatique ou à ce que certains auteurs appelle le réalisme dépressif (Alloy,
Albright, Abramson, & Dykman, 1990). Le principe de cohérence prévaut sur le principe de
correspondance, mais c’est toutefois un bon équilibre entre les deux qui induit un sentiment
d’identité continu et stable à travers le temps, normalement associé à une bonne estime de soi
et un sentiment de bien-être. Dans ce sens, plusieurs auteurs considèrent que la tendance
naturelle des individus est de maintenir une estime de Soi élevée, d’améliorer sa valeur
personnelle et de protéger le Soi contre les éléments qui pourraient la menacer négativement
(Alicke & Sedikides, 2009; Bosson, Brown, Zeigler-Hill & Swann, 2003; Epstein, 1981; Filipp &
Klauer, 1986), ce qui serait accru dans le vieillissement (Atchley, 1989; Brandstädter & Greve,
1994; Brandtstädter & Rothermund, 2002; Brandtstädter, 1999; Kensinger & Schacter, 2008).
Ainsi, chaque souvenir, qu’il soit sémantique ou épisodique, est récupéré sous le
contrôle du Soi de travail sur la base d’indices de récupération et d’un mécanisme inhibiteur qui
empêche la récupération directe associative des épisodes sur la base d’indices
environnementaux.
Le processus de récupération d’un souvenir est cyclique, et trois phases sont en jeu et peuvent
se répéter en boucle jusqu'à l'obtention du souvenir souhaité et à un degré de précision
souhaité.
Tout d'abord, une première phase d'élaboration consiste à trouver un indice, un contexte en
fonction de la tâche dans la mémoire autobiographique sémantique. Ensuite, vient une phase de
planification et de description où s'effectue la recherche d’un souvenir lié à cet indice/contexte.
Enfin, la dernière est une phase d'évaluation qui vérifie le produit de la recherche afin de savoir
s'il correspond aux buts de la tâche et les buts actuels du Soi conceptuel. S’il coïncide, la
recherche s'arrête, sinon est entrepris un nouveau cycle jusqu'à la validation finale du produit
par le Soi de travail.
Plusieurs cycles sont souvent nécessaires pour accéder à un souvenir spécifique, et le Soi
phénoménologique est mis en œuvre seulement si le souvenir contient suffisamment d’éléments
contextuels et d’éléments perceptivo-sensoriels. Le souvenir est donc une représentation
mnésique transitoire reconstruite et maintenue avec effort dans la conscience. Il n'est, par
conséquent, jamais la copie conforme de l'événement vécu et les informations sont conservées
temporairement par le biais du buffer épisodique, le temps du traitement et de la récupération.
Il arrive cependant que l'accès aux détails perceptivo-sensoriels se fasse directement et
involontairement lorsqu'ils sont la réponse à des indices environnementaux très particuliers.
Le souvenir surgit alors directement à la conscience sans contrôle du Soi de travail, ce qui peut
35
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
parfois donner lieu à la reviviscence d’événements non cohérents avec les images actuelles du
Soi conceptuel, comme par exemple des événements négatifs traumatiques.
Comme le montre bien le modèle MNESIS, l’ensemble de ces processus permet à chaque
réactivation des traces mnésiques sémantiques ou épisodiques d’être ré-encodées de manière
sérielle dans l’ensemble des systèmes de représentations. Par ailleurs, dans le cas d’une
reconstruction mnésique de souvenirs autobiographiques épisodiques contrôlée par le Soi de
travail, la récupération préliminaire des indices et représentations autobiographiques
sémantiques permet de créer des liens et donc d’intégrer ces souvenirs au Soi conceptuel, dés
lors qu’ils sont en rapport avec les buts de l’individu.
Toutefois, une grande majorité des traces mnésiques épisodiques se sémantise de plus en plus.
En effet, le Soi de travail met régulièrement à jour les informations mnésiques déjà stockées en
fonction de leur pertinence ou non pour le Soi conceptuel, rendant ainsi les traces mnésiques
épisodiques moins accessibles et donc moins ré-activables (ou ré-encodables) lorsqu’elles
deviennent moins importantes pour les buts du Soi ou qu’elles perturbent la stabilité du Soi.
Seuls certains souvenirs anciens peuvent rester particulièrement accessibles, notamment
lorsque l’événement à la base du souvenir a engendré chez l’individu des émotions intenses ou
lorsque le souvenir représente quelque chose de particulièrement important pour la vie
personnelle de l’individu (Piolino et al., 2006) ; on parle alors de souvenirs particulièrement
définissant pour le Soi. Ainsi, le Soi conceptuel apparait comme le noyau du modèle d’identité
personnel d’un individu se stabilisant ou évoluant sous la coupe du Soi de travail, laissant au Soi
phénoménologique la fonction de revivre son passé et permet d’étoffer le sentiment d’identité et
de continuité.
Enfin, les conceptions théoriques du Soi de travail permettent d’apporter des précisions
sur l’ascendance du Soi phénoménologique à l’origine de la conscience de Soi. Dans le cadre de la
récupération d’un souvenir sur un mode recherche contrôlée (en opposition avec un accès
direct aux souvenirs), la conscience de Soi dans le temps subjectif (Soi phénoménologique
diachronique) émerge dés lors que toutes les informations phénoménologiques vécues à un
moment passé sont réunies dans une représentation unitaire au sein du buffer épisodique. Au
contraire, la conscience de Soi au moment présent (Soi phénoménologique synchronique)
émerge quant à elle dés lors que ce sont toutes les informations phénoménologiques vécues au
moment présent qui sont réunies. Dans le cas particulier où le souvenir reconstruit est d’ordre
générique et sémantique, il est dénué des expériences phénoménologiques associées à l’origine
et n’implique donc pas le Soi phénoménologique diachronique. Pourtant sa reconstruction n’est
pas sans la présence d’une certaine phénoménologie dans le fait d’être conscient au moment
36
Chapitre 2 : Le lien intime entre Soi et Mémoire
présent d’avoir vécu cet événement par le passé. Dans ce sens la reconstruction de ce type de
souvenir met donc en jeu le Soi phénoménologique synchronique mais induit toutefois la
conscience d’un temps subjectif. Dans ce sens, il implique une forme de Soi phénoménologique à
l’intermédiaire entre le Soi phénoménologique synchronique et diachronique. A mon sens, il
apparait que le Soi phénoménologique diachronique doit être scindé de la manière suivante : une
forme primaire impliquant la prise de conscience de Soi au moment présent d’avoir vécu des
expériences par le passé et une forme secondaire correspondant donc à la conscience de Soi
dans le temps subjectif. Ainsi, le Soi phénoménologique diachronique primaire serait une
composante du Soi conceptuel.
En résumé, le Soi est ce qui permet à un individu de ressentir un sentiment
d’identité unitaire, continu et stable à travers le temps. C’est une entité fonctionnelle qui
existe par son interaction avec l’entité structurale qu’est la mémoire, et plus
spécifiquement la mémoire autobiographique, sur laquelle il puise et stocke ses
connaissances et ses souvenirs. Ce sentiment d’unité et de continuité est construit par
plusieurs dimensions du Soi qui interagissent avec différents systèmes de mémoire qu’il
est possible de dégager à partir des différentes recherches actuelles. Ainsi, le Soi
conceptuel définit le coeur de l’identité personnelle et l’histoire de vie en s’appuyant sur
la mémoire sémantique. Le Soi phénoménologique est celui du voyageur mental dans le
temps subjectif qui permet de s’approprier phénoménologiquement cette identité et ce
passé en s’appuyant sur la mémoire épisodique. Le Soi de travail module les deux autres
dimensions du Soi ainsi que les traces mnésiques en mémoire autobiographique
(encodage, consolidation, récupération) en fonction des buts personnels dans l’objectif
de conserver un sentiment d’identité stable et continu.
Après avoir défini le cadre théorique de nos travaux de recherche, le chapitre suivant
présente les paradigmes que nous avons utilisés pour étudier l’influence du Soi en
mémoire épisodique, notamment dans le cadre de tâches épisodiques de laboratoire.
37
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
CHAPITRE 3 : EFFET DE REFERENCE A SOI
Parlez-moi de moi
De mes retours mes fureurs mes faiblesses
Y'a que ça qui m'intéresse
Parlez-moi de moi
Parlez-moi de moi
Parfois avec rudesse
Y'a que ça qui me donne de l'émoi
Mais parlez-moi, parlez-moi de moi
De mes amours mes humeurs mes tendresses
Parlez-moi de Moi
Jeanne Moreau
Durant l’expension du cognitivisme, l’étude du traitement de l’information durant des
tâches d’apprentissage en laboratoire a pris une ampleur considérable ; l’objectif étant d’établir
des liens fonctionnels entre des processus d’intégration de l’information, leur stockage en
mémoire et leur récupération. La théorie de la profondeur de traitement de Craik et Lockhart
(1972) en est surement une des meilleures représentations. En effet, Craik et Lockhart ont
voulu définir un cadre théorique et expérimental précis pour mettre en évidence de manière
efficace et surtout systématique, les mécanismes opérant face à des situations présentant des
nouveaux stimuli qui n’étaient pas nécessairement expliqués par des modèles purement
structuraux de l’époque. Aujourd’hui, nombreux modèles décomposent la mémoire en
plusieurs modules structurellement séparés interagissant les uns avec les autres, mais
également définis par des fonctions et des processus différents. Si c’est dans une optique de
compréhension fonctionnelle de la mémoire, en dehors des modèlisations actuelles, que
l’apprentissage en mémoire a d’abord été étudié par Craik et Lockhart, la méthodologie qui en a
découlée est à ce jour très largement utilisée et adaptée aux nouveaux modèles de la mémoire.
Elle a cependant permis un apport indéniable à la compréhension du fonctionnement de la
mémoire. Ainsi, la section I de ce chapitre présente en détail les aspects théoriques et
expérimentaux de la théorie de la profondeur de traitement.
Si la théorie de la profondeur de traitement nous intéresse tant ici, c’est en raison du fait
que c’est par celle-ci que l’étude du Soi a été remise au centre de nombreuses recherches dans
les années 70. En effet, voulant s’intéresser à l’intéraction entre le Soi et la mémoire, Rogers et
collaborateurs (1977) ont souhaité utiliser le cadre théorique et méthodologique de la théorie
de la profondeur de traitement pour étudier ce phénomène de manière scientifique. Les
auteurs avaient ainsi montré que la mise en lien de nouveaux stimuli avec des connaissances
sur Soi permettait d’améliorer significativement l’apprentissage des informations nouvelles.
Ainsi, dans la section II de ce chapitre, est présenté le paradigme expérimental "ERS" (effet de
référence à Soi) en mémoire épisodique mis en place par ces auteurs, et sa littérature associée.
38
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
Nous verrons comment les différentes dimensions du Soi peuvent influencer l’expression de cet
effet.
I.
CRAIK ET LOCKHART : THEORIE DE LA PROFONDEUR DE
TRAITEMENT
Dans une première partie, nous présentons de prime abord le principe général de la
théorie telle qu’elle avait été formulée à l’origine, ainsi que les expérimentations qui ont
suivies pour étudier expérimentalement les processus d’apprentissage en mémoire. Nous
verrons dans un second temps, les modifications qui ont été apportées par les auteurs pour
étoffer plus précisement les mécanismes d’encodage et de récupération des traces
mnésiques.
A.
PRINCIPE GÉNÉRAL
Dans cette théorie, Craik et Lockhart (1972) ont voulu considérer le fonctionnement de
la mémoire (ses opérations internes) plutôt que ses aspects structuraux à partir de nombreuses
expérimentations. Entre la première parution de la théorie et les expérimentations qui ont
suivi, les auteurs ont progressivement modifié l’implication de la notion de profondeur de
traitement (« depth of processing »). Dans un premier temps, sera décrit le principe général tel
qu’il avait été formulé dans ses débuts, puis dans un second temps, seront exposées les
modifications de cette théorie par les études qui ont été faites.
La perception d’un stimulus engendre un ensemble d’opérations permettant de le
traiter, l’analyser, l’encoder, par extraction de ses attributs, traits et caractéristiques selon un
niveau hiérarchique et continu : ce sont les différents niveaux de traitements. Les premiers
niveaux sont purement perceptifs et analysent les traits sensoriels et physiques du stimulus
(lignes, les angles, la brillance, la hauteur, l'intensité …). Les traitements des niveaux ultérieurs
apparient ces traits sensoriels aux traits construits lors des apprentissages passés, afin
d'identifier et reconnaître la forme du stimulus. Ce niveau de traitement s’apparente aux
traitements opérés par la mémoire perceptive (ou système de représentations perceptives). Une
fois la forme reconnue, les traitements suivis permettent d’extraire la signification associée à
cette forme. Ainsi ce niveau de traitement s’apparente au processus qui permet de lier un
pattern perceptif à une connaissance en mémoire sémantique.
Les niveaux de traitements se différencient donc par les degrés de significativité ou d’analyse
39
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
sémantique, ce que Craik et Lockhart appellent la profondeur. Par exemple, lorsqu’un mot est
présenté visuellement, les traitements analysent la forme perceptive du mot, sa forme
graphique, puis sa forme phonémique et phonétique, et enfin sa signification. Toutefois, une fois
que le stimulus a été identifié, peuvent s’opérer des traitements encore plus profonds qui
permettent d’élaborer et d’enrichir la trace mnésique Lorsque le mot est traité plus
profondément, il peut être associé à d’autres mots, à des images etc… qui lui ont été associés
par des apprentissages passés. Ce sont donc les apprentissages passés et les connaissances
sémantiques acquises qui conditionnent la possibilité d’avoir des niveaux de traitement
supplémentaires. Dans la première version de cette théorie, la notion d’élaboration était réduite
aux seuls niveaux de traitements, mais la succession de nouvelles expérimentations a permis
d’élargir le concept à la qualité de l’encodage qui pouvait différer pour un même niveau de
traitement3.
Ainsi, un stimulus non familier et non significatif ne peut être traité profondément la
première fois qu’il est perçu. Par ailleurs, lorsqu’un stimulus n’est pas traité avec suffisamment
d’attention, qu’on décide de ne pas le traiter profondément, ou bien qu’on ne dispose pas d’un
temps suffisant de traitement (bien que la durée de traitement ne prédise pas la profondeur de
la trace mnésique), le niveau de traitement sera également peu profond. Selon les auteurs, la
durabilité de la trace mnésique d’un stimulus dépend du traitement, et donc de la profondeur
d’analyse, qu'il a subi : plus le traitement est profond, plus la trace mnésique est durable. Dans
cette théorie, les auteurs font déjà référence à l’importance du Soi dans les processus mnésique.
En effet, ils considèrent que si un traitement profond rend une trace mnésique plus durable
c’est parce que ces dernières s’avèreraient plus utiles pour le Soi.
D’autre part, les auteurs font également référence aux processus de la mémoire de
travail qui permettent de prolonger la durée du traitement d’un stimulus. Ils parlent
d’autorépétition de maintien ce qui consiste à maintenir et/ou à répéter les caractéristiques
issues d’un niveau de traitement du stimulus, en focalisant l’attention dessus et en le gardant
accessible à la conscience afin de le traiter plus longuement si besoin, sans toutefois en modifier
la profondeur. L’oubli est d’autant plus rapide que le traitement a été superficiel. Il est donc
possible de faire le parallèle avec le stockage à court terme dans les systèmes esclaves de la
mémoire de travail et leur processus de répétition de l’information.
Il existe également un processus, l’autorépétition d’élaboration, qui permet de traiter plus en
Il est intéressant de noter que dans cette première version, les auteurs ont toutefois une définition circulaire de la
profondeur de traitement, puisque un traitement profond suppose de meilleures performances de récupération
mnésique, et si un traitement suscite de meilleures performances mnésiques c’est qu’il est nécessairement profond à
l’origine.
3
40
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
profondeur un stimulus déjà traité avec un niveau inférieur en lien avec des connaissances en
mémoire à long terme. Ici, ce mécanisme se rapproche de celui du traitement dans le buffer
épisodique et son processus de binding entre les informations multimodales nouvelles et
anciennes. Selon les auteurs, c’est un processus central qui gère les flux opérationnels
(administrateur central dans la mémoire de travail).
B.
LES EXPERIENCES DE CRAIK ET TULVING (1975)
Dans une série d’études, Craik et Tulving (1975) utilisent un paradigme qui comprend
toujours le même mode opératoire. Ainsi, durant une phase d’encodage, les auteurs présentent
un ensemble de stimuli. Pour chaque stimulus, ils vont provoquer des variations dans leur
traitement en proposant aux participants de répondre à des questions sur les caractéristiques
du stimulus, mais qui ne supposent pas toutes provoquer le même niveau d’élaboration durant
l’encodage. Les questions sont de type perceptives ou graphiques, (1) « un mot est-il présent »,
(2) « le mot est-il en lettre capitale ? », de type phonémique, (3) « le mot rime-t-il avec X ? », ou
de type sémantique, (4) « le mot appartient-t-il à la catégorie des Y ? », (5) « le mot convient-il
dans la phrase suivante ? ». Les questions représentent le degré de profondeur de traitement,
allant du plus superficiel (1) au plus profond (5).
La question est toujours présentée avant l’apparition du mot, et le sujet ne peut répondre que
par oui ou par non. Le temps de latence ou de réaction entre l’apparition du mot et la réponse
du sujet est enregistré. Après cette phase d’encodage, les participants sont soumis à une
épreuve de récupération des informations, rappel ou reconnaissance, à laquelle ils ne
s'attendent pas.
Une série de dix expériences a été menée. Les résultats montrent que les performances
de reconnaissance (expériences 1 et 2) et de rappel libre (expérience 3) sont d’autant plus
importantes que le traitement à l’encodage est profond, y compris quand l’encodage est
intentionnel et que les participants sont prévenus du rappel ultérieur (expérience 4) (cf. figure
8, p.43). Les résultats sont également confirmés même si le nombre de mots à l’encodage est
augmenté (expérience 2), si leur durée de présentation s’avère plus élevée (expérience 9), ou si
on augmente le nombre de mots distracteurs durant la phase de récupération en
reconnaissance (expérience 2 et 5). Si les stimuli sont présentés deux fois (expérience 3 et 4, cf.
figure 8, p.43) et que le traitement s’opère deux fois (double codage) pour un même niveau, les
performances sont également améliorées dans toutes les conditions mais le pattern reste le
même en terme de profondeur. Les temps de latence, c'est-à-dire le temps de traitement sont
41
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
également d’autant plus longs que le traitement est considéré comme profond, puisqu’un
niveau profond sous-tend aussi l’analyse des niveaux inférieurs (aspects séquentiels).
Figure 8. Résultats des expériences 2, 3 et 4 de Craik et Tulving (1975).
Encodage incident et reconnaissance (expérience 2), Encodage incident et rappel (expériences 3), Encodage
intentionnel et rappel (expérience 4), Présentation unique du matériel à l’encodage (expérience 2, 3 et 4) ou
présentation multiple du matériel à l’encodage (expérience 3 et 4).
Toutefois concernant la latence des réponses, les auteurs montrent que le temps mis
pour traiter le stimulus, n’est pas une fonction linéaire de la profondeur de traitement, comme
ils le pensaient à l’origine, mais que d’autres facteurs interviennent. La profondeur de
traitement n’est plus vue comme une simple succession d’opérations sérielles, mais également
parallèlement comme un ensemble d’opérations qualitatives sur le stimulus.
Lorsque l’encodage est intentionnel (expérience 4), les performances de rappel s’avèrent plus
importantes quel que soit le traitement à l’encodage, mais les performances sont toujours
d’autant plus importantes que le traitement a été profond, alors que les temps de latence sont
identiques aux expériences précédentes (expériences 1 à 3). Par ailleurs, même si les
participants sont payés pour apprendre mieux (et donc faire plus attention aux mots), les
42
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
performances restent inchangées et les traitements les plus profonds à l’encodage amènent
toujours à de meilleures performances (expérience 10).
Lorsque les participants opèrent une tâche superficielle mais dont le traitement est long
(étudier si le mot correspond à une suite de consonne/voyelle telle que CVVCV) et une tâche
profonde mais dont le traitement est rapide (savoir si le mot peut aller dans une phrase
définie), les performances de reconnaissance sont toujours supérieures pour les mots ayant
subit un traitement sémantique profond à l’encodage (expérience 5). C’est donc bien la nature
du niveau de traitement opéré qui importe le plus à l’encodage et non la durée du traitement en
lui-même.
Par ailleurs, les mots associés à une réponse oui à l’encodage sont mieux récupérés que
ceux associés à une réponse non, alors que les temps de latence sont les mêmes durant le
traitement initial. Pour ce dernier point, les auteurs ont effectué plusieurs études afin de
comprendre si ce biais observé était uniquement dû à l’affirmative de la réponse. Selon eux,
cette différence était due à une différence dans le produit du traitement à l’encodage, à son
élaboration, pour un même traitement profond.
Ils ont ainsi proposé une phase d’encodage (expérience 6) avec uniquement un traitement
sémantique de mots concrets qui supposait pour le sujet de se faire une représentation quelle
que soit la réponse qu’il allait donner, avec une question type « Est-ce que X est plus grand que
Y » sur plusieurs critères (taille, largeur, longueur, hauteur, poids, valeur, température, forme) :
les performances de rappel étaient identiques pour les mots ayant reçu une réponse oui et ceux
une réponse non. Les auteurs interprètent ce résultat en termes de congruence de l’élaboration
entre le stimulus et son contexte. En effet, dans une question sémantique de rimes, de catégorie
ou de phrases, une réponse non suppose que le stimulus n’est pas congruent avec le contexte
proposé, comme c’est le cas dans cette expérience.
Dans l’expérience suivante (expérience 7), les auteurs montrent également que la complexité
de la tâche pour un même traitement (en l’occurrence sémantique, avec une tâche de type 5 de
phrase) augmentent les performances de rappel libre mais uniquement lorsque le stimulus a
été congruent avec son contexte, c'est-à-dire pour les mots ayant reçu une réponse oui à
l’encodage et que la représentation formée est unifiée. La congruence est d’autant plus
importante lorsque la phrase d’encodage devient un indice pour le rappel : l’indice seul n’est
pas efficace si le stimulus n’était pas congruent avec le contexte (réponse non). L’efficacité d’un
indice de récupération dépend de l’importance de sa relation avec l’encodage initial du stimulus
et de si il a permis une élaboration entre lui et le stimulus en une représentation unifiée.
Enfin, dans l’expérience 8, les auteurs étudient deux points, l’influence de la singularité
ou de la distinctivité du matériel mais aussi l’influence du nombre de stimulus. Pour cela, ils
43
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
proposent à trois groupes de sujets, l’encodage de mots par pool de 4, 16 ou 40 items associés à
trois niveaux de traitement (casse, rimes et catégorie) et dont la présentation pool-profondeur
varie selon les groupes. Les auteurs postulent que le pool de 4 mots est distinctif du reste car le
faible nombre de stimulus pour une condition en fait un matériel plus rare, comparativement à
des pools plus importants. Les résultats indiquent que la distinctivité du nombre de mots ne
modifie pas les performances de reconnaissance quand le traitement est peu profond (casse)
ou lorsqu’il est très profond (catégorie), tandis qu’un niveau de traitement moyen bénéficie
d’une meilleure reconnaissance dans le cas d’un pool de seulement 4 items. Ainsi, la singularité
ou distinctivité ne permet pas une élaboration supérieure à un niveau perceptif. Les résultats
montrent également que plus le nombre de stimulus total à traiter est grand, plus la différence
entre les niveaux de traitement est visible.
C.
AJOUTS THÉORIQUES
Ainsi, les nouvelles données ont remise en question la notion de niveaux de traitement
en tant qu’index strict de la profondeur et de l’élaboration (Craik, 2002; Lockhart & Craik,
1990) Le relation entre la mémoire et la performance est sous-tendue par des processus
multiples et complexes. Ainsi, Craik et Lockhart (1972) ont considérablement éclairci et étoffé
leurs postulats d’origine (Lockhart, Craik, & Jacoby, 1976; Lockhart & Craik, 1990). L’ensemble
des processus décrit ci-dessous permettent de créer des représentations issues du stimulus qui
sont donc ensuite maintenues dans la mémoire de travail (ou mémoire primaire pour les
auteurs) avant d’être encodées et stockées en tant que trace mnésique en mémoire épisodique
(ou mémoire secondaire pour les auteurs).
1.
Les processus d’encodage reconsidérés
Ainsi, (1) la profondeur de traitement n’est plus considérée comme le seul processus
agissant durant l’encodage d’un stimulus, et la durée de traitement n’est plus un index
quantitatif adéquat pour la mesure de la profondeur. La profondeur désigne précisément la
nature de l’encodage ou la nature des traits encodés (sensoriels, phonémiques, lexicaux,
syntaxiques, sémantiques, interprétatif, thématiques…).
(2) L’étendue désigne l’ampleur du traitement, c'est-à-dire le degré d'élaboration ou la richesse
du stimulus à un niveau de traitement donné qui dépend au nombre d’attributs du stimulus
traités durant l’encodage. Plus le contexte fournit des informations à l’encodage, plus le
stimulus peut être traité de manière élaborée. L’étendue ou élaboration peut être augmentée
par d’autres processus opérant à l’encodage qui permettent d’augmenter le nombre de traits à
44
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
traiter.
(3) La congruence est un processus d’intégration qui unifie un stimulus avec son contexte
d’encodage, si ces deux derniers sont suffisamment concordants, en une représentation unifiée
qui permet de la traiter de manière plus opérationnelle. La congruence est dépendante des
connaissances déjà stockées dans les systèmes mnésiques. Par ailleurs, la congruence
détermine une plus grande étendue ou élaboration puisque que la représentation créée fournit
plus d’attributs.
(4) la distinctivité est le résultat d’un lien spécifique et unique entretenu par le stimulus et son
contexte d’encodage : le contexte ne s’applique que pour un stimulus donné, ce qui permet
également d’augmenter l’élaboration du stimulus.
L’ensemble de ces processus décrit un traitement qui s’opère sur les caractéristiques
spécifiques du stimulus (processus centré sur le stimulus) indépendamment des autres stimuli.
Toutefois les traitements peuvent également agir sur l’organisation des caractéristiques
extraites d’un stimulus par rapport à celles extraites d’autres stimuli, d’un même contexte
d’encodage (processus relationnel). Les représentations formées vont alors dépendre les unes
des autres. Ainsi, l’organisation est le fait d’extraire des similitudes, en regroupant, classifiant,
ou catégorisant des caractéristiques communes et similaires de plusieurs stimuli dans un
contexte d’encodage commun. Ce processus est intuitivement utilisé à un niveau sémantique
lorsque les conditions d’encodage n’induisent pas un traitement particulier (Tulving, 1962a,
1962b). Cette notion nuance la distinctivité décrite plus haut. En effet, les processus distinctifs
permettent à la fois d’extraire les caractéristiques spécifiques de l’item, mais aussi de distinguer
(d’organiser) chaque stimulus par rapport à d’autres stimulus dans le même contexte
d’encodage ; c'est donc le traitement des différences dans un contexte de similarité. Ce
traitement peut s’opérer sur les caractéristiques primaires des stimuli sans accès à des
connaissances stockées en mémoire à long terme, ou bien sur des caractéristiques secondaires
issues des connaissances des différents systèmes de mémoire. La distinctivité devient ainsi un
processus à la fois centré sur l’item mais également organisationnel (ou relationnel) qui
augmente ainsi le nombre d’attributs d’un stimulus, et donc son degré d’élaboration (ou
d’étendue).
En résumé, pour chaque niveau de traitement, le traitement des attributs du stimulus
permet d’élaborer la représentation, puis la trace mnésique qui en découle. L’élaboration peut
être augmentée par la congruence, la distinctivité et par l’organisation qui sont des processus
séparés mais qui agissent directement sur la première. Le traitement sémantique est un
traitement de niveau profond, surtout parce qu’il favorise plus l’élaboration de par ses
45
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
propriétés naturellement organisationnelles et distinctives issues d’un plus grand nombre
d’associations en mémoire à long terme.
2.
Les processus de récupération détaillés
Le manque d’intérêt et de précisions sur les processus en jeu dans la récupération a
également été fortement critiqué dans la théorie première. Ainsi, Lockhart, Craik et Jacoby
(1976) précisent un certain nombre de points quant à la récupération d’une trace mnésique en
mémoire épisodique par l’intermédiaire de la mémoire de travail qui guide les processus la
reconstruction du stimulus.
Selon les auteurs, il est possible de récupérer la trace en mémoire en reconstituant
l’ensemble des processus d’encodage, et en mettant en œuvre les mêmes structures cognitives
utilisées à l’origine qui ont permis de former la trace mnésique de manière à la reconstruire.
C’est la manière dont un stimulus a été traité à l’encodage qui détermine la probabilité de
récupération de sa trace mnésique et son accessibilité en mémoire épisodique. Ainsi, plus la
trace mnésique est profonde, distinctive et élaborée, mieux elle est récupérée, de même si elle
est issue d’une forte congruence entre le stimulus et son contexte. Par ailleurs, les traces
mnésiques récentes sont plus facilement récupérables car les processus d’encodage qui en sont
à l’origine sont toujours amorcés.
La récupération d’une trace mnésique est également d’autant plus facilitée que les conditions
de récupération sont proches des conditions d’encodage, c'est-à-dire qu’il existe suffisamment
d’indices de récupération. C’est pourquoi, les tâches de reconnaissance s’avèrent plus efficaces
pour récupérer une trace mnésique que le rappel, car ce dernier met à disposition de très
faibles indices de récupération alors que la reconnaissance utilise le stimulus comme indice
pour récupérer le contexte d’encodage. Cela rejoint le concept d’encodage spécifique développé
par Tulving et Thomson (1973). Ils proposent que l’efficacité d’un indice de récupération est
intimement liée à l’importance du lien opéré entre cet indice et le stimulus à l’encodage. Le
meilleur indice de récupération est celui qui est la réplique exacte ou le plus proche du contexte
d’acquisition, c'est-à-dire lorsque les opérations mises en place à l’encodage et au moment de la
récupération sont similaires ou de même nature. Toutefois, ce sont avant tout les traitements
du stimulus à l’encodage qui déterminent le plus la probabilité de récupération.
Concernant les processus de récupération, d’autres auteurs ont étudié plus tardivement
les effets d’un paradigme comme la profondeur de traitement sur les états de conscience en lien
avec le développement de la théorie de Tulving (1985), qui apportent des précisions
particulièrement intéressantes sur la qualité de la trace mnésique formée.
46
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
Les résultats indiquent que le nombre de réponses « je me souviens » croît avec la profondeur
de traitement, ce qui sous-tend l’idée que la trace mnésique, en plus d’être plus élaborée et
distinctive, est également de meilleure qualité (Gardiner, Java, & Richardson-Klavehn, 1996;
Gardiner, 1988; Gregg & Gardiner, 1994; Rajaram, 1993), et, que cet effet est durable même
après une semaine de rétention (Gardiner et al., 1996). Conway et collaborateurs (1997) ont
toutefois noté que les taux globaux de réponses « je me souviens » diminuaient au profit d’une
augmentation générale des réponses de type « je sais », ce qui reflète un processus
d’abstraction et de sémantisation des traces mnésiques.
Concernant les réponses « je sais », les résultats sont plus contrastés, certains trouvent un effet
inversé de la profondeur de traitement, avec une diminution de ce type de réponses quand le
niveau de traitement est sémantique (Gregg & Gardiner, 1994; Rajaram, 1993; Sheridan &
Reingold, 2011, 2012), d’autres ne trouvent pas d’effets significatifs (Gardiner et al., 1996;
Gardiner, 1988; Gregg & Gardiner, 1994). Cette différence de résultats serait en réalité due à la
confusion dans les réponses « je sais » avec des réponses appartenant plutôt à une incertitude
« je devine ». Ainsi, l’inclusion de ce critère de réponse concernant l’incertitude des sujets
s’avère être en réalité celui qui est influencé inversement par la profondeur de traitement et
non les réponses « je sais » (Gardiner et al., 1996).
En résumé, l’idée principale de la théorie de la profondeur de traitement est
qu’elle est une conception principallement fonctionnelle de la mémoire où la perception
et le traitement d’un stimulus dépendent de processus sériels liés à des niveaux
(structures) de la mémoire différents. La profondeur d’un traitement sur un stimulus est
considérée en termes de degrés d’élaboration déterminant la force de la trace mnésique,
sa durabilité dans le temps et donc sa récupération ultérieure. Le traitement durant
l’encodage peut être spécifique à l’item ou bien se faire en relation avec les autres items.
Le contexte de la récupération influence également le rappel, plus il est proche de celui
de l’encodage, plus la probabilité de rappel augmente, notamment parce qu’il facilite la
réinstitution des opérations mentales pour la reconstruction de la trace mnésique.
La partie suivante présente en détail l’effet de référence à Soi qui se base sur la
théorie de la profondeur de traitement pour étudier l’influence du Soi en mémoire
épisodique.
II.
EFFET DE REFERENCE A SOI
Le Soi se nourrit et s’enrichit du fruit de nos connaissances et souvenirs en mémoire
autobiographique qui, elle-même, se dévoile et se reconstruit à la lumière de notre Soi. Cette
réciprocité entre Soi et mémoire est remarquable, non seulement parce qu’elle forge notre
identité et notre sentiment de continuité au fil du temps, mais aussi parce qu’elle est au cœur de
la chaine des processus mnésiques, de l’encodage au rappel des informations vécues ou même
apprises. Ainsi, l’information est alors filtrée aussi bien lors de l’encodage que du rappel afin
47
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
d’être cohérente avec le Soi actuel du sujet et le Soi de travail. Le Soi détermine, explicitement
ou implicitement, quels détails vont être encodés et consolidés, et quels souvenirs vont être
rappelés selon un principe de congruence au schéma de Soi actuel et à l’ensemble des buts et
des plans actifs du sujet. L’influence du Soi sur les processus de traitement en mémoire, et les
bénéfices mnésiques qu’il procure a suscité un regain d’intérêt depuis les années 70, suite au
développement des nouvelles conceptions de la mémoire proposée par Craik et Lockhart
(1972). Les différentes connaissances sémantiques, selon le traitement opéré, ne produisent
pas le même degré d’élaboration de la trace mnésique. C’est dans ce contexte que le Soi
apparait, d’abord comme une entité de connaissances (des schémas de soi) d’un niveau
supérieur à la sémantique permettant un plus fort degré d’élaboration et d’organisation des
informations, puis que le Soi devient un agent puissant d’élaboration et extrêmement actif dans
l'organisation du monde de la personne en tant que schéma super-ordonné (Rogers, Kuiper, &
Kirker, 1977). Cette conception se rapproche très fortement de celle actuelle sur les liens entre
mémoire et Soi (Conway, 2005).
Cette partie présente la littérature générale sur l’effet de référence à soi chez les sujets
jeunes, ainsi que les différentes explications théoriques sous tendant cet effet. Les données sur
le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer sont présentées dans les parties suivantes.
Une partie des données relatées est issue de la revue de questions écrite par Lalanne, Grolleau
et Piolino (2010) et publiée dans le journal Psychologie et NeuroPsychiatrie du Vieillissement.
A.
LITTERATURE ET EXPLICATIONS THEORIQUES
1.
Effet de référence à Soi
Rogers et al. (1977) furent les premiers à étudier l'influence bénéfique du Soi sur les
processus mnésiques en reprenant le paradigme de profondeur de traitement de Craik et
Lockhart (1972). Aux tâches d’orientation traditionnellement utilisées, ils ajoutent la tâche
« Est-ce que ce mot vous décrit ? » afin d’induire un traitement en référence à soi. Les résultats
confirment que les performances de rappel sont supérieures pour une tâche sémantique que
pour une tâche structurale ou phonémique, mais c’est la tâche en référence à soi qui permet
d’obtenir les meilleures performances.
Tout comme certains traitements sémantiques (compréhension, complétion de phrases…),
l’effet de référence à soi découle d’un processus d’interaction entre les nouveaux stimuli et les
connaissances préexistantes. Toutefois, les auteurs concluent que les informations issues des
expériences personnelles donnent lieu à des processus de traitements à l’encodage plus
48
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
efficaces qui augmentent le niveau de traitement, l’étendue et l’organisation, rendant ainsi la
trace mnésique plus élaborée et plus distinctive que les autres traces mnésiques.
Comme pour le bénéfice d’un traitement sémantique dans les tâches de Craik et Tulving (1975),
la supériorité d’un traitement en référence à Soi est conservée que l’encodage soit intentionnel
ou incident, en rappel tout comme en reconnaissance, et ce avec un effet durable dans le temps
jusqu’à une semaine après l’encodage (Conway, Dewhurst, Pearson, & Sapute, 2001; Conway &
Dewhurst, 1995). De plus, un traitement en référence à soi améliore la capacité d’un individu à
évaluer ses capacités d’apprentissage ainsi qu’à mieux juger son habilité à rappeler les
informations de la source d’encodage (Carroll, Davis, & Conway, 2001).
2.
Effet de référence à Soi en recollection
Un traitement en référence à soi, en plus d’augmenter quantitativement les
performances de rappel, permet également d’augmenter la qualité de la récupération de la
trace mnésique, c'est-à-dire l’état de conscience qui y est associé au moment de sa récupération
(Conway et al., 2001; Conway & Dewhurst, 1995; D’Argembeau, Comblain, & Van der Linden,
2005; Hirshman & Lanning, 1999; Van den Bos, Cunningham, Conway, & Turk, 2010). Dans ce
sens, comparé à d’autres types de traitement, un traitement en référence à soi favorise plus le
sentiment de se souvenir, c'est-à-dire le voyage mental et la reviviscence du moment
d’encodage des stimuli avec la récupération des détails contextuels et perceptivo-sensoriels
d’origine, c'est-à-dire un état de conscience autonoétique.
Encore une fois, c’est un effet qui perdure dans le temps (à 24h), et, qui est présent que
l’encodage soit incident (Conway et Dewhurt, 1995, expérience 3) ou intentionnel (Conway et
Dewhurst, 1995, expériences 1 et 2). Toutefois, le bénéfice de la référence au Soi semble être
influencé par l’intervalle de rétention : un intervalle trop court entre l’encodage et la
reconnaissance (5 min) ne permet pas d’observer le SRRE (Conway et al., 2001).
Cet aspect spécifique de l’effet de référence à soi au moment de la recollection de la
trace mnésique est appelé « effet de recollection en référence à soi » (« Self-reference
recollection effect, Conway et Dewhurst, 1995). La trace mnésique issue d’un traitement en
référence à soi est donc considérée d’une qualité supérieure par la nature des informations qui
y sont associées : ces informations sont celles concernant le contexte spatio-temporel
d’encodage, qui sont par nature épisodiques. Par contre, concernant le sentiment de familiarité,
c'est-à-dire un état de conscience noétique au moment de la récupération des traces mnésiques,
les résultats sont parfois contradictoires. Certaines études indiquent une absence d’effet de la
profondeur de traitement (D'Argembeau et al, 2005 ; Hirshman & Lanning, 1999, expérience 2
et 3). D’autres études indiquent un effet de la profondeur de traitement inversé par rapport au
49
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
sentiment de reviviscence où les encodages les moins profonds donnent lieu au plus fort
sentiment de familiarité (Conway et Dewhurst, 1995 ; Conway et al., 2001 ; Hirshman &
Lanning, 1999 , expérience 1), et ce même si un critère de réponse pour l’incertitude est
proposé (Conway et al., 2001).
Par ailleurs, alors que la probabilité de rappel ou de reconnaissance dépend de la
profondeur de traitement et du degré d’élaboration d’un stimulus à l’encodage ce qui augmente
la force de la trace mnésique, l’expérience recollective n’apparait pas comme une fonction
linéaire des performances mnésiques et donc de la force de la trace mnésique. Pour cela,
Conway et al (2001) ont démontré que deux traitements différents à l’encodage pouvaient
induire des taux de reconnaissance similaires, alors même que l’expérience recollective et le
sentiment de familiarité associé à la reconnaissance différaient. Pour les auteurs l’expérience
recollective, le sentiment de se souvenir, représente le degré d’intégration et de consolidation
de la trace mnésique aux connaissances autobiographiques qui seraient particulièrement
dépendent de la congruence de la trace mnésique avec les buts actuels du Soi.
3.
Effet de référence à Soi et émotions
Par ailleurs, l’humeur ou l’image de soi des sujets peut également influencer la
référence à soi lorsque la valence du matériel est différenciée.
Chez des individus déprimés et ayant une vision négative d’eux-mêmes, la supériorité des
performances en rappel libre après un traitement en référence à soi est d’autant plus
importante lorsque les stimuli sont de valence négative par rapport à ceux de valence positive
(Derry & Kuiper, 1981; Kuiper & Derry, 1982). Les patients déprimés s’appliquent en général
plus facilement à eux-mêmes des adjectifs décrivant des traits de personnalité à connotation
négative que des adjectifs positifs, ou les considèrent comme étant plus représentatifs d’euxmêmes (Derry & Kuiper, 1981; Dozois & Dobson, 2001; Kuiper & Derry, 1982). Dans ce sens, les
informations congruentes à l'humeur et aux représentations de Soi d'un sujet seraient mieux
mémorisées en raison d'un processus attentionnel sélectif (Beck, 2008; Mandler, 1989).
Chez les sujets sains, une divergence est à remarquer selon la tâche mnésique : en
reconnaissance, des études mettent en exergue une meilleure mémorisation des mots à valence
négative (Fossati et al., 2003) et d’autres pointent au contraire des résultats égaux pour les
valences positives ou négatives (D’Argembeau et al., 2005). En rappel les études indiquent une
supériorité des stimuli positifs (Sanz, 1996) qui selon les études peut être spécifique à la
condition de référence à Soi (D’Argembeau et al., 2005; Green & Sedikides, 2004). Les résultats
obtenus suggèrent que les sujets confrontés à la tâche de rappel libre doivent générer leurs
50
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
propres indices de récupération pour accéder à l'information stockée en mémoire, ce qui n'est
pas le cas pour la tâche de reconnaissance. Ce processus de récupération en rappel libre est
ainsi influencé beaucoup plus par la motivation générale des sujets à construire et à maintenir
une image cohérente de soi, généralement positive chez les sujets sains (Conway, 2005). De
nombreuses études montrent également que l'induction d'une humeur par le biais d'une
exposition préliminaire à des stimuli positifs ou négatifs provoquent la récupération explicite
supérieure des informations en congruence avec l'humeur induite des sujets (Deckers, 1998;
Kihlstrom, Eich, Sandbrand, & Tobias, 1999; Roediger, Srinivas, & Weldon, 1989; Ucros, 1989;
Västfjäll, 2002).
4.
Comment expliquer ce bénéfice ?
La référence a soi, selon le principe de la théorie de la profondeur de traitement induit à
la fois, un processus d’élaboration spécifique sur le stimulus lui-même qui le lie avec des
connaissances autobiographiques, mais également un processus d’organisation qui relie les
différents stimuli entre eux par le regroupement sous forme de labels en référence à soi (« ce
que je suis ou ce que je ne suis pas », « ce que je voudrais être ou pas », etc …), de manière
particulièrement efficace et ce sans consigne explicite.
Ainsi, comparé à un traitement sémantique supposant un fort degré d’élaboration du stimulus
(tel que donner une définition et évaluer la difficulté du mot) sur un ensemble de stimulus dont
les propriétés d’organisation sont avérées et conscientes (des mots partageant des propriétés
sémantiques évidentes), le traitement en référence à soi s’avère d’efficacité similaire alors qu’il
est supérieur s’il n’existe pas de propriétés communes à l’ensemble des stimuli durant
l’encodage. Dans ce dernier cas, la différence est due aux propriétés naturellement
organisationnelles de la référence à soi. (Klein & Loftus, 1988).
De la même manière, comparé à un traitement sémantique supposant un haut degré
d’organisation (trier les items en fonction de catégories prédéfinies) sur un ensemble de
stimulus non reliés entre eux à l’origine par des caractéristiques communes (ce qui suppose
également de les traiter en plus en fonction de leurs caractéristiques spécifiques), le traitement
en référence à soi donne lieu à des performances de rappel similaire, alors qu’il est supérieur
lorsque l’ensemble du matériel partage des propriétés communes avérées et conscientes. Ici, ce
sont les propriétés naturellement élaboratrices de la référence à soi qui donnent lieu à de
meilleures performances (Klein & Loftus, 1988).
En d’autres termes, la référence à soi facilite l’extraction des caractéristiques spécifiques d’un
stimulus, ce qui permet un traitement d’un plus grand nombre d’attributs et donc une étendue
(ou élaboration) supérieure, d’autant plus si la représentation formée est liée aux
51
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
connaissances en mémoire à long terme. De plus, elle facilite également l’extraction des
caractéristiques communes à plusieurs stimuli de manière à les regrouper, ce qui permet
d’organiser en mémoire les représentations formées en les liants les unes aux autres,
augmentant les indices de récupération ultérieurs pour un stimulus donné et par la même
occasion le nombre d’attributs à traiter pour un stimulus.
B.
DEUX TYPES DE REFERENCE A SOI, DEUX PROCESSUS DISTINCTS
Dans une autre étude, Klein, Loftus et Burton (1989) ont comparé les effets de la
référence à Soi sur la mémorisation de traits de personnalité en distinguant le Soi par les
connaissances personnelles sur soi et les souvenirs autobiographiques. Ils utilisent ainsi une
tâche d’orientation de type autodescription « Est-ce que cet adjectif vous décrit ? » utilisée par
Rogers et al. (1977) et une tâche d’orientation, de type autobiographique « Est-ce que cet
adjectif vous fait penser à un souvenir ? ». Ils ajoutent également une tâche d’orientation de
type métamémoire « A quel point vous serait-il difficile de récupérer un souvenir à partir de cet
adjectif ? » afin d’évaluer si une telle opération engendre un traitement en référence à soi de
même ordre que les deux autres. Les auteurs ont montré que seules les conditions d’encodage
d’auto-évaluation et de mémoire autobiographique, mais pas celle de métamémoire,
permettaient d’améliorer significativement les performances de rappel par rapport à une tâche
sémantique de définition, les tâches en référence à soi permettant donc une élaboration de la
trace mnésique supérieure (expérience 1).
Les auteurs montrent également que les connaissances en mémoire à long terme
utilisées dans les traitements sémantiques d’auto-description et de rappel de souvenir sont
indépendantes et de nature différentes, donc de niveaux de traitement différent (expérience 2).
Pour cela les auteurs proposent trois consignes d’encodage : sémantique (sem), d’autoévaluation (eval) et autobiographique (autob), ; la tache des sujets étant d’opérer deux
encodages successifs des traits de personnalité, soit identiques soit différents de la manière
suivante : sem-sem, sem-eval, sem-autob, eval-eval, eval-autob, eval-sem, autob-autob, autobeval, autob-sem. Ils évaluent ensuite les effets d’amorçage sur les temps de réponses du second
traitement en fonction du premier traitement qui a été opéré. Les résultats indiquent des effets
d’amorçage seulement lorsque le deuxième traitement est similaire au premier, quelques soient
les conditions d’encodage. Ainsi, les auteurs montrent une indépendance entre les
connaissances de Soi et les souvenirs personnels qui n’appartiennent donc pas au même niveau
de traitement mais qui permettent un degré d’élaboration de même niveau (Bower & Gilligan,
52
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
1979; Warren, Hughes, & Tobias, 1985 ; observent d’ailleurs un bénéfice similaire pour ces
deux types de référence à soi).
La tâche d’autodescription ne nécessite pas la récupération d’un souvenir car les traits
de personnalité seraient un résumé des comportements qu’un individu aurait eu au cours de
différents événements de vie sans accès direct à ces événements (Klein & Gangi, 2010; Klein,
2012; Klein, Loftus, & Sherman, 1993; Klein, Sherman, & Loftus, 1996), et ce que l’on estime ou
non avoir le trait de personnalité (Klein & Loftus, 1989, expérience 3). La tâche d’autodescription s’appuie donc sur les connaissances de Soi en mémoire autobiographique
sémantique, et donc le Soi conceptuel. Toutefois, dans certains cas, si le résumé d’un trait de
personnalité ne serait pas disponible (notamment quand il n’y a pas assez d’expériences vécues
en lien avec), la recherche d’un souvenir spécifique en mémoire autobiographique épisodique le
confirmant ou infirmant serait nécessaire.
La tâche de récupération de souvenir quant à elle, s’appuie sur les souvenirs spécifiques en
mémoire autobiographique épisodique et sur le Soi phénoménologique. Mais elle peut également
d’après le modèle de Conway, s’appuyer sur les souvenirs génériques en mémoire
autobiographique sémantique et donc sur le Soi conceptuel4.
En conséquence puisque les deux traitements en référence à Soi utilisent des voies de
traitement séparées, ils peuvent s’additionner et permettre un double codage de l’information
par la liaison du stimulus à des connaissances personnelles puis à un souvenir personnel
correspondant, ce qui augmente le degré d’élaboration de la trace mnésique (expérience 4).
Selon le modèle de Conway et al. (2004) ce double codage devrait s’opérer de manière sérielle.
Si l’accès se fait par les connaissances sémantiques via l’autodescription, le trait de personnalité
ne permet pas un accès immédiat aux souvenirs qui lui sont liés et leur recherche doit être
initiée volontairement car elle n’est pas automatique. Ainsi, la recherche d’un souvenir qui
confirme ou infirme l’appartenance de trait de personnalité s’opère sous le contrôle du Soi de
travail et peut nécessiter plusieurs cycles pour la récupération d’un souvenir spécifique
épisodique. Le trait de personnalité est donc d’abord élaboré sur un niveau sémantique, puis
ensuite sur un niveau épisodique.
Comme cela a été exposé dans le chapitre 2, la récupération des souvenirs génériques n’est pas dénuée de
phénoménologie. Dans ce sens, elle implique le Soi phénoménologique synchronique (conscience de Soi au moment
présent) et le Soi phénoménologique diachronique primaire (conscience de Soi ayant vécu un événement X à un
moment t du passé) mais l’absence de la reviviscence de la phénoménologie à l’origine de l’expérience dans la
récupération de souvenirs génériques n’implique pas le Soi phénoménologique diachronique secondaire (Prise de
conscience de Soi dans le temps subjectif).
4
53
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
C.
TRAITEMENTS DIMINUANT L’EFFET DE LA REFERENCE A SOI
De nombreux auteurs ont étudié l’effet d’un traitement en référence à soi sur la
mémoire en modifiant plusieurs éléments : soit le type de traitement opéré dans la tâche
d’orientation initiale durant l’encodage (jugement de valence, de désirabilité sociale, de
référence à autrui, d’imagerie mentale), soit le type de stimulus étudié (noms versus traits de
personnalité). Ces modifications peuvent fortement influencer la taille du bénéfice d’un
traitement en référence à soi. Le Tableau 1 (p.62) synthétise les différentes des expériences sur
l’effet de référence à soi chez des adultes jeunes en fonction de la nature de la référence à soi
(autodescription ou rappel de souvenir) et des différentes tâches comparatives (jugement sur
la sémantique, de valence, désirabilité sociale, référence à autrui). Le tableau en annexe I
(p.309) les paradigmes expérimentaux d’une partie des expériences présentées dans cette
section.
1.
Traitement de désirabilité sociale
Lorsque la tâche d’orientation à l’encodage est un jugement de valence (Conway &
Dewhurst, 1995; Glisky & Marquine, 2009), le traitement en référence à soi reste celui qui
donne lieu aux meilleures performances. Lorsque la tâche d’orientation est une tâche de
désirabilité sociale, les résultats sont plus contrastés (cf. Tableau 1, p.62 ; Annexe I, p.309) :
tandis que certaines études relatent un effet supérieur de la référence à soi (Cacioppo, Petty, &
Morris, 1985; Fossati et al., 2004; Gutchess, Kensinger, Yoon, & Schacter, 2007; McCaul & Maki,
1984), d’autres reflètent un effet diminué voir similaire (Ferguson, Rule, & Carlson, 19835). Les
jugements de désirabilité sociale impliquent à la fois un jugement de valence (savoir si le trait
de personnalité est positif ou négatif) et un jugement moral (savoir s’il est bien d’avoir ce trait
de personnalité), qui appartiennent aux connaissances sémantiques liées aux traits de
personnalité et qui favoriseraient une certaine organisation naturelle comme la référence à soi ;
les traits de personnalité étant déjà labélisés en mémoire à long terme en fonction de leur
valence (positif, négatif, neutre) et des normes sociales (bon, mauvais …).
De plus un traitement de désirabilité sociale serait également susceptible de se baser sur le Soi
(savoir si on aimerait avoir ce trait de caractère) (Zajonc, 1980), ce qui pourrait induire un
niveau d’organisation supplémentaire (vouloir être ou ne pas vouloir), augmentant le nombre
Pour cette étude, il est toutefois important de noter une différence méthodologique qui peut rendre l’étude moins
intéressante du point de vue des conclusions qu’elle impose. En effet, le traitement en référence à soi et celui de
désirabilité n’ont pas été directement comparé sur le même groupe d’étude, mais sur deux groupes de sujets
distincts..
5
54
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
de lien avec les représentations en mémoire à long terme, ainsi que le degré d’élaboration
possible.
2.
Traitement en référence à autrui
Quand un traitement en référence à soi est comparé à un traitement en référence à
autrui, les résultats sont également très contrastés. En effet, la taille de l’effet varie avec le degré
de proximité de l’autre personne, plus la référence à autrui se rapporte à une personne proche
du sujet, plus l’effet de la référence à soi diminue (cf. Tableau 1, p.62). Lorsqu’autrui est une
personne célèbre, une personne neutre ou un personnage favori, le traitement en référence à
soi est toujours nettement supérieur (Bower & Gilligan, 1979; Conway & Dewhurst, 1995;
D’Argembeau et al., 2005; Ferguson et al., 1983; Gutchess, Kensinger, Yoon, et al., 2007; Keenan
& Baillet, 1980, expérience 1 ; Lord, 1980, expérience 1 ; Maki & McCaul, 1985, expérience 1).
Par contre, le bénéfice observé après un traitement en référence à soi est diminué, bien que
présent, quand autrui est une personne plus intime telle que les parents (Bower & Gilligan,
1979; Keenan & Baillet, 1980, expérience 1 ; Lord, 1980, expérience 1; Maki & McCaul, 1985,
expérience 1) ou le meilleur ami (Ferguson et al., 1983 ; Keenan & Baillet, 1980, expérience 1),
voir complètement annulé (Ferguson et al., 1983, en reconnaissance mais pas en rappel libre).
La construction du Soi est fortement dépendante des interactions avec autrui et des
représentations formées sur autrui : le Soi n’est Soi que parce qu’il est n’est pas Autrui (CohenScali & Moliner, 2008 ; Karniol, 2003). Ainsi, la plupart des connaissances autobiographiques et
des souvenirs personnels sont issus de l’expérience qu’un individu a eu avec le monde
extérieur, et ce sont ces expériences qui déterminent la formation du Soi conceptuel (les buts, le
comportement, les attitudes, les valeurs personnelles, les valeurs culturelles etc …). Une grande
majorité de ces interactions sont opérées avec des membres proches qui ont une importance et
un lien intime avec Soi (famille, amis, etc…). Donc plus une personne est intime, plus un
individu crée des représentations et garde en mémoire des événements partagés. En outre plus
autrui est représenté en mémoire, plus il devient une entité élaborée et distincte. La référence à
autrui, par la richesse des représentations en mémoire, possède, comme la référence à soi, un
haut niveau de traitement, et un fort potentiel d’élaboration et d’organisation à l’encodage d’un
stimulus. Par ailleurs, en fonction du degré d’intimité avec la personne, il semble que les
connaissances utilisées au moment de l’encodage du stimulus soient de nature différente. En
effet, quand autrui est jugé comme bien connu ou familier, le jugement de trait de personnalité
se ferait via l’accès aux connaissances sémantiques des traits de personnalité sur cette
personne (au résumé qui a été fait sur l’ensemble des comportements ou attitudes qu’à eu
autrui), alors que si autrui n’est que partiellement connu, le traitement se baserait plutôt sur
55
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
une récupération épisodique d’un événement où la personne a endossé tel trait de personnalité
(Klein, 2012). En d’autres termes mieux la personne est connue, plus le nombre de schémas la
concernant est grand. Cela ne nécessitant pas l’accès à des événements spécifiques pour savoir
comment est cette personne, comme c’est le cas pour un traitement d’autodescription. Enfin,
selon Codol (1975, cité dans Leyens et Yzerbyt, 1997), si nous sommes le point de référence
dans une comparaison avec un autre, nous avons tendance à juger autrui en fonction de sa
similarité avec nous même. A l'extrème quand autui est un conjoint ayant partagé un très grand
nombre d’année , les représentations de ce proche seraient bien plus importantes que pour tout
autre personne intime et le traitement en référence à autrui et à Soi deviendrait comparable.
a)
Cas particuliers : auto-génération, sentiment
d’appartenance et agentivité
Carroll et al. (2001 ; cf Annexe I, p.309) ont étudié l’effet de l’auto-génération sur les
performances en reconnaissance. Pour cela, ils ont demandé à des pairs de sujets, où chaque
participant devait citer des noms de villes et des hobbies ayant une signification personnelle.
Les résultats indiquent que la performance de reconnaissance des sujets pour les mots générés
par les sujets eux-mêmes est supérieure à celle pour les mots générés par leur pair, après une
semaine de rétention. De plus, l’expérience recollective (sentiment de se souvenir) est
également plus importante dans la condition d’auto-génération que de génération par autrui.
De la même manière, l’association d’un mot cible avec un prénom généré par le sujet lui-même
donne lieu à des performances plus élevées en rappel libre que si le prénom associé au mot
cible est généré par autrui (Greenwald & Banaji, 1989). Les résultats sont similaires en rappel
indicé que l’on présente les prénoms ou les noms en tant qu’indices.
Cunningham, Turk, Macdonald et Macrae (2008 ; cf Annexe I, p.309) ont simulé chez
des pairs de sujets une situation d’achat de course afin d’étudier l’influence du sentiment
d’appartenance d’objets sur les performances en mémoire. Chaque sujet devait mettre dans son
panier les photographies d’objets qu’il souhaitait acheter, puis ensuite étudier le contenu du
panier de son pair. Les résultats montrent que les photographies issues du propre panier du
sujet sont reconnues plus souvent que les photographies qui ne lui appartenait pas. Le
sentiment d’appartenance augmente également l’expérience recollective associée à la
récupération des traces mnésiques (Van den Bos et al., 2010, avec un paradigme similaire).
L’agentivité se définit par la capacité d’un individu à agir sur l’environnement mais dont
le résultat des actions est conscient. Mulligan et Hornstein (2003) ont étudié l’influence de
l’agentivité sur l’apprentissage d’une série de phrases sur les performances en reconnaissance
56
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
(expérience 1). Après les avoir écouté, les participants devaient soit mimer l’action décrite par
chaque phrase, soit observer l’action mimée par l’expérimentateur. La tâche de reconnaissance
était auditive pour l’ensemble du matériel. Toutefois, pour une partie du matériel, les
participants devaient soit effectuer l’action des phrases, soit l’observer chez l’expérimentateur
avant de déterminer si elle faisait partie de la liste d’apprentissage. Les résultats montrent que
les performances sont supérieures lorsque les sujets ont effectué eux-mêmes les actions durant
l’apprentissage que si elles ont été faites par l’expérimentateur. De plus, les performances sont
également meilleures si la tâche de reconnaissance est sur la même modalité que l’encodage,
c'est-à-dire qu’elle inclut de nouveau les actions, que si elle est purement auditive. Ce résultat
est congruent avec l’hypothèse d’encodage spécifique (Tulving et Thomson, 1973) qui suppose
que la récupération est meilleure lorsque les indices de récupération sont identiques à
l’encodage. Dans une seconde expérience, les auteurs montrent qu’il n’existe pas de différence
quand le sujet effectue lui-même les actions et quand il les effectue à l’aveugle, ce qui montre
que le feedback visuel sur ses propres actions est expliqué par un codage multiple et une
élaboration supérieure du stimulus par rapport à l’observation d’une action. Dans une situation
d’agentivité, le stimulus serait traité à un niveau sémantique, un niveau moteur, alors que dans
la situation d’observation le stimulus serait traité sémantiquement et perceptuellement.
L’action motrice volontaire permet de traiter naturellement le stimulus en référence à soi où
l’objet est encodé en lien avec les actions que le sujet opère sur lui, ce que la simple observation
ne permet pas.
3.
Traitement sur un matériel de noms communs
Enfin, le type de matériel utilisé durant l’encodage peut également avoir une influence.
Lorsque les stimuli sont des noms communs (« chaise », « arbre »…), certaines études montrent
un bénéfice d’un traitement en référence à soi toujours supérieur (Klein & Loftus, 1988; Klein &
Kihlstrom, 1986; Warren, Chattin, Thompson, & Tomsky, 1983), tandis que d’autres indiquent
que le bénéfice s’annule (Keenan & Baillet, 1980, expérience 1 ; Lord, expérience 2 ; Maki &
McCaul, 1985) (cf. tableau 1, p.62, Annexe I, p.309). Ces différences pourraient être en partie
dues au type de traitement en référence à soi utilisé : il apparait que le bénéfice de la référence
à soi sur ce type de stimulus soit effectif surtout lorsque le traitement incite à récupérer un
souvenir autobiographique.
L’explication semble relativement intuitive. Les traits de personnalité permettent à la
fois de se décrire soi-même et se définir (« je suis gentille, sociable, dynamique »), mais
également de rappeler des souvenirs qui représentent nos traits de caractères (« je me
souviens d’une soirée où je me suis fait plusieurs nouvelles connaissances alors que je ne
57
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
connaissais personne à mon arrivée… »). Les traits de personnalité permettent aussi de décrire
autrui, mais pas de décrire des objets, des animaux, des lieux etc… Dans le langage courant, les
traits de personnalité seraient donc le plus souvent traités par les individus d’un point de vue
personnel, plus que d’une manière strictement sémantique car ils seraient le matériel privilégié
utilisé pour se décrire, se définir ou pour récupérer un souvenir (Maki et McCaul, 1985). En
d’autres termes, ils seraient plus souvent traités, élaborés et organisés en référence au Soi
conceptuel ou au Soi phénoménologique, favorisant l’accès aux représentations de cette voie,
plutôt que de celles purement liées aux connaissances sémantiques. Ainsi l’effet de la référence
à soi observé dans l’apprentissage serait de taille plus importante quand le matériel utilisé
inclus des traits de personnalité. A contrario, les noms communs seraient plus souvent traités,
élaborés et organisés en fonction des connaissances sémantiques générales et non
autobiographiques, car ils permettraient de décrire plus souvent l’environnement extérieur qui
nous entoure, bien qu’ils puissent être utilisés pour décrire nos goûts personnels, mais à
moindre échelle. Les noms communs (objets, animaux, nourriture, lieux…) permettent de se
rappeler un souvenir spécifique de soi en interaction avec l’environnement matériel (« je me
souviens d’une après-midi où, enfant, je jouais dans ma chambre et je me suis cassée un orteil
en me cognant contre mon lit »), alors qu’ils décrivent plus difficilement la personnalité qui
peut nous caractériser. Ils sont plutôt liés aux goûts personnels (« j’aime les chiens, les oranges
… », « je trouve que le rose est une belle couleur »).
4.
Traitement par imagerie mentale
D’une manière très intéressante, certaines études utilisent l’imagerie mentale pour
comparer les différents niveaux de traitement (cf.tableau 1, p.62). Par exemple, Lord (1980,
expérience 2) propose aux participants de créer une image mentale interactive entre le
stimulus (des noms communs imageables, « chaise », « ballon », « fleur » …) et le type de
référence utilisée, Soi (traitement en référence à soi, « s’imaginer en train de jouer au ballon »),
une personne proche ou une célébrité (traitement en référence à autrui, « imaginer sa mère ou
Angelina Jolie en train de cueillir des fleurs ») et un arbre (traitement sémantique, « imaginer
une chaise tombant de l’arbre »). Ses résultats montrent un pattern presque inversé aux
expériences de profondeur de traitement où le traitement sémantique est le plus efficace.
Ici, le traitement en référence à Soi ne s’opère pas en fonction du Soi conceptuel comme dans
une tâche d’autodescription (« j’aime jouer au ballon ») puisqu’il n’est pas demandé au sujet
d’imaginer une scène qui le caractérise personnellement.
De même, le traitement en référence à soi ne fait pas référence au Soi phénoménologique
comme dans une tâche de rappel de souvenir (« je me souviens d’un jour où je jouais au ballon
58
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
avec mon cousin ») puisque le sujet ne doit pas imaginer une scène qu’il aurait déjà vécue avec
le stimulus. Dans cette expérience, le traitement en référence à soi se fait plutôt en fonction du
Soi physique qui permet de se visualiser ou de se représenter en tant qu’entité physique (« je
m’imagine, je me vois avec un ballon dans les mains ») et qui semble donc ne pas avoir les
mêmes capacités d’élaboration ou d’organisation que les autres types de référence à soi.
Le Soi physique comprend un ensemble de représentations sur Soi, des images de Soi qui sont
relativement différentes les unes des autres, notamment parce que les images de Soi évoluent
considérablement au cours de la vie (enfant, adolescent, jeune adulte, adulte, personne âgée) et
pourraient donc être associées aux connaissances en mémoire à long terme de manière
beaucoup moins importantes que les représentations du Soi conceptuel (connaissances
sémantiques personnelles et souvenirs génériques) ou celles du Soi phénoménologique
(souvenirs spécifiques épisodiques) qui caractérisent la personnalité intrinsèque de l’individu.
Par ailleurs, il est probable que la personne elle-même ou son proche se soit déjà retrouvé en
interaction avec un certain nombre d’objets par le passé (« jouer avec un ballon ou cueillir des
fleurs »), tandis qu’il est peu probable d’avoir vu une personne célèbre ou encore un arbre en
interaction avec ces mêmes objets. De cette manière, les images mentales formées avec un
arbre ou une personne célèbre pourraient s’avérer être plus distinctives par la nouveauté ou la
saillance qu’elles représentent.
Toutefois, dans une série de six études, Brown, Keenan, et Potts (1986) n’ont pas
obtenu les mêmes résultats avec une méthodologie similaire. Tout d’abord les auteurs
constatent que la taille du stimulus (c'est-à-dire de l’objet qu’il représente) dans la vie réelle
(par exemple, « une tasse » versus « un immeuble ») a une influence très importante. En effet,
en séparant les performances de rappel des objets considérés comme petits (« tasse ») de ceux
considérés comme grand (« immeuble »), les résultats indiquent que le traitement en référence
à soi (« s’imaginer en interaction avec le stimulus ») est toujours supérieur à un traitement en
référence à autrui (« imaginer une personne célèbre en interaction avec le stimulus ») lorsque
les stimulus représentent des objets de grande taille, à l’inverse de ceux qui en représentent de
petite taille (expérience 2, 3, 4, 5, 6). Toutefois, ils constatent que cette différence tient au fait
que les objets de grande taille représentent d’une manière générale plutôt des lieux (montagne)
qui sont plus susceptibles d’être liés à des souvenirs personnels, la référence à soi se baserait
donc à la fois sur le Soi physique et le Soi phénoménologique. Ainsi la différence de taille
s’annule lorsque les auteurs forcent les participants à se baser sur un événement
personnellement vécu (référence au Soi phénoménologique) pour tous les stimuli, mais le
bénéfice du traitement en référence à soi reste toujours supérieur au traitement en référence à
autrui.
59
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
De plus, la perspective d’acteur (voir une scène selon sa propre perspective) ou de spectateur
(selon une perspective extérieure où le sujet se voit et observe sa propre personne dans la
scène) ne modifie pas la taille de l’effet (expérience 5 et 6). Dans ce dernier cas d’une part, les
connaissances issues de la mémoire autobiographique épisodique permettent d’augmenter
l’étendue du traitement par un nombre d’attributs du stimulus plus important, augmentant le
degré d’élaboration quel que soit l’objet. D’autre part, la congruence entre le stimulus (objet) et
le contexte d’encodage (l’image de soi et le souvenir) est augmentée lorsqu’il est demandé au
sujet d’associer le stimulus avec un souvenir : l’image de Soi (Soi physique), la représentation à
long terme d’un souvenir, et l’image de l’objet sont associés et unifiés dans une seule et même
représentation en mémoire. Or, la congruence est un processus, dans la théorie de la
profondeur de traitement, qui permet une meilleure élaboration de la trace mnésique.
Par ailleurs, la représentation formée par l’ensemble est plus distinctive et le contexte
d’encodage ne s’applique que pour un stimulus donné, ce qui augmente également le degré
d’élaboration. Ainsi, la différence de résultats entre ces deux études (Lord, 1980 ; Brown et al.,
1986) serait dépendante de la quantité d’information traitées et liées à la représentation
formée du stimulus au moment de l’encodage. Encore une fois, ce n’est pas tant le Soi en tant
autobiographiques (conceptuelles ou épisodiques) qui permet une efficacité supérieure.
D.
BASES NEURALES APPUYANT LA SPECIFICITE DE
LA REFERENCE A SOI
Avec le développement des méthodes d’imagerie cérébrale (Tomographie par Emission
de Positrons ou Imagerie par Résonnance Magnétique fonctionnelle), de nombreux auteurs ont
voulu étudié les bases neurales d’un traitement en référence à soi. Les études
psychocomportementales convergent vers l’idée que le traitement en référence à soi est
surtout efficace grâce à sa supériorité d’élaboration et d’organisation des traces mnésiques par
rapport à d’autres types de traitement, les données en neuro-imagerie permettent également
de préciser que les processus en référence à soi sont structurellement séparés des autres
traitements (sémantique ou en référence à autrui) mettant en jeu ainsi des structures
cérébrales spécifiques que ce soit durant l’encodage ou pendant la récupération (Craik et al.,
1999; D’Argembeau et al., 2007; Fossati et al., 2003; Johnson, Baxter, et al., 2002; Kelley et al.,
2002; Kjaer, Nowak, & Lou, 2002; Johnson, Baxter, et al., 2002 ; Lou et al., 2004; Martinelli,
Sperduti, & Piolino, 2013; Phan et al., 2004 ; Ruby et al., 2009 ; Vogeley et al., 2004).
Dans une meta-analyse, Northoff (Northoff & Bermpohl, 2004; Northoff et al., 2006 ;
voir aussi, Martinelli, Sperduti, & Piolino, 2013) dégage un ensemble de structures cérébrales
60
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
Tableau 1. Synthèse des effets de références à soi dans les études chez les sujets jeunes en fonction des
conditions des tâches de référence à soi et des tâches comparatives.
Matériel : traits = traits de personnalité, noms = noms communs ou villes, img=image
Taille de l’effet de référence à soi ou SRE : SRE = taille de l’effet élevé, SRE- = taille de l’effet petit, abs = pas d’effet
significatif de la référence à soi.
61
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
impliquées plus psécifiquement dans les traitements en référence à Soi (cf. Figure 9, p 62).
(1) La structure médiane dorso-latérale est impliquée lorsque la situation nécessite une
évaluation (ou une réévaluation) explicite (monitoring) des stimuli en référence à soi, ou le
contrôle de Soi. (2) La structure médiane ventrale est impliquée lorsque des stimuli
exteroceptifs ou interoceptifs (émotions, pensées) sont intégrés au Soi (ou au modèle de Soi) ;
cette région est intimement liée aux structures sous-jacentes aux traitement des émotions
(Fossati et al., 2004 ; Phan et al., 2004).
(3) La structure médiane postérieure est liée à la contextualisation temporelle et spatiale des
informations en référence à soi (e.g., souvenir autobiographique) et est fortement liée aux gyrus
hippocampique et parahippocampique.
Figure 9. Organisation structurelle et fonctionnelle des structures corticales médiales (CMS) (adaptée du
modèle de Northoff et al.,2006) .
Am = amygdale ; CCAi = cortex cingulaire antérieur dorsal et ventral (partie inférieure) ; CCAs = cortex cingulaire
antérieur(partie supérieure) ; CCP = cortex cingulaire postérieur ; CPFDM = cortex préfrontal dorso-médian ; CPFL =
cortex préfrontal latéral ; CPFOM = cortex préfrontal orbito-médian ; CPFV = cortex préfrontal ventral ; CPFVM = cortex
préfrontal ventro-médian ; CPM = cortex pariétal médian (inclus le précuneus) ; CRS = cortex rétrosplénial ; CSS = cortex
somato-sensoriel ; CTM = cortex temporal médian (inclus les gyri hippocampique et para-hippocampique) ; GB =
ganglions de la base ; trait jaune = réseau de connexions neuronales ; flèche noire = spécialisation fonctionnelle
62
Chapitre 3 : Effet de référence à Soi
En résumé, l’effet de référence à Soi est donc essentiellement évalué par l’utilisation d’un
paradigme de profondeur de traitement dont une des tâches d’orientation implique un
traitement en référence à Soi où les stimuli sont liés à des connaissances ou souvenirs
personnels préexistants. La majorité des études indiquent que le traitement de référence
à Soi donne lieu à la plus haute probabilité de rappel dans des tâches de rappel explicite,
que l’encodage soit incident ou intentionnel, à une récupération plus importante du
contexte d’encodage, et ces effets apparaissent durables dans le temps. La raison est qu’il
implique un traitement d’un plus grand nombre d’attributs du stimulus ce qui augmente
l’étendue (ou degré d’élaboration) de la trace mnésique par une élaboration supérieure.
Il augmente également la congruence entre le stimulus et son contexte d’encodage par
une représentation plus unifiée et rend la trace mnésique plus distinctive. Les études
d’imagerie cérébrale montrent également que les régions cérébrales sous-jacentes aux
processus en référence à soi sont différentes de celles impliquées dans les autres
traitements, sémantiques notamment
Dans le cadre de ce travail de thèse, nous nous sommes intéressés à ce phénomène
dans le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer afin de savoir si cette stratégie
d’encodage pouvait améliorer les performances mnésiques de ces deux populations et si
elle pouvait être exploitée dans le cadre d’une prise en charge. Par ailleurs, l'objectif était
de spécifier l'effet de référence à Soi en tenant compte de la nature de la composante du
Soi mise en jeu à l’encodage.
63
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
CHAPITRE 4 : LES TROUBLES MNESIQUES DANS LE
VIEILLISSEMENT
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits
vermeils.
Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des
tombeaux.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
L’ennemi
Charles Baudelaire
Du fait des modifications des habilités mnésiques avec l’âge, les difficultés de mémoire
sont généralement les préoccupations centrales des personnes âgées. Les recherches dans le
domaine du vieillissement ont connu une expansion importante dans les dernières décennies,
et ce notamment avec la médiatisation grandissante des pathologies liées aux syndromes
démentiels, aujourd’hui devenus un problème de santé publique. Ainsi, l’intérêt des chercheurs
est à la fois de déterminer les changements qui surviennent avec l’âge, mais il est parallèlement
de déterminer les facteurs pouvant améliorer d’une part, le repérage précoce de la démence, et
d’autres part améliorer les capacités mnésiques des personnes âgées saines pour développer
des mécanismes de compensation mnésique qui puisse retarder l’arrivée de la maladie
d’Alzheimer si ces personnes y sont prédisposées. .
Comme nous avons pu le voir dans le premier chapitre de cette thèse, la mémoire
épisodique peut être étudiée soit par des tâches de laboratoire dans le but d’étudier les
mécanismes d’apprentissage en mémoire, qui permet d’évaluer de manière contrôlée les
processus d’encodage, de stockage et de récupération des traces mnésiques ; soit par des tâches
de rappel de souvenirs personnels. Ainsi, pour comprendre le phénomène d’effet de référence à
Soi dans le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer, il est nécessaire de présenter en
premier lieu comment les performances mnésiques des sujets âgéset des patients s’expriment
dans des tâches épisodiques de laboratoire et à quel point ils sont réceptifs à la profondeur de
traitement.
Compte tenu du fait que selon le modèle de Tulving les performances en mémoire
épisodique peuvent être considérablement influencées par les systèmes de mémoire inférieurs,
64
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
nous allons très succinctement passer en revue le profil mnésique des personnes âgées et des
patients pour ces systèmes avant de nous attarder plus longuement sur la mémoire épisodique.
I.
LES PERTURBATIONS MNESIQUES DANS LE VIEILLISSEMENT
NORMAL
A.
LA MEMOIRE NON EPISODIQUE DANS LE VIEILLISSEMENT
La mémoire procédurale n’est pas perturbée dans le vieillissement normal, avec une
acquisition et une automatisation de procédure préservées avec l’âge, bien que possiblement
ralentie (Giffard, et al., 2001 ; Light, 1991). La mémoire perceptive évaluée par le biais de tâche
de récupération implicite perceptive est préservée (Fay, Isingrini, et al., 2005; Winocur,
Moscovitch, & Stuss, 1996). Les performances en mémoire sémantique tendent à augmenter
chez les sujets âgés (Park et al., 2002), qui ont, par ailleurs, un degré de connexion entre les
différents concepts d’un même réseau sémantique similaire aux sujets jeunes (Collins & Loftus,
1975 ; Fleischman, 2007 ; Giffard, Desgranges, & Eustache, 2005; Giffard, Desgranges,
Kerrouche, Piolino, & Eustache, 2003).
Concernant les performances en mémoire de travail, le vieillissement affecte les
traitements opérés par l’administrateur central, mais pas les systèmes esclaves de maintien
passif de l’information, quelle que soit la modalité perceptive (Bopp & Verhaeghen, 2005;
Ehrlich, Brébion, & Tardieu, 1994 ; Li, 1999). Ainsi, les capacités de planification (organiser une
stratégie d’action ; Andrés & Van der Linden, 2000), de catégorisation (identification,
abstraction de règles implicites ; Andrès & Van der Linden, 2000), de mise à jour
(réinitialisation des informations stockées en fonction des nouvelles informations ; Fisk &
Sharp, 2004; Johnson, Reeder, Raye, & Mitchell, 2002), de flexibilité (switcher son focus
attentionnel entre plusieurs tâches ; Fisk & Sharp, 2004; Verhaeghen & Cerella, 2002) et
d’inhibition (ignorer les informations non pertinentes pour la tâche en court ; Andrés & Van der
Linden, 2000; Borella, Carretti, & De Beni, 2008; Fisk & Sharp, 2004) apparaissent
significativement diminuées dans le vieillissement normal, de même que les ressources
attentionnelles (Craik, 2008 ; Craik & Broadbent, 1983; Craik, 1986). Ces dernières
apparaissent effectivement corrélées avec la diminution des performances en mémoire
épisodique (Smith, 2006). Par ailleurs, de nombreux auteurs s’accordent sur la présence d’un
ralentissement cognitif dans le vieillissement normal, ce qui ralentirait les processus de
65
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
traitement et les rendrait moins efficaces en raison d’une diminution de connectivité dans le
réseau neuronal (Salthouse,1996).
B.
LA MEMOIRE EPISODIQUE DANS DES TACHES DE LABORATOIRE
Les performances mnésiques épisodiques souffrent d’un effet délétère du vieillissement
(Desgranges, Eustache, & Rioux, 1994; Yonelinas, 2002) et la nature des tâches mnésiques
influence les performances (Davis et al., 2003 ; Troyer, Häfliger, Cadieux, & Craik, 2006) : alors
qu’un rappel libre provoque une nette chute de performances pour les sujets âgés, une tâche de
rappel indicé ou de reconnaissance ne met pas significativement en évidence une telle
différence, que la modalité perceptive soit verbale ou visuelle (Park et al., 2002). Le sentiment
de reviviscence est également fortement diminué chez les sujets âgés alors que le sentiment de
familiarité augmente (Bugaiska et al., 2007; Souchay, Moulin, Clarys, Taconnat, & Isingrini,
2007). Nous allons étudier plus précisément l’influence du vieillissement normal sur les
processus de la mémoire épisodique.
1.
Troubles spécifiques des processus d’encodage
A l’encodage, le traitement d’un stimulus peut nécessiter l’intervention de processus
associatifs (ou « binding ») qui correspondent aux mécanismes permettant d’associer au sein
du buffer épisodique les différentes caractéristiques des informations (perceptivo-sensorielles,
contextuelles, conceptuelles) au sein d’une même représentation mnésique avant qu’elle ne
puisse être intégrée en mémoire épisodique (Chalfonte & Johnson, 1996). Le processus de
binding intervient notamment à des niveaux d’encodage profonds et d’élaboration élevée, par
exemple, lorsque la tâche implique de traiter le stimulus selon plusieurs modalités en une
représentation unique (« créer une image mentale d’un stimulus », « associer le stimulus à un
souvenir » etc…) ou encore de traiter plusieurs stimulus simultanément (« catégoriser des
stimuli », « associer deux stimulus ensemble »). Les processus de liage ('binding') est également
en jeu au moment de la récupération d’une trace mnésique, et c’est par leur biais que
l’association entre le contexte de récupération et les indices fournis par le contexte permettent
également de mieux récupérer en mémoire avec la trace mnésique (Chalfonte & Johnson,
1996).
Ainsi, il apparait que le processus de binding est fortement altéré dans le vieillissement
normal, et, le déclin mnésique lié à l’âge serait en partie dû aux faibles capacités des adultes
âgés à former et encoder les traits caractéristiques d’une information au sein d’une même
représentation mnésique (Naveh-Benjamin & Old, 2008). Dans une méta-analyse, Old et Naveh66
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
Benjamin (2008) indique que les difficultés de binding concernent les informations liées à la
source, au contexte temporel et spatial. Ces déficits ne se restreignent pas à l’association d’un
stimulus ou d’une trace mnésique avec ses informations spécifiques, mais également à
l’association de plusieurs stimuli ou traces mnésiques entre elles, et, sont présents quelle que
soit la modalité perceptive (visuelle ou verbale). Ainsi, ce sont à la fois les processus
d’élaboration et d’organisation qui sont affectés par le vieillissement au moment de l’encodage.
Par ailleurs, le déficit des processus associatifs est plus important lorsque les conditions
d’encodage sont intentionnelles que si elles sont incidentes. Ce résultat indique que les
personnes âgées éprouvent des difficultés dés lors que l’apprentissage est sous-tendu par des
processus stratégiques auto-initiés. En effet, les sujets âgés auraient tendance à traiter de
manière privilégiée les caractéristiques générales et stéréotypées des stimuli, plutôt que les
caractéristiques spécifiques et distinctives plus couteuses en ressources attentionnelles, ce qui
entraînerait une élaboration plus faible du stimulus (Craik & Byrd, 1982; Henkel, Johnson, & De
Leonardis, 1998).
Ainsi, lorsqu’une tâche d’apprentissage n’oriente pas à l’encodage vers un traitement profond
du stimulus, les sujets âgés tendent à moins initier spontanément une élaboration profonde du
stimulus par rapport à des sujets jeunes, ce qui réduit leur probabilité de rappel ultérieur,
tandis que cette différence n’est pas observée lorsque l’encodage suscite directement la mise en
place d’une stratégie d’encodage amenant à une élaboration profonde du stimulus (Craik, 1986;
Dunlosky & Hertzog, 2001; Taconnat, Clarys, Vanneste, Bouazzaoui, & Isingrini, 2007; Taconnat
& Isingrini, 2004; Vanneste, Isingrini, & Taconnat, 2003). Dans ce sens, Glisky, Rubin et
Davidson (2001) ont montré que les personnes âgées sont déficitaires dans un paradigme de
mémoire de source car ils ne mettent pas en œuvre spontanément de stratégie efficace.
Toutefois, ce déficit est annulé quand les sujets, même avec de faibles capacités exécutives, sont
amenés explicitement à prendre conscience des relations qui existent entre le stimulus et le
contexte d’encodage, c'est-à-dire d’opérer un encodage intégratif. Les sujets âgés semblent
également avoir plus de difficultés que les sujets jeunes à utiliser efficacement des
connaissances sémantiques préexistantes durant l'encodage (Hess, 1990).
De plus, comparés à des sujets jeunes, les personnes âgées éprouvent également plus de
difficultés à utiliser des stratégies d’organisation du matériel durant l’encodage, ce qui diminue
ainsi la possibilité de lier les stimuli entre eux par leurs attributs communs (Lars Bäckman,
1989; Taconnat et al., 2009). Cette difficulté serait due à un manque de flexibilité mentale qui
induirait un manque de souplesse adaptative face aux nouveaux stimuli en diminuant la
possibilité d’organiser du matériel selon plusieurs règles ou catégories, avec une persévération
sur celles déjà extraites (Taconnat et al., 2009), mais également à des difficultés de mise à jour
67
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
des informations qui diminueraient la formation des liens associatifs entre le stimulus et son
contexte (Clarys, Bugaiska, Tapia, & Baudouin, 2009). Toutefois, lorsque l’organisation du
matériel est déjà préconçue par les consignes, les performances de rappel sont similaires entre
les sujets jeunes et âgés, la seule différence résidant dans la durée de l’apprentissage plus
longue chez les sujets âgés car le temps d’activation serait ralenti (Wingfield & Kahana, 2002).
Les processus d’inhibition des informations non pertinentes étant déficients chez les sujets
âgés, les informations pertinentes sont difficilement filtrées et intégrer à la représentation
mnésique du stimulus, rendant ainsi son élaboration moins importante (Hartman & Hasher,
1991; Hasher, Stoltzfus, Zacks, & Rypma, 1991; Kane, Hasher, Stoltzfus, Zacks, & Lisa, 1994;
Zacks & Hasher, 1997).
Du fait du manque de spécificité au moment de l’encodage, les sujets âgés sont plus
sujets aux erreurs de type intrusion ou fausse reconnaissance au moment de la récupération
(Butler, Mcdaniel, Dornburg, Price, & Roediger, 2004). Dans ce sens, plusieurs études sont
actuellement en faveur du fait que les fausses reconnaissances ou les intrusions en rappel sont
la conséquence d’un encodage moins efficient (Attali & Dalla barba, 2013 ; Dalla Barba, Attali, &
La Corte, 2010). En effet, dans une situation d’encodage où l’attention a été divisée, ce type
d’erreur augmente, alors que la division de l’attention au moment de la récupération n’influe
sur le nombre d’erreurs (Dalla Barba, Mantovan, Traykov, Rieu, Laurent, Ermani & Devouche,
2007).
2.
Troubles spécifiques des processus de récupération
Comme durant l’encodage, les troubles de mémoire observés durant la récupération
des traces mnésiques sont liés à la difficulté des sujets âgés à mettre en place spontanément des
stratégies de récupération, c'est-à-dire dégager des indices de récupération, et, à récupérer les
informations spécifiques de l’encodage du fait de la diminution de leur ressources
attentionnelles (Craik, 1986). Les sujets âgés, contrairement aux sujets jeunes, sont plus enclins
à utiliser des indices de récupérations généraux, du fait de leur moindre coût en terme de
ressources attentionnelles, plutôt que des indices spécifiques ; ces derniers provoquant de
moins bonnes performances de rappel (Craik & Byrd, 1982; Luo & Craik, 2009). En outre, les
sujets âgés rappellent moins les informations relatives au contexte d’apprentissage et la source
de l’encodage (Davidson & Glisky, 2002).
Par ailleurs, les tâches qui supposent un fort support environnemental, c'est-à-dire que
les indices fournis au moment de la récupération sont similaires à ceux de la situation
d’encodage, comme en reconnaissance, nécessitent moins de ressources attentionnelles que
68
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
des tâches qui supposent des processus d’auto-génération d’indices de récupération et qui
s’éloignent de la situation d’encodage d’origine, et une recherche en mémoire plus importante,
comme le rappel libre (Craik, 1986). C’est pourquoi ce dernier s’avère plus affecté par le
vieillissement (Craik & McDowd, 1987). Les processus associatifs sont également atteints
durant la récupération des traces mnésiques, surtout lorsque la récupération concerne
plusieurs stimuli reliés entre eux à l’encodage (Naveh-Benjamin & Old, 2008; Old & NavehBenjamin, 2008).
Le processus de récupération contrôlée, basé sur une remémoration consciente de
l’information contextuelle d’apprentissage, est davantage altéré que le processus de
récupération automatique, basé sur un sentiment de familiarité de l’information cible (Bugaiska
et al., 2007; Clarys et al., 2009; Yonelinas, 2002). Par ailleurs, il apparait que le déficit dans les
processus de mise à jour, mais pas ceux de flexibilité mentale et d’inhibition comme à
l’encodage, soit le plus pertinent pour expliquer la diminution de la conscience autonoétique au
moment de la récupération (Clarys et al., 2009). La mise à jour au moment de la récupération
permettrait d’augmenter l’efficacité de la vérification des informations liées au stimulus et au
contexte d’encodage, ainsi qu’à leur association au moment de la récupération.
3.
Un dysfonctionnement exécutif à l’origine des déficits
mnésiques épisodiques
Plusieurs études montrent que le déclin des performances liés à l’âge se révèle similaire
à celui des patients atteints de lésions frontales (Charlot & Feyereisen, 2005; Isingrini, Perrotin,
& Souchay, 2008; Isingrini & Taconnat, 2008), tant sur le plan des fonctions exécutives et de la
mémoire de travail, que sur les performances en mémoire épisodique. Ainsi, les troubles
observés en mémoire épisodique dans le vieillissement apparaissent comme une conséquence
de l’atteinte fonctionnelle de la mémoire de travail, ce qui affecte considérablement les
processus d’encodage et de récupération en mémoire épisodique permettant l’optimisation de la
mémorisation (Cabeza, McIntosh, Tulving, Nyberg, & Grady, 1997; Shing et al., 2010). Plusieurs
auteurs parlent alors d’une hypothèse executo-frontale qui serait explicatif des troubles
observés dans le vieillissement (Charlot & Feyereisen, 2005). Les processus d’encodage
seraient sous-tendus par le cortex préfrontal dorso-latéral et les processus de récupération par
le cortex préfrontal ventrolatéral (Moscovitch et Winocur, 2002). En effet, ces derniers sont
sous-tendus par les processus stratégiques exécutifs de l’administrateur central qui s’avèrent
altérés par le vieillissement (Shing, Werkle-Bergner, Brehmer, Müller, Li, et Lindenberger,
2009), notamment parce que ce sont des processus coûteux en terme de ressources
attentionnelles (Craik, 1983, 1986 ; Craik et Byrd, 1982).
69
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
Ainsi, les troubles mnésiques ne seraient donc pas dus à une atteinte spécifique de la
mémoire épisodique en tant que telle puisque le stockage des informations une fois encodées est
conservé, de même que leur consolidation (Kaszniak, Garnon et Fox, 1979). Le déclin de la
mémoire épisodique observé dans le vieillissement semble principalement dû à l’atteinte
fonctionnelle de la mémoire de travail. Ces troubles induisent des difficultés d’encodage
spécifique et relationnel des stimuli, c'est-à-dire à traiter, élaborer et organiser profondément
ses attributs, mais également à associer les attributs dégagés en une représentation unique
avec les informations contextuelles, ce qui réduit par la même la possibilité de récupérer des
indices spécifiques pour se remémorer la trace mnésique.
En résumé, les difficultés mnésiques des sujets âgés touchent l’encodage
spécifique et relationnel des stimuli avec des difficultés à dégager les attributs
spécifiques d’un stimulus ou ceux communs à plusieurs stimuli, ou encore intégrer les
informations contextuelles à la trace mnésique formée. Il en résulte une élaboration
moins importante, diminuant la force et la qualité de la trace mnésique et donc la
probabilité de récupération subséquente en mémoire. Cependant, les processus
impliqués au moment de la récupération seraient également moins efficaces, avec une
difficulté à rechercher et utiliser les indices spécifiques liés aux stimuli.
II.
MALADIE D’ALZHEIMER
Si les troubles en mémoire épisodique sont considérés comme les principaux, d’autres
systèmes mnésiques sont également parfois très pertubé y compris à un stade débutant de la
maladie d’Alzheimer. Ainsi, nous nous attarderons un peu plus longuement que pour le
vieillissement normal aux troubles mnésiques non épisodiques.
A.
LES DEFICITS DE MEMOIRE NON EPISODIQUE
1.
Troubles de la mémoire procédurale et perceptive
Les résultats concernant la mémoire procédurale sont variables selon les tâches
utilisées. Les habilités perceptivo-motrices (Deweer et al., 1994; Rouleau, Salmon, & Vrbancic,
2002) et celles perceptivo-verbales (Deweer et al., 1994). sont longtemps préservées dans la
maladie d’Alzheimer et se maintiennent à long terme Concernant les habilités cognitives, les
résultats apparaissent plus contrastés (préservé : Hirono et al., 1997; Perani et al., 1993 ;
déficitaire Beaunieux et al., 2012; Grafman et al., 2008).
70
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
La mémoire perceptive (ou système de représentations perceptives) apparait préservée
pour l’identification perceptive de mots (Karlsson, Börjesson, Adolfsson, & Nilsson, 2002;
Mochizuki-Kawai et al., 2006) mais ralentie pour celle de dessins (Heindel, Salmon, & Butters,
1990). Les patients ont également des difficultés d'accès au lexique orthographique dès le stade
débutant (Rogers, Ivaniou, Patterson et Hodges, 2006) via une tâche de complètement de
trigramme indique des performances plus souvent déficitaires (Carlesimo et al., 1999) que
préservées (Karlsson et al., 2002).
2.
Troubles de la mémoire sémantique
Bien que la mémoire sémantique soit préservée dans le vieillissement normal, elle est
rapidement atteinte dans la maladie d’Alzheimer (Hodges & Patterson, 1995; Hodges et al.,
1999), y compris au stade préclinique MCI (Dudas, Clague, Thompson, Graham, & Hodges,
2005). Il apparait que ces troubles trouvent leur source, dans un premier temps, dans des
difficultés d’accès au lexique sans atteinte sémantique à proprement dites (Duong, Whitehead,
Hanratty, & Chertkow, 2006;). Par la suite, on observe une atteinte des représentations
sémantiques (Hodges, Salmon, & Butters, 1992; Rogers et al., 2006;) avec des difficultés de
catégorisation sémantiques (Fleischman, Wilson, et al., 2005; Gong et al., 2010). Ce sont d’abord
les connaissances sémantiques les plus spécifiques qui sont touchées (« les épines de la rose ou
sa couleur ») (Giffard et al., 2001, 2002; Giffard, Laisney, Eustache, & Desgranges, 2009;Laisney,
Giffard, & Eustache, 2004). A un stade plus avancé les connaissances super-ordonnées (« une
rose est une fleur ») sont également dégradées (Giffard et al., 2002).
Sur le plan théorique (Tulving, 1995), l’intégrité de la mémoire sémantique est
nécessaire au bon fonctionnement de la mémoire épisodique, puisque l’encodage des
informations verbales en mémoire épisodique suppose un encodage d’abord réussi en mémoire
sémantique. Plusieurs auteurs ont montré que les patients Alzheimer pouvait avoir des
difficultés à traiter sémantiquement les informations durant leur encodage, ce qui diminuait la
profondeur du traitement opéré et rendait ainsi leur mémorisation plus difficile (Dalla Barba &
Goldblum, 1996; Goldblum et al., 1998; Grober & Buschke, 1987).
3.
Troubles de la mémoire de travail
Selon plusieurs études, les patients à un stade-préclinique MCI auraient également déjà
un fonctionnement exécutif réduit (Amieva et al., 2005; Bäckman, Jones, Berger, Laukka, &
Small, 2005; Grober et al., 2008), et donc déjà important au stade débutant (Collette, Van der
Linden, Bechet, et al., 1999; Collette, Van der Linden, & Salmon, 1999; Traykov et al., 2007 ).
71
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
Concernant le système esclave de la boucle phonologique, certaines études relatent sa
préservation (Bäckman & Small, 1998; Carlesimo, Fadda, Lorusso, & Caltagirone, 1994 ;
Desgranges, Eustache, Rioux, de La Sayette, & Lechevalier, 1996 ; Peters et al., 2007), d’autres
de son altération (Belleville, Peretz, & Malenfant, 1996; Hulme, Lee, & Brown, 1993). Le calepin
visuo-spatial apparaît altéré (Carlesimo et al., 1994; Grossi, Becker, Smith, & Trojano, 1993).
Selon Colette et collaborateurs (1999) les systèmes esclaves sont entièrement préservés
seulement chez des patients à un stade débutant.
L’administrateur central est déjà perturbé dans le vieillissement normal (Bopp &
Verhaeghen, 2005 ; cf. III., chapitre 2, p.65), mais les données de la littérature montrent que les
patients Alzheimer ont une atteinte bien plus importante que pour celle des systèmes esclaves
dés le début de la maladie (Baddeley, Bressi, Sala, Logie, & Spinnler, 1991). Les capacités de
planification (organiser une stratégie d’action ; Andrés & Van der Linden, 2000), de
catégorisation (identification, abstraction de règles implicites ; Nagahama et al., 2003), de mise
à jour (réinitialisation des informations stockées en fonction des nouvelles informations ;
Belleville et al., 2007; Belleville, Rouleau, Van der Linden, & Collette, 2003), de flexibilité
(switcher son focus attentionnel entre plusieurs tâches ; Amieva, Lafont, et al., 2004; Belleville,
Bherer, Lepage, Chertkow, & Gauthier, 2008; Sailor, Antoine, Diaz, Kuslansky, & Kluger, 2004)
et d’inhibition (ignorer les informations non pertinentes pour la tâche en court ; Amieva,
Phillips, Sala, & Henry, 2004; Belleville et al., 2003; Collette et al., 2007; Moulin et al., 2002)
apparaissent significativement diminuées. Plusieurs études (Logie, Cocchini, Delia Sala, &
Baddeley, 2004 ; Perry, Watson et Hodges, 2000) mettent en évidence des troubles
attentionnels. Une diminution de la vitesse de traitement est également observée (Amieva,
Lafont, et al., 2004; Rizzo, Anderson, Dawson, Myers, & Ball, 2000). Enfin, les patients Alzheimer
ont des difficultés à intégrer et maintenir à court terme les informations multimodales dans le
buffer épisodique (Baddeley & Wilson, 2002).
D’après les modèles théoriques, la perturbation des la mémoire de travail perturbe le
bon fonctionnement de la mémoire épisodique. Dans ce sens, le syndrome dysexécutif apparait
également comme étant un des facteurs explicatifs important des troubles de la mémoire
épisodique au stade débutant de la maladie d’Alzheimer (Germano & Kinsella, 2005; Price et al.,
2010), dont le profil des performances pourrait être à rapprocher de celui observé dans le
vieillissement normal (cf. p.65), bien que largement plus déficitaire.
72
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
B.
LES DEFICITS DE LA MEMOIRE EPISODIQUE
Dés le stade préclinique de la maladie d’Alzheimer, les difficultés en mémoire
épisodiques sont décelables. Bäckman, Small et Fratiglioni (2001) ont étudié les performances
de rappel libre et de reconnaissance chez des sujets âgés considérés comme sains au moment
de la passation, puis trois et six ans plus tard. Ils ont ensuite comparé ceux qui avaient
développé une maladie d’Alzheimer six ans après et ceux qui n’en avaient pas développé. Lors
de la première phase de test, les patients ayant déclaré une maladie d’Alzheimer avaient déjà
des performances inférieures aux sujets ne l’ayant pas déclaré. Toutefois, les performances
n’avaient diminué ni trois ans après la première passation, ni six ans après.
Dés le stade préclinique, l’atteinte en mémoire épisodique est visible pour la composante
verbale, comme pour la composante visuelle et s’accentue avec l’avancée de la maladie (Albert,
Moss, Blacker, Tanzi, & McArdle, 2007; Albert et al., 2001; Bäckman et al., 2005; Guarch,
Marcos, Salamero, & Blesa, 2004; Small, Herlitz, & Bäckman, 2004). On observe la présence d’un
nombre plus élevé d’erreurs de type fausse reconnaissance ou intrusion au moment de la
récupération des informations (Dalla Barba, Nedjam, & Dubois, 1999; Dalla Barba, Parlato,
Iavarone, & Boller, 1995). Il apparait que l’ensemble des processus de la mémoire épisodique,
encodage, stockage et récupération soient affectés (Small et al., 2004). L’origine des troubles
observés en mémoire épisodique sont multifactorielles, et les déficits en mémoire de travail et en
mémoire sémantique ont une influence indéniable.
a)
Atteinte des processus d’encodage
De la même manière que les sujets âgés sains, les patients Alzheimer éprouvent des
difficultés à initier une stratégie d’encodage efficace pour améliorer l’élaboration d’un stimulus,
alors que ce n’est pas nécessairement le cas pour des patients MCI (Bäckman & Small, 1998).
Dans une tâche de mémoire épisodique, la Grober et Buscke ou la RL/RI16, plusieurs études
indiquent une absence des effets d’apprentissage après plusieurs rappels d’une liste de mots,
supposant que l’encodage multiple n’est pas efficace pour améliorer les performances et que les
patients Alzheimer ont bien un déficit des processus d’encodage (Grober & Buschke, 1987;
Pillon, Deweer, Agid, & Dubois, 1993; Tounsi et al., 1999).
Les patients Alzheimer ont de très grandes difficultés pour organiser le matériel durant
l’encodage, ce qui ne permet pas (ou peu) de lier les stimuli entre eux par leurs attributs
communs et réduit ainsi leur degré d’élaboration (Bäckman & Small, 1998; Bird & Luszcz, 1991;
Grober & Kawas, 1997; Weingartner et al., 1981). Chez les sujets âgés sains, cette difficulté est
déjà observée mais est d’ampleur moindre (Bäckman, 1989) et serait la conséquence des
73
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
difficultés de flexibilité mentale et de mise à jour de la mémoire de travail (Taconnat et al.,
2009). Les troubles de la mémoire de travail étant déjà plus importants au stade débutant de la
maladie d’Alzheimer que dans le vieillissement normal, ils sont surement directement en lien
avec la mise en évidence de l’atteinte plus importante des capacités d’organisation et
d’élaboration.
D’une manière générale, les patients Alzheimer ont donc des difficultés à initier des
stratégies d’élaboration efficace lorsque les consignes impliquent un traitement profond
(sémantique versus perceptif) sur le stimulus mais qu’elles ne sont pas explicites. Par
conséquent, ils ne bénéficient pas des effets de la profondeur de traitement dans les tâches de
rappel (Bäckman & Small, 1998; Herlitz, Adolfsson, Bäckman, & Nilsson, 1991; Jones, Livner, &
Bäckman, 2006; Monti et al., 1996), y compris à un stade préclinique (Froger, Taconnat, Landré,
Beigneux, & Isingrini, 2009).
Toutefois, lorsque l’encodage explicite implique un traitement profond sémantique, les
performances de rappel des patients Alzheimer peuvent s’avérer meilleures avec un effet de la
profondeur de traitement significatif (Goldblum et al., 1998). Cependant, certaines études ne
mettent pas en évidence un bénéfice de consigne explicite sur l’élaboration des stimulus à
l’encodage (Butters et al., 1983). De plus, le bénéfice élaboratif d’un double codage verbal et
visuel apparait également peu efficient chez les patients Alzheimer, contrairement aux sujets
âgés (Rissenberg & Glanzer, 1986), alors que le codage simple visuel donne lieu à de meilleures
performances que le codage simple verbal (Herlitz et al., 1991).
Dans d’autres études comparant les effets de la profondeur de traitement (Hudon, Villeneuve, &
Belleville, 2011; Martin, Brouwers, Cox, & Fedio, 1985), les patients Alzheimer bénéficient de la
profondeur de traitement bien que son ampleur soit significativement inférieure à celle des
sujets âgés, et ce d’autant plus pour le traitement sémantique. Ces données vont dans le sens
d’une difficulté plus importante à encoder les attributs spécifiques des stimuli et un nombre
trop élevé d’attributs, limitant ainsi l’avantage mnésique d’une élaboration sémantique. Par
ailleurs, le bénéfice d’un traitement profond sémantique pourrait être conditionné par la
préservation de la mémoire sémantique (Butters, Granholm, Salmon, Grant, & Wolfe, 1987; Dalla
Barba & Goldblum, 1996; Goldblum et al., 1998).
Le processus de binding permet de former et encoder les traits caractéristiques d’un
stimulus au sein d’une même représentation mnésique maintenue dans le buffer épisodique de
la mémoire de travail avant d’être transférer en mémoire épisodique (Chalfonte & Johnson,
1996). Ce processus est défaillant dans le vieillissement normal (Old & Naveh-Benjamin, 2008).
Dans la maladie d’Alzheimer, les processus associatifs d’un stimulus avec ses caractéristiques
spécifiques est très déficitaire tant par la modalité verbale (Parra, Abrahams, et al., 2009) que
74
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
visuelle (Parra, Abrahams, Logie, & Della Sala, 2010; Parra, Sala, Logie, & Abrahams, 2009). Il en
est de même pour la liaison du stimulus avec ses informations contextuelles spatiales (Rickert,
Duke, Putzke, Marson, & Graham, 1998) et temporelles (Becker, Wess, Hunkin, & Parkin, 1993).
Ainsi, les déficits de binding réduisent le degré d’élaboration et d’organisation d’un stimulus au
moment de l’encodage, ce qui réduit par la même la probabilité de rappel ultérieur (Bucks &
Willison, 1997; Dalla Barba & Goldblum, 1996).
Les troubles de l’encodage seraient également responsables des intrusions, fausses
reconnaissances ou confabulations des patients durant le rappel d’informations précédemment
encodées (Attali, De Anna, Dubois, & Dalla Barba, 2009 ; De Anna, Attali, Freynet, Foubert,
Laurent, Dubois, & Dalla Barba, 2008). Par ailleurs, il apparaît que ce type d’erreurs est plus
important dés lors que le matériel appris est mis en lien avec des connaissances sémantiques
bien connues des patients (Attali, et al., 2009 ; De Anna, et al., 2008).
Les études présentées dans cette section montrent qu’un support cognitif pour
améliorer l’élaboration et l’organisation des stimuli durant l’encodage n’est généralement pas
suffisant pour améliorer les performances et nécessitent le plus souvent également un support
au moment de la récupération (cf. infra).
b)
Atteinte des processus de stockage
Un encodage déficitaire donne nécessairement lieu à un apprentissage inférieur et donc
à un stockage d’un nombre inférieur de traces mnésiques. Toutefois, pour les informations
correctement encodées et stockées, le taux d’oubli de ces informations s’avère anormalement
élevé (Larrabee, Youngjohn, Sudilovsky, & Crook, 1993; Moulin et al., 2002; Reed, Paller, &
Mungas, 1998) et s’accentue avec l’avancée de la maladie (Salmon, Granholm, McCullough,
Butters, & Grant, 1989). Le taux d’oubli est particulièrement visible dans une tâche de rappel
libre comparativement à une tâche de rappel indicé ou de reconnaissance (Christensen,
Kopelman, Stanhope, Lorentz, & Owen, 1998; Larrabee et al., 1993). Toutefois, de manière
intéressante, il semble qu’une fois les informations consolidées, elles se maintiennent
correctement en mémoire épisodique et suivent un taux d’oubli similaire à celui des sujets âgés
(Hart, Kwentus, Harkins, & Taylor, 1988; Hart, Kwentus, Taylor, & Harkins, 1987). Ainsi, il
existerait un intervalle critique d’au moins dix minutes durant lesquelles les patients Alzheimer
sont plus sujets que les âgés à ne pas maintenir les représentations mnésiques à long terme et à
les oublier (Hart et al., 1988, 1987).
75
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
c)
Atteinte des processus de récupération
En plus des difficultés d’encodage et de stockage, plusieurs données sont en faveur d’un
trouble de la récupération également présent dans la maladie d’Alzheimer. Les tâches de rappel
indicé et de reconnaissance nécessitent moins de ressources stratégiques auto-initiées de
récupération et de ressources attentionnelles qu’une tâche de rappel libre, puisqu’elles se
rapprochent des conditions d’encodage sur le support environnemental qu’elles fournissent. En
cas de trouble de la récupération, les performances sont donc inférieures dans une tâche de
rappel libre, comme dans le vieillissement. Toutefois, concernant la maladie d’Alzheimer les
données sont parfois contradictoires. Certaines études montrent que le rappel libre et la
reconnaissance sont tout aussi déficitaire (Bäckman, Small, & Fratiglioni, 2001; Bäckman, Small,
& Wahlin, 2001; Delis et al., 1991; Greene, Baddeley, & Hodges, 1996), l’absence de bénéfice des
indices de récupération serait donc en faveur du déficit de l’encodage. Toutefois, d’autres
études indiquent que la reconnaissance est moins touchée que la rappel libre (Lipinska &
Bäckman, 1997) et qu’elle peut même être non déficitaire à un stade débutant de la maladie
d’Alzheimer (Karlsson et al., 1989a; Karlsson, Johansson, Adolfsson, Nilsson, & Dubuc, 2003),
marquant ainsi la présence d’un trouble de la récupération.
Par ailleurs, lorsqu’aucun support n’a été fourni durant l’encodage ou que l’encodage
n’a pas induit de traitement élaboré et profond, le bénéfice de l’indiçage au moment du rappel
ne permet pas aux patients Alzheimer d’améliorer leur performance (Petersen, Smith, Ivnik,
Kokmen, & Tangalos, 1994; Tuokko, Vernon-wilkinson, Weir, & Beattie, 1991) ; le bénéfice
observé de l’indiçage se réduit avec l’avancée de la maladie (Buschke, Sliwinski, Kuslansky, &
Lipton, 1997; E. Grober et al., 2008; Tounsi et al., 1999).
L’absence d’un bénéfice de l’indiçage serait plutôt en faveur d’un trouble de l’encodage, car
cette donnée signifie que l’encodage des attributs et des indices spécifiques ne s’est pas opéré.
Toutefois, alors que le bénéfice de la profondeur de traitement n’est généralement pas visible
dans une tâche de rappel libre, plusieurs auteurs montrent que le bénéfice de l’organisation
sémantique ou d’un traitement sémantique à l’encodage permet des performances supérieures
quand un indice catégoriel est également présenté au moment de la récupération durant une
tâche de rappel indicé (Almkvist, Fratiglioni, Agüero-Torres, Viitanen, & Bäckman, 1999; Bird &
Luszcz, 1991; Lipinska, Bäckman, Mäntylä, & Viitanen, 1994; Lipinska & Bäckman, 1997). En
reconnaissance, un effet significatif de la profondeur de traitement (perceptif versus
sémantique) est présent lors d’une tâche de reconnaissance chez des patients à un stade
préclinique (Froger et al., 2009) et des patients Alzheimer (Walla et al., 2005), comme chez les
participants âgés sains. On peut très bien imaginer que les patients Alzheimer aient de plus
grandes difficultés que les sujets âgés à initier spontanément une stratégie de récupération
76
Chapitre 4 : Les troubles mnésiques dans le vieillissement
efficace et qu’ils récupèrent des indices généraux, car moins couteux cognitivement, plutôt que
spécifiques, réduisant ainsi leur performance (Craik & Byrd, 1982; Craik, 1986). Ce manque de
spécificité pourrait être responsable du nombre de fausses reconnaissances et intrusions
durant les tâches de mémoire (Dalla Barba, Parlato, Iavarone, & Boller, 1995; Moulin et al.,
2002). En résumé, un support environnemental durant l’encodage qui garantit un traitement
profond du stimulus et un degré d’élaboration plus élevé augmentant la force de la trace
mnésique, ainsi qu’un support environnemental également durant la récupération, augmentent
la probabilité de rappel chez les patients Alzheimer (Almkvist et al., 1999; Bäckman & Small,
1998; Bird & Luszcz, 1991; Herlitz et al., 1991; Lipinska & Bäckman, 1997).
Le processus de récupération contrôlée, basé sur une remémoration consciente de la
source et l’information contextuelle d’apprentissage, est davantage altéré que le processus de
récupération automatique, basé sur un sentiment de familiarité de l’information cible, dés le
stade préclinique (Anderson et al., 2008; Hudon, Belleville, & Gauthier, 2009; Wolk, Signoff, &
DeKosky, 2008), et s’accentue avec l’évolution de la maladie (Balota, Burgess, Cortese, & Adams,
2002; Dalla Barba, 1997; Hudon et al., 2009; Koivisto, Portin, Seinelä, & Rinne, 1998; Rauchs et
al., 2007). Ces données supposent que les patients Alzheimer éprouvent de grandes difficultés
pour récupérer en mémoire les informations contextuelles de l’encodage, les détails associés et
donc à voyager mentalement dans le temps subjectif. Selon Clarys et al. (2009), les troubles de
la conscience autonoétique sont le plus corrélés avec un déficit de mise à jour en mémoire de
travail.
Dans la maladie d’Alzheimer, les troubles du stockage en mémoire épisodique
diminuent la possibilité de conservation des traces mnésiques.Ces difficultés sont
d’autant plus amplifiées en raison de troubles très importants de la mémoire de travail,
et de la mémoire sémantique qui diminuent les possibilités d’élaboration. Au final, un
traitement profond n’apparait efficace que si les conditions d’encodage et de
récupération sont optimales. La question est donc de savoir le traitement en référence à
Soi pourrait réduire les difficultés en mémoire épisodique des sujets âgés et s’il est
toujours présent chez les patients Alzheimer. Avant d’aborder cette problématique, le
chapitre suivant s’attarde sur la question de l’évolution, dans ces deux populations, des
différentes dimensions du Soi qui peuvent moduler en retour l’effet de référence à Soi.
77
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
CHAPITRE 5 : LE SOI ET LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE
DANS LE VIEILLISSEMENT
« Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Peu à peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Mieux vaut laisser basses les lampes
Et sens-tu les métamorphoses
La nuit plus longtemps nous va mieux
Qui se font au-dedans de nous
C’est le grand jour qui se fait vieux
Lentement plier nos genoux
Les arbres sont beaux en automne
Rien n’est précaire comme vivre
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Rien comme être n’est passager
Je me regarde et je m’étonne
C’est un peu fondre comme le givre
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
J’arrive où je suis étranger
Louis Aragon
Le Soi et la mémoire autobiographique sont des entités complexes et
multidimensionnelles qui évoluent différemment au cours du temps et de l’âge d’un individu.
Toutefois, étudier le vieillissement nécessite de tenir compte de l'intrication de plusieurs
facteurs : l’âge des sujets, l’âge des sujets au moment de l’encodage d’un événement, et la durée
de rétention (différence entre le moment d’encodage et celui de la récupération). Comparer des
sujets âgés sains avec d’autres sujets âgés atteints d’une pathologie du vieillissement (telle que
la maladie d’Alzheimer) appariés en âge, genre et niveau d'étude permet une comparaison
directe du Soi et de la mémoire autobiographiqueselon les périodes de vie étudiées.
Par contre, l’étude du vieillissement normal comparant des sujets jeunes et des sujets âgés pose
plus de difficultés puisqu’au moins deux des facteurs cités ci-dessus sont nécessairement
croisés pour la mémoire autobiographique. Par exemple, l’étude de la période de la petite
enfance suppose que les sujets aient eu le même âge au moment de l’encodage, mais les sujets
âgés auront un intervalle de rétention des souvenirs liés à cette période d’au moins cinq
décennies, tandis qu’il se limitera à une ou deux décennies pour des sujets jeunes de 20 à 30
ans. Ainsi, cette période de vie ne peut pas être comparée directement entre les deux
populations, car la durée de rétention des événements n’est pas la même et les effets de l’âge et
de la durée de rétention seraient confondus sur l’étude de l’épisodicité des événements. Par
contre, comparer les deux populations sur les cinq dernières années vécues permet de les
78
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
comparer directement sur l’épisodicité des souvenirs puisque l’intervalle de rétention est
similaire, mais en conservant l’idée que l’âge au moment de l’encodage n’est pas le même.
Ce chapitre est consacré à l’évolution du Soi chez les sujets âgés et les patients
Alzheimer qui est mise en lien avec les perturbations observées sur le plan structural de la
mémoire autobiographique. En effet, comme nous avons pu le voir, dans ces deux populations,
la présence de troubles en mémoire épisodique dans des tâches de laboratoire module
consédérablement les bénéfices de traitement profond durant l’encodage. Cependant,
concernant l’effet de référence à Soi, il est possible de pouvoir l’étudier en fonction de plusieurs
dimensions du Soi, le Soi conceptuel et le Soi phénoménologique. Il est donc important de
comprendre comment ces deux dimensions évoluent pour pouvoir mieux appréhender les
mécanismes sous-jacents.
I.
LE VIEILLISSEMENT NORMAL
A.
UN SOI CONCEPTUEL PRESERVE
Les composantes épisodiques et sémantiques de la mémoire autobiographique
subissent distinctement les effets de l'intervalle de rétention et de l'âge des sujets.
Les souvenirs autobiographiques sémantiques et les connaissances sémantiques sur Soi
subissent un oubli en fonction de l'intervalle de rétention, avec un déclin rapide au début, puis
l’installation d’un plateau environ cinq à dix ans après l’encodage, ce qui signifie qu’une fois
l’information consolidée et conservée, elle le reste, et ce quel que soit l’âge des sujets (Levine,
Svoboda, Hay, Winocur, & Moscovitch, 2002; Piolino, Desgranges, Benali, & Eustache, 2002).
Ainsi, le Soi conceptuel reste stable et entier à travers le temps, bien que les représentations
qu’il contienne évoluent. En effet, les représentations personnelles sont modulées et mises à
jour au regard des nouvelles expériences de vie afin d’être intégrées au Soi conceptuel, sans
pour autant modifier la perception qu’un individu a de son identité (Klein & Gangi, 2010). Les
représentations personnelles et le sentiment subjectif d’identité restent très consistants avec le
vieillissement. Les personnes âgées maintiennent une bonne estime de soi et un bien-être
(Alaphilippe, 2008; Ehrlich & Isaacowitz, 2002) équivalents aux personnes d’un plus jeune âge,
voir parfois supérieur (Martinelli, Anssens, Sperduti, & Piolino, 2013), mais elles ont tendance à
être plus satisfaites de leur conduite comportementale et à avoir une image de leur apparence
physique et de leurs compétences académiques et de travail moins positive (Duval et al., 2007).
79
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
B.
UN SOI PHENOMENOLOGIQUE PERTURBE
Les souvenirs autobiographiques épisodiques et les détails perceptivo-sensoriels
diminuent avec l'âge et la durée de l'intervalle de rétention (Piolino et al., 2006). Plus
précisément, selon l’âge des sujets, la distribution des souvenirs à travers le temps évolue avec
leur durée de rétention (Rubin & Schulkind, 1997).
La pauvreté du rappel de souvenirs vécus avant 5/6ans est caractéristique de l’amnésie
infantile autant chez les sujets jeunes qu’âgés, les souvenirs avant les trois premières années de
vie étant presque absents. Ainsi, l’encodage, le stockage et la récupération des souvenirs de la
petite enfance seraient principalement conditionnés par le niveau de développement des
capacités cognitives de l’enfant et de ses structures associées, qui s’avèrent faibles avant les
cinq premières années de vie (Picard, Reffuveille, Eustache, & Piolino, 2009; Rubin, 2000).
Un effet de récence, appelé fonction de rétention, est également observé chez des sujets jeunes
et âgés. Cet effet concerne la récupération de souvenirs des vingt dernières années de vie, avec
un oubli classique des plus anciens souvenirs, et, une épisodicité plus importante des souvenirs
les plus récents (Piolino et al., 2002).
Enfin, il existe également à partir de l’âge de 40 ans, un pic de réminiscence qui se marque par
la supériorité du rappel des souvenirs encodés entre 10 et 30ans par rapport aux souvenirs
encodés durant les autres années de vie. Même avec le vieillissement, le pic de réminiscence,
bien que plus ancien, correspond toujours à cette même période de vie et reste toujours riche
en épisodicité.
Toutefois, le vieillissement normal semble avoir un impact sur la qualité des souvenirs
qui sont récupérés, notamment sur ceux en dehors du pic de réminiscence (Piolino et al., 2006).
En effet, la prise de conscience de Soi dans le temps subjectif associée à la reviviscence des
événements est diminuée chez les personnes âgées qui tendent à récupérer plus souvent des
connaissances générales et sémantiques de ces événements (savoir), moins de détails
perceptivo-sensoriels et de détails contextuels (souvenir), et à avoir une perspective de
spectateur plutôt que d’acteur des événements. Ces données reflètent ainsi le processus de
sémantisation de leurs souvenirs autobiographiques épisodiques. Lorsque ces éléments sont
comparés sur une même durée de rétention pour le passé récent (Levine et al., 2002) ou pour
l’imagination d’événements futurs (Addis, Wong, & Schacter, 2008), les résultats sont les
mêmes et vont dans le sens d’un effet délétère de l’âge sur les aspects épisodiques des
souvenirs et sur le Soi phénoménologique qui s’avérerait diminué,.
Il m’apparait toutefois indispensable de prendre des précautions quant à ces
conclusions, surtout si l’on se réfère aux propositions faites par Conway dans son modèle de
80
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
mémoire de Soi. En effet, avec le vieillissement, il apparait évident que les souvenirs
d’événements de vie s’accumulent considérablement par rapport à une personne jeune et qu’un
nombre grandissant d’événements se ressemblent. Le Soi de travail module en permanence
l’accès aux souvenirs en fonction des buts du Soi conceptuel, et ne conserve pas l’ensemble des
représentations formées en mémoire épisodique, mais seulement celles qui sont pertinentes
pour les buts en cours du Soi ou qui l’ont été pour des buts anciens mais achevés. Lorsqu’un
ensemble d’événements caractérise un même but, seule une petite partie sera effectivement
conservée en mémoire épisodique, la majorité étant liés à des connaissances sémantiques du Soi
conceptuel afin de ne conserver que les données principales et pertinentes les concernant,
phénomène aussi présent chez des personnes jeunes mais à moindre échelle. Or, un certain
nombre de buts chez la personne âgée ne sont plus d’actualité par rapport à des sujets jeunes
et, le Soi de travail, modulateur permanent de notre identité, conserve un lien actif entre
connaissances autobiographiques épisodiques et sémantiques des événements qui ont été les
plus pertinents et importants pour le Soi à un moment donné, laissant les secondaires
uniquement récupérés d’une manière plus générale (ou sémantisée) et déliés de leurs détails
perceptivo-sensoriels. Ainsi, il apparait donc normal qu’un plus grand nombre des souvenirs
soient plus sémantisés chez des sujets âgés que chez des sujets jeunes. Ces derniers auraient un
nombre de buts actuels plus importants, ne permettant pas au Soi de travail de moduler et trier
immédiatement l’ensemble des souvenirs les plus pertinents tant que l’achèvement des buts
n’est pas terminé.
Par ailleurs, les processus d’encodage et de récupération en mémoire épisodique sont
dépendants des fonctions exécutives de la mémoire de travail, mais également du bon
fonctionnement du buffer épisodique quand il s’agit de conserver (ou recréer) temporairement
une représentation multimodale. Dans le vieillissement normal, ce sont ces processus qui sont
perturbés et non le stockage (ou la consolidation) des informations à long terme. En d’autres
termes, l’aspect fonctionnel est perturbé, mais pas l’aspect structural de la mémoire épisodique.
Une étude récente (Piolino et al., 2010) confirme que les difficultés en mémoire
autobiographique de récupération et de conscience autonoétique sont sous-tendues par des
difficultés en mémoire de travail et plus précisément par une atteinte des processus
d’inhibition, de mise à jour et d’intégration. Ainsi, l’effet délétère de l’âge observé sur le Soi
phénoménologique pourrait être seulement la conséquence, et non une atteinte à proprement
dite, de la diminution du Soi de travail et de la mémoire de travail.
81
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
C.
L’IMPORTANCE DES SOUVENIRS DEFINISSANTS LE SOI
Pourquoi les années de vie du pic de réminiscence sont-elles particulièrement bien
rappelées ? Dés lors que ses capacités d’abstraction le lui permettent, l’enfant se construit un
sentiment d’identité non plus basé sur le présent et le passé proche, mais tout le long du temps
subjectif. Les nombreuses expériences de l’adolescent et du jeune adulte constituent le
fondement de notre identité car elles sont particulièrement critiques pour la construction de
son l’identité (Fitzgerald, 1986, 1996). Au travers de nos multiples expériences (et plus
spécialement de nos premières expériences) qui parcourent cette période, nous découvrons ce
que nous aimons et détestons, ce dont nous sommes capables, ce en quoi nous sommes limités,
ce que nous désirons … Bref, qui nous sommes. Ainsi, cette période est associée à de multiples
expériences nouvelles et à une hiérarchisation plus complexe des buts du Soi conceptuel. Ces
événements sont, par conséquent, particulièrement définissants pour notre Soi ; expliquant
ainsi, d’après le modèle de la mémoire de Soi (Conway, 2005), pourquoi ils sont encodés à long
terme en grand nombre en conservant leur épisodicité et pourquoi ils sont mieux rappelés.
Toutefois, il est intéressant de noter que seuls 20% des souvenirs du pic de réminiscence
seraient issus de nos premières expériences (Fitzgerald, 1986, 1996).
La question de savoir « qui suis-je » reste un thème actuel du Soi conceptuel tout au long de la
vie qui regroupe tout un ensemble de souvenirs en référence à soi. Au début, nous construisons
notre identité, en vieillissant nous cherchons à conserver ce sentiment d’identité de manière
stable au cours du temps ; c’est la raison pour laquelle d’ailleurs les événements de cette
période seraient également aussi bien rappelés par les individus âgés que jeunes (Conway,
2009). Les souvenirs définissant le soi sont des souvenirs autobiographiques particuliers
déterminés par une grande intensité affective, une vivacité, un haut niveau de répétition, un
lien avec des souvenirs similaires et avec les buts de l’individu quel que soit son âge ; les deux
derniers critères les différencient des autres souvenirs personnels (Conway et al., 2004).
Par ailleurs, maintenir un sentiment d’identité stable à travers le temps est
normalement couplé avec le fait de maintenir un bien-être et une bonne estime de Soi au cours
de la vie ce qui apparait d’autant plus important dans le vieillissement. Ainsi, comme nous
l’avons vu dans le chapitre 2, le Soi de travail a une influence très importante dans la
récupération des informations : les souvenirs de ces périodes sont généralement positifs ce qui
est en lien avec le principe de cohérence visant à maintenir une image positive de soi alors qu’il
semble ne pas exister de pic de réminiscence pour les souvenirs négatifs chez les personnes
âgées (Berntsen & Rubin, 2002). D’une manière générale, les personnes âgées ont tendance à
évaluer les événements positifs et négatifs de leur vie plus positivement que les sujets jeunes
(Gallo, Korthauer, McDonough, Teshale, & Johnson, 2011; Kennedy, Mather, & Carstensen,
82
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
2004; Levine & Bluck, 1997; Mather, 2006; Schlagman, Schulz, & Kvavilashvili, 2006;
Tomaszczyk & Fernandes, 2012). Les souvenirs positifs deviennent plus durables que les
souvenirs négatifs (Berntsen & Rubin, 2002). Ainsi, en cohérence avec les buts de leur Soi
conceptuel, les sujets âgés tendraient à tirer une signification morale et personnelle de leurs
expériences, de manière à maintenir une image positive d’eux-mêmes (Mather & Johnson,
2000).
Ainsi, Martinelli et collaborateurs (Martinelli & Piolino, 2009; Martinelli et al., 2013)
montrent que les souvenirs particulièrement définissant pour le Soi, c'est-à-dire ayant une
importance très grande pour le sentiment d’identité personnelle, conservent une épisodicité du
même ordre que chez les sujets jeunes. Ainsi, l’effet délétère du vieillissement sur certains
souvenirs épisodiques n’entache pas le sentiment d’identité des personnes âgées. En effet,
l’unité et la préservation du Soi conceptuel constitue la base de l’identité et de la cohérence
personnelle. Tant que le Soi conceptuel reste modulé par le Soi de travail, et, associé à un Soi
phénoménologique encore suffisamment efficace pour permettre la reviviscence de son passé
avec un grand nombre de souvenirs personnels et assurer un sentiment d’identité continue à
travers le temps, l’identité personnelle est préservée. Sans cette persistance, la perte
progressive d’identité est inéluctable, comme exposé dans la maladie d’Alzheimer en section
suivante. Ainsi, la persistance d’un Soi entier serait principalement due à la préservation de ces
souvenirs les plus définissants pour l’identité personnelle, notamment car ils seraient liés, plus
que les autres souvenirs personnels, à des buts plus abstraits et de plus haut niveau
hiérarchique du Soi conceptuel (Martinelli et al., 2013).
En résumé, les personnes âgées conservent la perception d’un sentiment d'identité
stable, cohérent et positif à travers le temps, avec une estime d’eux-même généralement
élevée. Les représentations sémantiques du Soi conceptuel restent consistantes mais
évoluent au regard des nouvelles expériences de vie. De plus, même si les souvenirs sont en
majorité sémantisés, la préservation d'un nombre desouvenirs très épisodiques
particulièrement définissant pour le Soi leur permet de garantir un sentiment subjectif
d’un passé entier dont la reviviscence reste possible grâce à un Soi phénoménologique
encore actif. Qu’en est-il des patients Alzheimer ?
83
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
II.
MALADIE D’ALZHEIMER
A.
UN SOI CONCEPTUEL FRAGILISE
La maladie d’Alzheimer se caractérise par des troubles mnésiques antérograde et
rétrograde avec une atteinte précoce de la mémoire épisodique (Rauchs et al., 2007) et de la
mémoire autobiographique (Eustache et al., 2004; Piolino et al., 2003). Comme dans le
vieillissement normal, les composantes de la mémoire autobiographique sont altérées, mais
différemment dans la maladie d’Alzheimer.
Lorsque la maladie d’Alzheimer n’est pas encore déclarée, mais que les patients sont considérés
à fort risque de la développer (c'est-à-dire MCI amnésique ou Amnesic Mild Cognitive
Impairment), la mémoire autobiographique sémantique et les connaissances personnelles, ainsi
que les souvenirs sémantiques qu’elle contient, sont préservés comme des personnes âgées
saines (Murphy, Troyer, Levine, & Moscovitch, 2008; Rosenbaum et al., 2005; Rosenbaum et al.,
2008). Par contre, à un stade précoce de la maladie, la mémoire autobiographique sémantique
est encore relativement préservée, mais elle subit un déclin selon un gradient temporel de
Ribot, où les connaissances sémantiques personnelles et les souvenirs généraux les plus récents
sont d’abord atteints (Klein, Cosmides, & Costabile, 2003; Naylor & Clare, 2008; Piolino et al.,
2003; Steinvorth, Levine, & Corkin, 2005).
Lorsque le stade devient plus avancé, seuls les éléments sémantiques les plus anciens
persistent (Addis & Tippett, 2004; Eustache et al., 2006; Naylor & Clare, 2008).
Ainsi, le Soi conceptuel s’affaiblit de plus en plus avec l’avancée de la maladie, mais sa
présence garantit le sentiment d’identité chez les patients, même si la qualité de celui-ci se
modifie (Basting, 2003). Le sentiment d’identité des patients Alzheimer devient plus abstrait,
moins défini, et ils éprouvent moins de certitudes quant à leur personnalité (Addis & Tippett,
2004; Ruby et al., 2009), mais le sentiment d’« être une même personne » reste
particulièrement robuste même avec l’avancée de la maladie (Gil et al., 2001; Gil, 2007). Cet
affaiblissement conceptuel induit, par ailleurs, une estime de soi plus faible en comparaison
avec des sujets sains âgés (Martinelli et al, 2013). Toutefois, bien que la qualité des
représentations de Soi en elle-même soit affaiblie, elles restent identiques aux sujets âgés sains.
En effet, les patients Alzheimer, comme les sujets sains âgés, ont également une image de leur
apparence physique plutôt négative, et ils accordent une importance particulière à leur
entourage familial et à leur relation à autrui, plus qu’à leur propre valeur personnelle.
Les modifications du Soi conceptuel vont progressivement modifier l’identité des patients qui se
basera essentiellement sur les connaissances et souvenirs autobiographiques sémantiques les
84
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
plus anciens encore persistants en mémoire et datant donc d’avant l’apparition des troubles du
fait de l’amnésie antérograde également présente (Naylor & Clare, 2008), qui ne permet pas
l’intégration de nouveaux éléments au Soi conceptuel, ni sa mise à jour (Klein et al, 2003 ; Klein
& Lax, 2010). Il est intéressant de constater que plus le Soi conceptuel est diminué, plus les
patients éprouvent une certitude dans la description de leur personnalité (Addis & Tippet,
2004 ; Martinelli et al, 2013), ce qui nous amène à penser que cela est en partie dû à la faiblesse
de la multiplicité du peu de représentations de Soi encore présentes. Ainsi, l’atteinte de la
mémoire autobiographique sémantique va de pair avec la perte progressive du Soi conceptuel
chez les patients Alzheimer (Fargeau et al., 2010).
B.
UN SOI PHENOMENOLOGIQUE ALTERE
Par ailleurs, la mémoire autobiographique épisodique s’avère déjà déficitaire, mais sans
gradient temporel, chez des sujets MCI (Murphy et al., 2008) qui éprouvent plus de difficultés
dans la récupération de souvenirs épisodiques spécifiques comparés à des sujets sains âgés.
L’atteinte devient rapidement massive mais toujours sans gradient temporel, et les patients ont
de grandes difficultés à récupérer des événements épisodiques quelle que soit la période de vie
explorée, au profit d’un grand nombre de souvenirs généraux et sémantiques (Eustache et al.,
2004 ; Martinelli et al, 2013), et conservant un pattern de distribution de leurs souvenirs
similaire aux personnes âgées saines. Il faut garder à l’esprit qu’il existe un gradient temporel
sur la durée de rétention des souvenirs chez les sujets âgés sains, et donc chez les patients
Alzheimer (Addis & Tippett, 2004; Leyhe, Müller, Milian, Eschweiler, & Saur, 2009), mais que
les déficits en mémoire autobiographique épisodique chez les patients recouvrent l’ensemble
des périodes et n’ajoutent pas à ce gradient d’origine un gradient temporel sur la récupération
des souvenirs. Toutefois, dans un premier temps, l’atteinte de la mémoire autobiographique
épisodique, bien que générale, est plus importante pour le passé récent car elle va de pair avec
l’atteinte mnésique antérograde qui associe des troubles de l’encodage et du stockage des
nouveaux événements après le début de la maladie (les événements d’avant la maladie étant
déjà stockés). Mais avec l’avancée de la maladie, l’atteinte des stocks de connaissances
épisodiques devient de plus en plus importante, laissant le gradient temporel du début
disparaitre.
Ainsi, le processus de sémantisation et d’abstraction des souvenirs observé dans le
vieillissement normal apparait plus prononcé dans la maladie d’Alzheimer. Par ailleurs, la prise
de conscience de Soi dans le temps subjectif et la reviviscence des événements épisodiques
personnels est considérablement altérée chez les patients Alzheimer dés le stade débutant de la
85
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
maladie, avec une évocation d’un point de vue d’acteur et des détails perceptivo-sensoriels et
contextuels très faible (Irish, Hornberger et al., 2011; Irish, Lawlor, O’Mara, & Coen, 2011;
Piolino et al., 2003). Ainsi, les patients éprouvent également des difficultés à organiser
chronologiquement les événements de leur vie passée (Mills, 1997). De plus, il semble que les
souvenirs évoqués par les patients Alzheimer, comparativement à ceux évoqués par les sujets
sains, ont généralement une valence plus négative (Fromholt et al., 2003). Toutefois, une étude
récente (Martinelli et al, 2013) indique que l’effet de la valence n’est pas le même selon la
nature des souvenirs récupérés : chez les personnes âgées et les patients Alzheimer, ce sont les
souvenirs génériques sémantiques pour lesquels est constaté un biais de positivité, alors que
cet effet n’est pas observé pour les souvenirs épisodiques.
Ainsi, le Soi phénoménologique apparait très déficitaire dans la maladie d’Alzheimer dès
le stade débutant, ce qui rend leur passé de plus en plus abstrait, non vivace et désincarné avec
l’avancée des troubles, altérant ainsi considérablement le sentiment de continuité de sa propre
identité. En effet, bien que le Soi conceptuel soit en partie préservé au début de la maladie, la
perte du Soi phénoménologique ne permet plus de rechercher des souvenirs épisodiques
comme exemples précis des représentations identitaires, les rendant ainsi de plus en plus
abstraites. De plus, comme déjà exposé dans la section précédente, la perte de souvenirs
épisodiques n’entache pas le sentiment d’identité, tant que persistent des souvenirs
particulièrement définissant pour le Soi. Ainsi, dans la maladie d’Alzheimer, c’est surtout la
diminution conséquente, par rapport aux personnes âgées saines, des souvenirs ayant une
grande importance pour le Soi et l’identité personnelle qui donnerait lieu à l’altération de la
cohérence et la stabilité de l’identité personnelle chez les patients Alzheimer (Martinelli et al,
2013). Toutefois, la perte d’identité devient complète à partir du moment où le Soi conceptuel
disparait à son tour (Caddell & Clare, 2010).
C.
DYSFONCTIONNEMENT DU SOI DE TRAVAIL
L’altération du Soi conceptuel et du Soi phénoménologique modifie le sentiment
d’identité des patients Alzheimer et ce, même si ils continuent d’avoir le sentiment que leur
identité est la même et qu’elle est relativement cohérente (Naylor & Clare, 2008), ou plutôt
qu’elle est ce qu’elle a toujours été. Pourtant, la maladie provoque de réelles modifications de
l’identité, des valeurs, de l’affectivité et du comportement, sans que les patients en soient
forcément conscients, du fait de l’absence de conscience de leurs troubles cognitifs. Ce
phénomène décrit l’anosognosie, c'est-à-dire l’absence de conscience des modifications de Soi
internes et/ou externes provoquées par la maladie, et principalement dues à un déficit de la
86
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
mémoire de travail et à une altération du Soi de travail (Amanzio & Torta, 2009; Clare, 2004a;
Michon, Deweer, Pillon, Agid, & Dubois, 1994; Salmon & Bondi, 2009).
Lorsque la maladie d’Alzheimer débute et que le Soi est encore peu altéré, les patients sont
conscients de leurs troubles et de leurs difficultés au quotidien (Kalbe et al., 2005), et un
syndrome dépressif est très souvent associé, mais ce dernier diminue, voire disparait, avec
l’avancée de la maladie quand les patients ne sont plus conscients de leurs troubles (Harwood,
Sultzer, & Wheatley, 2000; Smith, Henderson, McCleary, Murdock, & Buckwalter, 2000). Dans
ce sens, à un stade débutant, la manière dont se décrivent les patients Alzheimer est encore
relativement proche de celle décrite par un proche (Ruby et al., 2009). Toutefois, les
modifications de la personnalité ne sont pas perçues par les patients quand la maladie est plus
évoluée : ils évaluent généralement leur personnalité telle qu’elle était avant l’apparition des
troubles, et un décalage est observé avec la personnalité actuelle décrite par un proche, mais
concorde lorsque ce dernier décrit la personnalité prémorbide (Kalenzaga & Clarys, 2013 ;
Klein et al., 2003; Rankin, Baldwin, Pace-Savitsky, Kramer, & Miller, 2005). Par ailleurs, alors
que les patients éprouvent moins de certitudes sur leur identité au début de la maladie, ils la
jugent ensuite avec une certitude grandissante à mesure que le stade est évolué et ressentent
un sentiment d’identité plus important (Addis & Tippet, 2004 ; Naylor & Clare, 2008). De plus,
les patients éprouvent de plus en plus de difficultés à se reconnaître physiquement dans un
miroir à mesure que le stade de la maladie évolue (Caddell & Clare, 2010; Grewal, 1994). Enfin,
la conscience des troubles associés à la maladie est également mise à défaut, puisque les
patients Alzheimer ont tendance à surévaluer leurs performances réelles dans différents
domaines cognitifs (Leicht, Berwig, & Gertz, 2010).
Ainsi, le Soi conceptuel des patients devient figé dans un temps passé, et les données
montrent que les nouvelles informations ne sont pas mises à jour avec les connaissances
autobiographiques sémantiques, car le Soi de travail n’intègre plus les modifications avec le Soi
conceptuel (Agnew & Morris, 1998; Mograbi, Brown, & Morris, 2009; Morris & Mograbi, 2012).
Même si ces changements peuvent être perçus ponctuellement, ils ne sont pas nécessairement
intégrés en mémoire autobiographique sémantique, du fait des troubles de l’encodage qui
perturbe l’apprentissage de ces informations, mais aussi des troubles du stockage qui ne
permettent pas la consolidation des informations si ces dernières sont apprises.
De plus, les changements rapides observés dans la maladie d’Alzheimer provoquent un
conflit et un déséquilibre important du Soi de travail entre les principes de cohérence
(cohérence des traces mnésiques avec les buts du Soi conceptuel) et de correspondance
(correspondance de la trace mnésique à l’événement vécu), puisque les nouvelles informations
ne sont plus toujours cohérentes avec les connaissances déjà en mémoire. Dans le
87
Chapitre 5 : Le Soi et la mémoire autobiographique dans le vieillissement
vieillissement normal, les personnes âgées subissent un certain nombre de changements qui
peuvent menacer le maintien de leur identité et d’une image de Soi positive, avec notamment,
des modifications liées à leur état physique et de santé, la modification de leur position sociale
et familiale. Le principe de cohérence tend déjà à prendre plus d’importance, puisque le Soi de
travail module l’intégration des nouveaux événements de manière à les rendre moins négatifs
et plus cohérents avec le Soi conceptuel. Ce phénomène apparait donc très largement accentué
dans la maladie d’Alzheimer où le principe de cohérence devient prépondérant, car la réalité
des changements et pertes liés à la maladie (troubles cognitifs, perte d’autonomie, modification
des relations familiales et sociales…) s’avère très négative et menaçante pour le bien-être
personnel et le maintien d’une identité cohérente (Clare, 2003; Conway, 2005), le Soi conceptuel
étant de plus en plus en décalage avec le réel du fait de sa perte de contenu sémantique.
L’anosognosie refléterait ainsi un mécanisme de défense contre les menaces extérieures
et représenterait un processus adaptatif plutôt qu’un déficit réel, afin de protéger le sentiment
d’identité personnel (Macquarrie, 2005). Si cette explication reflète plutôt bien les mécanismes
observés en début de maladie, où le Soi de travail est encore suffisamment efficace pour
contrôler la balance entre le principe de cohérence et de correspondance, il est difficile de
définir si les processus sous jacents sont les mêmes à des stades plus évolués. En effet, si le
stockage n’est structurellement plus possible, l’intégration de nouvelles connaissances, qu’elles
soient cohérentes ou non, n’est de toute façon plus possible, où plutôt considérablement
réduite. Ainsi, le principe de cohérence reste le seul mécanisme encore efficace puisqu’il se base
sur des connaissances déjà stockées, et le Soi de travail se base sur les éléments identitaires
restants qu’il doit continuer de maintenir en cohérence, même si ils deviennent disparates. Il
m’apparait plutôt juste de dire qu’avec l’avancée de la maladie, l’anosognosie n’est plus de
même nature : elle devient la conséquence de l’impossibilité d’appliquer le principe de
correspondance, au vu des troubles structuro-fonctionnels, plus qu’une réelle défense (Clare,
2002 ; Naylor & Clare, 2008).
En résumé, la maladie d’Alzheimer, lorsqu’elle n’est pas encore trop avancée,
permet encore aux patients de conserver un sentiment d’identité relativement stable et
cohérent. Pourtant, le Soi conceptuel devient moins consistant et l’atteinte massive du Soi
phénoménologique rend le passé moins vivace et désincarné. En effet, la perte d’identité
n’intervient réellement que lorsque le Soi conceptuel est anéanti et complètement
fragmenté. De plus, la perturbation du Soi de travail donne naissance à l’anosognosie
dont la résultante est l’impossibilité de mettre à jour le Soi conceptuel au regard des
nouvelles expériences de vie.
88
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
CHAPITRE 6 : INFLUENCE DU SOI EN MEMOIRE EPISODIQUE
DANS LE VIEILLISSEMENT
« La vie n'a pas d'âge.
Quand la vérité est laide, c'est une bien fâcheuse
La vraie jeunesse ne s'use pas.
histoire,
On a beau l'appeler souvenir,
Quand la vérité est belle, rien ne ternit son miroir.
On a beau dire qu'elle disparait,
On a beau dire et vouloir dire que tout s'en va,
Tout ce qui est vrai reste là.
Les gens très âgés remontent en enfance
Et leur cœur bat
Là ou il n'y a pas d'autrefois.»
La vie n’a pas d’âge
Jacques Prévert
Comme nous avons pu le voir tout au long de ces chapitres d’introduction, les capacités
d’encodage et de récupération en mémoire épisodique ne sont pas aussi efficaces chez les sujets
âgés que chez les sujets jeunes, ce qui réduit les bénéfices d’un traitement profond. Chez les
patients Alzheimer, ces capacités sont très altérées, seules des conditions d’encodage incitant
explicitement un traitement profond permettent une élaboration supérieure des stimulis, qui
ne permet d’améliorer les performances de rappel seulement si les conditions de récupation
sont optimales. Compte tenu du fait qu’un traitement en référence à Soi induit une élaboration
plus supérieure encore qu’un traitement sémantique, on peut supposer que ce bénéfice soit
aussi profitable pour ces deux populations. Toutefois, si le traitement en référence au Soi
conceptuel peut effectivement amener à un bénéfice supérieur, la question reste entière vis-àvis de la référence au Soi phénoménologique qui apparaît perturbé dans ces deux populations. Il
est donc possible que ce bénéfice soit très réduit chez les personnes âgées, et qu’il soit
inexistant chez les patients Alzheimer.
I.
EFFET DE REFERENCE A SOI DANS LE VIEILLISSEMENT NORMAL
A.
EFFET DE REFERENCE A SOI RELATIVEMENT PRESERVE
L’effet de référence à soi mis en évidence chez les sujets jeunes a également été observé
chez les sujets âgés (cf. tableau de synthèse des études en référence à Soi, Annexe I, p.309) . Un
traitement en référence au Soi conceptuel (« est-ce que ce trait de personnalité me décrit ? »)
permet des performances mnésiques supérieures à un traitement phonémique (Moroz, 1999;
Spees, Cates, Nakfoor, & Lapsley, 1987), un traitement sémantique (Kalenzaga, Bugaıska, &
Clarys, 2013; Spees et al., 1987), un jugement de valence (Glisky & Marquine, 2009), un
traitement de désirabilité sociale (Gutchess, Kensinger, Yoon, et al., 2007; Moroz, 1999), mais
89
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
également à un traitement en référence à autrui (la plupart des gens, (Mueller, Wonderlich, &
Dugan, 1986) ; une célébrité, (Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2010, 2007; Gutchess,
Kensinger, Yoon, et al., 2007; Kalenzaga & Clarys, 2013; Moroz, 1999), que ce soit en rappel
libre (Mueller et al., 1986; Spees et al., 1987) ou en reconnaissance (Glisky & Marquine, 2009;
Gutchess et al., 2010; Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2007; Gutchess, Kensinger, Yoon, et al.,
2007; Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013; Moroz, 1999). En revanche la supériorité d’un
traitement en référence au Soi phénoménologique (« Est-ce-que ce trait de personnalité
m’évoque un souvenir ? ») par rapport à un traitement sémantique n’a jamais fait l’objet d’une
étude publiée chez des patients âgés. Toutefois, au vu de la perturbation du Soi
phénoménologique observé chez les sujets âgés, il est possible d’imaginer que l’effet de
référence à Soi en lien avec cette dimension du Soi ne soit pas aussi efficace que chez les sujets
jeunes.
Par ailleurs, Mueller et al. (1986) ont comparé les performances mnésiques de sujets
jeunes et âgés, après l’encodage de traits de personnalité qui caractérisaient soit des personnes
jeunes (« dynamique », « extraverti » « impulsif » …), soit des personnes âgées (« mature »,
« introverti » « réfléchi »…). Les résultats indiquent que, dans les deux groupes, le traitement en
référence à soi est toujours supérieur à un traitement sémantique, et ce, que les traits de
personnalité correspondent ou non au concept actuel du Soi conceptuel (« Soi jeune », « Soi
âgé ») des sujets.
Dans une partie des études (Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2007; Gutchess,
Kensinger, Yoon, et al., 2007; Moroz, 1999, expérience 2), la taille des effets de profondeur de
traitement (comparaison d’un traitement profond à un traitement superficiel) est inférieure
chez les sujets âgés comparativement aux sujets jeunes, même pour le traitement en référence
à soi (Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2007; Gutchess, Kensinger, Yoon, et al., 2007; Moroz,
1999). Toutefois, quelques études ne mettent pas en valeur de différences inter-âge en
reconnaissance (Moroz, 1999, expérience 1 ; Glisky & Marquine, 2009), ce qui va dans le sens
de la grande variabilité des performances mnésiques chez les sujets âgés, déjà observée dans la
littérature (Spencer & Raz, 1995). Dans l’ensemble de ces expériences, l’encodage des
informations s’opère de manière incidente, où les stratégies d’encodage ne sont pas explicites.
Or, comme cela a été exposé dans la section précédente (chapitre 2, section III.A., p.65), les
personnes âgées peuvent éprouver des difficultés à mettre en place volontairement des
stratégies d’élaboration et d’organisation efficaces si elles ne sont pas explicitées, et ce,
notamment en raison de troubles exécutifs. Dans ce sens, les personnes âgées peuvent opérer
un traitement sur les stimuli moins efficient que les sujets jeunes, ce qui réduit les
performances de rappel ultérieures, y compris en reconnaissance (Craik, 1986). Dans une de
90
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
ses expériences (n°2), Moroz (1999) a étudié l’impact d’une diminution des ressources
attentionnelles (en condition d’attention divisée) au moment de la récupération sur les
performances mnésiques après un encodage réalisé sans contrainte. Elle constate, chez les
sujets jeunes en attention divisée, que l’effet de la profondeur de traitement est conservé, mais
que les performances globales de reconnaissance sont diminuées par rapport à des sujets
jeunes sans contraintes attentionnelles. Malgré tout, les sujets jeunes en condition d’attention
divisée obtiennent toujours des performances strictement supérieures aux personnes âgées,
confortant ainsi l’idée que la différence de performances entre les deux groupes est bien due à
une différence de traitement durant l’encodage. Par ailleurs, il est intéressant de constater que
la taille des effets de référence à soi (comparaison d’un traitement en référence à soi avec un
autre traitement profond) est conservée et de même ordre entre les sujets jeunes et âgés. Cela
suppose que l’élaboration globale des stimuli peut s’avérer moins efficace, mais que les effets
additionnels dus à la nature du traitement sont conservés. Ainsi, l’effet de référence à soi est
robuste dans le vieillissement.
Dans une étude plus récente, Glisky et Marquine (2009) ont montré que le bénéfice de
la référence à Soi est également conservé chez des sujets très âgés (supérieur à 75 ans) mais
que les performances sont inférieures aux sujets âgés plus jeunes. Toutefois, la taille de l’effet
de référence à soi est similaire entre les deux groupes, ce qui indique que ce traitement n’est
pas atteint. La chute des performances serait donc due, non pas à une différence au niveau de
traitement et de l’élaboration des stimuli, mais à une différence au niveau des processus de
récupération. Les auteurs se sont également intéressés aux différences de traitement et de
performances en reconnaissance des sujets âgés (âgés et très âgés confondus) en fonction de
leurs performances à des tests neuropsychologiques, évaluant soit la mémoire épisodique à long
terme (hMLT versus bMLT), soit les fonctions exécutives (hFE versus bFE)6. De manière
intéressante, aucune différence n’est observée sur l’effet de la profondeur de traitement, l’effet
de référence à soi ou les performances, entre les groupes hFE et bFE. Par contre, ces deux
groupes de sujets âgés obtiennent systématiquement des performances inférieures aux sujets
jeunes, avec un effet de la profondeur de traitement moindre, mais un effet de référence à soi
similaire. Ainsi, contrairement aux précédentes études, ces résultats ne confirment pas
l’influence des fonctions exécutives comme facteur délétère sur l’encodage des informations ou
sur leur récupération et il apparait qu’un autre facteur intervienne. A contrario, les sujets âgés
bMLT obtiennent des performances inférieures aux sujets jeunes mais également aux sujets
âgés hMLT, les sujets jeunes et hMLT ne se différenciant pas. De plus, la taille des effets de
hMLT = capacités élevées en mémoire épisodique, bMLT = capacités basses en mémoire épisodique
hFE = capacités élevées en fonctions exécutives, bFE = capacités basses en fonctions exécutives.
6
91
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
profondeur de traitement s’avère diminuée, mais pas la taille de l’effet de référence à soi. Les
faibles performances en reconnaissance du groupe bMLT pourraient être dues à des troubles
de consolidation de la trace mnésique en mémoire épisodique reflétant une atteinte débutante
hippocampique. Toutefois, à l’exception du groupe d’âgés hMLT, la diminution des effets de
profondeur de traitement reflète un trouble à l’encodage qui n’est pas expliqué par ces
résultats. Dans la section précédente (chapitre 2, section II.A., p.65), les études présentées
indiquaient que les personnes âgés pouvaient avoir une atteinte des processus de binding
(pour revue, Old et Naveh-Benjamin, 2008), ce qui pouvait considérablement réduire
l’élaboration de la trace mnésique à l’encodage mais également perturber les processus de
récupération. Ces processus n’ont pas été évalués dans l’étude de Glisky et Marquine (2009), et,
alors que les autres processus de la mémoire de travail évalué n’apparaissent pas avoir une
incidence significative, les auteurs s’accordent pour considérer qu’une atteinte des processus
de binding serait le facteur explicatif des troubles observés à l’encodage dans les groupes de
sujets âgés étudiés.
B.
EFFET DE REFERENCE A SOI EN RECOLLECTION PERTURBE
L’effet de recollection en référence à soi (Conway & Dewhurst, 1995) est également
observé chez les sujets âgés après un traitement sémantique (Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys,
2013), de désirabilité sociale, de référence à autrui ou phonémique (Moroz, 1999). Les sujets
âgés, comme les sujets jeunes, donne plus souvent une réponse « je me souviens » pour les
mots encodés en référence à soi comparativement à des mots encodés en lien avec un autre
traitement. Ainsi, le bénéfice d’un traitement en référence à soi permet également d’améliorer
la reviviscence du contexte d’encodage et d’avoir un état de conscience autonoétique au
moment de la récupération des traces mnésiques. Toutefois, conformément aux données de la
littérature, l’état de conscience autonoétique reste diminué en globalité et la taille des effets de
profondeur de traitement est inférieure par rapport à des sujets jeunes (Moroz, 1999). Ce
résultat indique qu’une fois la trace mnésique encodée, c'est-à-dire traitée et élaborée, les sujets
âgés ont plus de difficultés à récupérer les informations contextuelles de l’encodage liées aux
stimuli. Cette observation donne lieu à deux hypothèses : (1) soit la trace mnésique est de
moins bonne qualité car l’association du stimulus avec ses informations contextuelles est moins
efficiente durant l’encodage (processus de binding), rendant ainsi sa récupération moins
efficace ; (2) soit la trace mnésique est d’une qualité identique aux sujets jeunes une fois
encodée, mais ce sont les troubles exécutifs pendant la récupération qui rendent la
récupération des indices spécifiques plus difficiles. Les données de la littérature vont plutôt
dans le sens de la seconde hypothèse, et l’état de conscience autonoétique dépendrait de
92
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
l’efficience des processus de récupération et non de ceux de l’encodage, et dont l’atteinte ne met
pas en jeu les même processus exécutifs (Clarys et al., 2009; Glisky et al., 2001). Toutefois, selon
cette hypothèse, les troubles de la récupération des informations contextuelles devraient
donner lieu aux mêmes difficultés quelles que soient les conditions d’encodage. Or, l’effet de
référence à soi en recollection persiste et la taille de l’effet est de même ampleur chez les sujets
jeunes et âgés, ce qui laisse penser qu’il manque un facteur explicatif à la seconde hypothèse
exposée ci-dessus. Cette différence conforte l’idée que le degré d’élaboration de la trace
mnésique n’est pas le seul déterminant du sentiment de reviviscence. Il apparait que le lien des
traces mnésiques avec le soi joue un rôle primordial afin d'augmenter le sentiment de
reviviscence qui implique nécessairement le Soi, et notamment la prise de conscience de Soi
dans le temps subjectif. En effet, selon Conway et Dewhurt (1995), le sentiment de reviviscence
représenterait le degré d’intégration des traces mnésiques avec le Soi. La différence entre sujets
jeunes et âgés serait donc également due au fait que les sujets jeunes ont une capacité à mieux
intégrer d’une manière générale les traces mnésiques à leur Soi.
C.
DIFFERENCES FONCTIONNELLES ENTRE SUJETS JEUNES ET AGES
Il apparait que les sujets âgés recrutent les mêmes régions cérébrales que les sujets
jeunes lors d’un traitement en référence à soi (Feyers, Collette, D’Argembeau, Majerus, &
Salmon, 2010; Gutchess et al., 2010; Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2007). Toutefois, la
présence de différences dans le degré d’activation de ces régions cérébrales suppose une
différence importante dans la manière d’appréhender les stimuli en référence à soi.
En effet, l’activation plus prononcée de la structure médiane ventrale chez les sujets
jeunes, indique qu’ils traitent les stimuli en mettant plus l’accent sur ce qui les caractérisent
spécifiquement (Gutchess et al., 2010). Dans ce sens, les stimulus en référence à Soi sont
élaborés avec plus d’attributs spécifiques chez les sujets jeunes. L’activation de la structure
médiane dorso-latérale est également plus importante chez les sujets jeunes que les sujets âgés,
les sujets jeunes procédant à une différentiation Soi-Autrui plus importante que les âgés
(Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2007), région également plus impliquée lorsque le jugement
porte sur autrui (Ruby et al., 2009).
De plus, l’activation conjointe des régions ventro-médianes et occipitales chez les sujets
jeunes, mais pas chez les sujets âgés (Feyers et al., 2010; Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2007)
suppose que les sujets jeunes forment et visualisent une scène d’eux-mêmes (mais aussi
d’autrui) possédant un trait de caractère particulier alors que les sujets âgés ne le font pas. Par
ailleurs, l’activation de la structure médiane ventrale inclus une activation conjointe de gyrus
93
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
orbito-frontal et du cortex préfrontal antérieur ventro-médian aui semble spécifique aux sujets
âgés et indiquerait que les personnes âgées traitent les stimuli plus sur un plan émotionnel
(Feyers et al., 2010).
En résumé, dans vieillissement normal la présence de l’effet de référence à Soi a
été démontrée sur le rappel et la recollection d’informations précédemment apprises.
Néanmoins, les données comportementales et de neuroimagerie indiquent que l'effet de
référence à Soi sur la mémoire ne serait pas aussi efficace chez les sujets âgés par
rapport aux sujets jeunes. De plus, les traitements en référence à Soi seraient traités
essentiellement sur un plan émotionnel comparativement aux sujets jeunes.
II.
DES EFFETS DE REFERENCE A SOI PRESENTS MAIS RESTREINTS
DANS LA MALADIE D ’ALZHEIMER
A ce jour très peu d’auteurs se sont intéressés à l’influence du Soi sur les processus de
mémoire épisodique par le biais d’un paradigme de profondeur de traitement.
A.
UN EFFET DE REFERENCE A SOI EN RECONNAISSANCE ET EN RECOLLECTION TOUJOURS
PRESENT
Kalenzaga et collaborateurs (Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013 ; Kalenzaga, & Clarys,
2013) ont comparé les bénéfices immédiats (après un délai de 1 minutes) d’un encodage en
référence au Soi conceptuel par rapport à un encodage sémantique de traits de personnalité
dont la valence émotionnelle variait (positive, neutre, négative). Les patients Alzheimer ont
montré un effet de référence à soi significatif sur les performances en reconnaissance, mais qui
était supérieur pour les traits de personnalité de valence positive. Ces données sont
encourageantes et confirment l’idée que les patients Alzheimer peuvent bénéficier de la
profondeur de traitement et sont capables d’opérer une élaboration supérieure des stimuli.
Néanmoins, la littérature ne révèle pas d’étude ayant utilisé ce type de paradigme pour un
traitement en référence au Soi phénoménologique, c'est-à-dire via un traitement en référence à
des souvenirs personnels épisodiques. Par ailleurs, compte tenu des troubles de récupération
des souvenirs personnels observés dés le début de la maladie, il apparait donc particulièrement
intéressant d’évaluer si cet autre aspect de la référence à Soi pourrait être présent.
Kalenzaga et collaborateurs (Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013 ; Kalenzaga, & Clarys,
2013) ont également évalué l’effet de la référence à soi sur la recollection (Conway & Dewhurst,
1995), sa présence était définie par l’effet de supériorité d’un traitement en référence à soi sur
94
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
le sentiment de reviviscence au moment de la récupération des informations en mémoire. Cet
effet s’avère présent chez des patients Alzheimer comme chez les sujets âgés. Toutefois, il
apparait plus restreint que chez les sujets âgés et semble se manifester uniquement pour le
matériel émotionnellement chargé, notamment négatif.
Par ailleurs, les résultats de ces études semblent indiquer que le Soi, du moins
conceptuel, tant qu’il n’est pas trop modifié par l’évolution de la maladie apparait être une
entité encore suffisamment riche et organisé pour permettre une élaboration plus profonde
d’un stimulus. Cependant, en raison de temps très court entre l’encodage et la récupération des
informations dans ces études, il n’est pas possible de conclure à leur quelconque persistance
après des délais de rétention plus élevés, ni sur le bénéfice réel opéré dans le stockage des
informations. En effet, selon Salmon (2000), un délai d’au minimum 10 minutes est nécessaire
pour garantir de manière efficace le stockage et la consolidation des informations apprises. En
revanche, au vu de l’atteinte massive du Soi phénoménologique, on peut s’attendre à ce que
l’effet en réfénrence à Soi ne soit pas exprimé par les patients Alzheimer.
B.
BENEFICE DE L’AUTO-GENERATION ET DE L’AGENTIVITE SUR L’APPRENTISSAGE DANS
LA MALADIE D’ALZHEIMER
Une méthode différente pour étudier le Soi concerne le phénomène de l’auto-génération
sur l’apprentissage de nouveaux stimuli. Lipinska et al., (1994) ont étudié l’influence de l’autogénération d’indices durant l’encodage de stimulus cibles sur la performance de rappel chez
des patients Alzheimer. Les résultats montrent que la présentation des indices générés par les
patients eux-mêmes donne lieu à de meilleures performances de rappel qu’avec des indices
sémantiques catégoriels. De même, Multhaup et Balota (1997) ont également mis en évidence
un effet d’auto-génération sur la reconnaissance : les patients Alzheimer obtiennent une
meilleure performance pour les mots qui avaient été générés dans une phrase à trous par euxmêmes (à l’écrit ou à l’oral). Dans une autre étude, Fleishman et collaborateurs (1995) ont
demandé à des patients de générés des mots cibles à partir d’une définition ou de les lire. Les
résultats montrent que la performance de rappel est supérieure pour les mots qui avaient été
générés par les patients que ceux qui avaient été lus avec leur définition. Enfin, Lipinska,
Bäckman et Herlitz (1992) ont comparé les performances de patients Alzheimer et de sujets
âgés sains dans une tâche de reconnaissance de personnages célèbres après un encodage
incident où les patients devaient générer un indice (une connaissance sémantique sur cette
personne) associé au visage célèbre et son nom. Ils montrent que les patients Alzheimer,
comme les sujets âgés, sont capables d’utiliser la production de connaissances préalables sur
95
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
ces personnes connues afin de renforcer l’encodage sémantique, le rendant ainsi plus profond
et élaboré, ce qui améliorait considérablement les performances de rappel ultérieur. Dans une
précédente étude où les patients ne devaient pas générer d’indices, les performances n’étaient
pas améliorées (Bäckman & Herlitz, 1990). Ces données sont en accord avec le principe
d’encodage spécifique de Tulving et Tompson (1973) : les patients ont besoin d’une congruence
très élevée en le support établi à l’encodage et celui fourni au moment de la récupération, au
risque de ne pas bénéficier de l’indiçage environnemental.
Toutefois, certaines études ne mettent pas en évidence le bénéfice d’un encodage par l’autogénération d’indices (Dick, Kean, & Sands, 1989; Mitchell, Hunt, & Schmitt, 1986). La divergence
des résultats pourraient à nouveau dépendre de l’atteinte sémantique qu’éprouvent certains
patients et qui réduit à la fois la profondeur de traitement et le degré d’élaboration d’un
stimulus verbal, mais qui ne permet pas de bénéficier de l’indiçage sémantique même si les
indices ont été générés par les patients eux-mêmes.
Le sentiment d’agentivité personnelle (par une action motrice) apparait également être
un support cognitif efficace pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Plusieurs
études (Herlitz et al., 1991; Hutton, 1996; Karlsson et al., 1989b) indiquent la supériorité des
performances de rappel après un encodage moteur comparé à un encodage sémantique chez
des patients Alzheimer, y compris à un stade sévère de la maladie. Par exemple, Herlitz et
collaborateurs (1991) ont comparé l’influence de plusieurs conditions d’encodage sur le
bénéfice de l’indiçage par rapport à une condition de rappel libre. Soit l’encodage consistait à
lire un mot ou à observer un objet, soit l’encodage associait la vision de l’objet avec une
question sémantique sur cet objet ou avec une action évoquant l’utilisation de l’objet, soit
l’action de l’objet était opérée par l’expérimentateur. A un stade léger, tous les traitements à
l’encodage permettent d’améliorer les performances de rappel indicé. A un stade modéré, le
traitement verbal n’est plus efficace, mais tous les traitements impliquant la vision de l’objet
améliorent le rappel indicé. Au stade sévère, seul un traitement impliquant un acte moteur par
le patient donne lieu à une amélioration des performances en rappel indicé.
C.
APPORT DE L’IMAGERIE DANS LA COMPREHENSION DE L’EFFET DE REFERENCE A SOI
A ce jour de très rares études ont examiné les bases neuronales d’un traitement en
référence à soi dans la maladie d’Alzheimer. Chez les patients, la structure médiane ventrale ne
laisse pas apparaitre d’activations durant un traitement en référence à Soi comme observé dans
le vieillissement normal ; activations plutôt retrouvées dans les sillons intrapariétaux de
manière bilatérale (Ruby et al., 2009). Ce résultat va dans le sens d’un traitement plus
96
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
sémantique des stimuli en lien avec des connaissances générales, dont le traitement serait basé
sur un sentiment de familiarité. Cette donnée contraste avec la présence de l’effet de référence
à Soi retrouvé en mémoire épisodique (Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013 ). Toutefois, on peu
imaginer que durant l’encodage les patients se basent sur des connaissances personnelles très
abstraites et pourrait confirmer l’atteinte du Soi conceptuel. En effet, la structure médiane
dorso-latérale est moins activé chez les patients Alzheimer que chez les sujets âgés, reflétant la
difficulté des patients à s’auto-évaluer, mais également à traiter les informations par rapport à
autrui (Ruby et al., 2009).
De manière très intéressante, la région médiane ventrale et postérieure est plus activée
chez les patients Alzheimer que les sujets âgés lorsque le traitement des stimuli s’opère en lien
avec un autrui très proche. L’ensemble de ces données indiquerait que les patients Alzheimer
se baseraient d’une part, sur un traitement émotionnel plus important, et d’autre part, sur une
inférence plus importante par rapport à autrui à partir d’un sentiment de familiarité ressenti
face au traitement demandé, en raison de leur difficulté à se baser sur des souvenirs
autobiographiques (Ruby et al., 2009).
Dans la maladie d’Alzheimer, les quelques études existantes montrent que les
performances en mémoire épisodique sont améliorées par un traitement en référence à
Soi (comparativement à d'autres types de traitement) durant l’encodage, et les études de
neuroimagerie indiquent que les patients opèrent les traitements sur un plan plus
émotionnel encore que les sujets âgés sains. Le dernier point que nous abordons dans le
cadre de ce chapitre concerne l’influence des émotions sur les performances dans des
tâches de mémoire épisodique y compris celles en référence à Soi. Bien que les émotions
ne soient pas le centre d’étude de cette thèse, leurs influences y sont brièvement exposées
afin de données un aperçu rapide des modifications qu’elles peuvent engendrées sur la
mémoire épisodique.
III. BIAIS DE POSISITIVITE ET THEORIE SOCIO -EMOTIONNELLE DANS
LE VIEILLISSEMENT
Dans le vieillissement normal, les performances en mémoire épisodique apparaissent
également être influencées différemment par la valence émotionnelle du matériel (Spaniol,
Voss, & Grady, 2008). De nombreuses études mettent en avant un biais de positivité en mémoire
épisodique, avec une récupération des informations positives supérieures à celle des
informations négatives, que le matériel soit des mots (Kensinger, 2008; Knight, Maines, &
Robinson, 2002), des images (Charles, Mather, & Carstensen, 2003; Denburg, Buchanan, Tranel,
& Adolphs, 2003; Kensinger, Garoff-Eaton, & Schacter, 2007a, 2007b; Mather & Carstensen,
97
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
2005a) et des visages (Grady, Hongwanishkul, Keightley, Lee, & Hasher, 2007; Leigland, Schulz,
& Janowsky, 2004; Mather & Carstensen, 2003). Par ailleurs, le biais de positivité a également
été rencontré sur les fausses reconnaissances (Brueckner & Moritz, 2009; Fernandes, Ross,
Wiegand, & Schryer, 2008; Piguet, Connally, Krendl, Huot, & Corkin, 2008). Toutefois, la
controverse reste entière puisque de nombreuses études ne reproduisent pas toujours
systématiquement ce fait (Comblain, D’Argembeau, Van der Linden, & Aldenhoff, 2004;
Denburg et al., 2003; Fernandes et al., 2008; Grühn, Smith, & Baltes, 2005; Kensinger, Brierley,
Medford, Growdon, & Corkin, 2002). Dans les études ayant utilisé des paradigme impliquant la
référence à Soi avec des traits de personnalité constatent une absence de biais émotionnel
(Gutchess et al., 2010; Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2007; Gutchess, Kensinger, Yoon, et al.,
2007), tandis que d’autres ont mis en évidence une supériorité pour le matériel neutre
(Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013).
Dans la maladie d'Alzheimer, les résultats sont plus contrastés. Certaines études ne
mettent pas en évidence un effet de la valence émotionnelle sur le rappel des informations
(Abrisqueta-Gomez, Bueno, Oliveira, & Bertolucci, 2002; Budson et al., 2006; Kensinger,
Anderson, Growdon, & Corkin, 2004; Kensinger et al., 2002), d'autres études indiquent un biais
de négativité (Fleming, Kim, Doo, Maguire, & Potkin, 2003) tandis que certaines montrent un
biais de positivité (Hamann, Monarch, & Goldstein, 2000; Werheid et al., 2010). Dans les études
ayant évalué les effets de paradigme impliquant la référence à Soi avec des traits de
personnalité, les patients Alzheimer expriment un biais de positivité dans les performances de
reconnaissance (Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013). Les différences sont probablement
multifactorielles (images de Soi, stade de la maladie, humeur etc...) et les interprétations
multiples. Il apparait cependant que l'absence de biais émotionnel soit surtout relié avec
l'avancée de la maladie et l'atteinte progressive du système limbique (Klein-Koerkamp, Baciu, &
Hot, 2012; Klein-Koerkamp, Beaudoin, Baciu, & Hot, 2012).
Sur le plan théorique, le biais de positivité est souvent expliqué par la théorie socioémotionnelle. Les personnes âgées auraient de meilleures capacités de régulation émotionnelle
et un contrôle supérieur de leurs émotions (Mather, 2004). De plus, la perception de la fin de
vie modifieraient les buts et les motivations du Soi (Charles et al., 2003; Mather & Carstensen,
2003, 2005a) des sujets âgées dans l'objectif de maintenir une estime de Soi et un bien-être
positif par le biais d'un processus de régulation émotionnelle qui porterait une attention
sélective aux stimuli positifs et inhiberait les stimuli négatifs (Kensinger & Schacter, 2008;
Mather & Carstensen, 2005a). Ainsi, le biais de positivité serait donc la résultante de la mise en
place de processus attentionnels et stratégiques contrôlés (Kryla-Lighthall & Mather, 2009). En
effet, d'une part, l'importance du biais de positivité semble être influencé par les capacités
98
Chapitre 6 : Influence du Soi en mémoire épisodique dans le vieillissement
exécutives des sujets âgés, et d'autre part, la manipulation des variables attentionnelles durant
l'encodage des informations modifie le biais de positivité qui tend à disparaitre (Mather &
Knight, 2005; Mather & Carstensen, 2005a; Murphy & Isaacowitz, 2008).
En résumé, l’idée principale à retenir est que les sujets âgés ou les patients
Alzheimer sans symptomatologie dépressive associée présentent une supériorité du rappel
d’informations de valence positive comparé à celui d'informations de valence négative. Ce
biais serait du à un biais attentionnel envers les informations positives et un processus
inhibiteur des informations négatives dans le but de maintenir une image et des schémas
personnels positifs de Soi. Ainsi, le biais de positivité correspondrait à la congruence des
informations avec les buts du Soi et les schémas et images de Soi explicites, plus qu'à leur
congruence avec l'humeur des sujets.
99
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
CHAPITRE 7 : PRISE EN CHARGE DES TROUBLES MNESIQUES
DANS LA MALADIE D’ALZHEIMER
« La main au front, le pied dans l’âtre,
Je songe et cherche à revenir,
Par delà le passé grisâtre,
Au vieux château du Souvenir.
Une gaze de brume estompe
Arbres, maisons, plaines, coteaux,
Et l’œil au carrefour qui trompe
En vain consulte les poteaux.
J’avance parmi les décombres
De tout un monde enseveli,
Dans le mystère des pénombres,
A travers des limbes d’oubli.
Désormais la route est certaine ;
Le soleil voilé reparait,
Et du château la tour lointaine
Pointe au-dessus de la forêt.
Sous l’arcade où le jour s’émousse,
De feuilles, en feuilles tombant,
Le sentier ancien dans la mousse
Trace encor son étroit ruban.
Mais la ronce en travers s’enlace ;
La liane tend son filet,
Et la branche que je déplace
Revient et me donne un soufflet.
Mais voici, blanche et diaphane,
Enfin au bout de la clairière,
La Mémoire, au bord du chemin,
Je découvre du vieux manoir
Qui me remet, comme Ariane,
Son peloton de fil en main.
Les tourelles en poivrière
Et les hauts toits en éteignoir »
.Le château du souvenir
Théophile Gautier
A l’heure actuelle, aucun traitement médicamenteux ne permet d’enrayer l’évolution
des lésions cérébrales présentes dans la maladie d’Alzheimer. Les thérapeutiques mises en
place visent essentiellement au ralentissement de cette évolution, à diminuer les troubles
cognitifs, psychocomportementaux et les manifestations psychiatriques (Knopman & Morris,
1997). Les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase visent à rétablir une neurotransmission
normale du système cholinergique qui est déficitaire suite à la dégradation des neurones, en
ralentissant la destruction de l’acétylcholine. D’une façon générale, il apparait que ces
médicaments ont une action bénéfique sur les manifestations comportementales plus que
cognitives (Seux, de Rotrou, & Rigaud, 2008). Les neuroleptiques sont généralement utilisés
lorsqu’il existe des épisodes d’agitation et d’agressivité, ainsi que des syndromes délirants et
des hallucinations. En cas de syndrome anxio-dépressif, la prescription d’antidépresseurs est
généralement proposée, dont le principe est l’inhibition de la recapture de la sérotonine.
Face aux limites des traitements pharmacologiques dans la maladie d’Alzheimer (MA),
de nombreuses thérapies non médicamenteuses ont vu le jour depuis quelques décennies et
sont souvent proposées en complètement des traitements pharmacologiques (Dorenlot, 2006).
Un rapport de l’ANAES (2003) propose un ensemble de recommandations sur les objectifs
d’une prise en charge : 1) améliorer les fonctions cognitives, l’humeur, les troubles du
100
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
comportement ; 2) réduire le stress lié à la maladie et les causes de stress ; 3) préserver le plus
longtemps possible l’autonomie fonctionnelle (se nourrir, s’habiller, se laver, aller aux toilettes,
se déplacer) ; 4) préserver le plus longtemps possible les liens et échanges sociaux ; 5)
maintenir et améliorer la qualité de vie ; 6) retarder le passage en institution ; 7) aider, soulager
et préserver la santé mentale et physique des aidants. Une prise en charge efficace est donc
celle qui permet de coupler plusieurs interventions afin de pallier au mieux les difficultés des
patients au quotidien et de leurs aidants. Il est donc nécessaire de garder à l’esprit que la prise
en charge des troubles cognitifs doit être vue comme un des éléments parmi ceux d’un projet
plus global de réhabilitation incluant l’ensemble des problèmes liés à la maladie, qu’ils soient
d’ordre biologique et médical, psychologique, neuropsychologique, environnemental et social
(Clare, 2008) (cf. tableau ci-dessous).
Niveau
Niveau biologique
Niveau
psychologique
Niveau social
Domaine d'évaluation
Vulnérabilité génétique
Causes réversibles
Changements cérébraux ; signes
neurologiques
Problèmes de santé physique,
atteintes sensorielles, difficultés de
mobilité
Effets secondaires des traitements
Changement du fonctionnement
cognitif, perturbations dans la vie
quotidienne
Changement des besoins individuels
psychologiques, de la personnalité,
du comportement, troubles
psychiatriques, mécanismes de
défense
Evaluation de l'environnement et du
niveau de stimulation personnel
Modifications des interactions
sociales et des capacités de
communication
Besoins des aidants
Problèmes sociaux, financiers
Interventions possibles
Aucune
Traitement spécifique des symptômes
Traitement pharmacologique pour ralentir la
progression
Traitement médical, prise en charge de la douleur,
améliorer la mobilité
Réévaluation et adaptation de la médicamentation
Prise en charge des troubles cognitifs et
comportementaux
Psychothérapie, groupe de soutien et de conseil,
thérapie de réminiscence et de maintien de l'identité,
thérapie cognitivo-comportementale, prises en charge
des troubles psychiatriques
Modification, adaptation et enrichissement de
l'environnement
Prise en charge des aidants pour améliorer la
communication et les échanges avec le patient
Psychoéducation (maladie, soins, stimulation,
adaptation de l'environnement), groupe de soutien,
psychothérapie, thérapie de couple ou familiale
prise en charge sociale, facilitation de l'accès aux
services de soins et d'assistance
Tableau 2. Synthèse des prises en charge et interventions proposées selon le domaine touché dans les
syndromes démentiels. Tirés et traduit à partir de Clare (2008)
C’est pourquoi ce chapitre est essentiellement consacré à la prise en charge des patients
Alzheimer sur le plan cognitif, mais il est toutefois dirigé plus spécifiquement sur la prise en
charge des troubles de la mémoire autobiographique en tant qu'illustration des prises en
charge actuellement proposées des troubles de mémoire en référence à Soi. La revue de
littérature présentée ici est entièrement tirée de l’article « Prise en charge des troubles de la
memoire autobiographique dans la maladie d’alzheimer du stade débutant au stade sévère : revue
101
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
de la litterature et nouvelles perspectives » rédigé par les auteurs Lalanne J. et Piolino P et publié
dans le journal Gériatrie et Psychologie et Neuropsychiatrie du Vieillissment. (Référence en
annexe IV).
En effet, comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, la maladie d’Alzheimer
se caractérise par de nombreux troubles cognitifs, parmi lesquels l’atteinte de la mémoire
épisodique est la plus précoce et rapidement suivie par l’atteinte des autres fonctions cognitives
(fonctions exécutives, langage, gnosies, praxies). Cependant, la maladie d’Alzheimer provoque
également une atteinte précoce de la mémoire autobiographique avec des troubles mnésiques
antérograde et rétrograde (Piolino, Desgranges, et al., 2003) dont les conséquences
apparaissent souvent sous-estimées : perte progressive des souvenirs, de la capacité à les
revivre mentallement, désintégration de la continuité temporelle (Piolino, Desgranges, et al.,
2003 ; Martinelli P, Anssens et al., 2013), difficultés à mémoriser les nouveaux événements de
vie (Morris & Mograbi, 2012), perte identitaire (Addis & Tippet, 2004). Au quotidien, au même
titre que les atteintes des autres domaines cognitifs, les troubles de mémoire autobiographique
ont donc un impact sur la qualité de vie du patient, son état psychique, son autonomie, mais
également sur ses relations sociales et familiales. Pourtant, la prise en charge visant
spécifiquement la mémoire autobiographique reste encore relativement peu développée à ce
jour et plus particulièrement celle qui concerne les aspects antérogrades. L’objectif de cette
revue est d’étudier les différentes méthodologies existantes à l’heure actuelle et d'en dresser les
intérêts et les limites (voir Tableau 3, ci-dessous)
Type d'intervention
Apprentissage
d'événements de vie
récents
Aides externes
Réapprentissage de
connaissances anciennes
Thérapie de réminiscence
Méthodologie
Mémoire autobiographique antérograde
Méthode de récupération espacée
Méthode d'apprentissage sans erreur
Population privilégiée
pour les interventions
MCI, MA stade débutant
à modérée
Aides personnelles dites « life-logging » ou
MCI, MA stade débutant
d’enregistrement passif
à sévère
Mémoire autobiographique rétrograde
Méthode de récupération espacée
MCI, MA stade débutant
à modérée
Méthode d'apprentissage sans erreur
Renforcer les
Aides externes (livre, MCI, MA stade débutant
connaissances par rappel
films de vie)
à sévère
Tableau 3. Résumé des interventions existantes pour la prise en charge de la mémoire autobiographique en
fonction du stade d’évolution de la maladie d’Alzheimer
102
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
I.
PRINCIPES DES METHODES GENERALES DE PRISES EN CHARGE
L’utilité de la prise en charge des fonctions cognitives est aujourd’hui appuyée par les
recherches sur la réserve cognitive. En effet, plusieurs études ont montré que la relation entre
le degré d’atteinte cérébrale et les conséquences cliniques des troubles cognitifs qui y sont
associées varient considérablement d’un individu à l’autre (Katzman et al., 1988). L’apparition
des troubles et le déclin cognitif semblent fortement liés aux capacités de réserve cognitive
propre à chacun, croissantes avec le niveau socioculturel, le niveau d’éducation, le quotient
intellectuel ou encore la pratique d’activités stimulantes régulières (Valenzuela & Sachdev,
2006 ; Wang et al., 2009). Le cerveau tenterait de compenser activement la perte neuronale
secondaire à un dommage cérébral. Ainsi, deux formes de réserves cognitives peuvent être
distinguées (Stern, 2009). La réserve neuronale est d’ordre passif, elle concerne la capacité du
cerveau à subir des lésions cérébrales sans qu’elles conduisent à des manifestations cliniques
de troubles cognitifs en faisant appel à des réseaux neuronaux optimaux dans la réalisation des
tâches cognitives et en s’adaptant aux tâches plus complexes. La compensation neuronale est,
quant-à-elle, d’ordre actif, elle se réfère à l’utilisation de réseaux neuronaux alternatifs
permettant de diminuer l’impact d’une pathologie cérébrale par le maintien d’une performance
optimale à une tâche malgré l’atteinte du système normalement nécessaire à sa réalisation. La
notion de compensation est donc réservée aux nouveaux réseaux recrutés après une pathologie
afin de pallier aux effets délétères de la dite lésion par l’utilisation des capacités cognitives
préservées et de stratégies préexistantes particulièrement optimales. La compensation
neuronale regroupe ainsi également les phénomènes de réorganisation cérébrale ou plasticité
observés à la suite des lésions cérébrales, comme il peut l’être observé dans la MA (Rajah et al.,
2009). Or, ces deux phénomènes cérébraux correspondent également aux objectifs premiers
d’une prise en charge des troubles cognitifs qui est d’optimiser le fonctionnement cognitif et/ou
de mettre en place des stratégies cognitives de compensation afin de ralentir la progression des
troubles mnésiques. Dans ce sens, plusieurs auteurs ont mis en évidence des phénomènes de
plasticité cérébrale après une prise en charge des fonctions cognitives (Belleville, Clément,
Mellah, Gilbert, Fontaine, & Gauthier, 2011 ;Engvig et al, 2012), ce qui renforce la nécessité de
mettre en place ce type d’intervention et continuer à développer de nouvelles méthodologies.
Les méthodes de prises en charge sous forme de groupe constituent une part très
importante de la littérature dans le domaine des syndromes démentiels dont la MA. Elles
représentent un gain de temps et un intérêt économique considérable, puisqu’une séance
permet la prise en charge d’un nombre élevé de patients par un seul soignant sur une durée de
temps réduite, ce qui est généralement plus facile à mettre en place qu'une prise en charge
103
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
individuelle. De ce fait, le groupe est le mode opératoire le plus répandu dans les institutions et
les hôpitaux. Son avantage le plus souvent relevé est celui des bienfaits qu’il opère sur la
sociabilisation des patients et sa propension à favoriser la communication, plus que sur la
cognition elle-même. Toutefois, les groupes font face à certaines limites. Ils sont bien souvent
peu adaptés aux besoins spécifiques de chaque patient dont les troubles peuvent être très
hétérogènes. Par ailleurs, il apparait souvent difficile de faire la part entre les bienfaits dus à la
prise en charge cognitive et ceux dus à l’effet même du groupe. Dans ce sens, certains auteurs
montrent que la pratique de groupe sous forme d’activités récréatives donne lieu à des
bénéfices similaires que celle stimulant les fonctions cognitives (Farina et al., 2006), ce qui
renforce l'idée que les personnes qui pratiquent régulièrement des loisirs ou des activités
intellectuelles sont moins sujettes au déclin cognitif et ont une meilleure réserve cognitive
(Wilson et al., 2002).
Faces aux limites des prises en charge de groupe, les cliniciens se tournent de plus en
plus vers la revalidation neuropsychologique mettant au premier plan l’individualisation des
interventions. Principalement utilisée à l’origine pour la prise en charge de patients
cérébrolésés, elle s’est considérablement développée pour la prise en charge des patients
atteints d’un syndrome neuro-dégénératif (Clare, 2008 ; Juillerat, Van der Linden, Adam &
Seron, 2000 ; Meulemans & Adam, 2003 ; Van der Linden Juillerat & Delbeuk, 2006 ; Seron,
2009). Concernant la prise en charge des troubles mnésiques, les interventions dites de
revalidation cognitive consistent à mettre en place des stratégies individualisées de
mémorisation face à des difficultés concrètes, définies par le patient et/ou l’aidant, afin
d'apprendre (mémoire antérograde) ou réapprendre de nouvelles informations en mémoire
(mémoire rétrograde) et d'améliorer les interactions sociales et le bien-être du patient. Le point
clef de la revalidation cognitive se comprend comme une démarche de réhabilitation des
fonctions cognitives dans la vie quotidienne afin de restituer ou préserver l’autonomie
personnelle. Quelles que soient les méthodes, la prise est charge est centrée sur le patient, elle
est en fonction de ses capacités préservées et déficitaires, ses centres d’intérêt, ses objectifs
personnels et ses besoins.
II.
DES METHODES DE REHABILITATION DE LA MEMOIRE EPISODIQUE
A CELLES DE LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE
Dans la MA, les objectifs de la prise en charge évoluent avec l’avancée de la maladie. A
un stade préclinique voir débutant, l’objectif peut viser la restauration du fonctionnement
104
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
prémorbide par des entrainements cognitifs intensifs. La méthodologie consiste à travailler
directement sur les composantes de traitement altérées et à les restaurer à leur point d’ancrage
initial. Une méthode récente d’entrainement, la repetition lag procedure, a été développé par
Jennings et Jacoby (2003 ; Boller, Jennings, Dieudonné, Verny, &Ergis, 2012) pour la prise en
charge spécifique des processus intervenant dans la reconnaissance de matériel, et notamment
les processus automatiques de familiarité ou contrôlés de recollection de détails contextuels
liés à l’information apprise, ces derniers étant spécifiquement atteints dans la MA. Durant les
séances, le sujet doit d’abord étudier le matériel, puis le reconnaitre dans une tâche de
reconnaissance où les mots cibles sont présentés une fois et les distracteurs deux fois. Lorsque
la reconnaissance de tous les mots cibles est correcte et sans erreur, l’intervalle de temps entre
la présentation des distracteurs identiques est augmentée progressivement. Malgré des
résultats satisfaisants, les améliorations constatées restent en général spécifiques au matériel
travaillé et les compétences ne sont que rarement généralisables à d’autres types de matériel et
sont non transférables dans la vie quotidienne (Clare, 2008). Par ailleurs, seuls les patients
ayant encore une forte conscience de leurs troubles, ou insight, s’avèrent obtenir des effets
réellement positifs sur leur cognition (Clare, Wilson, Carter, Roth & Hodges, 2004). La
conscience des troubles étant rapidement altérée par l’évolution de la maladie, cette prise en
charge paraît donc rapidement peu adaptée d’une manière générale. De plus, la repetition lag
procedure semble difficilement transposable à la mémoire autobiographique, mémoire en
référence à soi dans la vie quotidienne.
A.
OPTIMISATION DES CAPACITES DE MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE PAR DES METHODES
DE FACILITATION
Dés le stade débutant de la MA, il est plutôt nécessaire de viser l’objectif d’une
optimisation du fonctionnement mnésique plutôt que sa restauration stricto-sensu, en utilisant
à la fois les capacités mnésiques résiduelles et préservées des patients. Il est possible de
faciliter le fonctionnement mnésique par l’apprentissage d’une utilisation plus efficace de
stratégies cognitives résiduelles (Clare, 2008 ; Juillerat, et al.,, 2000 ; Meulemans & Adam,
2003 ; Van der Linden et al., 2006 ; Seron, 2009). L’objectif est de faciliter l’encodage des
informations nouvelles pour améliorer la qualité de la trace mnésique, soit en les reliant à des
connaissances préexistantes ou en les rendant plus significatives, augmentant par la même les
indices de récupération. Les méthodes de facilitation du fonctionnement mnésique visent donc
spécifiquement les troubles de la mémoire antérograde. Outre la perte de souvenirs et
connaissances personnelles, les patients Alzheimer ont également de grandes difficultés à
encoder des événements personnels récents donnant lieu à un sentiment d’identité qui
105
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
correspond de moins en moins à la réalité factuelle. La prise en charge des aspects
antérogrades de la mémoire apparaît donc cruciale pour pallier à cette problématique.
Pourtant, à ce jour, il apparaît qu’aucune recherche ne se soit penchée spécifiquement
sur les possibilités d’utiliser des stratégies mnésiques de facilitation (profondeur de traitement,
imagerie mentale …) sans utilisation d’aides externes pour améliorer spécifiquement
l’encodage et la rétention de nouveaux événements de vie personnels. Ces méthodes de
facilitation ayant fait leur preuve pour améliorer le fonctionnement mnésique dans la rétention
d’informations non autobiographiques, la porte aux futures recherches reste ouverte. Par
exemple, l’apprentissage de nouvelles informations est amélioré chez les patients Alzheimer
lorsque l’encodage est explicitement facilité par leur liaison avec des connaissances ou des
souvenirs personnels préexistants (Lalanne et al., 2010). Cette stratégie d’encodage pourrait
donc être utilisée dans le but d’associer des événements récemment vécus par les patients avec
des souvenirs similaires plus anciens afin de permettre une consolidation plus efficace.
Néanmoins, tout comme les méthodes de restauration, la facilitation nécessitent des
capacités de mémoire explicite encore disponibles, des ressources attentionnelles suffisantes,
un syndrome dysexécutif relativement peu important et une anosognosie discrète (Van der
Linden et al., 2006). C’est pourquoi les stratégies de facilitation sont plus à même d’être
efficaces pour la prise en charge des troubles mnésiques légers voire modérés (Clare, 2008 ;
Juillerat, et al.,, 2000 ; Meulemans & Adam, 2003 ; Van der Linden et al., 2006 ; Seron, 2009). La
limite principale de la facilitation du fonctionnement mnésique est que les stratégies apprises
peuvent être difficilement applicables dans la vie quotidienne, car elles nécessitent que le
patient ait un temps suffisant pour pouvoir les appliquer. Dans ce sens, il apparaît que le
développement de stratégies de facilitation soit une piste intéressante mais elles ne seraient
probablement pas suffisantes à elles seules pour permettre une prise en charge complète des
aspects antérogrades de la mémoire. Les stratégies de facilitation devraient plutôt être pensées
comme faisant partie d’une intervention plus globale.
B.
OPTIMISATION DES CAPACITES DE MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE PAR DES METHODES
DE REORGANISATION
La réorganisation structurale et fonctionnelle vise également à optimiser le
fonctionnement cognitif, mais s’opère à partir des capacités et habilités intactes afin de
compenser le déficit. Dans la MA, la mémoire implicite est très longtemps préservée et
l’apprentissage de connaissances spécifiques (nouveau vocabulaire) ou complexes (faits,
concepts, relations, habilités procédurales) reste longtemps possible chez des patients avec des
106
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
lésions dégénératives, même à un stade avancé (Clare, 2008 ; Juillerat, et al.,, 2000 ; Meulemans
& Adam, 2003 ; Van der Linden et al., 2006 ; Seron, 2009). Dans ce sens, à la place des méthodes
stratégiques intentionnelles de facilitation de l’encodage, des méthodes d’apprentissage
reposant sur les capacités de mémoire implicite préservées ont été développées et font preuve
d’une grande efficacité. La récupération espacée permet de tester la récupération d’une
information cible avec des intervalles de temps croissants qui augmentent en fonction de la
réussite du patient (Camp, Foss, O’Hanlon & Stevens, 1996 ; cf. figure 10, p.110). Dans la MA,
l’intervalle de rétention critique à atteindre pour permettre une consolidation des informations
à long terme serait de 5 minutes pour un stade débutant et de 15 minutes à 1 heure pour des
stades plus avancés (Camp, 2006). Si le patient est capable de récupérer une information cible
durant trois séances consécutives, on peut considérer que l’information a été correctement
consolidée (Camp, 2006). Toutefois, pour assurer le maintien dans le temps des informations
apprises, des nouvelles sessions d’apprentissage doivent être régulièrement mises en place
(Cherry, Hawley, Jackson & Boudreaux, 2009). La méthode d’estompage consiste, quant à elle, à
fournir au patient des indices concernant l’information cible à récupérer qui seront de plus en
plus dégradés ou estompés (Glisky, Schacter & Tulving, 1986). Enfin, la méthode
d’apprentissage sans erreur est utilisée pour limiter la production d’erreurs par les patients en
fournissant systématiquement la bonne réponse avant la production d’une erreur et en évitant
au patient de deviner la bonne réponse (Van der Linden, 2003). En effet, les patients ayant une
amnésie importante ne sont pas capables d’apprendre de leurs erreurs et de les corriger une
fois apprises (Baddely & Wilson, 1994). Les informations apprises par cette méthode semblent
pouvoir être maintenue à long terme (Clare, Wilson, Carter, Breen, Gosses & Hodges, 2000). Le
principe de l’apprentissage sans erreur est généralement couplé avec la récupération espacée
ou l’estompage pour rendre ces dernières plus efficaces. Contrairement aux méthodes de
facilitation, l’avantage principal de ces méthodes est leur utilisation possible à la fois pour
l’apprentissage ou le réapprentissage de connaissances pouvant donc servir à la revalidation
des troubles de mémoire antérogrades ou rétrogrades (cf. figure 10, p.110).
Dans ce sens, quelques auteurs se sont intéressés à la revalidation des aspects
rétrogrades de la mémoire par le biais d’une méthode basée sur la répétition (via un quizz)
d’informations autobiographiques sémantiques et de souvenirs épisodiques (préalablement
sélectionnés avec le patient), associée à une méthode d’apprentissage sans erreur et/ou de
récupération espacée chez des patients Alzheimer (Arkin, 1998 ; Clare, et al., 2000 ; Davis,
Massman & Doody, 2001). Après l’intervention, les résultats ont montré une augmentation
significative du nombre d’informations personnelles (sémantiques et épisodiques) qui
pouvaient être restituées avec maintien des bénéfices à long terme. Toutefois, bien que
107
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
AGENDA
AGEND_
AGEN__
AGE___
AG____
A_____
Figure 10. Performances hypothétiques durant une session d’apprentissage sans erreur (figure gauche) et
Exemple d’un indiçage par estompage (figure droite)
ces études montrent une efficacité dans le réapprentissage d’informations personnelles
ponctuelles sur le plan expérimental, aucune ne s’est intéressée aux bénéfices sur le sentiment
d’identité personnelle qui apparaît pourtant un élément indissociable dans la prise en charge
de la mémoire autobiographique. Cette intervention pourrait cependant s’avérer efficace sur
l’identité personnelle si son utilisation couvrait l’ensemble des périodes importantes de la vie
du patient.
Pour optimiser la consolidation de nouveaux événements personnels et renforcer leur
épisodicité chez des patients MCI et MA, Small (2012) a mis en place une méthode où chaque
participant recevait un entrainement par récupération espacée sur des aspects épisodiques
(événements très récemment vécus) dont un souvenir personnel avait été choisi par le patient
et son aidant. Ainsi, à la question « Qu’est ce qui pourrait vous aider à vous souvenir de la fête
d’anniversaire de votre épouse ? », le patient devait répondre « Je peux regarder la vidéo faite
ce jour là » et pointer le lecteur DVD, puis se rappeler tous les détails qu’il avait en tête de ce
jour et en cas d’échec, l’expérimentateur l’indiçait. L’apprentissage s’est avéré efficace, les
patients avaient retenu l’action à produire pour s’aider à se remémorer les événements qu’il
avait vécus (regarder la vidéo), mais le nombre de détails rappelés pour ces événements avait
été croissant au cours de la prise en charge et s’était maintenu plusieurs semaines après. Cette
étude a un grand intérêt car elle met en valeur la possibilité qu’un apprentissage simple
d’actions à réaliser pour aider le patient à utiliser des objets de la vie quotidienne qu’il possède
déjà est une stratégie efficace pour consolider des événements récents. Cette méthode pourrait
également être mise en place pour le réapprentissage de souvenirs personnels et pas seulement
la consolidation d’événements récents. Ainsi, l’apprentissage d’une action à opérer, telle que
regarder ses anciens albums photos ou vidéos à chaque fois que le patient souhaite se souvenir
108
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
plus précisément d’un événement ou d’une période de vie, pourrait s’avérer efficace pour
améliorer la récupération des souvenirs plus anciens et semble être une intervention facile à
mettre en place au quotidien. Dans ce sens, la partie suivante s’intéresse à l’utilité des aides
prothétiques pour améliorer la mémoire autobiographique.
L’utilisation de méthodes basées sur les capacités préservées de mémoire implicite
pour la réhabilitation de la mémoire autobiographique reste donc encore très peu développée.
Par ailleurs, il manque à ces premières recherches une évaluation de l’influence de ce type
d’intervention sur l’efficience cognitive globale et ses possibilités de transfert dans d’autres
domaines cognitifs, ainsi que l’impact sur la qualité de vie des patients, que les recherches
futures devraient intégrer.
C.
AIDES PROTHETIQUES COMME SUPPORT DE LA MEMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE
La prise en charge peut être basée sur la modification et l’adaptation de
l’environnement au patient et à ses difficultés et/ou à l’utilisation d’aides externes, dites
prothétiques (carnet de bord, agenda…). Cette méthode pallie aux troubles cognitifs et limite
l’impact du coût cognitif et attentionnel et son avantage est son application possible à tous les
stades de la MA (Coyette & Deroux, 2003 ; Pancrazi & Métais, 2005 ; Van Hoof, Kort, Waarde &
Bloom, 2010). Elle doit être vue comme un complètement indéniable des autres méthodes de
revalidation des troubles de mémoire. Toutefois, cette démarche peut être mal vécue par les
patients et l’acceptation de leur utilisation n’est pas toujours évidente puisqu'elle objective
matériellement les troubles cognitifs ce qui accentue l’atteinte narcissique (Choi & Twamley,
2013). Il existe deux types d’aides externes, les unes dites environnementales, les autres dites
personnelles. L’aménagement de l’environnement est le plus couramment utilisé pour pallier à
l’anxiété associée aux troubles de mémoire au niveau de la désorientation temporo-spatiale des
patients (Letts et al., 2011 ; Nolan, Mathews & Harrison, 2001). Toutefois, apprendre à utiliser
soi-même des aides environnementales est de meilleure efficacité qu’un marquage passif de
l’environnement (Lam & Woods, 1986). Les aides externes personnelles sont des aides utilisées
par le patient lui-même et qui requièrent une implication de sa part par des modifications
régulières (carnet de bord, agenda, pilulier, …etc.) (Coyette & Deroux, 2003). Elles sont le plus
souvent utilisées pour pallier aux difficultés de mémoire prospective (ex. agenda pour planifier
ses journées, ses rendez-vous ; utiliser des fiches détaillant des actions pour effectuer une
recette etc.). Toutefois, la mise en place d’une aide personnelle doit être nécessairement
précédée d’une phase d’apprentissage de leur fonctionnement pour pouvoir être efficace par le
biais des méthodes basées sur un apprentissage implicite. C’est pourquoi, leur utilisation dés le
109
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
stade débutant de la maladie plutôt que suite à l’échec d’autres méthodes est particulièrement
efficace pour acquérir une réelle procéduralisation des habitudes au quotidien. L’implication
des proches est très importante car ce sont eux qui permettent la surveillance régulière de leur
utilisation. L’intérêt majeur de cette méthode est son caractère écologique et son effet durable
une fois mise en place.
Depuis quelques années, l’avancée des nouvelles technologies comme aides externes a
permis de donner un réel élan à la prise en charge des aspects antérogrades de la mémoire.
Afin de compenser les déficits d’apprentissage des nouveaux événements de vie, plusieurs
auteurs ont intégré des outils de type life-logging qui capturent les moments de vie des sujets
dans leur prise en charge (Hodges et al., 2006). Le life-logging consiste donc à utiliser des
technologies permettant d’enregistrer automatiquement des films ou des photographies sans
l’intervention active du sujet dés lors qu’elles sont portées (caméra ou téléphone portable).
L’intérêt est de favoriser l’apprentissage et la consolidation des nouveaux événements
personnels chez des patients amnésiques. Pour le moment, ces outils sont utilisés à titre
expérimental, mais ils pourraient constituer, à terme, des aides prothétiques personnelles que
les patients utiliseraient eux-mêmes pour assurer la consolidation de leurs souvenirs
personnels dont le résultat serait un film de la vie récente du patient. Toutefois, à nouveau, la
mise en place au quotidien nécessiterait une phase d’apprentissage basée sur des méthodes
d’apprentissage en mémoire implicite afin d’en garantir l’automatisation. Par ailleurs, afin de
s’approcher au plus près de la réalité des souvenirs en mémoire autobiographique qui sont des
reconstructions séquencées et non linéaires, l’utilisation de systèmes capturant seulement une
partie des moments de vie et non la totalité des événements doit être privilégiée (Sellen &
Whittaker, 2010).
L’outil de life-logging le plus répandu est actuellement la SenseCam qui est une petite
caméra portée autour du cou capturant une série de photographies en fonction des variations
de mouvements, de luminance et des rayons infrarouges (Hodges et al., 2006). Toutefois,
l’utilisation de téléphones portables dans un but analogue commence également à se
développer de par son aspect multitâches (appel, agenda, caméra … Leo, Brivio & Sautter,
2011). Plusieurs auteurs ont donc utilisé ces méthodes de life-logging dans la réhabilitation des
troubles antérogrades de la mémoire autobiographique dans le cadre des syndromes
amnésiques non dégénératifs et de la MA (Berry et al., 2009 ; Berry et al., 2007 ; Berry, Browne
& Kapur, 2007 ; Browne et al., 2011 ; Garood, 2011 ; Brindley, Bateman & Gracey, 2011 ;
Hodges, Berry & Wood, 2011 ; Lee & Dey, 2008a,b ; Pauly-Takacs, Moulin & Estlin, 2011). Ils
rapportent que le visionnage d’images issues de la SenseCam permettait une amélioration dans
le rappel de connaissances sémantiques sur les événements récents personnellement vécus
110
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
après le visionnage des images. Dans l’ensemble, le visionnage d’images augmente également le
nombre d’événements récupérés, les détails épisodiques contextuels et perceptivo-sensoriels
associés et améliore l’expérience de reviviscence, mais augmente aussi la confiance des
souvenirs. La consolidation de nouveaux événements en mémoire épisodique est donc possible
malgré la présence d’une amnésie antérograde. L’utilisation de la SenseCam s’avère également
plus efficace que l’utilisation d’un journal de bord et ses bénéfices se maintiennent après
plusieurs mois. C’est donc le caractère visuel d’un événement qui apparait le plus important
pour sa rétention et sa reviviscence ultérieure plutôt qu’un ensemble de détails verbaux.
Toutefois, le seul caractère visuel des images n’est pas suffisant pour améliorer l’apprentissage
(Crete-Nishihata et al., 2012). Il est nécessaire que le visionnage des images soit une séquence
se rapprochant au plus près de l’événement vécu sur le plan temporel, quelques images
disparates ne donnant pas lieu à un bénéfice significatif. De manière très intéressante, le point
de vue d’un proche associé aux images SenseCam peut améliorer la qualité des événements
récupérés par le patient à court terme mais pas à long terme, ce qui indique que le point de vue
personnel du patient est le seul garant pour permettre une consolidation efficace.
Cette méthode de life logging s’avère donc très appropriée pour améliorer la mémoire
autobiographique antérograde tant sur ses aspects sémantiques qu’épisodiques. Elle permet de
renforcer les images visuelles d’un souvenir, son ordre temporel, mais également de renforcer
le point de vue d’acteur du souvenir. D’autre part, les vidéos qui peuvent être produites à partir
des images permettent de se rapprocher au mieux de l’expérience de reconstruction des
souvenirs et en font un outil particulièrement efficace pour la consolidation des nouveaux
événements de vie. L’amnésie antérograde étant un des premiers signes de la maladie
d’Alzheimer, ce type d’intervention devrait être mise en place dés le stade débutant de la
maladie.
III. LE CAS PARTICULIER DE LA REMINISCENCE AUTOBIOGRAPHIQUE
Dans l’ensemble des études présentées en amont, il persiste cependant une limite
indéniable : la revalidation de la mémoire autobiographique est actuellement restreinte à ses
aspects structurels et ne s’intéresse pas à l’identité personnelle. Dans une optique plus globale
de la prise en charge des aspects rétrogrades de la mémoire, les thérapies de réminiscence
apparaissent comme les plus utilisées. La réminiscence est un processus mental qui consiste au
rappel conscient des expériences passées par leur reviviscence tout en faisant référence à son
modèle d’identité actuel et à un retour aux conflits non résolus afin de se réconcilier avec les
111
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
aspects négatifs et positifs de la vie et d’accepter le présent (Butler, 1963). La thérapie par
réminiscence a donc pour objectif de renforcer le sentiment d’identité personnelle et le bien
être, améliorer la mémoire autobiographique rétrograde et augmenter la satisfaction
personnelle (Butler, 1963). La thérapie par réminiscence (Cotelli, Manenti & Zanetti, 2012 ;
Woods, Spector, Jones, Orrell & Davies, 2005) s’organise en réunions ou entretiens structurés,
de fréquence au moins hebdomadaire. En séance individuelle plutôt qu’en groupe, elle est
évidemment plus centrée sur la personne avec l’utilisation de matériel personnel
(photographies, musiques, etc.…) et amène généralement à la construction d’un livre de vie qui
pourra ensuite être utilisé comme une aide prothétique. Certaines thérapies sont plus
structurées et organisent la réminiscence en fonctions de périodes de vie (enfance, adolescence
…), de thèmes de vie (la vie de famille, la vie professionnelle etc. …). Dans ce sens, il convient
alors de différencier les thérapies dites de réminiscence qui sont généralement guidées par le
rappel à mesure des patients et celles dites de reminiscence life-review dont l’objectif est de
reconstruire l’histoire de vie de manière structurée (Haber, 2006). Ces dernières impliquent
que le patient soit actif dans la recherche de ses souvenirs qu’il n’exprime pas seulement, mais
reconstruit son histoire de vie et l’organise. Les thérapies life-review en séances individuelles
sont celles qui s’apparentent le plus à la revalidation neuropsychologique. Toutefois, très rares
sont les recherches qui utilisent une méthodologie aussi structurée et individualisée et il serait
nécessaire de la privilégier dans les recherches à venir. Dans les méta-analyses déjà conduites
(Dempsey et al., 2012 ; Woods et al., 2005 ; Woods, Thorgrimsen, Spector, Royan & Orrell,
2006), les bénéfices observés sont les plus positifs sur la diminution des troubles de l’humeur
de type syndrome dépressif, le renforcement du sentiment d’identité et de l’estime de soi, une
amélioration des troubles comportementaux, ainsi qu’une meilleure qualité de vie. Faites en
groupe, elle améliore la communication et la sociabilité. Par contre, l’amélioration sur
l’efficience cognitive reste rare et ponctuelle et elle n’est pas systématiquement évaluée. Par
ailleurs, alors que ces thérapies de réminiscence visent également une amélioration de la
mémoire autobiographique, très rares sont les études qui en évaluent également les bénéfices
stricto-sensu (Massimi, Berry, Browne, Smyth, Watson & Baecker, 2008 ; Morgan, 2000).
Il apparaît que les thérapies de réminiscence constituent un intérêt particulier pour la
prise en charge des aspects rétrogrades de la mémoire. Toutefois, à l’heure actuelle, pour être
optimales ces thérapies manquent d’un véritable appui théorique en ce qui concerne les
conceptions théoriques sur les aspects épisodiques et sémantiques de la mémoire
autobiographique. Par ailleurs, aucune d’entre elles n’a permis d’évaluer distinctement les
bienfaits de la prise en charge sur les différentes périodes de vie des patients (y compris les
aspects antérogrades) ou les aspects sémantiques et épisodiques des connaissances traitées
112
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
alors que la littérature montre des différences indéniables avec l’évolution de la maladie. Pour
pallier à ces limites méthodologiques, l'équipe de Piolino (Piolino, Desgranges, & Eustache,
2008 ; Piolino, 2008) a mis au point un programme standardisé et structuré de réminiscence
autobiographique qui vise à améliorer tant les aspects sémantiques qu’épisodiques de la
mémoire autobiographique, et qui concerne toutes les périodes de vie (rétrogrades et
antétérogrades). Pour pallier à ces limites méthodologiques, seule l'équipe de Piolino a mis au
point un programme standardisé et structuré de réminiscence autobiographique qui vise à
améliorer tant les aspects sémantiques qu’épisodiques de la mémoire autobiographique
rétrograde, et qui concerne toutes les périodes de vie. Ce programme est basé sur la conception
théorique du modèle de Conway et al. (2004) dont la création a directement été inspirée d’un
outil d’évaluation standardisé de la mémoire autobiographique (TEMPau, Piolino, Desgranges,
& Eustache, 2000 ). Le programme de réminiscence « REMau » se fonde principalement sur une
méthode de facilitation d’accès aux informations par des effets d’amorçage dus à la répétition
de l’indiçage (sans erreurs) et par le biais de stratégies de récupération. Ainsi, ce programme
vise la reconstruction du sentiment d’identité et de continuité en réinstaurant une temporalité
par le renforcement des connaissances sémantiques personnelles et des capacités de
reviviscence des souvenirs anciens. De plus, la visée est également palliative dans le sens où
l’on fournit aux patients une aide externe (une frise chronologique de sa vie). Le REMau peut
donc être considéré comme un programme de revalidation neuropsychologique à part entière.
Dans le REMau, les patients avec une maladie d’Alzheimer débutante à modérée sont
invités à récupérer un maximum de connaissances sémantiques personnelles en fonction de
cinq périodes de vie (i.e., enfance, jeune adulte, au-delà de 30ans, les 5 dernières années, les 12
dernier mois) qui serviront d’amorçage pour la récupération d’éléments de plus en plus
spécifiques des souvenirs qui y seront reliés ; le but étant d’arriver à la reviviscence du souvenir
avec de moins en moins d’indices. Dans le cadre de ce travail de thèse, nous avons opéré une
étude de validation de ce programme chez des patients atteints de la maladie d'Alzheimer au
stade léger à modéré dont les résultats sont présentés dans la partie expérimentale.
En conclusion, la revalidation des troubles de la mémoire autobiographique reste
encore peu développée face à l’importance des déficits et leur répercussion sur le Soi
pourtant observées dans la maladie d’Alzheimer.
La prise en charge des aspects antérogrades, c'est-à-dire celle qui concerne
l’apprentissage de nouvelles connaissances acquises et d'événements vécus depuis le
début de la maladie, est encore très peu développée avec du matériel autobiographique.
En revanche, la prise en charge des aspects rétrogrades, c’est-à-dire celle qui
s’intéresse à reconsolider les connaissances et les souvenirs anciens, se pratique déjà
depuis plusieurs décennies par des méthodes de réminiscence mais qui patit de l'absence
d'une approche théorique des mécanismes de reconstruction de la mémoire. Ainsi, si
certaines interventions s’avèrent efficaces et prometteuses, elles sont cependant toujours
113
Chapitre 7 : Prise en charge des troubles mnésiques dans la maladie d’Alzheimer
axées soit sur la revalidation des troubles antérogrades, soit sur les troubles
rétrogrades. Or, la prise en charge complète de la mémoire autobiographique - mémoire
en référence à Soi- devrait avoir pour objectif de réhabiliter conjointement ces deux
aspects. En effet, l’identité se construit sur la base de nos expériences passées, mais se
modulent par nos nouvelles expériences personnelles. Enfin, pour plus d’efficacité, il
apparaît nécessaire de s'appuyer sur des paradigmes cognitifs éprouvés et de proposer
en association, la stimulation des liens entre mémoire et Soi. Tel est le projet développé
dans le cadre de cette thèse.
114
TRAVAUX EXPERIMENTAUX
115
116
Chapitre 8 : Objectifs généraux
CHAPITRE 8 : OBJECTIFS GENERAUX
Depuis la conception de James (1890) jusqu'au modèle de Conway (2004), les
tentatives de compréhension et de modélisation des interactions entre le Soi et la mémoire ont
été particulièrement nombreuses. Si cet attrait est si important c’est aussi en raison de la place
que prend notre identité personnelle dans les choix que nous faisons, les comportements que
nous avons, mais aussi dans les informations que nous retenons. La psychologie cognitive a pu
permettre de voir se développer des méthodes scientifiques pour étudier ce qui fut longtemps
du domaine de la philosophie, notamment en proposant des paradigmes permettant de
contrôler un ensemble de facteur (e.g, condition d’apprentissage et de récupération des
informations, contrôle du matériel…).
Comme nous avons pu le voir au cours des chapitres d’introduction, les troubles de la
mémoire épisodique constituent la plainte mnésique la plus courante dans le vieillissement
normal, mais ils sont également le plus souvent les signes précurseurs et caractéristiques de la
maladie d’Alzheimer à un stade débutant. Le vieillissement de la population et les difficultés
liées à la comorbidité de nombreuses maladies en ont fait depuis moins d’une vingtaine
d’années un problème de santé publique, notamment avec l’idée générale de trouver des
solutions préventives et palliatives. Si la recherche en psychologie cognitive est
particulièrement impliquée dans cette problématique, c’est en partie parce que les troubles
mnésiques ont un impact indéniable sur la qualité de vie des personnes concernées. De plus, si
le sujet jeune sain est une population de prédilection pour étudier les mécanismes normaux de
la mémoire, l’étude du vieillissement et des pathologies en neuropsychologie permet également
d’apporter de nombreuses données à la compréhension de la mémoire. L’étude des
mécanismes sous-jacents de la mémoire épisodique est d’une importance cruciale puisque pour
contrer les troubles de manière efficace, il est nécessaire d’en comprendre son fonctionnement
dans le but de développer ensuite les prises en charge les plus efficaces possible ; tels étaient les
objectifs de cette thèse au sens le plus large.
Nous avons souvent l’intuition que les informations que nous retenons mieux sont
celles qui nous concernent directement, ce que la psychologie a nettement contribué à mettre
en évidence expérimentalement en montrant que donner un sens personnel à de nouvelles
informations favorise d'autant plus leur rétention en mémoire. Si les troubles de mémoire des
personnes âgées peuvent diminuer l’apprentissage de nouvelles informations, et la
récupération de souvenirs personnels, ils ne les empêchent pas d’être capables de définir leur
117
Chapitre 8 : Objectifs généraux
propre personnalité précisément. Il en est de même pour les patients Alzheimer, même si la
description qu’ils ont d’eux-même peut être éloignée de la réalité et plus abstraite.
Le Soi, notre identité personnelle, peut se définir par de nombreuses variables dont nos
souvenirs et notre personnalité. Des études ont pu montré que la mise en lien des nouveaux
stimuli avec la personnalité d’un individu était sous tendu par des voies de traitement
différentes que la mise en lien avec des souvenirs personnels. Ces suppositions chez les sujets
sains et jeunes n’ont cependant jamais été explorées dans le vieillissement normal et la maladie
d’Alzheimer. Pourtant, ces deux types de connaissances sur Soi ne sont pas touchées de façon
identique ni dans le vieillissement normal ni dans la maladie d’Alzheimer. Dans ce sens,
explorer cette problématique pourra permettre d’ajouter des données complémentaires aux
études du sujet jeune sain. Par ailleurs, il apparaît qu’aucune prise en charge actuelle ne se soit
intéressée à utiliser ce type de stratégies pour améliorer les performances des patients
Alzheimer.
I.
EVALUATION DE L ’EFFET DE REFERENCE A SOI
Dans une série d’études, la partie expérimentale porte sur l'étude des mécanismes soustendant l’apprentissage de nouvelles informations en mémoire épisodique dans le vieillissement
normal et pathologique. Aussi, il a été question d’étudier comment à partir de l’encodage de
nouvelles informations, les traces mnésiques qui en découlent étaient consolidées et comment
l’encodage pouvait influencer la récupération ultérieure chez des sujets jeunes, âgés et atteints
de la maladie d'Alzheimer. Dans le cadre de cette thèse, ces premières questions sont intriquées
avec une seconde qui concerne la mémoire de Soi (mémoire autobiographique) et le modèle
d’identité personnelle. A partir de la littérature sur la mémoire et le Soi (Rogers et al., 1977),
l'objectif expérimental des trois premières études de cette thèse était d’étudier comment des
connaissances sur Soi pouvaient influencer les processus d’apprentissage en mémoire
épisodique et les performances de rappel subséquentes (« effet de référence à Soi ») dans le
vieillissement normal d’une part, et dans la maladie d’Alzheimer, problématique encore jamais
explorée en comparant directement et systématiquement des sujets jeunes et âgés sains et
atteints de la maladie d'Alzheimer. L’autre originalité des travaux était de savoir comment
différentes dimensions du Soi, notamment conceptuelle et phénoménologique, pouvaient
influencer l’encodage de nouveaux stimuli lorsque ces derniers étaient reliés à des
connaissances ou souvenirs personnels, et notamment les modifications qui s’opéraient sur le
rappel et leur recollection selon ces dimensions. Dans cette lignée, l'objectif était de déterminer
118
Chapitre 8 : Objectifs généraux
si le traitement de l'information en mémoire selon le type de référence à Soi était différemment
affecté dans le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer. Par ailleurs, contrairement aux
études existantes sur ce thème, nous étions surtout intéressés à étudier les processus de
mémoire épisodique à long terme, c'est-à-dire le stockage et la consolidation des
représentations mnésiques afin d’étudier l’impact durable que pouvait avoir le Soi sur la
consolidation de ces représentations. En effet, il apparait que l’intervalle de rétention critique
pour considérer un processus de consolidation opérant se situe au-delà de 10 minutes (Salmon,
2000).
Ainsi, plus précisément, dans une première étude nous souhaitions savoir si un
traitement durant l’encodage qui lie de nouveaux stimuli à des connaissances générales sur Soi
(Soi conceptuel) et leur donne un sens pour l’identité pouvait 1) permettre de réduire les écarts
de performances entre des sujets jeunes et des sujets âgés, et, si il pouvait permettre aux
patients Alzheimer d’améliorer leur performances sachant qu’ils ne bénéficient habituellement
pas ou très peu d’autres types de traitement ; 2) si le bénéfice d’un traitement en référence à
Soi permettait de stocker plus durablement les traces mnésiques dans ces deux populations ; 3)
si la qualité de la trace mnésique pouvait également être améliorée et ainsi favoriser sa
recollection par la reviviscence du contexte d’encodage d’origine (caractéristique spécifique de
la mémoire épisodique), phénomène perturbé dans le vieillissement et particulièrement altéré
dans la maladie d’Alzheimer.
Ensuite, compte tenue de la multiplicité du Soi et de la mémoire autobiographique, nous avons
souhaité poursuivre et compléter cette recherche en ajoutant deux études tenant compte de
l’aspect phénoménologique du Soi et de la mémoire autobiographique épisodique. L’intérêt
était de pouvoir vérifier si l’expression de l’effet de référence à Soi suivait celle des déficits de
mémoire autobiographique et du Soi observés dans le vieillissement normal (atteinte de la
composante épisodique et phénoménologique et préservation de la composante sémantique et
conceptuelle) et dans la maladie d’Alzheimer (atteinte des deux composantes avec une atteinte
plus massive de la composante épisodique et phénoménologique).
Au final, l’étude 1 de ce travail de thèse avait pour objectif d’étudier spécifiquement
l’effet de référence au Soi conceptuel (représentations sémantique de Soi), tandis que les études
2 et 3 ont été axées sur la comparaison entre la référence au Soi conceptuel (représentations
sémantique de Soi) et la référence au Soi phénoménologique (souvenirs autobiographiques).
L’organisation du paradigme expérimental était similaire entre les études. Il comprenait une
phase d’encodage incidente de traits de personnalité en fonction de plusieurs conditions
supposant différents traitements : Perceptif (études 1, 2, 3), Sémantique (études 1, 2, 3),
référence au Soi conceptuel (études 1, 2, 3) et référence au Soi phénoménologique (études 2 et
119
Chapitre 8 : Objectifs généraux
3). Le choix d’un apprentissage incident est né de la volonté de conserver la pureté de chaque
traitement tel que mis en jeu dans la vie quotidienne. Pour la phase de récupération, la phase
d’encodage était suivie de plusieurs tâches possibles : un rappel libre immédiat (études 1 et 2),
un rappel différée à 20 minutes (étude 2), une tâche de reconnaissance différée à plus de 20
minutes (études 1 et 3). La tâche de reconnaissance était couplée avec le paradigme
Remember/Know/Guess afin d’évaluer l’état de conscience associé à la récupération des
informations en mémoire. Pour l’ensemble des études présentées, le matériel utilisé provient
de la même base de données qui a été construite à partir d’un prétest dont la construction est
décrite en premier lieu avant la présentation spécifique des études. Par ailleurs, tous les tests
utilisés dans les différentes expériences sont décrits plus en détails dans l’annexe II (p.325).
Participants
SJ
SA MA
Conditions encodage
profondes
TR
S
SRc
SRp
étude 1 60 41
28
L
x
x
étude 2 13 13
13
NL
x
x
x
étude 3 25 25
25
NL
x
x
x
Tâches de mémoire
Délai de
rétention
RL
RC
RKG
RL
RC
x
x
x
2
20
2/20
xx
x
x
20
Tableau 4. Synthèse expérimentale des études du chapitre 9.
SJ=sujets jeunes ; SA= sujets âgés ; MA= patients Alzheimer ; TR=temps de réponse ; L = temps de réponse limité ; NL =
temps de réponse non limité ; S=condition sémantique ; SRc = référence au Soi conceptuel ; SRp = référence au Soi
phénoménologique ; RL=rappel libre ; RC= reconnaissance ; RKG=paradigme Remember/know/guess ;
II.
PRISE EN CHARGE DE LA MEMOIRE BASEE SUR LA REFERENCE A SOI
Le second objectif général des travaux de cette thèse est né de la volonté d’utiliser les
données expérimentales sur un plan pratique et clinique dans le but de développer une prise en
charge permettant d’améliorer l’apprentissage en mémoire épisodique, et plus particulièrement
faciliter l’intégration de nouveaux événements de vie personnels. Comme nous avons pu le voir
dans l’introduction de cette thèse, les troubles de la mémoire épisodique et autobiographique
apparaissent dés le stade débutant de la maladie d’Alzheimer. L’altération progressive du Soi,
qu’il soit conceptuel ou phénoménologique, entraine inévitablement une altération du
sentiment d’identité et de continuité des patients, ainsi qu’une dépersonnalisation du monde
environnant. Cependant, l’aliénation de l’identité est également la conséquence du décalage qui
s’observe progressivement entre le Soi actuel et le Soi passé, où les nouveaux événements de
vie et les modifications du Soi par la maladie ne sont plus intégrés et mis à jour. Pourtant, il
existe à ce jour de très rares études qui s’attardent à améliorer ces aspects de la maladie dans
120
Chapitre 8 : Objectifs généraux
une prise en charge. Nos résultats expérimentaux s’étant avérés particulièrement
encourageants, nous souhaitions utiliser le fait que mettre en relation des nouvelles
informations avec des connaissances et souvenirs sur Soi pouvait constituer une base
particulièrement intéressante pour améliorer, non seulement l’encodage d’informations
ponctuelles, mais celui de nouveaux événements de vie. L’idée de pallier aux troubles
antérogrades de mémoire a donc été pensée dans cette optique afin de mettre en place des
stratégies de facilitation. Cependant, un problème d’ordre pratique est rapidement venu poser
question sur la validité d’une telle revalidation seule. En effet, comment améliorer l’encodage
de nouvelles informations en les reliant à d’autres déjà stockées qui sont déjà particulièrement
fragilisées dans la maladie d’Alzheimer dés le stade débutant ? Le choix méthodologique a donc
été double afin de renforcer les stratégies de traitement en référence à Soi, d'une part en
augmentant le corpus de connaissances et souvenirs personnels sur lequel s'appuie la
référence à Soi, et d'autre part en systématisant la stratégie d'encodage en référence à Soi face
aux nouveaux événements vécus.
Nous avons tout d’abord étudié si la mémoire personnelle pouvait être améliorée par
un programme de réminiscence exclusivement centré sur la réhabilitation du pool de
représentations autobiographiques (étude 4). En effet, si nous avions des preuves
expérimentales sur l’efficacité du traitement en référence à Soi par le biais de nos premiers
travaux expérimentaux, nous n’en avions pas sur une méthode permettant efficacement de
renforcer les connaissances et les souvenirs personnels. Les thérapies de réminiscence
constituent un intérêt particulier pour la prise en charge de la mémoire autobiographique,
notamment pour les troubles de l’humeur et les troubles psychocomportementaux, dont
l’amélioration est le plus souvent unanime après ce type de prise en charge. Toutefois, à l’heure
actuelle, ces thérapies manquent d’une manière générale d’un véritable appui méthodologique
considérant les conceptions théoriques sur les aspects épisodiques et sémantiques de la
mémoire autobiographique pour être optimales. Par ailleurs, aucune d’entre elles n’a permis
d’évaluer distinctement les bienfaits de la prise en charge sur les différentes périodes de vie ou
les aspects sémantique et épisodique des connaissances traitées alors que la littérature montre
des différences indéniables avec l’évolution de la maladie. Les objectifs de notre programme
ont été de développer et valider une passation standardisée basée sur un appui théorique et
d’évaluer ses bénéfices sur la mémoire autobiographique.
Partant de ce premier programme de revalidation de la mémoire autobiographique,
nous avons développé un second programme dans l’objectif de proposer une intervention
permettant d’améliorer les aspects antérogrades de la mémoire épisodique en utilisant l'effet de
référence Soi. Ainsi, pour cela, nous avons associé le programme de réminiscence avec un
121
Chapitre 8 : Objectifs généraux
programme que nous avons validé avec un programme d’apprentissage de nouvelles stratégies
d’encodage en référence à Soi des événements nouveaux (étude 5). L’objectif fut donc de
constituer un programme complet et spécifique aux troubles de mémoire qui puisse également
répondre à la perte d’actualisation du Soi et du sentiment d’identité personnelle des patients,
en leur proposant un méthode facilitant l’intégration des nouveaux événements de vie et de
nouvelles informations sur Soi, tout en consolidant celles déjà en mémoire.
Etude 4
Etude 5
Participants
16 patients Alzheimer (1)
17 patients Alzheimer (2)
(Stade débutant)
1 patiente Alzheimer
(Stade très débutant)
Intervention proposée
(1) PEC Mauto rétrograde
(2) PEC stimulation
6 séances d’1h
cognitive
6 séances d’1h
PEC Mauto rétrograde
PEC Mauto antérograde
4 séances d’1h30
4 séances d’1h30
Tableau 5. Synthèse des études du chapitre 10.
122
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi
CHAPITRE 9 : TRAVAUX EXPERIMENTAUX SUR L’EFFET DE
REFERENCE A SOI
I.
CONSTRUCTION DU MATERIEL
De nombreuses études utilisent des traits de personnalité pour étudier l’effet de
référence à Soi, néanmoins rares sont celles qui contrôlent l’homogénéité de leur matériel, c’est
pour cela que nous avons souhaité valider notre matériel avant de pouvoir débuter les
expérimentations. La construction du matériel des expériences de ce chapitre s’est opérée en
plusieurs phases. Dans un premier temps, le matériel a été extrait d’une traduction de
l’inventaire des 555 traits de personnalité d’Anderson (1968) à l’aide de l’atlas sémantique de
traduction Anglais-Français de Ploux (2007). L’ensemble des traits de personnalité a été
caractérisé, à l’aide du lexique de New et Pallier (2007), par leur fréquence d’occurrence dans
les livres et les films, leur fréquence d’occurrence du lemme dans les films et les livres, leur
nombre de syllabes et de lettres. Dans un premier temps, ont été éliminés tous les doublons, les
mots de plus de 10 lettres et 5 syllabes, les mots très fréquents (>60), réduisant l’ensemble à un
premier pool de 240 mots.
Le pool de mots sélectionné a ensuite été séparé en 6 sous-pools et prétestés chez des
participants jeunes (n = 36, moyenne d’âge = 23.3 ans, niveau d’étude = 16.3 ans) et des
participants âgés sains (n = 26, moyenne d’âge = 71.4 ans, niveau d’étude = 16.2 ans). Le prétest
s’est constitué d’une présentation d’un sous ensemble de mots selon 5 questions pour chaque
mots : (1) « Connaissez vous le mot ? », (2) « Situez sur une échelle de 1 à 7 (1 = pas du tout, 7 =
parfaitement), à quel point vous pensez connaître la définition avec exactitude », (3) « Citez le
synonyme qui vous parait le plus proche », (4) « Appréciez sur une échelle de 1 à 7 (1 = très
négatif, 4 = neutre, 7 = très positif) à quel point le mot vous semble négatif ou positif », (5)
« Déterminez sur une échelle de 1 à 7 (1 = très difficilement, 7 = très facilement), si le mot vous
évoque un souvenir personnel dans lequel vous étiez acteur? » (Percevoir le souvenir de son
propre point de vue à contrario de d’être spectateur de son souvenir et se voir en train d’agir).
Les traits de personnalité étaient classés par ordre de difficulté en fonction de leur fréquence
d’apparition dans les livres et les films, du plus fréquent au plus rare. Les questions 1 et 3
permettaient de corriger les réponses données à la question 2 qui étaient seules prises en
compte pour l’analyse des résultats. Ainsi, un mot non connu ou dont le synonyme était
incorrect était recodé 1 sur la question 2 et ses valeurs aux questions 4 et 5 n’étaient pas prises
123
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi
en compte. Les questions 4 et 5 étaient cotées telles quelles. L’objectif du prétest était de
constituer au final un matériel bien connu sur le plan sémantique par la plupart des sujets, mais
également de prendre en compte non seulement la valence émotionnelle des mots mais aussi
leur intensité, et enfin restreindre au mieux seulement le matériel ayant une grande évocabilité
personnelle pour une majorité des sujets.
Enfin, pour chaque sujet, les scores obtenus à chaque mot ont été normalisés par un
score z en fonction de sa propre moyenne globale. Tous les mots inférieurs -2Ety étaient exclus
afin d’éliminer les mots les plus mal compris/connus. Pour la question 4, tous les mots compris
entre -0.15Ety et +0.15Ety n’ont pas été pris en compte pour éliminer tous les mots évalués
comme neutres. Pour la question 5, tous les mots strictement inférieurs à -2Ety ont été écartés
pour supprimer tous les mots amenant à une trop faible évocation d’un souvenir personnel.
Ensuite, pour chaque question, ont été éliminés tous les mots pour lesquels plus de 15% des
sujets ne répondaient pas aux critères fixés. Enfin, les mots retenus sont ceux ayant répondu à
l’ensemble des critères à la fois pour le groupe des sujets jeunes et à la fois pour le groupe des
sujets âgés. Ainsi, nous avons conservé 100 mots (50 positifs et 50 négatifs) retrouvés en
annexe III (p.325) avec toutes leurs caractéristiques. L’analyse de ces résultats a été faite par le
biais d’un programme MATLAB®. Cette validation est une force pour nos études, puisque rares
sont les études ayant procédé préalablement à un prétest.
124
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
II.
EFFET DE REFERENCE AU SOI CONCEPTUEL : ETUDE 1
Cette étude est présentée dans le cadre de l’article « The self-reference effect on episodic
memory recollection in normal aging and Alzheimer’s disease » par les auteurs Lalanne J.,
Rozenberg J., Grolleau P., Piolino P. L’article est actuellement en révision mineure dans la revue
internationale « Current Alzheimer Research ».
Bien qu’il existe un grand nombre d’études sur l’effet de référence à soi
(représentations sémantiques personnelles) dans une population jeune et dans le
vieillissement normal et deux études dans la maladie d’Alzheimer, cette étude présente
plusieurs originalités.
Pour la première fois dans la littérature, est présentée une comparaison directe du
vieillissement normal et de la maladie d’Alzheimer, par une comparaison d’une part entre des
sujets jeunes et âgés, et d’autre part entre des sujets âgés et des patients Alzheimer.
De plus, cette étude est la première à s’intéresser à la comparaison des effets conjoints de la
profondeur de traitement et de l’effet de référence à Soi sur les processus de mémoire
épisodique à long terme, c'est-à-dire le stockage et la consolidation des représentations
mnésiques à long terme. En effet, il apparait que l’intervalle de rétention critique pour
considérer un processus de consolidation opérant se situe au-delà de 10 minutes (Salmon,
2000). Dans le vieillissement normal, seules les études de l’équipe de Gutchess et
collaborateurs utilisent une tâche de reconnaissance après un délai de rétention de 10 minutes.
Dans la maladie d’Alzheimer, les deux études de Kalenzaga et collaborateurs explorent la
mémoire épisodique après un délai d’une minute de rétention.
Par ailleurs, cette expérience implique également une comparaison de deux tâches mnésiques,
le rappel libre et la reconnaissance.
Nous avions fait l’hypothèse que l’effet d’un traitement profond et d’un traitement en
référence à Soi seraient préservés dans le vieillissement normal, mais que les performances
mnésiques seraient réduites. Concernant les patients Alzheimer, nous supposions qu’en dépit
d’une atteinte massive de la mémoire épisodique, la relative préservation du Soi conceptuel à un
stade débutant pouvait permettre la présence de l’effet de référence à Soi à minima en
reconnaissance et en recollection. Enfin, compte tenu de biais du positivité régulièrement
retrouvé sur les performances mnésiques dans le vieillissement, nous nous attendions à ce qu’il
soit présent pour les sujets âgés et les patients Alzheimer.
125
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
En résumé, les résultats de l’étude « The self-reference effect on episodic
memory recollection in normal aging and Alzheimer’s disease » montrent :
-
En rappel libre (rappel correct minus erreurs), un effet de la profondeur de
traitement chez les sujets jeunes et âgés mais pas chez les patients Alzheimer et un effet
de référence à Soi additionnel uniquement chez les sujets jeunes. Aucun effet de la
valence émotionnelle n’a été mis en évidence.
-
En reconnaissance (d prime ou critère de discrimination), un effet de la
profondeur de traitement et un effet de référence à Soi additionnel chez les sujets
jeunes et âgés, mais aucun effet chez les patients Alzheimer. Un biais de positivité avec
une performance globale supérieure pour le matériel positif comparé au matériel
négatif est présent chez les sujets âgés et les patients Alzheimer.
-
En recollection (conscience autonoétique, réponses Remember minus erreurs), un
effet de la profondeur de traitement chez les sujets jeunes et âgés, mais pas chez les
patients Alzheimer, et un effet de référence à Soi dans les trois groupes de sujets. Les
sujets âgés et les sujets Alzheimer montrent également un biais de positivité
spécifiquement pour le matériel de la condition de référence à Soi.
En conclusion, dans le vieillissement normal, ces résultats confirment la robustesse des
effets de profondeur de traitement et de référence à Soi sur la force de la trace mnésique et sur
sa qualité même après un délai de 20 minutes. Ils montrent également que les informations
traités en référence au Soi conceptuel durant l’encodage sont les mieux consolidées et
préservées de l’oubli, et elles sont également plus intégrées au Soi. Dans la maladie d’Alzheimer,
le traitement en référence à Soi ne permet pas d’améliorer la discrimination des traces
mnésique, mais il permet cependant d’en améliorer la qualité. Dans ce sens, cela suppose que
les patients Alzheimer sont capables d’intégrer de nouvelles informations à leur Soi, malgré les
troubles antérogrades massifs de la mémoire. Enfin, la présence d’un biais de positivité a été
interprété comme étant en cohérence avec la perception plus positive qu’ont d’eux-même les
personnes âgées et les patients, et qui apparaît congruente avec la théorie socio-émotionnelle.
126
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
The self-reference effect on episodic memory recollection in young and older
adults and Alzheimer’s disease
Jennifer Lalanne1,2, Johanna Rozenberg1,2, Pauline Grolleau1, & Pascale Piolino1,2*
1
University of Paris Descartes, Memory and Cognition Lab., Paris, France
2Inserm,
U S894, Center of Psychiatry and Neuroscience, University of Paris Descartes,
Paris, France
(Current Alzheimer Research, In minor revision)
*CorrespondingAuthor
Pascale Piolino, Laboratoire Mémoire et Cognition, Université Paris Descartes, 71
avenue E. Vaillant, Boulogne Billancourt 92774 Cedex, France. Tel : +33 1 55 20 59 22, E-mail:
[email protected]
127
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Abstract
The Self-reference effect (SRE) on long-term episodic memory and autonoetic
consciousness has been investigated in normal young, scarcely in old adults, but neither in
Alzheimer’s patients. Is the functional influence of Self-reference still present when the
individual’s memory and identity are impaired? We investigated this issue in 60 young subjects,
41 elderly subjects, and 28 patients with Alzheimer’s disease, by using 1) an incidental-learning
task of personality traits in three encoding conditions, inducing variable degrees of depth of
processing and personal involvement, 2) a 2-minutes retention interval free recall task, and 3) a
20-minutes retention interval recognition task, combined with a remember-know paradigm.
Each score recorded was corrected for errors (intrusions in free recall, false alarms in
recognition, and false source memory in remember responses). The Self-reference, compared
with alternative encodings, significantly enhanced performance on the free recall task in the
young group, and on the recognition task both in the young and old groups but not in the
Alzheimer group. The most important finding is that the Self-reference led more often to a
subjective sense of remembering with the retrieval of the correct encoding source in the
Alzheimer group. The Old group and the AD group, but not the young one, had a positivity bias
on the overall recognition, but not free recall, of positive words than negative words in older
group and this positivity bias was specific to the Self condition in recollection.This Selfreference recollection effect in patients was related to independent subjective measures of a
positive and definite sense of Self (measured by the Tennessee Self Concept Scale), and to
memory complaints in daily life.
In conclusion, these results demonstrated the power and robustness of the Selfreference effect on the recollection in long-term episodic memory in Alzheimer’s disease albeit
the retrieval is considerably reduced. These results should open new perspectives for the
development of rehabilitation programs for memory deficits.
Keywords: self-reference effect, episodic memory, recollection, self-concept,
aging, Alzheimer's disease
128
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Introduction
Faced to the simple question “Who am I?”, I can list different dimensions and
personality traits that characterize myself. Two dimensions of the self thus emerge: one
functional, where the Self is the subject of knowledge ("I"), and one structural, where the Self is
the object of knowledge ("Me"), (James, 1890; Conway, 2005; Klein, 2012; Klein and Gangi,
2010). The former is linked to the encoding and retrieval of specific autobiographical
experiences (i.e., episodic autobiographical memories) while the latter is linked to conceptual
knowledge about general personal events and facts about one’s Self. More specifically, Selftraits knowledge is stored in semantic memory in the form of summaries of personal beliefs,
values, attitudes (Conway, 2005), personality traits (Klein, 2010), and judgments on a number
of categories of self-identity (Haslam et al., 2010) that represent our personal identity. It
involves a specific brain network with the medial prefrontal cortex as the core self area
(Martinelli, Sperduti and Piolino, in press). According to Klein and Lax (2010), personality traitknowledge is a specific type of self-knowledge that can be preserved even when episodic
autobiographical memories and other kinds of personal semantic knowledge (i.e., personal
facts and general events) are altered. They suggested that personality trait-knowledge would
be particularly robust because it involves direct access (i.e. automatic) to the most general form
of available information about one’s Self.
Numerous studies highlighted the positive impact of self on encoding of new material in
episodic memory (See, Symons & Johnson, 1997, for a review) with better retention of
information when it is processed in relation to a pre-existing semantic self-knowledge one.
Rogers, Kuiper and Kirker (1977) carried out the first study that became a large body of
research on the Self-Reference Effect (SRE), based on the level of processing paradigm
developed by Craik and Lockhart (1972). This framework highlighted the idea that the deepest
the encoding processing is (e.g., via semantic based processing), the better the performance in a
subsequent memory test gets, because the mnesic trace become more elaborate and distinctive.
Rogers et al. (1977) created an incidental-learning task for personality trait adjectives with four
encoding conditions: a perceptual judgement task (“Is the word in upper case letters ?”), a
phonemic task (“Does the word X rhymes with Y ?”), a semantic task (“Is the word X a synonym
of Y ?”) and finally a self-reference task (“Does the word X describes you ?”). The results showed
that subjects recalled Self-referentially encoded words more than those processed in other
conditions. First, the mnemonic advantage is the consequence of structural aspects of the Self
as object of knowledge (See for review, Klein, 2012). Indeed, different Self-knowledge are
notably well-organized and connected in semantic memory. Thus according to Klein and Loftus
(1988), Self appears to have both natural elaborative properties with an item-specific
129
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
processing (i.e. “I know I am a kind person”) and organizational ones with a relational
processing (i.e. “kind, sociable, energetic” as “what I am” or “what I would like to be”) that
induce a deeper processing of stimuli. Secondly, the mnemonic advantage must be attached to
the functional aspects of the Self as subject of knowledge. Face to a new situation, Self processes
information in function of their correspondence and their coherence to the personal goals and
actual Self-views, in order to integrate and organize new information to pre-existing selfknowledge. Numerous later studies confirmed the initial findings of Rogers et al. (1977). Selfreference demonstrated a superior mnesic benefice in comparison to various encoding
conditions: a close-reference (Conway & Dewhurst, 1995)a famous people-reference
(D’Argembeau et al., 2005; Turk, Cunningham, & Macrae, 2008) or a judgment of social
desirability (Gutchess, Kensinger, Yoon, et al., 2007). The valence of encoded materiel also
appears to influence the SRE, even if the results are not clear. In D’Argembeau et al. (2005), the
SRE expressed specifically for the retrieval of positive emotional information, but not for the
negative one, appearing in free recall but not in recognition. However, in F(See, Fossati et al.,
2003, for opposite results, with more negative words than positive words recognized whatever
the encoding condition in young adults)
In addition, the self-reference appears to improve not only the quantity but also the
quality of memories through its influence on the state of consciousness during memory
retrieval (i.e., autonoetic or noetic, Tulving, (1985). To analyse this phenomenon, many
researchers used the Remember/Know paradigm (Gardiner et al., 2002). Participants have to
state on the nature of their recollective experience during recognition. A Remember response
supposes that the retrieval of the previously encoded item is accompanied by details of its prior
occurrence. The feeling of remembering involves autonoetic consciousness giving an
impression of mentally traveling back in the subjective time that is characteristic of episodic
memory. In contrast, a Know response induces the retrieval of information without any
conscious recollection of the encoding context. The feeling of knowing reflects noetic
consciousness by the awareness of information without a phenomenological experience
associated that is characteristic of semantic memory. According to Conway and Dewhurst
(1995), a “high degree of self-relevance facilitates or, perhaps, initiates recollective experience”
which they label as the “Self-reference recollection effect” (SRRE). As a result, autonoetic
consciousness is enhanced when novel information is acquired in relation to the self. This
robust phenomenon, standing under both explicit and implicit encoding, is independent of the
duration of encoding, and is stable in time (Conway & Dewhurst, 1995). More recently, Conway,
Dewhurst, Pearson and Sapute (2001) demonstrated that different encodings with similar
recognition performance could lead to different recollective experiences. They suggested that
130
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
the recollective experience would depict the degree of integration and consolidation of mnesic
trace to the Self-knowledge and would be dependent to the congruence of the actual goals of
the Self. In other word, the SRRE depends, more than the SRE, on the influence of functional
aspects of the Self where it is subject of knowledge and acts on the episodic memory processes.
When episodic memory functions are impaired as in both normal aging and Alzheimer’s
Disease (AD), assess the extent of the SRE and SRRE and examine their potential to support and
improve the acquisition of new episodic information is thus of great interest. Indeed, the
episodic system seems to be both the most sensitive to normal aging (See, Naveh-Benjamin &
Old, 2008, for a review) and the most severely affected in AD (See, Salmon & Bondi, 2009, for a
review).
The SRE has been investigated in aging. Mueller, Wonderlich and Dugan (1986) were
the first to highlight the superior recall of personality traits encoded in a self-reference
condition (self-descriptiveness task) compared to another encoding condition (otherdescriptiveness task). Recent experiments have shown that healthy old and very old adults, like
healthy younger adults, recognize better material from self-referential encoding than from
structural, semantic (Glisky & Marquine, 2009), or other-referential (Gutchess et al., 2010)
encodings. Moreover, Glisky and Marquine (2009) found an aging-specific positivity bias on
recognition. Gutchess et al. (2007) also found a positivity bias on correct hits in recognition and
false alarms, but a negativity bias on the hits minus false alarms. Finally, Moroz (1999) showed
that elderly people as well as young adults have a stronger remembering experience (SRRE)
associated with the retrieval of self-referential information than other one, although global
remembering was impaired. In sum, healthy elderly people can benefit from SRE on episodic
memory and autonoetic consciousness, but this strategy does not completely eliminate agingrelated memory deficits. However, none of the previous studies in normal aging tested the SRE
in a long-term retention interval and as a matter of fact did not allow to statute on the effect of
Self processing on the consolidation process in episodic long-term memory.
Some authors have studied depth of processing in AD. In AD, encoding of specific
information seems to occur only with an explicit deep semantic processing (Goldblum et al.,
1998; Lipinska & Bäckman, 1997), and strong retrieval support such as categorical semantic
cues (Bäckman & Small, 1998; M. Bird & Luszcz, 1991). However more recently, Walla et al.
(2005) found a significant benefit from deep semantic processing in recognition even after
anincidental encoding. To our knowledge, one recent study has investigated the SRE on
episodic memory and autonoetic consciousness in AD. Kalenzaga, Bugaiska and Clarys (2013)
compared the influence of a semantic and a self-reference intentional encodings on recognition
131
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
performance. Despite their severe impairments on episodic memory and sense of remembering
(Bugaiska et al., 2007; Rauchs et al., 2007), AD group had a significant SRE and a SRRE, but the
least was restricted to negative material. Actually, this study did not investigate episodic longterm memory processes (long-term storage and consolidation) in AD as they assessed retrieval
one-minute after the encoding while they used a 10-minute interval retention for the control
group.
The originality of the present study was to investigate the depth of processing and the
Self-reference processing on the long-term episodic memory (incidental learning, short and
long-term storage and consolidation processes) in normal aging and AD. In that way, we used
an incidental encoding of positive and negative personality traits inducing variable degrees of
depth of processing and of personal involvement, followed by a 2-minutes retention interval
free recall task and a 20-minute delayed recognition task supplemented by the
Remember/Know paradigm (Tulving, 1985). For the first time, we compared three groups of
subjects, young adults, healthy older adults and patients with AD. As aforementioned, the Self
suppose a greater elaborative processing of stimulus binding the stimulus with pre-existing
self-knowledge and a greater organizational processing between one stimulus and the other
that both enhance the strength of the mnesic trace and its probability of successful recall (Klein
and Loftus, 1988). Thereby, several studies suggested that personal semantic memory (e.g.,
personal trait identity) is relatively preserved in early to moderate stage of AD (Fargeau et al.,
2011; Hehman, German, and Klein, 2005; Klein, Cosmides, and Costabile, 2003; Martinelli et al.,
2013). Therefore, we propose that Self-referencing may be a promising organizational and
elaborative strategy to improve long-term episodic memory in patients with AD. We expected
that Self-reference would lead to better recall and recognition, as well as a more frequent
recollective experience (sense of remembering the encoding context) in the three groups.
More precisely, (1) we predicted a reduction of mnesic performances due to episodic
deficits in normal aging. Considering the maintenance of depth of processing and conceptual
Self-knowledge in normal aging, the SRE and SRRE in long term-memory should be relatively
preserved. (2) We expected massive reduction of mnesic performances in AD given their severe
impairment of episodic memory. However, the relative preservation of the conceptual Selfknowledge in AD should lead at some extent to the presence of the SRE and SRRE. (4) Finally,
considering the positivity bias in the retrieval of emotional contents in aging (See, Kensinger &
Schacter, 2008, for a review) and AD (Werheid, McDonald, Simmons-Stern, Ally and Budson,
2011), we supposed a better preservation of SRE for positive personality traits compared to
negative ones.
132
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Method
Participants
In compliance with the Declaration of Helsinki, a total of 129 participants freely
consented to take part in this study: 60 young adults (YA) and 41 older adults (OA) with no
background of neurological or psychiatric disorders and who were undergoing no treatment
with a cognitive impact. Both groups were recruited at Paris Descartes University. 28 patients
with Alzheimer’s disease (PAD) at an early to moderate stage of dementia according to the
criteria of McKhann et al. (1984) were recruited at three hospitals in Paris (Broca, Charles Foix,
Fondation Rotschild). Older participants were screened for dementia using the Mini Mental
State Examination (Folstein, Folstein, & McHugh, 1975): global scores were greater than 26/30
for normal elderly participants and 20/30 for AD patients. All the participants were also
screened for depression using the GDS score (5-item Geriatric Depression Scale, (Rinaldi et al.,
2003): global score was lower than 3/5.
1a
Young Adults (YA)
Older Adults (OA)
Patients with
Alzheimer’s Disease
(PAD)
N (Female, Male)
60 (50F, 10M)
41 (30F, 11M)
28 (21F, 7M)
Age
21.27 (2.20)
76.54 (8.17)
79.46 (5.97)
Years of education
14.77 (3.69)
10.04 (4.53)
7.36 (1.20)
Mill Hill
34.2 (3.39)
33.17 (5.36)
31.07 (5.65)
MMSE
N/A
28.32 (1.21)
23.82 (2.37)
GDS (Depression)
1.10 (1.11)
0.83 (0.89)
1.75 (1.29)
1b
p-value YA/OA
p-value OA/PAD
N (Female, Male)
--
--
Age
--
Ns
Years of education
<0,001
<0,001
Mill Hill
Ns
Ns
MMSE
N/A
<0,001
GDS (Depression)
Ns
<0,001
Table 1. 1a) Demographic and neuropsychological data by group (means and standard deviations) and 1b)
group effects (p-value).
Legend: p significant at p < 0.05, ns = not significant.
Descriptive and cognitive characteristics of groups (with p-values for between-group
comparisons) are reported in Table 1 including: gender, age, years of education, MMSE score,
Mill Hill score (multiple-choice synonym vocabulary test that evaluates crystallized intelligence
and semantic background, (Deltour, 1993) and GDS score. Young participants had more years
133
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
of education than older participants did, and the difference between older adults and AD
patients was not significant. However, the three groups did not differ on the Mill Hill test score
that indicated similar levels of general semantic background. The Depressive mood, evaluated
by GDS score, appeared significantly superior in AD group than in older one, but there was no
significant difference between the young and older groups. As the mood could have an
influence on memory, we therefore decided to control this factor in all the statistical analysis
presented in the results’section.
Procedure
This experiment included an incidental-encoding phase, divided into three conditions,
followed by two memory tasks, free recall and recognition. The Superlab® software (Cedrus
Corporation, Superlab Pro, 1999) was used to administer all these tasks. All materials came
from a French translation of Anderson’s (1968) personality traits inventory. First, the words
were matched for occurrence and lemma occurrence frequencies in books and films, and for
their number of letters and syllables, based on the lexicon of (New & Pallier, 2007). Second,
they were matched for familiarity and valence through an experimental validation with 36
young and 26 elderly subjects.
Incidental encoding
Without being informed about subsequent memory tasks, participants performed
judgments on 3 lists of 12 words (6 positive and 6 negative) divided into 3 conditions (the listcondition association was counter-balanced). The words were randomly presented on a
computer screen for a duration of 2000 milliseconds (ms) per word then followed by a 3000
ms fixation cross during which participants answered the question by pressing one of two keys
to answer either “yes” or “no”.
The three conditions varied in the degree of depth of processing and personal
involvement that they induced. In the Perceptive Condition, participants had to indicate if the
first and the last letters of the adjective are in alphabetical order. The Semantic Condition
required them to assess whether the adjective represents a socially desirable personality trait
or not. In the Self Condition subjects were asked to decide if the adjective represents one of their
personality traits.
134
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Memory tasks
After a 2-minute retention interval, participants were asked to orally recall as many
adjectives they had seen during the judgment tasks as possible over a 2-minute period (none of
the subjects were still actively adding to their list when this time elapsed). After a 20-minutes
retention interval, we displayed adjectives from a mixed set of the 36 previously encoding
words and 36 lures (each including 18 positive and 18 negative words) on a screen for 3000
milliseconds each. Subjects indicated whether they had already seen the item or not during the
presentation of the fixation cross, which was not time-limited, by pressing the corresponding
key. For each “yes” response, participants were required to assess the state of consciousness
associated with recognition using a R/K/G procedure (J. M. Gardiner et al., 2002; E. Tulving,
1985): a “R/Remember” response for a conscious recollection, if they correctly remembered
the encoding condition in which they had seen the word; a “K/Know” response if they knew
they had already seen the word, and a “G/Guess” response for uncertainty. G response was only
added in order to obtain pure measures of R and K judgment (Gardiner et al., 2002). During
each retention interval participants performed non-verbal tasks (e.g., mental arithmetic, sorting
a set of cards by colour, form or number).
We recorded on each condition (1) the number of words correctly recalled minus
errors, (2) the sensibility in recognition (d prime), (3) the proportion of “R” and “K” responses
during the recognition task. Of note, the R responses combine a measure of the feeling of
remembering (R responses) with a check on their validity in the form of correct recall of the
encoding source. In order to calculate the d prime in recognition, we used a standard normal
distribution on the hits and the false alarms as following: d' = Z(hit rate) - Z(false alarm rate),
where function Z(p), p ∈ [0,1] that is the inverse of the cumulative Gaussian distribution
(Wickens and Thomas, 2001).
Complementary assessment
As the self-reference effect is based on a subjective assessment of the self, participants
also performing the French version of the Tennessee Self-Concept Scale 2 (Duval et al., 2007),
adapted from Fitts and Warren (1996) to assess the conceptual Self-knowledge. This scale
includes 82 descriptive sentences (e.g. “I am an honest person”; "I learn easily", "I live in a kind
family"), each on a 5-point scale from saying “it is always true” concerning themselves (5) to
saying that “it is always false” (1). We selected two standard scores proposed by Fitts and
Warren (1996): the total valence score (TOT or Positivity) that gave an indication whether
people tend to hold a generally positive self-description or not (i.e., positive sense of self, Naylor
135
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
and Clare, 2008; direction of the self, Addis and Tippett, 2004), and the certainty score (RD or
response distribution) that indicated the tendency to produce definite responses (e.i. “always
false” and “always true” responses). The response distribution has been previously considered
as “the degree of certainty about the way one sees oneself” (Naylor and Clare, 2008, p. 595; see
also Addis and Tippett, 2004). The higher the scores are, the more positive and definite the
representation of self will be. The 20-item version of the McNair and Kahn (McNair & Kahn,
1983) self-rating scale was used to assess subjective memory complaint.
Data analysis
We conducted a 3(group) x 3(encoding) x 2(valence) analysis of covariance (Ancova)
on each score of the experimental task (Free recall, Recognition, State of consciousness). An
effect of depth of processing (DOP) has been defined with a significant benefice of the Semantic
condition on the Perceptive one. A Self-reference effect (SRE) and Self-reference recollection
effect (SRRE) have been defined with a significant benefice of the Self-reference condition on
the Semantic one. In addition, we conducted a 3(group) x 2(valence) Ancova on the number of
yes responses in the self condition. We also performed a 3(group) Ancova on the total valence
score, the certainty score and the Mac Nair scale. For each significant effect, partial Eta-squared
were used to determine the size effect with η² >0.01 a small effect, η² >0.06 a medium effect
and η²>0.14 a large effect. We subsequently performed Fischer LSD post-hoc tests for all
specific within-groups differences (encoding conditions, valence) and between-group
differences (groups) and a significant effect was defined using an alpha level of p < 0.05 and a
trend using using p < 0.07. For significant comparisons, Cohen’s d was used to determine effect
size with d < 0.3 a small effect, 0.3 < d < 0.8 a medium effect and d > 0.8 a large effect. Large
effects are indicated in bold.
Finally, we performed Bravais-Pearson partial correlations (controlled for GDS) to study
links between SRE and different measures of the TSCS and subjective memory complaint. A
significant effect has been defined using an alpha level of p < 0.05.
Results
Measures of memory performance
The Self-reference effect (SRE) was highlighted by the superiority of the Self condition
on the semantic condition. In free recall, only the young group exhibited a SRE. In recognition,
both young and older adults displayed a SRE. However, the SRE on the R responses was
136
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
remarkably present in the three groups, YA, OA and PAD. Figures 1, 2 and 3 present
respectively, the free recall (performance minus the errors), the recognition (d prime) and the
R responses (proportion) according to the group and the encoding condition.
Free recall
As expected, results yielded a main effect of group (F(2,123) = 21.66, p < 0.001; η²p =
0.26) with YA exhibiting higher performance than OA (p = 0.001, d = 0.89) and OA
performing better than PAD (p < 0.001, d = 1.80). Encoding condition influenced recall
performance (F(2,250) = 14.32, p < 0.001; η²p = 0.10) and varied also according to the group
(F(4,250) = 7.21, p < 0.001 ; η²p = 0.10).
Figure 1. Free recall
Free Recall
3,5
performance presented by
Perceptive
Semantic
Self
Words recalled minus errors
3
2,5
encoding condition and group.
Group: YA = Young adults, OA =
Older Adults, PAD = Patients with
2
Alzheimer’s Disease.
Encoding condition: Perceptive
1,5
(Orange bar), Semantic (Red bar)
1
and Self (Purple bar).
0,5
0
YA
OA
PAD
Both of YA and OA expressed a significant effect of DOP (p < 0.001; respectively, d =
1.73 and d = 1.06). YA exhibit a significant SRE (p < 0.001, d = 0.64) whereas the SRE was
marginal for OA (p = 0.08, d = 0.34). Neither the effect of DOP and Self-reference was
significant in AD (p > 0.10).
YA exhibit higher performance than OA in the Semantic condition (p = 0.04, d = 0.34)
and the Self condition (p < 0.001, d = 0.76). Likewise, OA presented superior performance
than PAD in the Semantic condition (p = 0.03, d = 0.77) and the Self condition (p < 0.001, d =
1.31). Performance of the three groups did not differ for the Perceptive condition (p > 0.10).
Thus, the greatest performance difference between groups was in the Self condition.
No significant main effects or interactions were found for valence (F(1,125)<1, p > 0.10).
137
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Recognition
As expected, the main effect of group on d prime was significant (F(2,125) = 26.34, p <
0.001; η²p = 0.30): YA recognized more words than OA (p = 0.001; d = 0.60) who performed
better than PAD (p < 0.001; d = 1.44). Encoding influenced performance in recognition
(F(2,250) = 63.98, p < 0.001; η²p = 0.34) but also depended on the group effect (F(4,250) =
15.63, p < 0.001; η²p = 0.20).
Figure 2. Recognition
Recognition
performance by encoding
2,5
Perceptive
Semantic
Self
2
condition and group.
Group: YA = Young adults, OA =
Older Adults, PAD = AD Patients.
Encoding condition: Perceptive,
d prime
1,5
Semantic and Self .
1
“d prime” is the sensibility to mnesic
trace based on a standard normal
0,5
distribution on the hits and the false
alarms (d' = Z(hit rate) - Z(false
0
YA
OA
PAD
alarm rate), where function Z(p), p
∈ [0,1]).
Within-group comparisons on encoding revealed a similar pattern YA and OA groups.
Both groups exhibit a significant effect of DOP (respectively, p < 0.001, d = 1.40 and p < 0.001, d
= 1.34) and of Self-reference (respectively, p < 0.001, d = 0.46 and p = 0.006, d = 0.45)
conditions. In the PAD group, the effect of DOP ( p > 0.10, d = 0.45) and the SRE (p > 0.10, d =
0.12) were not significant.
Moreover, YA recognized more words encoded in the Semantic and Self conditions than
OA (p < 0.001; respectively, d = 0.63 and d = 0.65). Likewise, OA recognized more words
encoded the Semantic and Self conditions (p < 0.001; respectively, d = 1.41 and d = 1.52). The
three groups performed equally in the Perceptive condition (p > 0.10).
In addition, the main effect of valence on performance was significant (F(1,125) = 6.16, p =
0.05; η²p = 0.05) but varied also between groups (F(2,125) = 2.99, p = 0.05; η²p = 0.05). OA
recognized higher positive words than negative ones (p = 0.001, d = 2.84), so did PAD (p =
0.005, d = 2.58) but not YA (p > 0.10, d = 0.64). The valence by encoding interaction was not
significant, neither the three way interaction (both F < 1, p > 0.10).
138
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
R and K responses
Results highlighted a significant main effect of group on the R responses (F(2,125) =
30.02, p < 0.001; η²p = 0.32).YA gave higher proportion of R responses than OA (p < 0.001
and d = 1.38) who in turn had a higher rate of R responses than PAD (p < 0.001 and d =
1.07). Encoding condition influenced the proportion of R responses (F(2,250) = 24.01, p <
0.001, η²p = 0.16) and the encoding also depended on the group (F(4,250) = 6.78, p < 0.001,
η²p = 0.10).
Remember (R) in recognition (%
justified Remember (jR) in recognition (%)
60
Figure 3. Distribution
Autonoetic Consciousness
of correct Remember responses
Perceptive
Semantic
Self
50
40
during recognition by encoding
condition and group.
Group: YA = Young adults, OA =
Older Adults, PAD = Patients with
30
Alzheimer’s Disease. Encoding
condition: Perceptive (Orange bar),
20
Semantic (Red bar) and Self
(Purple bar).
10
0
YA
OA
PAD
Both YA and OA exhibit a significant effect of DOP (respectively, p < 0.001, d = 0.76
and p = 0.02 and d = 0.45), but not PAD (p < 0.10). A significant SRE was highlighted for YA (p
< 0.001, d = 0.85), OA (p < 0.001, d = 0.67) and also remarkably for PAD (p < 0.001, d = 1.47).
Moreover, YA made more R responses than OA in the Semantic condition (p = 0.004
and d = 0.63) and the Self condition ( p < 0.001 and d = 0.44). Likewise, OA gave more R
responses than PAD in the Semantic condition (p = 0.001 and d = 1.45) and the Self condition
(p = 0.001 and d = 0.94).
However, the encoding by valence interaction was significant (F(2,250) = 4.94, p =
0.008; η²p = 0.04), so did the three way interaction (F(4,250) = 2.70, p = 0.03; η²p = 0.04). In
the YA group, the proportion of R responses did not varied according the valence (p > 0.10).
On the contrary, both OA and PAD had significantly more R responses for positive words than
negative words in the Self condition (respectively, p < 0.001, d = 5.13 and p = 0.05, d = 2.00)
but not in the Perceptive or Semantic conditions (p > 0.10).
139
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Concerning the know responses, neither the main effect of encoding conditions
(F(2,250) < 1, p > 0.10), nor the valence one (F(1,125) = 2.62, p > 0.10) or the group one
(F(2,125) = 2.79, p = 0.07) were significant.
Supplementary group analyses
Responses during the encoding phase
During the encoding, in the Self condition, the main effect of valence was significant
(F(1,125) = 202.60, p < 0.001; η²p = 0.62), but not the group one (F(2,125) = 1.63, p > 0.10).
The three groups attribute to themselves higher positive words than negative ones (all, p <
0.001, d = 2.39 for YA, d = 2.80 for OA and d = 2.39 for PAD). The valence by group
interaction was significant (F(2,125) = 3.42, p = 0.03; η²p = 0.05) but YA and OA had similar
rates of yes responses both for positive and negative valence, so did OA and PAD (p > 0.10).
Complementary assessment analyses
We were interested in understanding how different aspects of the Self could influence
the SRE. In that way, we analyzed the relation between SRE (encoding, free recall and
recognition performance and remember responses in the Self condition) and subjective
measures of Self-concept (TOT or valence of the Self and RD or certainty about the Self of the
TSCS). Moreover, we were interested in evaluating the influence of subjective mnesic complaint
(Mc Nair scale) on the SRE and the Self-concept. We carried out first a series of ANOVA testing
the group effect on the subjective measures, and then we calculated partial correlations. As the
GDS scores varied across the groups, we controlled this factor in those analyses. We controlled
in addition the MMS for OA and PAD in correlations in order to eliminate its potential
uncontrolled influence on Self-concepts.
The ANOVA indicated a significant main effect of group on the total valence score (TOT)
of the TSCS (F(2,125) = 16.84, p < 0.001; η²p = 0.21), with no significant difference between OA
and PAD groups (p > 0.10) but a lower score for the YA compared to the OA (p < 0.001). There
were no main effect of group on the certainty score (RD) (respectively, F(2,125) < 1) and the
Mac Nair score (F(2,125) = 1.64, p > 0.10).
The Table 2 resumes all the correlation analyses. Correlations between the subjective
Self measures indicated no significant correlation in the YA group. In the OA group, the higher
the total valence score (TOT) was, the smaller the mnesic complaint score (Mc Nair) was. In the
140
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
PAD group, the higher the mnesic complaint score was , the more the certainty score (RD)
increased.
Young Adults (YA, n=60)
Certainty
(RD)
Positivity
(TOT)
Enc Self+
Older Adults (OA, n=41)
Patients with Alzheimer's
Disease (PAD, n=28)
Memory
Memory
complaint
complaint
Memory
(Mac
Certainty Positivity
(Mac
Certainty Positivity complaint Certainty Positivity
Nair)
(RD)
(TOT)
Nair)
(RD)
(TOT)
(Mc Nair)
(RD)
(TOT)
-.22
-.14
.47*
-.24
-.39*
.21
-.01
-.09
.16
-.07
.20
.26
.12
-.02
-.16
Enc Self -
.28*
-.24
-.06
.19
-.41**
-.42 **
-.23
-.40*
-.28
FR Self +
.19
-.09
-.10
-.10
.09
-.01
.25
.06
.24
FR Self -
-.12
-.01
-.02
-.05
-.01
-.15
-.02
.11
-.00
RC Self +
.16
-.05
.05
-.02
-.17
.34*
.09
-.09
.17
RC Self -
.07
-.03
-.03
-.02
.01
-.15
-.02
.00
.00
R Self +
-.12
.14
.05
-.07
-.15
.06
.60**
.42*
.65***
R Self -
-.02
.18
.05
-.39*
-.22
-.09
.31
-.08
.29
Table 2. Partial correlations between Self-reference effect and the Tennessee Self Concept
Scale, and memory complaint by group.
Note: Enc = Yes responses during Encoding; FR = Free Recall Performance; RC = Recognition Performance; R
= correct Remember responses; Self = Self Condition; + = Positive valence; - = Negative valence; Scores used
from the Tenessee Self Concept Scale were: RD = Certainty, TOT = Positivity, McNair = Score on McNair Scale
= Mnesic complaint. GDS was partialled out of correlations, as the MMS for OA and PAD.
Legend: Significant correlations at p < 0.05 are marked in bold with *, at p < 0.01 with ** and at p <0.001
with ***. Significant correlations after Bonferoni correction are marked in italic at p < 0.01.
We secondly reported data on the encoding phase. In the YA group, the more negative
words they attributed to themselves in the Self condition during the encoding (Enc Self -), the
higher their mnesic complaint score was (Mac Nair). In the OA group, the more negative traits
they attributed to themselves in the Self condition during the encoding (Enc Self -), the more
total valence score (TOT) and certainty score (RD) diminished. The more negative traits PAD
attributed to themselves in the Self condition during the encoding (Enc Self -), the more their
certainty score (RD) diminished. In the three groups, the propensity to attribute oneself
positive traits was not related to subjective Self measure.
Regarding the retrieval phase, correlations between subjective Self-measures and the
free recall performance of Self-encoded stimuli were not significant in the three groups (p >
0.10). The correlations between the Self-measures and the recognition performance of Selfencoded stimuli was not significant neither in the YA group nor the AD one (p > 0.10). In the OA
141
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
group, the total valence score (TOT) was correlated with the propensity to correctly recognize
positive words in the Self condition (RC Self +). Finally, in the OA group, the capacity of
correctly providing R responses for Self-encoded of negative traits (R Self -) was negatively
correlated with the mnesic complaint. In the PAD group, the capacity of providing correct R
responses for Self-encoded positive traits (R Self +) was positively correlated with the total
valence (TOT), the certainty (RD) and the mnesic complaint scores.
Discussion
For the first time, the present study investigated differences between the effects of
depth of processing (DOP) and Self-reference processing (SRE) on long-term episodic memory
processes (incidental learning, delayed retrieval and autonoetic consciousness) in young and
old adults and Alzheimer's patients.
In normal aging, we determined that the effect of depth of processing was present in
both free recall and recognition. The additional effect of Self-reference was restricted to the
recognition and led to superior memory quality (i.e., sense of remembering) as in young adults.
In Alzheimer’s disease, neither the depth of processing nor the Self-reference one enhanced the
memory performance, but only the Self-reference remarkably enhanced the memory quality.
Moreover, we found a positivity bias specific to the old and Alzheimer groups.
In following sections, we first discussed the specific pattern of depth of processing and
Self-reference observed in normal aging (first subsection) and then in AD (second subsection).
Secondly, we focused on the link between emotional processes, Self-concepts and Self-reference
processing (third subsection).
The Self-reference effect on episodic memory in normal aging
The present findings confirmed previous studies (Glisky & Marquine, 2009; Gutchess,
Kensinger, & Schacter, 2007, 2010; Gutchess, Kensinger, Yoon, & Schacter, 2007) reporting that
Self-reference processing enhances memory performance more than a semantic deep
processing in aging. We additionally demonstrated for the first time that the effects of depth of
processing and Self-reference processing are preserved and robust in long-term episodic
memory. However, as many previous studies have also highlighted, the deficits in episodic
memory performance in aging (See, Old & Naveh-Benjamin, 2008, for a review) could not be
entirely resolved by the Self-reference processing (Gutchess, Kensinger, Yoon, and Schacter,
2007).
142
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
The present findings allowed us to determine that age-related difference was not the
consequence of a difficulty to deeply process and elaborate information during the encoding,
but a main deficit in recollecting information from memory. The fact is that free recall was more
impaired than recognition (Isingrini and Taconnat, 2008; Isingrini, Perrotin, and Souchay,
2008). Older people showed an effect of depth of processing and a marginal SRE compared to
young people in free recall while the effect of depth of processing and the supplementary
benefice of Self-reference were as important for older people as for the young ones in
recognition (Glisky and Marquine, 2009). Free recall supposes more Self-initiated processes to
recover the original encoding situation than recognition and requires strong cognitive
resources which are deficient in normal aging (Craik and McDowd, 1987 ; Naveh-Benjamin et
al., 2007). Recognition institutes retrieval condition close from the original encoding condition
which diminished Self-initiated processes (Craik, 1986). This finding is strongly in favor of
preserved elaboration and organization processes of the Self (or structural aspects of Self)
during the encoding in normal aging. Moreover, the self-related mnesic trace seems correctly
stored in long-term episodic memory (at least at a retention interval of 20 minutes).
We also found that Self-reference processing influences the state of consciousness
during recognition. Indeed, in line with a previous study (Moroz, 1999), Self-reference
influenced the quality of memory both for older and young adults, with a superior autonoetic
mode of retrieval after this type of processing than after a semantic one, similar to the “SelfReference Recollection Effect” described by Conway and Dewhurst (1995). We extended the
presence of the SRRE on long-term episodic memory in aging. However, both the effect of depth
of processing and the effect of Self-reference on recollection were higher in younger people
than in the older ones. This is in line with the well established aging difficulty in the subjective
sense of remembering, but not in the feeling of knowing (Bugaiska et al., 2007; Piolino et al.,
2006). As retrieval processes, impairment of recollection has been linked to deficit of executive
and working memory functions with a reduction of capacity to link information with its context
during the recollection (Bugaiska et al., 2007). Interestingly, self-reference processing at
encoding compared to semantic processing reduced age-related difference in subsequent
recollection. On the whole, the force of our findings in aging is to confirm Conway and
Dewhurst (2001)’s proposal: the depth of processing determines the strength of mnesic trace,
but the Self-relevance of the mnesic trace determines its future recollection. In conclusion, the
functional Self is still efficient in normal aging to act on the integration of new information into
the structural Self which is preserved and thus to strengthen the mnesic trace into long-term
episodic memory.
143
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Self-reference effect on episodic memory in AD
The present study accords with data from the Alzheimer’s disease literature (Piolino et
al., 2006; See, Salmon & Bondi, 2009, for a review). Regardless of depth of initial processing,
impaired overall performance on free recall and recognition tasks reflects massive damage to
episodic memory in Alzheimer's patients compared to normal aging. Indeed, our results did not
highlight the presence of an effect of depth of processing, neither of the Self-reference effect on
retrieval performance in AD. Several methodological elements probably increased the floor
effect. First, we used mnesic scores corrected for errors (intrusions in free recall and false
alarms in recognition) in all the statistical analyses. AD patients did significantly more
intrusions in free recall and more false recognitions that revealed lower discrimination abilities
than healthy elderly people (see also, Plancher et al., 2009). Second, we used a long-term
retention delay for the recognition. A previous research in AD (Kalenzaga et al., 2013) found a
significant SRE on correct hits in recognition after one-minute retention. It supposes that the
Self-reference processing in AD could enhance the maintenance of a temporary representation
in relatively short-term episodic memory without any guarantee of a long-term storage nor the
strengthening of mnesic trace. However, thanks to our discrimination method we can rule on
the considerably lesser strength of long-term mnesic traces even after a deep encoding
processing in AD. Thirdly, we used an incidental learning (instead of an intentional learning, see
Kalenzaga et al., 2013) that also could reduce the benefice of a depth of processing during the
encoding. Indeed, some previous studies (Dalla Barba et al., 1996 ; Goldblum et al., 1998)
suggested that only an intentional encoding inducing a deep processing should enhance the
mnesic performance because Self-initiated encoding strategies are impaired in AD. Moreover,
considering also the important impairment of Self-initiated retrieval processes, some authors
(Bäckman et Small, 1998) stated that the benefice of a deep encoding could be expressed only
with a strong environmental support during the retrieval.
So far, the major result of the present study concerns the recollective experience. The
impairment of episodic memory in AD leads to massive impairment of the subjective sense of
remembering (Piolino et al., 2003; Rauchs et al., 2007) with significantly fewer R responses
than healthy older people and major difficulty justifying their answer via source memory
retrieval. However, as we predicted, our research demonstrated that after a long-term
retention delay only reference to the Self strongly led to a more frequent sense of remembering
in AD, even when applying strict mnesic measures (i.e., corrected for errors). Moreover, Selfreference also enables patients to retrieve contextual details during recollection allowing them
to travel back through time to the encoding context. This result confirms that, even if AD
patients recognized few items when corrected for errors, but those previously processed in
144
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Self-reference were of higher quality. As in aging, AD patients ingrate and consolidate mnesic
trace relevant to their Self (self-referent stimuli) better than mnesic trace not relevant (e.g.,
semantic stimuli). As we predicted, the “Self-reference recollection effect” (Conway &
Dewhurst, 1995) was still remarkably present at an early stage of AD, albeit in diminished form.
Therefore, the present study argues that in AD the Self-reference processing does not
strengthen the mnesic trace (meaning its discriminability), but enhances the quality of the
mnesic trace by the nature of information linked to the stimulus, with a stronger association
between the stimulus and the contextual and source information created during the encoding.
Finally, the SRRE in recollective experience indicates that the functional Self is still remarkably
efficient to act on the integration and consolidation of new information into the structural Self.
Self-referential processes on episodic memory and emotion
The presence of a specific positivity effect on overall memory performance (free recall
and recognition) in aging and AD is debated in the literature (See, Fernandes et al., 2008;
Kensinger & Schacter, 2008, for reviews). The present findings showed a general positivity bias,
with greater overall recognition, but not free recall, of positive words than negative words in
older group (Glisky & Marquine, 2009) and AD group (see Kalenzaga et al., 2013 for similar
data), but not in the young one.
In aging, those results are consistent with the socioemotional selectivity theory
(Kensinger & Schacter, 2008; Mather & Carstensen, 2005). The theory postulates that the lifeending perspective changes Self-goals and motivations in order to maintain well-being (Ehrlich
and Isaacowitz, 2002; Windsor and Anstey, 2010) via a process of emotional-regulation that
focuses more on positive affect than negative one. The correlation analyses confirmed two
points: older people had a higher Self-esteem (valence of the Self) than young adults and had a
similar degree of certainty (See Martinelli et al., 2013, for a similar results). Those findings are
clearly linked to the avoidance of attributing to themselves negative personality traits during
the encoding. Older people, as young ones, defined themselves with more positive traits than
negative traits.
We observed a quite similar pattern in AD compared to healthy older people. Despite
the disease, AD participants had also a high positive self-concept and a high certainty of their
Self that were linked to the avoidance of attributing to themselves negative traits during the
encoding. Patients also defined their personality with more positive traits than negative ones in
the self referential encoding task. Few studies have already noted good scores on measures of
145
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
well-being in early-stage AD despite cognitive impairments (Kitwood & Bredin, 1992; Naylor &
Clare, 2008). First, as healthy elderly people, AD patients also seek to maintain a positive image
and well-being face to the threat of their Self. However, the alteration of their episodic memory
(regardless of the level of self-reference, as observed in the present study) impairs capacities to
learn new information and to update knowledge about themselves. Thus, failure to perceive
differences between the current Self and the premorbid Self is generally related to anosognosia
(Agnew & Morris, 1998). Moreover, the absence of higher subjective mnesic complaint in AD
compared to normal aging is also consistent with their anosognosia (Agnew and Morris, 1998).
In that way, whereas the increasing of mnesic complaint was correlated with the diminution of
the positive valence of the Self in older people, it was correlated with the augmentation of a
definite representation of the self in AD (Naylor and Clare, 2008; Addis and Tippett, 2004).
In addition, we were interested to know whether the mnesic complaint, the valence of
the Self or the certainty could influence the strength of Self-reference effect in episodic memory.
In young people, none of the correlation was significant. Interestingly, in normal aging, a higher
positive valence of the Self was associated with the increase of recognition performance, but
not free recall, for positive traits in the Self condition and thus with the positivity effect in
memory. The diminished subjects’ executive capacities in aging could explain the absence of
this effect in free recall. Mather and Knight (2005) showed that the more the executive
functions and control processes are needed in aging, less important is the positivity effect. In
AD, recall and recognition performance in the Self condition was not influenced by the
subjective measures of Self valence, certainty or mnesic complaint. In a previous study,
Martinelli et al. (2013) also found no link between subjective measures of Self and
autobiographical memory performance in AD.
Interestingly, a positivity bias was found in recollection on the Remember responses
specifically in the Self condition both in healthy elderly people and AD patients (but see,
Kensinger et al., 2007b, for similar results). According to Conway and Dewhurst (2001), the
subjective sense of remembering engages intimately the Self and its goals more than
recognition. As we saw in both normal aging and AD, the Self-reference processing during the
encoding is linked to the goal of maintaining positive affects which is more important than for
young adults (Kensinger and Schacter, 2008). The specific Self-reference positivity bias in
recollection appears to strongly represent this goal and highlights this relationship.
Moreover, the results of correlation analyses indicated that older adults with a great
subjective mnesic complaint, associated with a diminished positive self-concept, had fewer
recollection of negative personality traits whereas it did not influence the recollection of
146
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
positive items. Thus, this result suggests that older adults that manifest a greater positivity bias
may focus, more than other older adults, on the avoidance of negative stimuli, probably because
they have better executive functions. Avoiding negative affects involve much more cognitive
resources than focus on positive ones (Mather and Knight, 2005).
In AD, a greater valence and certainty about their own self-concepts was associated
with higher recollection of positive personality traits, so did a greater subjective mnesic
complaint. This result supposes that AD patients with greater mnesic complaint (i.e., less
anosognosia) need more than the others to maintain positive affect. As avoiding negative affects
involves much more cognitive resources than focus on positive ones (Mather and Knight,
(2005), it could explain that focus on positive affect was more efficient in AD.
Conclusion
The present study explored, for the first time, the influence of the Self on encoding and
retrieval processes of long-term episodic memory both in normal aging (comparing young and
old adults) and Alzheimer’s disease. We used the Self-reference in a depth of processing
paradigm with an immediate free recall task and a 20-minutes delayed recognition task
combined with the Remember/Know paradigm. Our results highlight a robust Self-reference
effect in normal aging both in recognition and recollective experience. In AD, new findings
showed that the self-reference is not present in long-term recognition in comparison with
healthy aged people, but remarkably it still allows increasing the likelihood of a recollective
experience of new episodic mnesic traces. Thus, we demonstrate that the Self-reference
recollection effect is present and persistent after a long retention interval both in aging and AD,
and that is influenced by the valence of the Self.
Considering the news highlights about the multiplicity of the Self, future researches
should focus on the comparison of different natures of Self-reference (e.g., depending on the
abstraction level of Self-representation) and the implication on memory performance. Finally,
this research opens up important perspectives for the creation of new non-medical therapies
for anterograde and retrograde amnesia. Future research should focus indeed on using the
relative preservation of the Self-reference recollection effect in Alzheimer’s disease to facilitate
the learning of new information via Self-reference processing (i.e., autobiographical
anterograde memory), and thus also enhancing the retrieval of conceptual Self-knowledge (i.e.,
autobiographical retrograde memory).
147
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Acknowledgments
This study was supported by the Association France Alzheimer thanks to a grant alloted
to Pascale Piolino (Ph.D. funding of Jennifer Lalanne). The authors would like to thank greatly
all volunteers and the patients for their participation in this study. We would greatly like to
thank Antoine Stora for the language corrections of the manuscript.
References
Addis, D. R., & Tippett, L. J. (2004). Memory of myself: autobiographical memory and identity in Alzheimer’s disease.
Memory, 12(1), 56–74. doi:10.1080/09658210244000423.
Agnew, S. K., & Morris, R. G. (1998). The heterogeneity of anosognosia for memory impairment in Alzheimer’s disease: A
review of the literature and a proposed model. Aging & Mental Health, 2(1), 7-19. doi:10.1080/13607869856876.
Almkvist, O., & Winblad, B. (1999). Early diagnosis of Alzheimer dementia based on clinical and biological factors. European
Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 249(3), S3-S9.
Anderson, N. H. (1968). Likableness ratings of 555 personality-trait words. Journal of Personality and Social Psychology, 9(3),
272-279. doi:10.1037/h0025907.
Bäckman, L., & Small, B. J. (1998). Influences of cognitive support on episodic remembering: Tracing the process of loss from
normal aging to Alzheimer’s disease. Psychology and aging, 13(2), 267–276. doi:10.1037/0882-7974.13.2.267.
Bird, M., & Luszcz, M. (1991). Encoding specificity, depth of processing, and cued recall in Alzheimer’s disease. Journal of
Clinical and Experimental Neuropsychology, 13(4), 508. doi:10.1080/01688639108401067.
Bower, G. H., & Gilligan, S. G. (1979). Remembering information related to one’s self. Journal of Research in Personality, 13(4),
420-432. doi:10.1016/0092-6566(79)90005-9.
Bugaiska, A., Clarys, D., Jarry, C., Taconnat, L., Tapia, G., Vanneste, S., et al. (2007). The effect of aging in recollective experience:
The processing speed and executive functioning hypothesis. Consciousness and Cognition, 16(4), 797–808.
doi:10.1016/j.concog.2006.11.007.
Conway, M. A. (2005). Memory and the self. Journal of Memory and Language, 53(4), 594–628.
doi:10.1016/j.jml.2005.08.005.
Conway, M. A., & Dewhurst, S. A. (1995). The self and recollective experience. Applied Cognitive Psychology, 9(1), 1-19.
doi:10.1002/acp.2350090102.
Conway, M. A., Dewhurst, S. A., Pearson, N., & Sapute, A. (2001). The self and recollection reconsidered: How a ‘failure to
replicate’failed and why trace strength accounts of recollection are untenable. Applied Cognitive Psychology,15(6),
673-686.
Craik, F. I. M., & Lockhart, R. S. (1972). Levels of processing: A framework for memory research. Journal of Verbal Learning
and Verbal Behavior, 11(6), 671–684.
Craik, F. I.M. (1986). A functional account of age differences in memory. Human memory and cognitive capabilities:
Mechanisms and performances, 409-422.
Craik, F. I.M., & McDowd, J. M. (1987). Age differences in recall and recognition.Journal of Experimental Psychology: Learning,
Memory, and Cognition, 13(3), 474.
D’Argembeau, A. D., Comblain, C., & Van der Linden, M. (2005). Affective valence and the self-reference effect: Influence of
retrieval conditions. British Journal of Psychology, 96(4), 457-466. doi:10.1348/000712605X53218.
Deltour, J. J. (1993). Echelle de vocabulaire de Mill-Hill de JC Raven. Adaptation française et normes comparées du Mill-Hill et du
Standard Progressive Matrices de Raven (PM 38). Braine-le-Château, Belgium: Editions L’application des
Techniques Modernes.
Duval, C., Eustache, F., & Piolino, P. (2007). Self multidimensionnel, mémoire autobiographique et vieillissement. Psychologie
et NeuroPsychiatrie du Vieillissement, 5, 179-192. doi:10.1684/pnv.2007.0100.
Ehrlich, B., & Isaacowitz, D. (2002). Does subjetive well-being increase with age? Perspectives in Psychology, 5, 20–26.
Fargeau, M. N., Jaafari, N., Ragot, S., Houeto, J. L., Pluchon, C., & Gil, R. (in-press). Alzheimer’s disease and impairment of the
Self. Consciousness and Cognition. doi:10.1016/j.concog.2010.06.014.
148
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Fernandes, M., Ross, M., Wiegand, M., & Schryer, E. (2008). Are the memories of older adults positively biased? Psychology
and Aging, 23(2), 297-306. doi:10.1037/0882-7974.23.2.297.
Fitts, W. H., & Warren, W. L. (1996). Tennessee Self-concept Scale  : TSCS-2. Los Angeles: Western Psychological Services.
Folstein, M. F., Folstein, S. E., & McHugh, P. R. (1975). Mini-Mental State: a practical method for grading the cognitive state of
patients for the clinician. Journal of psychiatric research, 12(3), 189-198. doi:10.1016/0022-3956(75)90026-6.
Fossati, P., Hevenor, S. J., Graham, S. J., Grady, C., Keightley, M. L., Craik, F., et al. (2003). In Search of the Emotional Self: An fMRI
Study Using Positive and Negative Emotional Words. The American Journal of Psychiatry, 160(11), 1938-1945.
doi:10.1176/appi.ajp.160.11.1938.
Gardiner, J. M., Ramponi, C., & Richardson-Klavehn, A. (2002). Recognition memory and decision processes: A meta-analysis
of remember, know, and guess responses. Memory, 10(2), 83–98. doi:10.1080/09658210143000281.
Glisky, E., & Marquine, M. (2009). Semantic and self-referential processing of positive and negative trait adjectives in older
adults. Memory, 17(2), 144–157. doi:10.1080/09658210802077405.
Goldblum, M. C., Gomez, C. M., Barba, G. D., Boller, F., Deweer, B., Hahn, V., et al. (1998). The influence of semantic and
perceptual encoding on recognition memory in Alzheimer’s disease. Neuropsychologia, 36(8), 717–729.
doi:10.1016/S0028-3932(98)00007-4.
Gutchess, A. H., Kensinger, E. A., & Schacter, D. L. (2010). Functional neuro-imaging of self-referential encoding with age.
Neuropsychologia, 48(1), 211-219. doi:10.1016/j.neuropsychologia.2009.09.006.
Gutchess, A. H., Kensinger, E. A., Yoon, C., & Schacter, D. L. (2007). Ageing and the self-reference effect in memory. Memory,
15(8), 822–837. doi:10.1080/09658210701701394.
Hehman, J. A., German, T. P., & Klein, S. B. (2005). Impaired Self–Recognition from Recent Photographs in a Case of Late–Stage
Alzheimer's Disease. Social Cognition, 23(1), 118-124. doi: 10.1521/soco.23.1.118.59197
Isingrini, M., Perrotin, A., & Souchay, C. (2008). Chapter 24 Aging, metamemory regulation and executive functioning. Dans
W. S. Sossin, J. C. Lacaille, V. F. Castellucci, & S. Belleville (Ed.), Progress in Brain Research, Essence of Memory (Vol.
169, p. 377-392). Elsevier.
Isingrini, M., & Taconnat, L. (2008). Episodic memory, frontal functioning, and aging. Revue Neurologique, 164(Supplement
3), S91-95. doi:10.1016/S0035-3787(08)73297-1.
Kalenzaga, S., Bugaïska, A., & Clarys, D. (2013). Self-reference effect and autonoetic consciousness in Alzheimer disease:
evidence for a persistent affective self in dementia patients. Alzheimer Disease & Associated Disorders. doi:
10.1097/WAD.0b013e318257dc31
Kensinger, E. A., Garoff-Eaton, R. J., & Schacter, D. L. (2007). Effects of emotion on memory specificity in young and older
adults. The Journals of Gerontology. Series B, Psychological Sciences and Social Sciences, 62(4), 208-215.
doi:10.1016/j.jml.2006.05.004.
Kensinger, E. A., & Schacter, D. L. (2008). Memory and Emotion. Dans M. Lewis, J. M. Haviland-Jones, & L. Feldman Barrett
(Éd.), Handbook of emotions. New York: Guilford Press.
Kitwood, T., & Bredin, K. (1992). Towards a Theory of Dementia Care: Personhood and Well-Being. Ageing & Society, 12(03),
269-287. doi:10.1017/S0144686X0000502X.
Klein, S. B. (2012). Self, Memory, and the Self-Reference Effect An Examination of Conceptual and Methodological
Issues. Personality and Social Psychology Review, 16(3), 283-300. http://dx.doi.org/10.1016/S00353787(08)73297-1
Klein, S. B., Cosmides, L., & Costabile, K. A. (2003). Preserved knowledge of self in a case of Alzheimer’s dementia. Social
Cognition, 21(2), 157–165. doi:10.1521/soco.21.2.157.21317.
Klein, S. B., & Gangi, C. E. (2010). The multiplicity of self: neuropsychological evidence and its implications for the self as a
construct in psychological research. Annals of the New York Academy of Sciences, 1191(1), 1-15.
doi:10.1111/j.1749-6632.2010.05441.x.
Klein, S. B., & Loftus, J. (1988). The nature of self-referent encoding: The contributions of elaborative and organizational
processes. Journal of Personality and Social Psychology, 55(1), 5–11. doi:10.1037/0022-3514.55.1.5.
Klein, S. B., Loftus, J., & Burton, H. A. (1989). Two self-reference effects: The importance of distinguishing between selfdescriptiveness judgments and autobiographical retrieval in self-referent encoding. Journal of Personality and
Social Psychology, 56(6), 853–865. doi:10.1037/0022-3514.56.6.853.
Leyhe, T., Müller, S., Milian, M., Eschweiler, G. W., & Saur, R. (2009). Impairment of episodic and semantic autobiographical
memory in patients with mild cognitive impairment and early Alzheimer’s disease. Neuropsychologia, 47(12),
2464-2469. doi:10.1016/j.neuropsychologia.2009.04.018.
Lipinska, B., & Bäckman, L. (1997). Encoding–Retrieval Interactions in Mild Alzheimer’s Disease: The Role of Access to
149
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
Categorical Information, ,. Brain and Cognition, 34(2), 274-286. doi:10.1006/brcg.1997.0916.
Luo, L., & Craik, F. I. M. (2009). Age differences in recollection: Specificity effects at retrieval. Journal of Memory and Language,
60(4), 421-436. doi:10.1016/j.jml.2009.01.005.
Martinelli, P., Anssens, A., Sperduti, M., and Piolino, P. (2013). The influence of normal aging and Alzheimer's disease in
autobiographical memory highly related to the Self. Neuropsychology, 27, 69-78.
Martinelli, P., Sperduti, M., and Piolino, P. (2013). Neural substrates of the self-memory system: new insights from a metaanalysis. Hum. Brain Mapp. doi:10.1002/hbm.22008
Mather, M., & Knight, M. (2005). Goal-directed memory: The role of cognitive control in older adults’ emotional memory.
Psychology and Aging, 20(4), 554. doi:10.1037/0882-7974.20.4.554.
Mather, M., & Carstensen, L. L. (2005). Aging and motivated cognition: the positivity effect in attention and memory. Trends in
Cognitive Sciences, 9(10), 496-502. doi:10.1016/j.tics.2005.08.005.
McKhann, G., Drachman, D., Folstein, M., Katzman, R., Price, D., & Stadlan, E. M. (1984). Clinical diagnosis of Alzheimer’s
disease: report of the NINCDS-ADRDA Work Group under the auspices of Department of Health and Human
Services Task Force on Alzheimer’s Disease. Neurology, 34(7), 939-944. Consulté août 5, 2010, .
McNair, D., & Kahn, R. (1983). Self-assessment of cognitive deficits. Dans T. Crook, S. Ferris, & R. Bartus (Ed.), Assessment in
geriatric psychopharmacology (p. 137–143). New Canaan, CT: Powley.
Moroz, T. M. (1999). Episodic memory for personaly relevant information: Evidence from aging, divided attention at retrieval,
and positrom emission tomography. Unpublished manuscript, Canada: University of Toronto.
Mueller, J. H., Wonderlich, S., & Dugan, K. (1986). Self-referent processing of age-specific material. Psychology and Aging, 1(4),
293–299. doi:10.1037/0882-7974.1.4.293.
Naveh-Benjamin, M., Brav, T. K., & Levy, O. (2007). The associative memory deficit of older adults: the role of strategy
utilization. Psychology and aging,22(1), 202.
Naveh-Benjamin, M., & Old, S. R. (2008). Aging and Memory. Learning and Memory: A Comprehensive Reference (Academic
Press., Vol. 1-4, Vol. 2, p. 787-808). Oxford: J. H. Byrne & H. L. Roediger III.
Naylor, E., & Clare, L. (2008). Awareness of memory functioning, autobiographical memory and identity in early-stage
dementia. Neuropsychological Rehabilitation, 18(5-6), 590-606. doi:10.1080/09602010701608681.
New, B., & Pallier, C. (2007). Lexique 2.62. Open Lexique. http://www.lexique.org/. Accessed the 03/30/2007.
Old, S. R., & Naveh-Benjamin, M. (2008). Differential effects of age on item and associative measures of memory: A metaanalysis. Psychology and Aging, 23(1), 104. doi:10.1037/0882-7974.23.1.104.
Piolino, P., Desgranges, B., Belliard, S., Matuszewski, V., Lalevee, C., De La Sayette, V., et al. (2003). Autobiographical memory
and autonoetic consciousness: triple dissociation in neurodegenerative diseases. Brain, 126(10), 2203-2119.
doi:10.1093/brain/awg222.
Piolino, P., Desgranges, B., Clarys, D., Guillery-Girard, B., Taconnat, L., Isingrini, M., et al. (2006). Autobiographical memory,
autonoetic consciousness, and self-perspective in aging. Psychology and Aging, 21(3), 510-525. doi:10.1037/08827974.21.3.510.
Piolino, P., Desgranges, B., & Eustache, F. (2009). Episodic autobiographical memories over the course of time: cognitive,
neuropsychological and neuro-imaging findings. Neuropsychologia 47, 2314–2329.
Plancher, G., Guyard, A., Nicolas, S., & Piolino, P. (2009). Mechanisms underlying the production of false memories for famous
people’s names in aging and Alzheimer’s disease. Neuropsychologia, 47(12), 2527-2536
doi:10.1016/j.neuropsychologia.2009.04.026.
Rauchs, G., Piolino, P., Mézenge, F., Landeau, B., Lalevée, C., Pélerin, A., et al. (2007). Autonoetic consciousness in Alzheimer’s
disease: Neuropsychological and PET findings using an episodic learning and recognition task. Neurobiology of
Aging, 28(9), 1410–1420. doi:10.1016/j.neurobiolaging.2006.06.005.
Rinaldi, P., Mecocci, P., Benedetti, C., Ercolani, S., Bregnocchi, M., Menculini, G., et al. (2003). Validation of the Five-Item
Geriatric Depression Scale in Elderly Subjects in Three Different Settings. Journal of the American Geriatrics Society,
51(5), 694-698. doi:10.1034/j.1600-0579.2003.00216.x.
Rogers, T. B., Kuiper, N. A., & Kirker, W. S. (1977). Self-reference and the encoding of personal information. Journal of
Personality and Social Psychology, 35(9), 677–688. doi:10.1037/0022-3514.35.9.677.
Salmon, D. P., & Bondi, M. W. (2009). Neuropsychological Assessment of Dementia. Annual Review of Psychology, 60(1), 257282. doi:10.1146/annurev.psych.57.102904.190024.
Superlab Pro. (1999). . Phoenix, United States: Cedrus Corporation.
Symons, C. S., & Johnson, B. T. (1997). The self-reference effect in memory: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 121, 371–
150
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 1
394. doi:10.1037/0033-2909.121.3.371.
Tulving, E. (1985). How many memory systems are there? American Psychologist, 40(4), 385-398. doi:10.1037/0003066X.40.4.385.
Tulving, E. (1995). Organization of memory: Quo vadis. Dans M. S. Gazzaniga (Éd.), The cognitive neurosciences (p. 839-847).
Cambridge, MA: MIT Press.
Tulving, E., Schacter, D. L., McLachlan, D. R., & Moscovitch, M. (1988). Priming of semantic autobiographical knowledge: a
case study of retrograde amnesia. Brain and Cognition, 8(1), 3-20. doi:10.1016/0278-2626(88)90035-8.
Turk, D. J., Cunningham, S. J., & Macrae, C. N. (2008). Self-memory biases in explicit and incidental encoding of trait adjectives.
Consciousness and Cognition, 17(3), 1040–1045. doi:10.1016/j.concog.2008.02.004.
Walla, P., Püregger, E., Lehrner, J., Mayer, D., Deecke, L., & Dal Bianco, P. (2005). Depth of word processing in Alzheimer
patients and normal controls: a magnetoencephalographic (MEG) study. Journal of Neural Transmission, 112(5),
713-730. doi:10.1007/s00702-004-0215-y.
Windsor, T. D., & Anstey, K. J. (2010). Age differences in psychosocial predictors of positive and negative affect: A longitudinal
investigation of young, midlife, and older adults. Psychology and Aging, 25(3), 641-652. doi:10.1037/a0019431.
Werheid, K., McDonald, R.S., Simmons-Stern, N., Ally, B.A., & Budson, A.E. (2011). Familiar smiling faces in Alzheimer’s
disease: Understanding the positivity-related recognition bias. Neuropsychologia, 49, 2935-2940. doi:
10.1016/j.neuropsychologia.2011.06.022
151
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
III. EFFET DE REFERENCE A SOI MULTIDIMENTIONNEL EN RAPPEL
LIBRE : ETUDE 2
Cette étude est présentée dans le cadre d’un article actuellement en préparation en vue
d’une soumission prochaine dans la revue internationale à comité de lecture The Quarterly
Journal of Experimental Psychology par les auteurs Lalanne J., Rozenberg J., Gallarda T., et
Piolino, P.
Cette étude avait pour objectif d’étudier l’influence du Soi sur les processus en mémoire
épisodique en fonction de sa multiplicité dont la littérature fait état. Comme cela a été exposé
dans le chapitre 2, le Soi sous-tend un ensemble de représentations très complexes et variées
sur Soi, mais peut également être séparés en plusieurs « sous-Soi » de la même manière que la
mémoire se décompose en plusieurs sous-systèmes (Conway et al., 2004; Conway, 2005; Klein,
2012) . Ainsi, un traitement en référence à Soi peut se référer au Soi conceptuel, en faisant
référence à ses connaissances sémantiques personnelles, notamment les traits de personnalité
(stockées en mémoire autobiographique sémantique). Le traitement peut également se référer
au Soi phénoménologique, par le biais de la récupération de souvenirs personnels plus
génériques (stockés en mémoire autobiographique sémantique) ou spécifiques (stockés en
mémoire autobiographique épisodique). La récupération d’un souvenir générique implique la
référence au Soi phénoménologique (diachronique primaire) sous tendant la prise de
conscience de Soi d’avoir vécu des événements dans le temps subjectif mais sans les revivre. La
récupération d’un souvenir épisodique implique aussi la référence au Soi phénoménologique
(diachronique secondaire) mais sous tendant la prise de conscience de Soi dans le temps
subjectif ou conscience autonoétique.
Les résultats présentés dans cette étude avaient pour objectif d’étudier la multiplicité
de l’effet de la référence à Soi sur les processus de récupération en rappel libre en mémoire
épisodique à court terme et à long terme chez des sujets jeunes, des sujets âgés et des patients
Alzheimer à un stade débutant. A l’origine, cette étude incluait toutefois une tâche de
reconnaissance que tous les participants avaient effectuée après celles de rappel libre dont une
analyse préliminaire avait été présentée dans l’article Lalanne, Grolleau et Piolino (2010). En
effet, nous avons poursuivi par la suite des passations pour la tâche de reconnaissance auprès
d’un nombre plus important de sujets, et nous avons donc décidé de présenter les données
dans un article spécifique (présenté en tant qu’étude 3).
152
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
La présentation de cette étude résidait dans l’objectif de permettre un apport
expérimental complémentaire tout d’abord à l’étude 1 où l’effet de référence à Soi avait été
étudié en rappel libre à court terme spécifiquement pour le Soi conceptuel mais pas le Soi
phénoménologique. Dans ce sens, il s’agissait d’évaluer dans cette étude 2 si un effet de
référence au Soi phénoménologique serait présent au même titre qu’un effet de référence au Soi
conceptuel. L’intérêt est également qu’en rappel libre la récupération des informations se base
sur des processus stratégiques auto-initié de recherche des traces mnésiques en mémoire alors
que la reconnaissance se base sur la familiarité des informations due à la force et la distinctivité
de la trace mnésique qui y sont associées. De plus, l’intérêt était également de savoir si le délai
de rétention pouvait avoir un impact sur l’expression des effets de référence à Soi et la taille de
ces effets. En effet, le délai de rétention peut également agir sur la récupération en rappel libre
puisque dans le cas d’un délai court, les processus s’axent sur la recherche des traces
mnésiques encore actives, alors que dans le cas d’un délai long, les processus s’axent plutôt sur
la recherche d’indices permettant de reconstituer l’ensemble des processus d’encodage de
manière à reconstruire la trace mnésique (Craik & Lockhart, 1972 ; Lockhart et al., 1976). Ainsi,
c’est la nature même des indices associés durant l’encodage qui influence le plus la
récupération des informations en rappel libre après un long délai. La littérature indique que les
sujets jeunes manifestent des effets de références au Soi conceptuel et au Soi phénoménologique
de même ordre dans une tâche de rappel libre lorsque le délai de rétention est testé à court
terme (Bower et Guilligan, 1979 ; Klein et al., 1989), mais ces effets n’ont pas été étudiés après
un long délai de rétention et il était donc possible que la nature des indices associés durant
l’encodage ne donnent pas lieu aux mêmes taux de rappel dans la présente étude. La
comparaison des deux types de référence à Soi n’a jamais été étudiée dans le vieillissement
normal et la maladie d’Alzheimer. L’étude 1 avec un temps d’encodage limité n’avait pas montré
d’effet de référence à Soi en rappel libre pour ces deux populations, l’effet en reconnaissance
étant présent que pour les sujets âgés. Dans ce sens, il était donc possible qu’un encodage en
temps illimité pouvait également favoriser la performance de rappel libre et permettre
d’observer un effet de référence à Soi.
Concernant cette étude, nous attendions un effet de de la référence au Soi conceptuel et
au Soi phénoménologique du même ordre chez les sujets jeunes. Nous supposions que les délais
supplémentaires à l’encodage permettraient de mettre en évidence un effet de référence au Soi
conceptuel contrairement à létude 1 chez les sujets âgés, qui soit supérieur à un effet de
référence au Soi phénoménologique. En revanche, compte tenu du déficit massif des processus
stratégiques en mémoire épisodique dans la maladie d’Alzheimer, aucun bénéfice n’était
attendu.
153
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
Les résultats de l’article « Multidimensional Self-Reference effect on immediate and longterm free recall in youth, normal aging and Alzheimer’s Disease » montrent dans une tâche de
rappel libre que :
-
Le traitement en référence au Soi phénoménologique est le plus efficace pour la
récupération des informations chez les sujets jeunes.
-
Au contraire, le traitement en référence au Soi conceptuel apparait être celui qui
donne lieu aux meilleures performances chez les sujets âgés
-
Aucun traitement ne permet d’améliorer la récupération des informations chez les
patients Alzheimer.
-
Le délai de rétention ne modifie pas l’expression des patterns quel que soit le
groupe
-
Les sujets jeunes expriment un biais de positivité tandis que les sujets âgés
montrent un biais de négativité ; aucun effet de la valence émotionnelle n’est mis en
avant chez les patients Alzheimer.
En résumé, ces résultats montrent que dans une tâche de rappel libre impliquant des
processus auto-initiés stratégiques de récupération, l’expression de l’effet de référence à Soi
diffère d’une part, des effets habituellement observés dans une tâche de reconnaissance et
d’autre part, en fonction du type de référence à Soi. Ainsi, la récupération des informations en
rappel libre repose essentiellement sur la spécificité des indices de récupération, et il apparait
que chez les sujets jeunes le traitement en référence au Soi phénoménologique soit celui qui
amène à l’association des stimuli avec les indices les plus spécifiques. Au contraire, chez les
sujets âgés, ce sont des indices plus généraux qui permettent une facilitation de la récupération
des informations. En ce sens, le traitement en référence au Soi conceptuel permet la meilleure
récupération. Ces résultats précisent également que, même si un traitement en référence à Soi
peut améliorer la discrimination des traces mnésiques chez des patients Alzheimer comme
observé dans l'étude précédente, il n’est en revanche pas suffisant pour améliorer les processus
de récupération des informations lorsqu’ils nécessitent des processus auto-initiés trop coûteux.
De plus, il est également intéressant de constater que si le délai de rétention donne lieu à un
oubli des informations, il n’en modifie pas l’expression et l’ampleur des effets de référence à Soi
lorsqu’ils sont présents. Par ailleurs, le biais de négativité observé dans le vieillissement normal
alors que l'étude précédente montrait un biais de positivité en reconnaissance, serait en faveur
de l'idée que le biais de positivité est bien la résultante de processus contrôlés pendant la
récupération de la part des sujets âgés et que la diminution des ressources cognitives durant la
récupération perturbent la possibilité d’une régulation émotionnelle efficace.
154
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
Multidimensional Self-Reference effect on immediate and long-term free recall
in youth, normal aging and Alzheimer’s Disease
Lalanne Jennifer1,2, Rozenberg Johanna1,2, Gallarda Thierry2,3, Piolino
Pascale1,2*
1Université Paris
Descartes, Institut de Psychologie, Memory and Cognition Lab, Paris,
France
2
3
Inserm UMR S894, Centre de Psychiatrie et Neurosciences, Paris, France
Centre d’Évaluation des Troubles Psychiques et du Vieillissement, Hôpital Sainte Anne,
Paris, France
(The Quarterly Journal of Experimental Psychology, Submitted)
*Correspondence concerning this article should be addressed to Pascale Piolino,
Memory and Cognition Lab, 71 avenue Edouard Vaillant, 92774, Boulogne-Billancourt, France.
E-mail: [email protected]
155
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
Abstract
In the present study, we investigated the influence of Self-referential processes on
episodic memory with 13 healthy young subjects, 13 older subjects, and 13 patients with
Alzheimer’s disease. We used an incidental-encoding phase using judgements of personality
traits under different encoding conditions which induced variable degrees of depth of
processing and personal involvement. The specificity of our approach was to distinguish Selfreferential processes related to both components of autobiographical memory (personal
semantic knowledge and episodic memories). Afterwards, participants performed immediate
(2 minutes) and delayed (20 minutes) free recall tasks. The present results show that the
expression of the Self-reference effect on a free recall task depends on the type of self-reference
but not on the delay. Thus, for young participants, an episodic Self-reference processing leads
the higher performance because of the association of stimuli with highly specific cues . In
contrast, elderly people exhibit superior performances after a semantic Self-reference
processing because they based their retrieval on more general cues. These results also indicate
that a Self-reference processing is ineffective to enhance memory retrieval in Alzheimer’s
disease by using free recall.
Key words: self reference effect, incident learning, free recall, autobiographical
memory, aging, Alzheimer's disease
156
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
Introduction
The Self is built up on personal knowledge and specific autobiographical memories,
which are reconstructed by reciprocity in the light of our Self (Conway, 2005; James, 1890;
Klein & Gangi, 2010; Klein, 2012). The Self determines explicitly or implicitly, what information
will be encoded and consolidated, and what memories will be retrieved in order to be
consistent and congruent with the actual personal goals and Self-images (Conway et al., 2004).
The study of the Self influence on mnesic processes is particularly well developed since
Rogers, Kuiper and Kirker (1997). They highlighted the “Self-Reference Effect” (SRE) with a
superior mnemonic effect of processing information in relation to one’s pre-existing Selfknowledge rather than to semantic knowledge. The SRE is found whatever the learning phase
(incidental or intentional), the retrieval task (free recall or recognition) (See, Symons &
Johnson, 1997, Klein, 2012; for reviews). Thereafter, Klein et al. (1989) distinguished two
different SRE relying on different structural aspect of the Self and involving qualitatively
different processes. Indeed, the Self-reference could be done either via a Self-descriptiveness
task depending on direct and automatic access to personal semantic knowledge (Semantic Selfreference), either via an autobiographical retrieval task depending on indirect and controlled
access to specific autobiographical memories (Episodic Self-reference). Both tasks led to similar
SRE in free recall (See, Bower & Gilligan, 1979). Self appears to have both natural elaborative
properties with an item-specific processing (i.e. “I know I am a kind person”) and
organizational ones with a relational processing (i.e. “kind, sociable, energetic” as “what I am”
or “what I would like to be”) that induce a deeper processing of stimuli and a distinctive and
strengthen mnesic trace (Klein & Loftus, 1988).
In normal aging, numerous studies have highilighed a significant Semantic SRE in
recognition tasks (Glisky & Marquine, 2009; Gutchess, Kensinger, Yoon, & Schacter, 2007;
Lalanne, Rozenberg, Grolleau & Piolino, in revision) and a few in free recall (Mueller,
Wonderlich and Dugan, 1986). However, despite normal aging affects the episodic component
of autobiographical memory with a diminished retrieval of specific memories (Piolino et al.,
2006), no study has focused on this effect on free recall. However, considering the different
processing underlying the free recall and the recognition tasks, it is legitimate to question about
the different expression of the SRE. Contrary to normal aging, the weakening of
autobiographical foundations in Alzheimer’s disease (AD) induces both a decline of episodic
memories and semantic personal knowledge (Addis & Tippett, 2004; Martinelli, Anssens,
Sperduti., & Piolino, 2013). However, several authors have highlighted a Semantic SRE in AD in
recognition both after an incidental and intentional learning (Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys,
157
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
2013 ; Kalenzaga & Clarys, 2013 ), but not in free recall (Lalanne et al., in revision). Again, no
study has evaluated the Episodic SRE in a free recall task.
We aimed to learn more about the SRE through an experiment on the processing of
multifaceted Self-referential information on episodic short- and long-delay memory. For the
first time, we sought to investigate the self-reference effect via both components of
autobiographical memory (semantic personal knowledge and specific autobiographical
memories) in youth, normal aging and AD on a free recall task. In that way, we used an
incidental encoding task of positive and negative personality traits inducing variable degrees of
depth of processing and personal involvement. The encoding was followed by an immediate
written free recall and a 20-minute delayed written free recall. We expected to highlight both a
semantic and an episodic SRE in the young group. We assumed that the semantic SRE would be
superior to the episodic SRE because of specific difficulties to retrieve specific memories.
However, given the massive deficit of strategic processes in episodic memory in Alzheimer's
disease, no benefit was expected.
Method
Participants
In compliance with the Declaration of Helsinki, a total of 39 participants freely
consented to take part in this study: 13 young adults and 13 older adults recruited via Paris
Descartes University; 13 patients with Alzheimer’s disease (AD) at an early to moderate stage
of dementia (McKhann et al., 1984) recruited at hospitals in Paris. The descriptive and cognitive
characteristics of groups are reported in the Table 1 and include: gender, age, years of education
(8 years minimum), MMSE score (Mini Mental State Examination , Folstein, Folstein, and
McHugh, 1975; at least >26/30 for normal elderly and >21/30 for patients), Mill Hill score
(multiple-choice synonym vocabulary test that evaluates verbal and semantic background,
Deltour, 1993) and GDS score (5-item Geriatric Depression Scale, Rinaldi et al., 2003).
Material and Procedure
This experiment included an incidental-encoding phase followed by a first free recall
and delayed free recall. The Superlab® software (Cedrus Corporation, Superlab Pro, 1999) was
used to process the encoding phase. The stimuli came from a French translation of Anderson’s
(1968) personality traits inventory.
158
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
Young Adults
(YA)
N (Female, Male)
Age
Years of education
Mill Hill
MMSE
GDS (Depression)
13 (8F, 5M)
23.62 (2.18)
15.85 (0.80)
35.08 (6.30)
N/A
0.46 (0.66)
Older Adults
(OA)
13 (9F, 4M)
71.69 (6.46)
9.77 (2.52)
36.69 (3.88)
28.77 (1.42)
0.38 (0.51)
Patients with
Alzheimer's
Disease (PAD)
13 (9F, 4M)
74.85 (7.00)
10,00 (2.68)
35.23 (3.19)
24.08 (2.29)
0.69 (0.75)
p-value YA/OA
--<0,001
ns
N/A
ns
p-value
OA/PAD
-ns
ns
ns
<0,001
ns
Table 1. Demographic and neuropsychological data by group (means and standard
deviations) and group effects (p-value).
Note: An analysis of variance (ANOVA) was conducted on age (F(2,36)=336.77, p<0.001, η²p =0.95), years of
education (F(2,36)=32.65, p<0.001, η²p =0.64), the Mill-Hill score (F(2,36)<1, p>0.10), MMSE score (F(1,24)
=39.77, p <0.001, η²p =0.62) and GDS depression score(F(2,36)<1, p>0.10). P-values are for significant
Fischer post-hoc tests on between-group effects. Young participants had the highest number of years of
education but healthy older adults and Alzheimer patients did not differ. Between-group differences on the
Mill Hill test were not significant; we therefore chose not to consider the difference in years of education in
our subsequent statistical analyses. None of the three groups differ significantly from each other on the GDS
depression score. The MMSE was significantly higher in the AD group than in the healthy healthy older
group.
All participants underwent a training session before the encoding phase in order to be
familiar with the computer and the keyboard. The task consisted in judging whether a city was
in France or not. Once the procedure gets familiar to them, participants performed judgments
on 4 lists of 10 words (5 positive and 5 negative) divided into 4 conditions (the list-condition
association was counter-balanced). The words were presented on a computer screen and were
randomly presented for a duration of 3000 ms then followed by a unlimited-time fixation cross
during which all participants answered the question by pressing a one of two keys to answer
either “yes” or “no.” The four conditions varied in the degree of depth of processing and
personal involvement that they induced. The Perceptive Condition consisted to indicate whether
the first and last letters of the adjective are in alphabetical order. The Semantic Condition
required participants to assess whether the adjective represents a socially desirable
personality trait. In the Self Semantic Condition subjects had to determine whether the adjective
represents one of their personality traits. In the Self Episodic Condition, participants had to
indicate whether the word reminded them of a specific event that they had personally
experienced.
After a 2-minute retention interval, all participants performed an unexpected written
free recall during 2-minute. Then after 20-minute interval during which they performed nonverbal tasks, participants had a second written free recall task.
159
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
Statistical analyses
We conducted a 3(group) x 4(encoding) x 2(valence) x 2(delay) analysis of variance
(Anova) on the number of words correctly recalled minus errors. Partial Eta-squared were used
to determine the size effect with η²p>0.01 a small effect, η²p>0.06 a medium effect and η²p>0.14 a
large effect. We subsequently performed Fischer LSD post-hoc tests for all specific withingroups differences (encoding conditions, valence) and between-group (groups) difference, a
significant effect was defined using an alpha level of p < 0.05. Cohen’s d was used to determine
effect size with d<0.3 a small effect, 0.3<d<0.8 a medium effect and d>0.8 a large effect.
An effect of depth of processing (DOP) has been defined with a significant benefice of the
Semantic condition on the Perceptive one. A Semantic Self-reference effect (Semantic SRE) have
been defined with a significant benefice of the semantic Self-reference condition on the
Semantic condition. An Episodic Self-reference effect (Episodic SRE) and have been defined with
a significant benefice of the Episodic Self-reference condition on the Semantic condition.
Results
The ANOVA was performed on the number of words correctly recalled minus the
errors. The analysis revealed a significant main effect of the group (F(2,36)=19.81, p<0.001,
η²p=0.52), the encoding (F(3,108)=16.45, p<0.001, η²p=0.31) and the retention interval
(F(1,36)=10.76, p=0.002, η²p=0.23). The double interaction group X encoding was significant
(F(6,108)=3.30, p=0.005, η²p=0.15), whereas the encoding X retention interval (F(3,108)<1,
p>0.10, η²p=0.03) and the group X interval retention F(2,36)=1.31, p>0.10, η²p=0.06) were
not. The free recall performances are reported in the figure 1 according by the encoding
condition and the group.
The three groups had significantly weaker performance after a delay of 20-minutes,
but it did not influence the pattern of the encoding condition. YA performed better than OA
(p<0.001, d=1.30), who in turn scored higher than PAD (p=0.02, d=1.05). More precisely, YA
recalled significantly more words than the OA in the Semantic condition (p=0.003, d=1.27)
and the Episodic Self condition (p<0.001, d=1.55) but not in the Perceptive condition (p>0.10,
d=0.61) and the Semantic Self condition (p>0.10, d=0.12). OA performed significantly better
than PAD in the Semantic Self condition (p=0.002, d=1.03) but not in the Perceptive condition
(p>0.10, d=0.17) and the Semantic condition (p>0.10, d=0.07). Difference in the Episodic Self
(p=0.09) could be considered at least as a marginal tendency considering the large effect size
(d=1.50).
160
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
Figure 1. Free recall
performance presented by
encoding condition and group.
Legend: Group: YA = Young
adults, OA = Older Adults, PAD =
Patients with Alzheimer’s Disease.
Encoding condition: Perceptive
(Yellow bar), Semantic (Orange
bar), Self Semantic (Red bar) and
Self Episodic (Purple bar).
Within-group comparisons on encoding conditions revealed that YA exhibit a
significant DOP (p<0.001, d=1.32). The superior benefit of the semantic SRE was descriptive
but not significant (p>0.10, d=0.42). However, YA expressed a significant Episodic SRE
(p=0.03, d=0.73). Older adults did not exhibit a significant DOP (p>0.10, d=0.71), but had a
significant additional semantic SRE (p=0.001, d=0.93). However, the Episodic SRE was
descriptive but not significant (p>0.10, d=0.41). Finally, PAD, results did exhibit a DOP
(p>0.10, d=-0.10), and the additional Semantic SRE and Episodic SRE was only descriptive but
not statistically significant (p>0.10, respectively, d=1.24 and d=1.17).
Finally, the effect of valence on the recall depended on the group (F(2,36)=4.14, p
=0.02, η²p=0.19) and also on the retention interval (F(2,36)=8.77, p=0.001, η²p=0.33). In
immediate free recall, YA recalled significantly more positive than negative words (p =0.04,
d=0.32) whereas OA and PAD did not (p>0.10, respectively, d=0.20 and d=0.49). In delayed
free recall, YA still recalled more positive than negative words (p<0.001, d=0.65); the
opposite was the case for the OA (p=0.02, d=0.11), whereas there was no significant
difference for the PAD (p>0.10, d=0.36).
Discussion
One study conducted by Bower and Guilligan (1979) in young adults previously
highlighted both a semantic SRE and an episodic SRE specifically on the free recall of
personality traits; the two nature of SRE leading to similar effect (See also, Klein et al., 1989).
However, in the present study, young adults exhibit a significant effect of depth of processing
and additional episodic SRE, but no significant additional effect of the semantic SRE. Difference
161
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
could be due to methodological differences during the encoding phase. The time response was
not limited in the present study on the contrary to the other study. When it is possible, young
people naturally deeply process information that allows them to create more specific internal
retrieval cues associated with the stimulus (Craik, 1986). Thus, compared our previous study
(Lalanne et al., in revision), the semantic Self-reference seems to be a superior strategy and
leads to superior performance when the encoding had to be processed quickly. On the contrary,
the episodic Self-reference strategy still conserves its mnemonic advantage because the
successful retrieval of autobiographical memories supposed to induce the creation of the
hightly specific internal cues (Conway, 2005). In other words, in normal youth, the better
strategy to enhance the performance in free recall is the one which induces the association of
the stimulus with the more specific internal cues. Futhermore, a long retention interval
diminished performances but it did not influence the effect of the Self-reference effects.
Moreover, the present study highlights that, in free recall, normal elderly people exhibit a
Self-reference effect only observable after an encoding based on semantic (Lalanne et al., in
revision ; Mueller et al., 1986), and not episodic, autobiographical memory, and that for the two
different interval retention. This difference could be explained by a specific executive agerelated deficit. Indeed, difficulties in memory tasks based on autobiographical material in aging
have been shown to be largely due to executive deficits in initiating controlled strategic
processes, which are more important in the retrieval of items requiring more specific internal
cues (Luo & Craik, 2009) as episodic autobiographical cues. Craik and Byrd (1982) had already
found that general cues requiring less attentional resource were more efficient than more
specific cues for elderly on the contrary of young adults. As previous experimental aging
research (Lalanne et al., in revision ; Mueller et al., 1986), the present study confirms that
semantic self-reference lessened, and even normalized, differences in memory performance
between young and elderly people. It appears that the Semantic Self-reference processing is the
only to naturally lead to a deep encoding with efficient cues to enhance strategic retrieval
processing in normal aging.
In AD patients, our study revealed massive damage to episodic memory compared to
normal aging owing to a floor effect in free recall whatever the encoding condition. This is in
accordance with the AD literature (See, Salmon & Bondi, 2009, for a review). Even a Selfreference processing has been found to be efficient in a recognition task after an unlimited time
encoding and a long interval retention, the present study highlights that performances appear
to cannot be enhances in free recall even in immediate recall. The reason is probably due to the
massive impairment of executive strategic processes during both encoding and retrieval in
Alzheimer’s disease. Only cognitive support during both encoding (deep encoding and efficient
162
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
encoding conditions) and retrieval (recognition test) seems to improve memory performance
(Bäckman & Small, 1998; Bird & Luszcz, 1991; Lipinska and Bäckman, (1997). In that way, the
Self-reference processing can enhance the recognition based on the strength of mnesic trace
(Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013, Kalenzaga, & Clarys, 2013), but cannot enhance strategic
auto-initiated processes during the free recall.
The last result concerns the negativity bias observed on the free recall performance in
the normal older group. However, the litteraure usually highlighted a positivity biais mainly
expressed in a recognition task (Kensinger & Schacter, 2008; Mather & Carstensen, 2005a).
This posititivity bias is mostly explained via the socioemotional selectivity theory postulating
that with aging and the associated life-ending perspectives, goals and motivations change in
order to maintain self-esteem and well-being via a cognitive emotional-regulation process that
focuses more on positive affect than negative one. However, numerous studies highlighted that
the positivity bias is underlied by control and strategic attentional processes (Kryla-Lighthall &
Mather, 2009). Indeed, some results (Mather & Knight, 2005) showed that in aging, the more
executive capacities are reduced or the more attention is divided between tasks, the less is the
positivity bias. In that way, free recall engages more executive resources and control processes
than recognition, probably decreasing the amount of resources available for controlled
emotional regulation. Thus, the negativity bias in free recall may be the expression of
insufficient resources to inhibit automatic attentional processes toward negative information.
In Alzheimer’s disease, no effect of valence was found mostly due to the floor effect. However,
previous studies highlighted a posivity bias in recognition with a Self-reference paradigm
(Lalanne et al., in revision; Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013) as in normal aging.
Conclusion
The present study examined the influence of the multidimentional Self on encoding and
retrieval processes in episodic memory in youth, normal aging and Alzheimer’s disease. We
used Self-reference in a depth-of-processing paradigm in an incidental encoding phase with
subsequent free recall task (immediate and 20-minute delayed). This research brings new
highlights about the expression of the Self-reference effect. In normal aging, only the reference
to personal semantic knowledge, but not the reference to episodic autobiographical memories,
efficiently enhanced the probability of retrieval in free recall. Those results support the idea
that too specific Self-referent internal cues of retrieval (episodic), on the contrary of general
Self-referent internal cues of retrieval, are not efficient to enhance the performance in free
recall. This research also confirms that the Self-reference effect in Alzheimer’s disease could be
163
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
expressed only if a strong contextual support during the retrieval (as a recognition task) is also
present.
Acknowledgements/Conflicts/Funding Sources. The authors would like to express their
gratitude to the patients for their participation in this study which was carried out thanks to a
grant from the Association France Alzheimer allotted to JL. The authors declare no conflict of
interest.
References
Addis, D. R., and Tippett, L. J. (2004). Memory of myself: autobiographical memory and identity in Alzheimer’s disease.
Memory, 12(1), 56–74. doi:10.1080/09658210244000423.
Anderson, N. H. (1968). Likableness ratings of 555 personality-trait words. Journal of Personality and Social Psychology, 9(3),
272-279. doi:10.1037/h0025907.
Bäckman, L., and Small, B. J. (1998). Influences of cognitive support on episodic remembering: Tracing the process of loss
from normal aging to Alzheimer’s disease. Psychology and aging, 13(2), 267–276. doi:10.1037/08827974.13.2.267.
Bird, M., and Luszcz, M. (1991). Encoding specificity, depth of processing, and cued recall in Alzheimer’s disease. Journal of
Clinical and Experimental Neuropsychology, 13(4), 508. doi:10.1080/01688639108401067.
Bower, G. H., and Gilligan, S. G. (1979). Remembering information related to one’s self. Journal of Research in Personality,
13(4), 420-432. doi:10.1016/0092-6566(79)90005-9.
Conway, M. A. (2005). Memory and the self. Journal of Memory and Language, 53(4), 594–628.
doi:10.1016/j.jml.2005.08.005.
Craik, F. I. M., & Byrd, M. (1982). Ageing and cognition deficits: the role of attentional resources. Aging and Cognitive Processes
(Craik and Trehub, eds.). Plenun. New York.
Deltour, J. J. (1993). Echelle de vocabulaire de Mill-Hill de JC Raven. Adaptation française et normes comparées du Mill-Hill et du
Standard Progressive Matrices de Raven (PM 38). Braine-le-Château, Belgium: Editions L’application des
Techniques Modernes.
Folstein, M. F., Folstein, S. E., and McHugh, P. R. (1975). Mini-Mental State: a practical method for grading the cognitive state of
patients for the clinician. Journal of psychiatric research, 12(3), 189-198. doi:10.1016/0022-3956(75)90026-6.
Glisky, E., and Marquine, M. (2009). Semantic and self-referential processing of positive and negative trait adjectives in older
adults. Memory, 17(2), 144–157. doi:10.1080/09658210802077405.
Gutchess, A. H., Kensinger, E. A., Yoon, C., and Schacter, D. L. (2007). Ageing and the self-reference effect in memory. Memory,
15(8), 822–837. doi:10.1080/09658210701701394.
Kalenzaga, S., Bugaïska, A., and Clarys, D. (2013). Self-Reference Effect and Autonoetic Consciousness in Alzheimer Disease:
Evidence for a Persistent Affective Self in Dementia Patients. Alzheimer Disease & Associated Disorders, in press.
doi: 10.1097/WAD.0b013e318257dc31.
Kalenzaga, S., and Clarys, D. (2013). Self-referential processing in Alzheimer’s disease: Two different ways of processing selfknowledge? Journal of Clinical and Experimental Neuropsychology, 1-17. doi:10.1080/13803395.2013.789485
Kensinger, E. A., and Schacter, D. L. (2008). Memory and Emotion. Dans M. Lewis, J. M. Haviland-Jones, and L. Feldman Barrett
(Éd.), Handbook of emotions. New York: Guilford Press.
Klein, S. B., (2012). Self, Memory, and the Self-Reference Effect: An Examination of Conceptual and Methodological Issues.
Personality and Social Psychology Review, 16(3):283-300. doi: 10.1177/1088868311434214.
Klein, S. B., and Gangi, C. E. (2010). The multiplicity of self: neuropsychological evidence and its implications for the self as a
construct in psychological research. Annals of the New York Academy of Sciences, 1191(1), 1-15.
doi:10.1111/j.1749-6632.2010.05441.x.
Klein, S. B., & Loftus, J. (1988). The nature of self-referent encoding: The contributions of elaborative and organizational
processes. Journal of Personality and Social Psychology, 55(1), 5–11. doi:10.1037/0022-3514.55.1.5
164
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 2
Klein, S. B., Loftus, J., and Burton, H. A. (1989). Two self-reference effects: The importance of distinguishing between selfdescriptiveness judgments and autobiographical retrieval in self-referent encoding. Journal of Personality and
Social Psychology, 56(6), 853–865. doi:10.1037/0022-3514.56.6.853.
Kryla-Lighthall, N., and Mather, M. (2009). The role of cognitive control in older adults' emotional well-being.
Lalanne, J., Rozenberg, J., Grolleau, P., and Piolino, P. (2012). The self-reference effect on episodic memory »recollection in
normal aging and Alzheimer’s disease. Current Alzheimer Research. Submitted for publication, in revision.
Lipinska, B., and Bäckman, L. (1997). Encoding–Retrieval Interactions in Mild Alzheimer’s Disease: The Role of Access to
Categorical Information. Brain and Cognition, 34(2), 274-286. doi:10.1006/brcg.1997.0916.
Luo, L., & Craik, F. I. M. (2009). Age differences in recollection: Specificity effects at retrieval. Journal of Memory and Language,
60(4), 421-436. doi:10.1016/j.jml.2009.01.005.
Martinelli., P., Anssens., A., Sperduti., M. and Piolino. P. (2013). The influence of normal aging and Alzheimer's disease in
autobiographical memory highly related to the self. Neuropsychology, 27(1). doi: 10.1037/a0030453
Mather, M., and Carstensen, L. L. (2005). Aging and motivated cognition: the positivity effect in attention and memory. Trends
in Cognitive Sciences, 9(10), 496-502. doi:10.1016/j.tics.2005.08.005.
McKhann, G., Drachman, D., Folstein, M., Katzman, R., Price, D., and Stadlan, E. M. (1984). Clinical diagnosis of Alzheimer’s
disease: report of the NINCDS-ADRDA Work Group under the auspices of Department of Health and Human
Services Task Force on Alzheimer’s Disease. Neurology, 34(7), 939-944. Consulté août 5, 2010, .
Mueller, J. H., Wonderlich, S., and Dugan, K. (1986). Self-referent processing of age-specific material. Psychology and Aging,
1(4), 293–299. doi:10.1037/0882-7974.1.4.293.
New, B., and Pallier, C. (2007). Lexique 2.62. Open Lexique. Consulté mars 30, 2007, de http://www.lexique.org/.
Piolino, P., Coste, C., Martinelli, P., Macé, A. L., Quinette, P., Guillery-Girard, B., et al. (2009). Reduced Specificity of
Autobiographical Memory and Aging: Do the Executive and Feature Binding Functions of Working Memory Have a
Role? Neuropsychologia, 48(2), 429-440. doi:10.1016/j.neuropsychologia.2009.09.035.
Rinaldi, P., Mecocci, P., Benedetti, C., Ercolani, S., Bregnocchi, M., Menculini, G., et al. (2003). Validation of the Five-Item
Geriatric Depression Scale in Elderly Subjects in Three Different Settings. Journal of the American Geriatrics Society,
51(5), 694-698. doi:10.1034/j.1600-0579.2003.00216.x.
Rogers, T. B., Kuiper, N. A., and Kirker, W. S. (1977). Self-reference and the encoding of personal information. Journal of
Personality and Social Psychology, 35(9), 677–688. doi:10.1037/0022-3514.35.9.677.
Salmon, D. P., and Bondi, M. W. (2009). Neuropsychological Assessment of Dementia. Annual Review of Psychology, 60(1),
257-282. doi:10.1146/annurev.psych.57.102904.190024.
Superlab Pro. (1999). . Phoenix, United States: Cedrus Corporation.
Symons, C. S., and Johnson, B. T. (1997). The self-reference effect in memory: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 121,
371–394. doi:10.1037/0033-2909.121.3.371.
165
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
IV.
EFFET DE REFERENCE A SOI MULTIDIMENSIONNEL EN
RECONNAISSANCE : ETUDE 3
Cette étude est présentée dans le cadre de l’article « How does multidimensional Self
influence long-term episodic memory? New insights in youth, normal aging and Alzheimer’s
disease » actuellement soumis dans la revue internationale « Memory and Cognition » par les
auteurs Lalanne J., Rozenberg, J., Gallarda T., et Piolino, P.
De la même manière que l’étude 2, la présente étude avait pour objectif d’étudier
l’influence du Soi sur les processus en mémoire épisodique en fonction de sa multiplicité,
notamment le Soi conceptuel et le Soi phénoménologique. L’originalité de cette étude était de
comparer conjointement les effets de la profondeur de traitement et les effets des traitements
en référence au Soi conceptuel et au Soi phénoménologique (diachronique dans sa forme
secondaire) sur les processus en mémoire épisodique à long terme (stockage, consolidation,
recollection) en comparant leurs effets sur une tâche de reconnaissance et de recollection. A ce
jour, une seule étude a étudié les deux types d’effet de référence à soi chez les sujets jeunes
après un long délai de rétention (Bower & Guilligan, 1979) sans pour autant l’étudier
conjointement aux effets de la profondeur de traitement et sans l'étudier sur la recollection.
Aucune étude n’est relatée dans le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer, et d'autant
plus avec de longs délais de rétention.
Tout d’abord, nous souhaitions proposer aux participants des conditions d’encodage
maximales afin de permettre aux sujets âgés et aux patients d’élaborer au mieux les stimuli et
pouvoir comparer, en ce qui concerne le traitement en référence au Soi conceptuel, si cela
améliorait les performances de rappel par rapport à l’étude 1. Par ailleurs, de la même manière
que l’étude 2, la question était également de savoir si l’expression de l’effet de référence au Soi
phénoménologique donnait lieu à un pattern différent de l’effet de référence au Soi conceptuel
chez les sujets âgés et les patients Alzheimer compte tenu que ces dimensions du Soi sont
distinctement et différemment perturbées dans ces deux populations.
Concernant nos hypotheses, nous attendions à la fois un effet de reference au Soi
conceptuel et au Soi phénoménologique, tout comme un effet de référence en recollection, chez
les sujets jeunes, sans attentes concernant la valence émotionnelle au regard de la littérature.
Dans le vieillissement normal, nous supposions que l’effet de reference au Soi conceptual serait
supérieur à celui de l’effet de reference au Soi phénoménologique, à la fois en reconnaissance et
166
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
en recollection. Nous attendions un biais de positivité au regard de notre étude 1. Concernant
les patients Alzheimer, nous avions supposé que l’effet de référence à Soi serait limité à la
référence au Soi conceptuel à la fois en reconnaissance et en recollection, compte tenu de
l’atteinte massive du Soi phénoménologique dés le stade débutant. Nous espérions clarifier
l’effet de la valence émotionnelle au vu des résultats parfois contradictoire dans des études
différentes (Kalanzaga et al., 2013 versus notre étude 1).
Les résultats de l’article « How does multidimensional Self influence long-term episodic
memory? New insights in youth, normal aging and Alzheimer’s disease » montrent :
-
En reconnaissance, un effet de référence au Soi conceptuel et un effet de référence au
Soi phénoménologique chez les sujets jeunes, les sujets âgés et les patients Alzheimer.
De plus, un biais de positivité était présent pour tous les sujets.
-
En recollection, un effet de référence au Soi conceptuel quelle que soit la valence du
matériel et un effet de référence au Soi phénoménologique spécifique à la valence
positive chez les sujets jeunes. Les sujets âgés expriment un effet de référence au Soi
conceptuel et phénoménologique uniquement pour le matériel positif, alors que la
référence à Soi est observée quelle que soit la valence pour les patients Alzheimer.
-
Les différences intergroupes des conditions en référence à Soi ont également montré
une plus grande différence entre les sujets âgés et les jeunes en condition de
référence au Soi phénoménologique qu’en condition de référence au Soi conceptuel, à
la fois en reconnaissance et en recollection. L’inverse était observé en
reconnaissance entre les sujets âgés et les patients Alzheimer, mais en recollection
les différences étaient identiques dans les deux conditions de référence à Soi.
Les résultats de cette étude confirment la supériorité d’un traitement en référence à
Soi en comparaison avec d’autres traitements d’encodage (perceptifs ou sémantique). De plus,
les effets de la valence émotionnelle indiquent une volonté forte chez tous les sujets à maintenir
une image positive d’eux-mêmes et qui serait liée aux buts et motivations du Soi. Les stimuli de
valence positive seraient congruents avec les images positives actuelles de Soi des sujets. De
plus les données renforcent l’idée de la théorie socio-émotionnelle dans le vieillissement sur le
traitement privilégié des informations impliquant des affects positifs et l’inhibition des affects
négatifs malgré les modifications du vieillissement et l’approche de la fin de vie. Par ailleurs,
quelle que soit la nature de la référence à Soi, un traitement en référence à Soi apparait comme
étant une stratégie d’encodage pour améliorer les performances particulièrement efficace et
robuste même dans la maladie d’Alzheimer, dès lors que des tâche de reconnaissance sont
167
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
utilisées a contrario de l’étude 2.
Sur le plan théorique, la supériorité des différences intergroupes de la condition de référence
au Soi phénoménologique par rapport au Soi conceptuel dans le vieillissement normal confortent
les données de la littérature, supposant que la fragilité du Soi phénoménologique se répercute
visiblement sur les possibilités de traitement durant l’encodage. Au contraire, la supériorité des
différences intergroupes de la condition de référence au Soi conceptuel par rapport au Soi
phénoménologique dans la maladie d’Alzheimer pourrait refléter une organisation interne du
Soi conceptuel moindre du fait de son altération déjà présente à un stade débutant, en plus de
celle du Soi phénoménologique ; ce dernier étant déjà fragilisé dans le vieillissement normal
alors que le premier est préservé.
168
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
How does multidimensional Self influence long-term episodic memory?
New insights in youth, normal aging and Alzheimer’s disease
Lalanne Jennifer1,2, Rozenberg Johanna1,2, Gallarda Thierry2,3, Piolino Pascale1,2*
1Université
Paris Descartes, Institut de Psychologie, Memory and Cognition Lab,
Paris, France
2
3
Inserm UMR S894, Centre de Psychiatrie et Neurosciences, Paris, France
Centre d’Évaluation des Troubles Psychiques et du Vieillissement, Hôpital
Sainte Anne, Paris, France
(Memory and Cognition, submitted)
*Correspondence concerning this article should be addressed to Pascale Piolino,
Memory and Cognition Lab, 71 avenue Edouard Vaillant, 92774, Boulogne-Billancourt, France.
E-mail: [email protected]
169
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Abstract
Objective: In the present study, we investigated the influence of Self-referential
processes on long-term episodic memory with 25 healthy young subjects, 25 older subjects,
and 25 patients with Alzheimer’s disease at an early stage. The originality of our approach was
to distinguish Self-referential processes related to both components of autobiographical
memory (personal semantic knowledge and episodic memories). Method: We used an
incidental-encoding phase using judgements of personality traits under different encoding
conditions that induced variable degrees of depth of processing and personal involvement.
Afterwards, participants performed a 20-minutes delayed recognition task, combined with a
remember-know paradigm. Results: Our results showed that both semantic and episodic Selfreference (SRE) significantly enhanced performance on recognition tasks compared to
alternative encodings whatever the participants. In addition Self-reference processing led to a
subjective sense of remembering in the three groups but effects depended on the nature of the
Self-reference and the emotional valence of stimuli. Young adults expressed a semantic Selfreference effect in recollection (semantic SRRE) whatever the valence whereas the episodic
Self-reference effect (episodic SRRE) was specific to the positive valence. Normal older adults
exhibited a semantic and episodic SRRE only for the positive valence whereas the SRRE was
observed whatever the valence with AD patients albeit to a lower extent. Conclusion: These
results demonstrate that Self-reference effects, based on both facets of autobiographical
memory, are still present in Alzheimer’s disease and could be used as efficient strategies to
enhance anterograde memory, what opens new perspectives for the development of
rehabilitation programs.
Keywords: Self reference effect, remember/know, autobiographical memory, aging,
Alzheimer's disease
Short Title: Self reference effect in Aging and AD
170
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Introduction
Self and memory: specificity of the Self-Reference Effect
All of us have an intuitive conception of who we are: a unitary experience of ourselves,
of an “I” that thinks, acts, remembers and lives through time. Nevertheless, our Self concept is
multi-dimensional and not straightforwardly unified. “Me” is a woman, a sociable person,
someone who used to live in Paris, etc. Two dimensions of the self thus emerge (Conway, 2005;
James, 1890; Klein & Gangi, 2010; Klein, 2012): one structural where the Self is the object of
knowledge and one functional where the Self is the subject (or operator) of knowledge. With
mutual influence, the Self and autobiographical memory are closely interconnected (Morris &
Mograbi, 2012), grounding a sense of identity and maintaining a sense of being a coherent
person over time (Bluck & Alea, 2009; Conway, 2005; Klein & Gangi, 2010).
On the one hand, the Self is based on a framework of multidimensional personal
semantic knowledge that comprises a set of concepts, schemes, prototypes, rules, beliefs and
goals about oneself (Conway, 2005), a number of categories of Self-concepts (Haslam et al.,
2011), and personality traits (Klein and Gangi, 2010) stored in semantic autobiographical
memory (Conway, 2005). Semantic Self-knowledge is the core of the personal identity
(Conway, 2005). However, the Self is also defined by specific personal events with
phenomenological details situated in a spatio-temporal stored in episodic autobiographical
memory (Conway, 2005). Specific events act as precise example of our identity, they represent
who we are or were at one time and are recollected with a sense of remembering (Tulving,
2001).
On the other hand, the Self is an active functional entity in an individual’s mental and
cognitive functioning (Conway, 2005; Klein, Loftus, & Burton, 1989). The Self is viewed as a
higher-level executive construct (working Self, for Conway, 2005) with a main activity of goal
management that guides and modulates different cognitive systems, affects and behaviour. It
determines memory processes such as encoding, consolidation or retrieval of knowledge, their
accessibility or inaccessibility, or even the construction of memories (See, Klein, 2012, for
recent review on Self concept and Self-reference effect).
In that way, numerous studies investigated the relation between the Self and learning
and memory processes (See, Symons & Johnson, 1997, for a review). Rogers, Kuiper and Kirker
(1977) carried out the pioneer study on the Self-reference effect (SRE) with young adults,
based on the depth of processing paradigm (Craik & Lockhart, 1972). They postulated that the
171
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
deepest the encoding processing is, the better the performance in a subsequent memory test
gets, because the mnesic trace become more elaborate and distinctive. They created an
incidental-learning task for personality trait adjectives divided into four encoding conditions
and then followed by a free recall task. Conditions were a perceptual judgement task (“Is the
word in upper case letters ?”), a phonemic task (“Does the word X rhyme with Y ?”), a semantic
task (“Is the word X a synonym of Y ?”) and finally a self-reference task (“Does the word X
describe you ?”). Results highlighted the better retention and retrieval of information after
being processed in relation to one’s pre-existing semantic Self-knowledge rather than other
processing. Most of the subsequent studies did not highlighted an effect of emotional valence of
personality traits in recognition (D’Argembeau, Comblain, & Van der Linden, 2005; Glisky &
Marquine, 2009; Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2010; Gutchess, Kensinger, Yoon, & Schacter,
2007; but see Fossati et al., 2004 for a negativity bias). Thereafter, Klein et al. (1989) compared
two different Self-reference encoding, a Self-descriptiveness judgement task and an
autobiographical memory retrieval task. Both tasks led to similar SRE in recognition (See,
Bower & Gilligan, 1979, for similar results in free recall). However, they suggested that the two
tasks rely on different structural aspect of the Self and involved qualitatively different
processes. Indeed, the Self-descriptiveness task depended more on direct and automatic access
to personal semantic knowledge, while the autobiographical retrieval task depends more on
indirect and controlled access to episodic memories.
What are the underlying mechanisms of the Self-reference effect? First, the mnemonic
advantage is the consequence of structural aspects of the Self as object of knowledge (See for
review, Klein, 2012). Indeed, the different Self-knowledge are notably well-organized and
connected in personal semantic memory or episodic autobiographical memory. Thus according
to Klein and Loftus (1988), Self appears to have both natural elaborative properties with an
item-specific processing (i.e. “I know I am a kind person”) and organizational ones with a
relational processing (i.e. “kind, sociable, energetic” as “what I am” or “what I would like to be”)
that induce a deeper processing of stimuli. Secondly, the mnemonic advantage must be
attached to the functional aspects of the Self as subject of knowledge (working Self). Face to a
new situation, Self processes information in function of their correspondence and their
coherence to the personal goals and actual Self-views, in order to integrate and organize new
information to pre-existing self-knowledge.
In the continuity, Conway and Dewhurst (1995) studied the SRE on the state of
consciousness during a recognition task (Conway, Dewhurst, Pearson, & Sapute, 2001). To
analyse this phenomenon, they used the Remember/Know paradigm (Gardiner, 1988; Tulving,
172
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
1985). Participants had to state on the nature of their recollective experience during
recognition. A Remember response supposes the retrieval of the previously encoded item with
details of its prior occurrence. The feeling of remembering involves autonoetic consciousness
giving an impression of mentally traveling back in the subjective time that is characteristic of
episodic memory. In contrast, a Know response induces the retrieval of information without
any conscious recollection of the encoding context. The feeling of knowing reflects noetic
consciousness by the awareness of information without a phenomenological experience
associated that is characteristic of semantic memory. In that way, Conway and Dewhurst found
that the reference to personal semantic knowledge (Self-descriptiveness task) improved not
only the quantity but also the quality of memories through a superior sense of remembering
after a short or long interval retention. Conway and collaborators suggested that this “SelfReference Recollection Effect” (SRRE) would depict the degree of integration and consolidation
of mnesic trace to the Self-knowledge and would be dependent to the congruence of the actual
goals and images of the Self. In other word, the SRRE depends, more than the SRE, on the
influence of functional aspects of the Self (working Self) where it is subject of knowledge and
acts on the episodic memory processes. The SRRE has never been studied with a reference to
episodic autobiographical memories.
Our interest here is the extent of SRE and SRRE when autobiographical memory
functions are less efficient. Does the Self still support and improve the acquisition of new
episodic information in normal aging and AD?
The Self-Reference Effect on episodic memory in aging
Normal aging affects the episodic component of autobiographical memory with a
diminished retrieval of specific memories and subjective sense of remembering, but it leaves
the semantic one intact (Piolino et al., 2006). Nevertheless, the sense of identity seems to be
preserved not only by virtue of semantic personal memory, but also by the persistence of
particular Self-relevant episodic memories which are important for the construction of identity
(Martinelli, Anssens, Sperduti, Piolino, 2013).
In normal aging, the SRE has been focused on the reference to the personal semantic
knowledge (with Self-descriptiveness task), but the reference to episodic autobiographical
memories was never investigated. The presence of the SRE in healthy elderly people was first
highlighted by Mueller, Wonderlich and Dugan (1986) in free recall and then several studies
confirmed this result in recognition (Glisky & Marquine, 2009; Gutchess et al., 2010, 2007). The
effect of emotional valence in recognition is still debated in the literature in normal aging (For
173
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
reviews, Fernandes, Ross, Wiegand, & Schryer, 2008; Kensinger & Schacter, 2008), but a
positivity bias is usually observed in normal aging (Glisky & Marquine, 2009, Lalanne,
Rozenberg, Grolleau & Piolino, in revision). Moreover, Moroz (1999) showed that normal older
adults as young ones exhibited a significant SRRE despite a global impairment of sense of
remembering. In a recent study (Lalanne et al., revision), those results were extended to a more
long-term recognition and sense of remembering and we found as in recognition, a positivity
bias on the Remember responses. The preserved efficiency of the Self-reference processing via
personal semantic knowledge on episodic memory is congruent with the preservation of
semantic autobiographical memory albeit global mnesic performance is generally weakened in
aging. Considering their episodic deficits, do older people could efficiently process a stimulus in
relation to specific autobiographical memories?
Contrary to normal aging, the weakening of autobiographical foundations in Alzheimer’s
disease (AD) affects the quality of the Self per se (See, Caddell & Clare, 2010, for a review). AD
patients have a decline of episodic autobiographical memory with a temporal gradient (i.e.,
relative preservation of the most remote information (Eustache et al., 2004), and are subjects to
an overgeneralization of episodes lacking of autonoetic features (Piolino et al., 2003; Leyhe,
Müller, Milian, Eschweiler, & Saur, 2009). Some aspects of the Self as the premorbid personality
trait knowledge seems to be resistant to the advance of the disease (See K.R., in Klein, Cosmides,
& Costabile, 2003). In that way, they seem to maintain a sense of personal identity (Basting,
2003), but which is more fossilized, less nuanced, based more on ancient Self-knowledge than
on specific episodes due to lack of rich contextual cues and episodic detail (Addis & Tippett,
2004; Martinelli et al., 2013). According to Morris and Mograbi (2012) new information fails to
be consolidated, degrading quickly after initial experience, and is poorly integrated into the
Self-knowledge. Progressively, it limits changes in self-concept leading to an outdated sense of
identity. Those deficits lead to anosognosia in AD patients. Finally, the impairment of the Self
and personal identity expands with the impairment of semantic autobiographical memory
(Fargeau et al., 2010).
To our knowledge, very few studies have investigated the SRE with reference to the
personal semantic knowledge on subsequent memory retrieval in AD. Recently, Kalenzaga and
collaborators compared the intentional encoding of emotional personality traits (positive,
negative and neutral) in a Self-reference condition (Self-descriptiveness task) and in other deep
condition (semantic processing in Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013 and Other-reference
processing in Kalenzaga & Clarys, 2013). In recognition, AD patients appeared to benefit from
the SRE on the correct hits as the healthy elderly people with a positivity bias on overall
174
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
performance. Moreover, the SRRE was also present, but seemed restricted to emotional
material and mainly to the negative valence. Actually, they assessed memory retrieval oneminute after the encoding in AD while they used 10-minutes interval retention for the control
group, and did not investigate episodic long-term memory processes (long-term storage and
consolidation) that is usually considerably impaired in AD (Morris & Mograbi, 2012). In a
recent study (Lalanne et al., revision), we found the Self-reference processing did not enhance,
after an incidental encoding and a long-term interval, the discrimination of old items compared
to new items. However, the SRRE was remarkably still present even after a long-term interval
and contrary to Kalenzaga et al. (2013), especially for the positive valence. This last difference
could be linked to the different type of encoding and interval retention in these two studies. So,
despite their episodic memory impairments, AD patients were sensitive to variations in depth
of processing in an incidental encoding task. In addition the reference to personal semantic
knowledge appears as an efficient strategy to enhance at least the quality of long-term stored
information. However, considering the retrieval impairment of autobiographical memories in
AD, does an information in reference to personal specific events could be favourably
memorized?
Purpose of the study
Since Self-referencing appears to be a promising strategy to enhance memory in older
subjects and patients with early stage of AD, we aimed to learn more about the SRE through an
experiment on the processing of multifaceted Self-referential information on episodic longterm memory. For the first time, we sought to investigate the effect of self-reference via both
components of autobiographical memory in youth, normal aging and AD. More precisely, the
benefits of semantic Self-reference (reference to personal knowledge) and episodic Selfreference (reference to specific autobiographical memories) were tested on episodic long-term
recognition and sense of remembering. We also wished to study the specific influence of the
valence on the SRE.
We used an incidental encoding task of positive and negative personality traits inducing
variable degrees of depth of processing and personal involvement. The encoding was followed
by a recognition task after a 20-minutes retention interval. In order to evaluate the effect of
Self-reference on the state of consciousness (SRRE), we used a remember/know/guess
paradigm associated with the recognition task (Gardiner, Ramponi and Richardson-Klavehn,
2002).
175
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
We expected the SRE and the SRRE on episodic long-term memory would depend on the
nature of the Self-reference and the group of participants.
In youth, we aimed to replicate the results of Bower and Guilligan (1979) expecting both
a semantic SRE and a episodic SRE. In addition, we wanted to extend the results of Conway and
Dewhurst (1995) to the effect of the reference to specific autobiographical memories. We did
not expect an effect of the valence considering its absence usually observed on the recognition
performance in previous studies (D’Argembeau et al., 2005; Gutchess et al, 2007; Lalanne et al.,
revision).
In normal aging, we expected that both types of Self-reference would be efficient but the
semantic SRE/SRRE should be superior to the episodic SRE/SRRE considering the specific
impairment of episodic autobiographical memory. Moreover, considering the positivity bias in
the recognition of emotional contents in aging (See, Kensinger & Schacter, 2008, for a review)
and on the sense of remembering observed in a previous study (Lalanne et al., revision), we
expected superior performance for the positive valence.
In AD we supposed the benefits of Self-reference would be limited to the semantic
background and in a lesser extent than normal aging both in recognition and on the sense of
remembering. Contrary to our previous study (Lalanne et al., revision), we used an unlimited
encoding time and we supposed that it could lead to a superior elaboration of stimuli during the
encoding enhancing the likehood of retrieval in recognition. Finally, as in aging, we expected a
positivity bias on the overall recognition performance (Kalenzaga et al., 2013; Werheid,
McDonald, Simmons-Stern, Ally & Budson, 2011). However, we aimed to clarify the influence of
emotional valence on the sense on remembering, because Kalenzaga et al. (2013) and Lalanne
et al., revision) found two opposite results (respectively, a negativity bias and a positivity bias).
Method
Participants
In compliance with the Declaration of Helsinki, a total of 78 participants freely
consented to take part in this study: 25 young adults (YA) and 25 older adults (OA) with no
background of neurological or psychiatric disorders and who were undergoing no treatment
with a cognitive impact. Both groups were recruited at Paris Descartes University; 25 patients
with Alzheimer’s disease (AD) at an early to moderate stage of dementia according to the
criteria of McKhann et al. (1984) recruited at hospitals in Paris. Healthy older participants were
176
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
screened for dementia using the Mini Mental State Examination (Folstein, Folstein, & McHugh,
1975): global scores were greater than 26/30 for normal elderly participants and 21/30 for AD
patients. All participants had at least 8 years of education.
The descriptive and cognitive characteristics of groups are reported in Table 1. Student
test indicated that YA had a superior level of education than OA (t = 5.01, df = 48, p < 0.001)
that is commonly observed, but they did not differ on Mill-hill scores (multiple-choice synonym
vocabulary test that evaluates verbal and semantic background, Deltour, 1993; t = 0.26, df = 48,
p > 0.10)). The two groups did not differ on the GDS score (5-item Geriatric Depression Scale,
Rinaldi et al., 2003) ; t = 0.48, df = 50, p > 0.10). OA and AD patients did not differ for age (t = 0.90, df = 48, p > 0.10) nor on their scores on GDS scale (t=0.48, df=48, p > 0.10). OA had a
superior educational level than AD patients (t = -2.72, df = 48, p = 0.01) but they performed
similarly on the Mill-Hill scale (t= -1.16, df=48, p > 0.10). OA had a MMS score significantly
superior to AD patients (t = 7.79, df = 48, p < 0.001). As the Mill-Hill represent measure of a
crystallized intelligence, we therefore decided to not include the educational level in
subsequent analysis.
Young Adults
(YA)
Older Adults Patients with Alzheimer's
(OA)
Disease (AD)
N (Female, Male)
25 (22F, 3M)
25 (17F, 8M) 25 (17F, 8M)
--
--
Age
21.52 (2.16)
74,72 (9,26)
76.80 (6.79)
--
ns
Years of education 14.80 (0.94)
11.05 (3.62)
8,70 (2.33)
<0.001
<0.001
Mill Hill
29.40 (3,04)
29.20 (1.79)
28.36 (2,79)
ns
ns
MMSE
N/A
28.7 (1.4)
24.48 (2.02)
N/A
<0.001
0.88 (0.78)
0.75 (0.75)
ns
ns
GDS (Depression) 0.60 (0.76)
p-value
YA/OA
p-value
OA/AD
Table 1. Demographic and neuropsychological data by group (means and standard deviations)
and group effects (p-value).
Material
This experiment included an incidental-encoding phase, divided into four conditions,
followed by a recognition task. The Superlab® software (Cedrus Corporation, Superlab Pro,
1999) was used to administer all these tasks. All materials came from a French translation of
Anderson’s (1968) personality traits inventory. First, the words were matched for occurrence
and lemma occurrence frequencies in books and films, and for their number of letters and
syllables, based on a French lexicon (New & Pallier, 2007). Second, they were matched for
familiarity, valence, and ability to evoke an autobiographical memory through an experimental
177
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
validation on a 7-points scale with 36 young and 26 elderly subjects. To form the final pool we
selected adjectives with the higher positive valence and the higher negative valence and we
excluded adjectives considered as neutral.
Procedure
All participants underwent a training session before the encoding phase in order to be
familiar with the computer and the keyboard. The task consisted in judging whether a city was
in France. Once the procedure was familiar, participants performed judgments on 4 lists of 10
words (5 positive and 5 negative) divided into 4 conditions (the list-condition association was
counter-balanced) without being informed about subsequent memory tasks. The words were
presented on a computer screen and were randomly presented during 2000 milliseconds (ms)
and then followed by an unlimited-time fixation cross during which all participants answered
the question by pressing a the key “yes” or the key “no.” The four conditions varied in the
degree of depth of processing and personal involvement that they induced. In the Perceptive
Condition, participants had to indicate whether the first and last letters of the adjective are in
alphabetical order. The Semantic Condition required them to assess whether the adjective
represents a socially desirable personality trait. In the Semantic Self Condition (SSC) subjects
were asked to decide whether the adjective represents one of their personality traits. Finally, in
the Episodic Self Condition, participants had to indicate whether the word reminded them of a
specific event that they had personally experienced. The notion of episodicity was previously
detailed to the participants in order to ensure the correct application of the episodic condition
(i.e, events inferior to 24h, temporally and spatially situated in time, phenomenological details
on emotions, thoughts...).
After 20-minutes, participants completed a recognition task on the 40 targets plus the
pool of 40 lures (as targets, 20 positive and 20 negative words). Each word randomly ordered
was shown on a screen for 3000 ms. Subjects indicated whether they had already seen the item
or not during the presentation of the fixation cross, which was not time-limited, by pressing the
corresponding key. For each response, participants were also required to assess the state of
consciousness associated with recognition using a R/K/G procedure (Gardiner, Ramponi, &
Richardson-Klavehn, 2002): a “R/Remember” response for a conscious recollection of the
correct encoding condition ; a “K/Know” response if they just knew they had already seen the
word, and a “G/Guess” response for uncertainty. During the retention interval participants
performed non-verbal tasks (e.g., mental arithmetic, sorting a set of cards by colour, form or
number).
178
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Statistical analyses
We conducted a 3(group) x 4(encoding) x 2(valence) Anova, (1) on the discrimination
ability between old and new items in recognition (d prime), and (2) on the proportion of “R”
responses during the recognition task for the correct hits. In order to calculate the d prime in
recognition, according to the signal detection theory, we used a standard normal distribution
on the hits and the false alarms as following: d' = Z(hit rate) - Z(false alarm rate), where
function Z(p), p ∈ [0,1] that is the inverse of the cumulative Gaussian distribution (Wickens,
2001).
An effect of depth of processing (DOP) has been defined with a significant benefice of the
Semantic condition on the Perceptive one. A Semantic Self-reference effect (SRE) and Semantic
Self-reference recollection effect (SRRE) have been defined with a significant benefice of the
semantic Self-reference condition on the Semantic condition. An Episodic Self-reference effect
(SRE) and Episodic Self-reference recollection effect (SRRE) have been defined with a significant
benefice of the Episodic Self-reference condition on the Semantic condition.
For each significant effect, we used partial Eta-squared to determine the size effect (η²p
> 0.01 a small effect, η²p > 0.06 a medium effect and η²p > 0.14 a large effect). We subsequently
performed Fischer LSD post-hoc tests for all specific within-groups differences (4 encoding
conditions, 2 valences) and between-group (3 groups) difference. A significant effect was
defined using an alpha level of p < 0.05 and a marginal effect using an alpha level of p ≤ 0.07.
Cohen’s d was used to determine effect size (d<0.3 a small effect, 0.3<d<0.8 a medium effect
and d>0.8 a large effect).
Results
Recognition
The ANOVA on d prime revealed significant main effects of group (F (2,72) = 107.35, p <
0.001, η²p = 0.49), encoding (F (3,216) = 69.27, p < 0.001, η²p = 0.58) and valence (F (1,72) =
19.34, p < 0.001, η²p = 0.22) and a double interaction encoding X group (F (6,216) = 6.35, p <
0.001, η²p = 0.20). The remaining interactions encoding X valence (F (3,216) = 1.73, p> 0.10, η²p
= 0.02), valence X group (F (2,72)<1, p > 0.10, η²p = 0.02) and group X encoding X valence
were not significant (F (6,216) = 1.55, p > 0.10, η²p = 0.04).
179
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Recognition
3,5
3,0
d prime
2,5
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
Alzheimer
patients
Perceptive
Older adults Young adults
Semantic
Semantic Self
Episodic Self
Figure 1. Recognition performance by group and encoding condition.
Legend: d prime corresponds to the discrimination criteria (correct hits minus false alarms). Group:
Young adults, Older Adults, Alzheimer Patients. Encoding condition: Perceptive (Yellow bar), Semantic
(Orange bar), Semantic Self (Red bar) and Episodic Self (Purple bar). Error type (black bar)
Within-group comparisons:
YA exhibit significant effects of DOP (p < 0.001, d =1.38), semantic SRE (p < 0.001, d
=1.16) and episodic SRE (respectively, p < 0.001, d =0.82). OA also express significant effects of
DOP (p < 0.001, d =1.10), semantic SRE (p < 0.001, d =0.85) and episodic SRE (respectively, p =
0.001, d =0.65). AD do not present a significant effect of DOP (p > 0.10, d = 0.42), but they have a
significant additional effect of semantic SRE (p = 0.04, d = 0.32) and episodic SRE (p = 0.03, d =
0.36).
The three groups have a positivity bias on the recognition performance. They
recognized more positive words than negative ones (p < 0.001, η²p = 0.22).
Between-group comparisons:
The YA exhibit significantly higher performance in recognition than OA (p < 0.001, d =
0.20) in the Perceptive condition (p =0.01, d = 0.72), the Semantic condition (p = 0.002, d =
180
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
0.75), the Semantic Self condition (p < 0.001, d =0.86) and the Episodic Self condition (p <0.001,
d =1.00), regardless of the valence.
The OA recognized significantly more words than AD (p < 0.001, d = 0.72), in the
Semantic condition (p = 0.002, d =0.87), the Semantic Self condition (p <0.001, d =1.66) and the
Episodic Self condition (p < 0.001, d = 1.32), but not in the Perceptive condition (p > 0.10, d
=0.19).
Remember Responses
The ANOVA on the proportion of remember responses (R) for the correct hits during
the recognition task indicated a significant main effects of group (F (2,72) = 19.37, p < 0.001,
η²p = 0.35), encoding (F (3,216) = , p < 0.001, η²p = 0.30) and valence (F (1,72) = 18.04, p <
0.001, η²p = 0.20). All interactions were significant : encoding X group (F (6,216) = 3.34, p =
0.004, η²p = 0.08), encoding X valence (F (3,216) = 10.32, p < 0.001, η²p = 0.13), valence X
group (F (2,72) = 6.93, p = 0.002, η²p = 0.16), group X encoding X valence (F (6,216) = 2.27, p =
0.04, η²p = 0.04). As the interaction encoding X valence interacts with the effect of group, we
analyzed only the specific comparisons of the triple interaction.
Within-group comparisons
Concerning the YA group, the effect of DOP and the semantic SRRE is present whatever
the valence, and the episodic SRRE is specific to the positive valence. More precisely, YA exhibit
a significant effect of DOP for the positive valence (p < 0.001, d =0.56) and the negative one (p <
0.001, d =0.68). YA have a significant semantic SRRE for the positive valence (p = 0.02, d =0.37)
and the negative one (p = 0.03, d = 0.33). The episodic SRRE is significantly present for the
positive valence (p = 0.02, d =0.37), whereas for the negative valence the episodic Self condition
is inferior to the Semantic condition (p = 0.03, d = -0.35).
In the OA group, the effect of DOP is present whatever the valence but the semantic
SRRE and the episodic SRRE are specific to the positive valence. Indeed, OA have a significant
effect of DOP for the positive valence (p =0.03, d =0.43) and the negative one (p < 0.001, d =
1.26). They exhibit a significant semantic SRRE for the positive valence (p <0.001, d =0.74) but
not for the negative one (p > 0.10, d = 0.23). The episodic SRRE is significantly present for the
positive valence (p = 0.004, d =0.57), whereas for the negative one the episodic Self condition is
inferior to the Semantic condition (p < 0.001, d = -1.24).
181
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Finally, whatever the valence, the effect of DOP is not highlighted in the AD group but
the semantic SRRE and the episodic SRRE are present for both emotional valence. Indeed, the
effect of DOP is not significant for the positive valence (p > 0.10, d = 0.23) and the negative one
(p > 0.10, d = -0.29). AD exhibit a significant semantic SRRE for the positive valence (p = 0.002,
Sense of Remembering
100
90
R responses %
80
70
60
50
40
30
20
10
0
positive
valence
negative
valence
positive
valence
Alzheimer patients
Perceptive
Semantic
negative
valence
Older adults
Semantic Self
positive
valence
negative
valence
Young adults
Episodic Self
Figure 2. Proportion of Remember responses by group, encoding condition and valence.
Legend: R response % corresponds to the proportion of correct Remember responses (correct responses
minus errors). Group: Young adults, Older Adults, Alzheimer Patients. Encoding condition: Perceptive
(Yellow bar), Semantic (Orange bar), Semantic Self (Red bar) and Episodic Self (Purple bar). Error type
(black bar)
d = 1.19) and the negative one (p = 0.02, d = 0.63). They have a significant episodic SRRE for the
positive valence (p = 0.007, d = 1.09) and the negative one (p = 0.04, d = 0.51).
Between-group comparison
The YA exhibit significantly higher R performance for positive words than OA in the
Semantic condition (p = 0.02, d =0.60) and in the Episodic Self condition (p < 0.05, d = 0.61), but
not in the Perceptive condition (p > 0.10, d = 0.38) and the Semantic Self condition (p > 0.10, d =
0.38). YA had also a superior R responses for negative words than OA marginally in the
Perceptive condition (p = 0.07, d =0.57), significantly in the Semantic condition (p = 0.04, d =
182
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
0.55), the Semantic Self condition (p = 0.001, d =0.74) and in the Episodic Self condition (p <
0.001, d =1.28).
The OA gave significantly more R for positive words than AD in the Semantic condition
(p = 0.02, d =0.86), in the Semantic Self condition (p = 0.001, d = 1.11) and in the Episodic Self
condition (p = 0.01, d = 1.10), but not in the Perceptive condition (p > 0.10, d = 0.60).
Concerning, the negative valence, OA also exhibit significantly superior R performance than AD
in the Semantic condition (p = 0.01, d =1.09), marginally in the Semantic Self condition (p =0.06,
d = 0.61), but not in the Perceptive condition (p > 0.10, d = -0.48) and the Episodic Self
condition (p > 0.10, d = 0.63).
Know Responses
The ANOVA did not revealed significant main effects of group (F (2,72) = 1.45, p >
0.10, η²p =0.04), encoding (F (3,216) = 1.41, p > 0.10, η²p =0.02) and valence (F (1,72)<1, p >
0.10, η²p =0.01). The double interaction group X encoding (F (6,216)<1, p > 0.10, η²p =0.02),
valence X groupe (F (2,72) = 1.22, p > 0.10, η²p =0.03) and encoding X valence (F (3,216) =
2.68, p = 0.09, η²p =0.03) were not significant, neither the triple interaction group X encoding
X valence (F (6,216) = 1.78, p > 0.10, η²p =0.04).
Discussion
For the first time, the present study investigated differences between the semantic Selfreference processing (semantic SRE) and the episodic Self-reference processing (episodic SRE)
on long-term episodic memory processes (incidental learning, delayed recognition and
autonoetic consciousness) in youth, normal aging and Alzheimer’s disease. In recognition, we
found that both semantic and episodic SRE was present in the three groups and that they all
presented a positivity bias on the overall performance. On the sense of remembering, the three
groups exhibited different patterns. Young adults expressed a semantic SRRE whatever the
emotional valence whereas the episodic SRRE was present only for positive valence. Older
people had a semantic and episodic SRRE specific to the positive valence whereas AD patients
exhibit a SRRE whatever the emotional valence.
In following sections, we first discussed the influence of Self-reference processing on
the strength of mnesic traces in recognition. Secondly, we focused on the effect of Self-reference
on the quality of the mnesic traces highlighted by the state of consciousness during the
recollection.
183
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Multidimentional Self-reference Effect
The present study highlights interestingly that, after an incidental learning and longterm interval retention, both the semantic and episodic Self-reference relative to a semantic
encoding, led to the higher performances in normal aging and confirms previous results of
Bower and Guilligan, (1979) in youth. Indeed, both nature of Self-reference were efficient
strategies to enhance memory in healthy older adults and strengthen their mnesic traces
despite a global impairment of overall recognition performances. In addition, both for the
young and older adults the additional benefit of semantic Self-reference was higher than those
of episodic Self-reference. Moreover, both groups expressed a positivity bias on the overall
performance that is in line with numerous previous studies in normal aging (Fernandes et al.,
2008, for a review). Thus, in the young group, the positivity bias seems to appear more likely
after a long-term interval retention (Bower & Guilligan, 1979) but not after a shorter delay in
recognition (D’Argembeau et al., 2005; Glisky & Marquine, 2009 ; Gutchess et al., 2007).
However, in line with Gutchess and collaborators (2007), older adults exhibit inferior
effects of DOP and SRE compared to young adults indicating that they beneficiated from a
semantic or a Self-reference processing at a lesser extent during the encoding and that they
have lesser elaborative and organizational capacities. This result is congruent with a specific
executive age-related deficit usually observed in normal aging (Shing et al., 2010; Van der
Linden, Meulemans, Marczewski, & Collette, , our data showed that 2000). In our previous
study (Lalanne et al., revision) using a limited encoding time (2000ms), we found that size effect
of DOP and semantic SRE were similar between the two groups. Thus, we can argue that an
unlimited time may advantage more young people than older one because they benefit of the
supplementary encoding time to better elaborate. This is in line with previous conclusions of
Craik (1986) indicating that older adults tend naturally to less elaborate a stimulus when the
learning is not intentional. Indeed, Moreover the difference of performance between young and
older participants was greater in the Self Episodic condition. According to Piolino et al. (2010),
difficulties in memory tasks based on autobiographical material in aging have been shown to be
largely due to executive deficits in initiating controlled strategic processes which are more
important in the retrieval of items requiring more specific internal cues (Luo & Craik, 2009) as
episodic autobiographical cues.
The performance of AD patients in recognition reflects massive damage of long-term
episodic memory compared to normal aging (See, Salmon & Bondi, 2009, for a review).
Moreover, AD patients did not present an effect of depth of processing. Lipinska and Bäckman
(1997) previously noted that only cognitive support during both encoding (explicit and deep
184
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
encoding) and retrieval (recognition test) can improve memory performance in AD (See also,
Bäckman and Small, 1998; Bird and Luszcz, 1991). However, the present study demonstrated
for the first time that both semantic and episodic Self-reference, as in normal aging, could be
efficient to enhance memory performance in long-term episodic memory, even after an
incidental encoding. Thus, albeit their massive episodic impairment, AD patients can deeply
process stimuli in relation to their Self during the encoding that enhance the discrimination and
strengthen the mnesic trace in long-term memory, even at a lesser extent than healthy older
adults. This finding extends the result of Kalenzaga et al. (2013) that demonstrated in AD the
semantic Self-reference effect in immediate memory (1-minute interval retention) after an
intentional learning. In our previous study (Lalanne et al., revision), with limited encoding time
response (2000ms), AD patients did not benefit from the semantic Self-reference effect in
recognition, but just on the sense of remembering. Compared to the present study, for AD
patients which are usually more idle, it appears that unlimited encoding time response is
necessary to have more efficient encoding processes sufficient to strengthen the mnesic trace in
case of incidental learning. However, whatever the encoding condition, AD patients’
performance was not normalized compared to older adults confirming their global storage
deficit in long-term episodic memory. The next interesting result concerns the greater
difference between healthy elderly and AD participants’ performance in the Self Semantic than
the Self Episodic condition. This data supports the idea that the semantic structural aspect of
the Self is less effective in Alzheimer’s disease at an early stage (Addis & Tippett, 2004) than in
normal aging. Indeed, the episodic structural aspect of the Self are already altered in normal
aging compared to youth whereas the semantic one remains intact (Piolino et al., 2006;
Martinelli et al., 2013).
Multidimensional Self-reference Recollection Effect
The present study indicated that Self-reference processing influences the state of
consciousness during recognition both in young and normal older groups. The Self-reference
processing led to a superior autonoetic mode of retrieval when the materiel is previously
processing in relation with the Self, with a higher sense of remembering and recollection of the
source of encoding after a long-term retention interval. The present finding is in line with the
semantic Self-reference recollection effect described by Conway and Dewhurst (1995; Conway
et al., 2001; Lalanne et al., revision) but we extent those results with the episodic Self-reference
effect for the first time in the literature. However, the SRRE was influenced by the effect of
valence in both groups. Indeed, the semantic SRRE was highlighted for both valences in the
young group whereas it was specific to the positive valence in the older one (See, Lalanne et al.,
185
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
revision, for similar pattern). However, the episodic SRRE was specific to the positive valence in
both groups. Concerning the young group, it supposes that once encoded, Self-relevant
information is more integrated and consolidated than other information to the Self-knowledge
(Conway et al., 2001), except if information is linked to memories that illustrated precisely a
negative aspect of their personality. This result is congruent with the natural process of
maintaining a positive image of the Self (Conway, 2005). This process appears to be increased
in normal aging because older people exclusively integrate and consolidate positive Selfrelevant information. Moreover, compared to the young group, the size effects of semantic and
episodic SRRE were more important in the older group whereas the size effect of DOP was
inferior. This result strongly supposes that young people tend to more integrate and
consolidate general semantic information into their Self-knowledge even it is not specifically
Self-relevant.
Finally, the positivity bias on Self reference effect in normal aging and youth confirms
that the Self-reference recollection effect, and maybe more especially the episodic SRRE, is
directly linked to an individual’s Self-related goals and motivations (such as the maintenance of
positive Self-representations and well-being) that are modulated by the functional Self
(working Self). Moreover, the superior positivity bias in normal aging also confirms the idea of
the socioemotional selectivity theory (Kensinger & Schacter, 2008; Mather & Carstensen, 2005)
that with aging and the associated life-ending perspectives, goals and motivations change in
order to maintain Self-esteem and well-being via a cognitive emotional-regulation process
focusing more on positive affect than negative one. In that sense, Martinelli et al. (2013)
demonstrated that older people could have a higher positive Self-esteem than younger people,
even if the normal aging have negative effects on an individual (e.g., physical and cognitive
changes, deficit in episodic memory).
In AD group, the present research confirms that the impairment of episodic memory in
AD leads to massive impairment of the autonoetic retrieval mode (Clary, Bugaïshka, Tapia &
Baudouin, 2009; Rauchs et al., 2007) with a significantly diminished sense of remembering and
the retrieval of encoding source. However, the semantic Self-reference, but also unexpectedly
the episodic Self-reference, strongly led to a more frequent sense of remembering in AD, even
when applying a long retention interval and strict mnesic measures (i.e., corrected for errors).
Moreover, Self-reference enables patients to retrieve contextual details during recollection
allowing them to travel back through time to the encoding context. This result confirms that the
mnesic trace after a Self-reference processing was also of higher quality. AD patients, contrary
to older people, only ingrate and consolidate mnesic trace that were Self-relevant. The
186
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
unexpected episodic SRRE could be in line with Martinelli et al. (2013) that highlighted AD
patients still have spared access to autobiographical memories, however more generic in
nature. As we predicted, the Self-reference recollection effect (Conway & Dewhurst, 1995) was
still remarkably present at an early stage of AD.
Moreover, the SRRE was present whatever the emotional valence but the size effects
confirm that the SRRE was more important for the positive valence (see, Lalanne et al., revision,
for similar results) and as in normal aging, this result is congruent with the socio-emotional
theory (Kensinger & Schacter, 2008; Mather & Carstensen, 2005). On the contrary, Kalenzaga et
al. (2013) found a negativity bias on the sense of remembering and this should be related to
differences between the recruitment of AD patients. AD patients from the present study lived at
home at an early stage of the disease whereas AD patients from Kalenzaga and collaborators
were institutionalized at a moderate stage of the disease in mean. The entry into institution is
often secondary to the worsening of the disease and the development of physical dependence
for daily-activities and related cognitive disorders that could induce negative changes (Feteanu,
Lopez-Tourres &Trivalle, 2005; Méret & Floccia, 2005). Moreover, the positivity bias in the
present study is also in line with research on anosognosia. Indeed, despite negative changes in
AD usually uncovering since the beginning, patients preserved a positive sense of identity
(Morris and Mograbi, 2012). However, AD patients, despite an explicit positive Self-image
(Kalenzaga and Clarys, 2013; Martinelli et al., 2013), the SRRE at a lesser extent for negative
valence could suppose that negative change appears still implicitly integrated to their Selfknowledge. Compared to normal aging, the avoidance of negative stimuli is linked to a
controlled emotional regulation process that could be impaired in AD in reason of important
executive deficits. In that way, AD patients may have difficulties to avoid, as in normal aging, the
processing and retrieval of negative information that do not lead to a positivity bias as
important as normal elderly people. In conclusion, the presence of SRE and more particularly
the SRRE in recollective experience in the present research indicate that the functional Self (or
working Self) is still remarkably efficient to act on the integration and consolidation of new
information into the structural Self in long-term memory, moreover dramatically deficient, in
AD patients at an early stage.
Conclusion
The present study examined the influence of the multidimensional Self on encoding and
retrieval processes in long-term episodic memory in youth, normal aging and Alzheimer’s
disease. We used Self-reference in a depth-of-processing paradigm with a 20-minutes delayed
187
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
recognition task combined with the Remember/Know paradigm. We determined that Selfreferential encoding leads to superior memory performance and increased the likelihood of a
recollective experience of travelling back to the encoding context in normal and pathological
aging. In recognition, we highlighted that both reference to personal semantic knowledge
(semantic SRE) and to autobiographical memories (episodic SRE) led to highest performance
with a strengthen mnesic trace in the three groups. In the same vein, the three groups exhibited
a superior sense of remembering after a Self-reference processing but the benefit depended,
however, on the nature of the Self-reference and the emotional valence of stimuli. Young adults
expressed a semantic Self-reference effect in recollection (semantic SRRE) whatever the
valence whereas the episodic Self-reference effect (episodic SRRE) was specific to the positive
valence. Normal older adults exhibit a semantic and episodic SRRE only for the positive valence
whereas the SRRE was observed whatever the valence with AD patients albeit to a lower
extent. The present findings confirmed that the Self-reference effect depends on the goals and
motivations of the Self and is congruent with the actual Self-images.
Finally, this research should open up important perspectives for the creation of new
non-medical therapies for anterograde amnesia. Considering the relative preservation of the
Self and the Self-reference effect in Alzheimer’s disease, further research should begin to
develop new programs to reinforce autobiographical memory and facilitate the learning of new
information via Self-reference effect for patients with Alzheimer’s disease. Moreover, learning
should be axed to the Self-reference processing of positive material.
Acknowledgements/Conflicts/Funding Sources. The authors would like to express
their gratitude to the patients for their participation in this study which was carried out thanks
to a grant from the Association France Alzheimer allotted to PP (PHD funding for JL). The
authors declare no conflict of interest.
References
Addis, D. R., & Tippett, L. J. (2004). Memory of myself: autobiographical memory and identity in Alzheimer’s disease.
Memory, 12(1), 56–74. doi:10.1080/09658210244000423
Anderson, N. H. (1968). Likableness ratings of 555 personality-trait words. Journal of Personality and Social Psychology, 9(3),
272‑279. doi:10.1037/h0025907
Basting, A. D. (2003). Looking back from loss: views of the self in Alzheimer’s disease. Journal of Aging Studies, 17(1), 87–99.
doi:10.1016/S0890-4065(02)00092-0
Bluck, S., & Alea, N. (2009). Thinking and talking about the past: Why remember? Applied Cognitive Psychology, 23(8),
1089‑1104. doi:10.1002/acp.1612
188
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Bower, G. H., & Gilligan, S. G. (1979). Remembering information related to one’s self. Journal of Research in Personality, 13(4),
420‑432. doi:10.1016/0092-6566(79)90005-9
Caddell, L. S., & Clare, L. (2010). The impact of dementia on self and identity: a systematic review. Clinical Psychology Review,
30(1), 113‑126. doi:10.1016/j.cpr.2009.10.003
Conway, M. A. (2005). Memory and the self. Journal of Memory and Language, 53(4), 594–628.
doi:10.1016/j.jml.2005.08.005
Conway, M. A., & Dewhurst, S. A. (1995). The self and recollective experience. Applied Cognitive Psychology, 9(1), 1‑19.
doi:10.1002/acp.2350090102
Conway, M. A., Dewhurst, S. A., Pearson, N., & Sapute, A. (2001). The self and recollection reconsidered: how a failure to
replicate failed and why trace strength accounts of recollection are untenable. Applied Cognitive Psychology, 15(6),
673–686. doi:10.1002/acp.740
Craik, F. I. M., & Lockhart, R. S. (1972). Levels of processing: A framework for memory research. Journal of Verbal Learning
and Verbal Behavior, 11(6), 671–684.
D’Argembeau, A. D., Comblain, C., & Van der Linden, M. (2005). Affective valence and the self-reference effect: Influence of
retrieval conditions. British Journal of Psychology, 96(4), 457‑466. doi:10.1348/000712605X53218
Deltour, J. J. (1993). Echelle de vocabulaire de Mill-Hill de JC Raven. Adaptation française et normes comparées du Mill-Hill et du
Standard Progressive Matrices de Raven (PM 38). Braine-le-Château, Belgium: Editions L’application des Techniques
Modernes.
Eustache, F., Piolino, P., Giffard, B., Viader, F., Sayette, V. D. L., Baron, J. C., & Desgranges, B. (2004). « In the course of time »: a
PET study of the cerebral substrates of autobiographical amnesia in Alzheimer’s disease. Brain, 127(7), 1549‑1560.
doi:10.1093/brain/awh166
Fargeau, M. N., Jaafari, N., Ragot, S., Houeto, J. L., Pluchon, C., & Gil, R. (2010). Alzheimer’s disease and impairment of the self.
Consciousness and cognition, 19(4), 969–976. Doi: 10.1016/j.concog.2010.06.014.
Fernandes, M., Ross, M., Wiegand, M., & Schryer, E. (2008). Are the memories of older adults positively biased? Psychology
and Aging, 23(2), 297‑306. doi:10.1037/0882-7974.23.2.297
Feteanu, D., Lopez-Tourres, F., & Trivalle, C. (2005). La personne démente en institution. Psychologie & NeuroPsychiatrie du
vieillissement, 3(1), 26–34.
Folstein, M. F., Folstein, S. E., & McHugh, P. R. (1975). Mini-Mental State: a practical method for grading the cognitive state of
patients for the clinician. Journal of psychiatric research, 12(3), 189‑198. doi:10.1016/0022-3956(75)90026-6
Fossati, P., Hevenor, S. J., Lepage, M., Graham, S. J., Grady, C., Keightley, M. L., … Mayberg, H. (2004). Distributed self in
episodic memory: neural correlates of successful retrieval of self-encoded positive and negative personality traits.
NeuroImage, 22(4), 1596–1604. doi:10.1016/j.neuro-image.2004.03.034
Gardiner, J. M., Ramponi, C., & Richardson-Klavehn, A. (2002). Recognition memory and decision processes: A meta-analysis
of remember, know, and guess responses. Memory, 10(2), 83–98. doi:10.1080/09658210143000281
Gardiner, John M. (1988). Functional aspects of recollective experience. Memory & Cognition, 16(4), 309–313.
Glisky, E., & Marquine, M. (2009). Semantic and self-referential processing of positive and negative trait adjectives in older
adults. Memory, 17(2), 144–157. doi:10.1080/09658210802077405
Gutchess, A. H., Kensinger, E. A., & Schacter, D. L. (2010). Functional neuro-imaging of self-referential encoding with age.
Neuropsychologia, 48(1), 211‑219. doi:10.1016/j.neuropsychologia.2009.09.006
Gutchess, A. H., Kensinger, E. A., Yoon, C., & Schacter, D. L. (2007). Ageing and the self-reference effect in memory. Memory,
15(8), 822–837. doi:10.1080/09658210701701394
Haslam, C., Jetten, J., Haslam, S. A., Pugliese, C., & Tonks, J. (2011). ‘I remember therefore I am, and I am therefore I
remember’: Exploring the contributions of episodic and semantic self-knowledge to strength of identity. British
Journal of Psychology, 102(2), 184–203. 10.1348/000712610X508091
James, W. (1890). The principies of psychology (Henry Holt and Company., Vol. 1). New York.
Kalenzaga, S., & Clarys, D. (2013). Self-referential processing in Alzheimer’s disease: Two different ways of processing selfknowledge? Journal of Clinical and Experimental Neuropsychology, 1‑17. doi:10.1080/13803395.2013.789485
Kalenzaga, S., Bugaıska, A., & Clarys, D. (2013). Self-Reference Effect and Autonoetic Consciousness in Alzheimer Disease.
Alzheimer Dis Assoc Disord. 27(2):116-22.
Kensinger, E. A., & Schacter, D. L. (2008). Memory and Emotion. In M. Lewis, J. M. Haviland-Jones, & L. Feldman Barrett (Éd.),
Handbook of emotions. New York: Guilford Press.
189
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Klein, S. B. (2012). Self, Memory, and the Self-Reference Effect An Examination of Conceptual and Methodological Issues.
Personality and Social Psychology Review, 16(3), 283‑300. doi:10.1177/1088868311434214
Klein, S. B., Cosmides, L., & Costabile, K. A. (2003). Preserved knowledge of self in a case of Alzheimer’s dementia. Social
Cognition, 21(2), 157–165. doi:10.1521/soco.21.2.157.21317
Klein, S. B., & Gangi, C. E. (2010). The multiplicity of self: neuropsychological evidence and its implications for the self as a
construct in psychological research. Annals of the New York Academy of Sciences, 1191(1), 1‑15. doi:10.1111/j.17496632.2010.05441.x
Klein, S. B., & Loftus, J. (1988). The nature of self-referent encoding: The contributions of elaborative and organizational
processes. Journal of Personality and Social Psychology, 55(1), 5–11. doi:10.1037/0022-3514.55.1.5
Klein, S. B., Loftus, J., & Burton, H. A. (1989). Two self-reference effects: The importance of distinguishing between selfdescriptiveness judgments and autobiographical retrieval in self-referent encoding. Journal of Personality and Social
Psychology, 56(6), 853–865. doi:10.1037/0022-3514.56.6.853
Leyhe, T., Müller, S., Milian, M., Eschweiler, G. W., & Saur, R. (2009). Impairment of episodic and semantic autobiographical
memory in patients with mild cognitive impairment and early Alzheimer’s disease. Neuropsychologia, 47(12),
2464‑2469. doi:10.1016/j.neuropsychologia.2009.04.018
Lalanne, J., Rozenberg, J, & Piolino, P., (revision). The Self-reference effect on episodic memory recollection in normal aging
and Alzheimer’s disease. Current Alzheimer Research.
Lipinska, B., & Bäckman, L. (1997). Encoding–Retrieval Interactions in Mild Alzheimer’s Disease: The Role of Access to
Categorical Information. Brain and Cognition, 34(2), 274‑286. doi:10.1006/brcg.1997.0916
Luo, L., & Craik, F. I. M. (2009). Age differences in recollection: Specificity effects at retrieval. Journal of Memory and
Language, 60(4), 421‑436. doi:10.1016/j.jml.2009.01.005
Martinelli, P., Anssens, A., Sperduti, M., & Piolino, P. (2013). The influence of normal aging and Alzheimer’s disease in
autobiographical memory highly related to the self. Neuropsychology. 27(1):69-78.
Mather, M., & Carstensen, L. L. (2005). Aging and motivated cognition: the positivity effect in attention and memory. Trends
in Cognitive Sciences, 9(10), 496‑502. doi:10.1016/j.tics.2005.08.005
McKhann, G., Drachman, D., Folstein, M., Katzman, R., Price, D., & Stadlan, E. M. (1984). Clinical diagnosis of Alzheimer’s
disease: report of the NINCDS-ADRDA Work Group under the auspices of Department of Health and Human
Services Task Force on Alzheimer’s Disease. Neurology, 34(7), 939‑944.
Méret, T., & Floccia, M. (2005). La personne démente à domicile. Psychologie & NeuroPsychiatrie du vieillissement, 3(1), 14–
25.
Moroz, T. M. (1999). Episodic memory for personally relevant information: Evidence from aging, divided attention at retrieval,
and positron emission tomography (Unpublished manuscript). University of Toronto, Canada.
Morris, R. G., & Mograbi, D. C. (2012). Anosognosia, autobiographical memory and self knowledge in Alzheimer’s disease.
Cortex. Consulté à l’adresse http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0010945212002900
Mueller, J. H., Wonderlich, S., & Dugan, K. (1986). Self-referent processing of age-specific material. Psychology and Aging,
1(4), 293–299. doi:10.1037/0882-7974.1.4.293
New, B., & Pallier, C. (2007). Lexique 2.62. Open Lexique. Consulté à l’adresse http://www.lexique.org/
Piolino P, Coste C, Martinelli P, Mace AL, Quinette P, Guillery-Girard B, et al. Reduced specificity of autobiographical memory
and aging: do the executive and feature binding functions of working memory have a role? Neuropsychologia 2010;
48: 429-440.
Piolino, P., Desgranges, B., Belliard, S., Matuszewski, V., Lalevee, C., De La Sayette, V., & Eustache, F. (2003). Autobiographical
memory and autonoetic consciousness: triple dissociation in neurodegenerative diseases. Brain, 126(10),
2203‑2119. doi:10.1093/brain/awg222
Piolino, P., Desgranges, B., Clarys, D., Guillery-Girard, B., Taconnat, L., Isingrini, M., & Eustache, F. (2006). Autobiographical
memory, autonoetic consciousness, and self-perspective in aging. Psychology and Aging, 21(3), 510‑525.
doi:10.1037/0882-7974.21.3.510
Piolino, P., Desgranges, B., & Eustache, F. (2009). Episodic autobiographical memories over the course of time: cognitive,
neuropsychological and neuro-imaging findings. Neuropsychologia, 47(11), 2314‑2329.
doi:10.1016/j.neuropsychologia.2009.01.020
Rauchs, G., Piolino, P., Mézenge, F., Landeau, B., Lalevée, C., Pélerin, A., … Desgranges, B. (2007). Autonoetic consciousness in
Alzheimer’s disease: Neuropsychological and PET findings using an episodic learning and recognition task.
Neurobiology of Aging, 28(9), 1410–1420. doi:10.1016/j.neurobiolaging.2006.06.005
190
Chapitre 9 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 3
Rinaldi, P., Mecocci, P., Benedetti, C., Ercolani, S., Bregnocchi, M., Menculini, G., … Cherubini, A. (2003). Validation of the FiveItem Geriatric Depression Scale in Elderly Subjects in Three Different Settings. Journal of the American Geriatrics
Society, 51(5), 694‑698. doi:10.1034/j.1600-0579.2003.00216.x
Rogers, T. B., Kuiper, N. A., & Kirker, W. S. (1977). Self-reference and the encoding of personal information. Journal of
Personality and Social Psychology, 35(9), 677–688. doi:10.1037/0022-3514.35.9.677
Salmon, D. P., & Bondi, M. W. (2009). Neuropsychological Assessment of Dementia. Annual Review of Psychology, 60(1),
257‑282. doi:10.1146/annurev.psych.57.102904.190024
Shing, Y. L., Werkle-Bergner, M., Brehmer, Y., Müller, V., Li, S.-C., & Lindenberger, U. (2010). Episodic memory across the
lifespan: the contributions of associative and strategic components. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 34(7),
1080–1091.
Superlab Pro. (1999). Phoenix, United States: Cedrus Corporation.
Symons, C. S., & Johnson, B. T. (1997). The self-reference effect in memory: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 121, 371–
394. doi:10.1037/0033-2909.121.3.371
Tulving, E. (1985). How many memory systems are there? American Psychologist, 40(4), 385‑398. doi:10.1037/0003066X.40.4.385
Tulving, E. (2001). The origin of autonoesis in episodic memory. In H. L. Roediger III, J. S. Nairne, I. Neath, & A. M. Surprenant
(Éd.), The nature of remembering: Essays in honor of Robert G. Crowder (p. 17–34). Washington, DC, US: American
Psychological Association.
Van der Linden, M., Meulemans, T., Marczewski, P., & Collette, F. (2000). The relationships between episodic memory,
working memory, and executive functions: The contribution of the prefrontal cortex. Psychologica Belgica, 40(4).
From http://orbi.ulg.ac.be/handle/2268/18821
191
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
CHAPITRE 10 : PRISE EN CHARGE DE LA MEMOIRE BASEE SUR
L’EFFET DE REFERENCE A SOI
I.
PROGRAMME DE REMINISCENCE AUTOBIOGRAPHIQUE
: ETUDE 4
Cette étude est présentée dans le cadre de l’article « The castle of Remembrance: new
insights from a rehabilitation program of autobiographical memory in Alzheimer's disease»
actuellement soumis dans la revue internationale « Neuropsychological Rehabilitation » par les
auteurs Lalanne J., Gallarda T., et Piolino, P.
Une des conséquences de la maladie d’Alzheimer probablement la plus sous-estimée est
celle de l’altération progressive de l’identité suite aux troubles de la mémoire autobiographique.
D’une part la perte des souvenirs autobiographiques épisodiques rend le passé désincarné,
vague et non vivace, d’autre part, la perte des connaissances personnelles amène à un
sentiment d’identité moins défini, moins cohérent, qui ne peut plus être mise à jour au regard
des nouveaux événements de vie. Dans le cadre de cette étude, l’objectif était de valider un
programme de prise en charge qui puisse améliorer significativement les connaissances
sémantiques personnelles ainsi que les souvenirs autobiographiques. Cet objectif s’inscrivait
dans le cadre plus général de la création d’une prise en charge des aspects antérogrades de la
mémoire épisodique dont la visée était à terme d’améliorer l’intégration et la consolidation des
nouveaux apprentissages et événements de vie en se basant sur l’effet bénéfique de la référence
à Soi. Ici, l’intérêt était donc d’avoir une méthode qui puisse rendre les stratégies d’encodage en
référence à Soi les plus efficaces possible.
Pour cela, nous avons opté pour un programme de réminiscence qui permet de stimuler
et renforcer les connaissances de Soi en mémoire autobiographique. Cependant, à ce jour, les
méthodes proposées sont rarement standardisées et surtout peu appuyées par des aspects
théoriques cognitifs. Pour répondre aux limites des études actuelles, nous avons mis au point le
REMau qui est un programme standardisé et structuré de réminiscence autobiographique de
manière à améliorer tant les aspects sémantiques qu’épisodiques de la mémoire
autobiographique rétrograde, et qui concerne toutes les périodes de vie. La création de ce
programme a directement été inspirée d’un outil d’évaluation standardisé de la mémoire
autobiographique (TEMPau, Piolino et al., 2000). Le TEMPau est basé sur la conception
théorique du modèle de la mémoire de Soi de Conway et collaborateurs (2004) qui distingue les
192
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
deux aspects de la mémoire autobiographique. Dans ce modèle, la récupération des souvenirs
s’opère par étapes via le contrôle du Soi de travail. Dans ce sens, la recherche en mémoire d’un
souvenir se base d’abord sur la récupération d’informations personnelles sémantiques (période
de vie, thème de vie) pour arriver à la récupération des éléments plus spécifiques tels que des
détails contextuels et perceptivo-sensoriels permettant la reconstruction d’un souvenir
épisodique. De la même manière que le TEMPau, le REMau s’appuie donc sur ce même schéma,
proposant ainsi aux patients une méthode de facilitation d’accès aux souvenirs donnant
également lieu à la construction d’une frise chronologique de vie.
Dans cette étude, l’objectif était donc d’étudier si les bénéfices d’un programme de
réminiscence standardisé sur la mémoire autobiographique et l’humeur des patients pouvaient
être directement imputables à la spécificité du programme ou au simple fait d’avoir une prise
en charge stimulante. De plus, il s’agissait de savoir quelle composante serait améliorée
(sémantique ou épisodique) en fonction des différentes périodes de vie (0-17 ans, 18-30 ans,
<30 ans, 5 dernières années, 12 derniers mois). Pour cela, deux groupes de patients Alzheimer
non déprimés ont reçu deux prises en charge individuelles différentes, la première étant un
programme structuré de réminiscence, la seconde un programme structuré de stimulation
cognitive axée sur les personnalités célèbres. L’objectif second a été d’évaluer si les bénéfices
observés étaient maintenus après 15 jours de prise en charge.
Nos hypothèses principales étaient que l’amélioration des performances en mémoire
autobiographique ne seraient observées qu’auprès des patients ayant bénéficié du programme
de réminiscence, tant sur les aspects sémantiques qu’épisodiques, bien que nous attendions un
bénéfice plus faible pour ces derniers en raison de leur atteinte déjà massive dans la maladie
d’Alzheimer. Aussi, nous supposions que les périodes plus anciennes qui contiennent
généralement des souvenirs très définissants pour le Soi seraient les plus renforcées. Enfin,
nous attentions à une amélioration de l’humeur plus importante pour les patients après un
groupe de réminiscence qu’après un groupe de stimulation cognitive.
Les résultats principaux ont pu montrer que :
-
L’amélioration des performances en mémoire autobiographique, qu’elles soient liées
aux aspects sémantiques ou épisodiques, n’a été observée qu’après la prise en charge
avec le programme de réminiscence. Les bénéfices ont été plus importants pour la
composante sémantique (connaissances personnelles) que la composante épisodique
(souvenirs) de la mémoire autobiographique.
193
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
-
Plus spécifiquement, les connaissances personnelles ont pu être améliorées pour toutes
les périodes de vie à l’exception de celle des 5 dernières années, ce qui est maintenu
après 15 jours. L’amélioration la plus importante concerne la période inclus dans le pic
de réminiscence des 18-30ans
-
Les souvenirs strictement épisodiques (événements uniques, situés dans le temps et
l’espace, associés à des détails phénoménologiques et un voyage mental) n’ont pas été
améliorés, toutefois le programme de réminiscence a suscité un plus grand nombre de
souvenirs même si relativement génériques (événements répétés ou événements
uniques ne remplissant pas toutes les conditions de l’épisodicité).
-
Le bénéfice sur les souvenirs autobiographiques est noté sur toutes les périodes de vie
à l’exception de celle des 5 dernières années, mais seule l’amélioration de la période de
vie la plus ancienne et des trentes ans sont maintenues après 15 jours
-
Enfin, l’humeur des patients après le programme de réminiscence est significativement
plus positive après la prise en charge et à 15jours. Aucune modification n’est notée à la
fin de la prise en charge pour les patients ayant bénéficié du programme de stimulation
cognitive, en revanche, leur humeur est améliorée après 15jours.
En conclusion, le programme standardisé de réminiscence s’est montré efficace pour
augmenter la récupération en mémoire d’informations personnelles sur Soi, mais aussi le
rappel d’événements personnellement vécus bien qu'essentiellement sémantisés. L’implication
de ces résultats est importante puisque ce sont principalement les aspects sémantiques de la
mémoire autobiographique qui permettent de définir son identité personnelle. Les souvenirs
épisodiques sont surtout le support qui permet de fournir des exemples précis de qui on a été
et on est et d’avoir la sensation d’un passé vivace. Dans ce sens, l’évocation de souvenirs, même
génériques, améliorée après la prise en charge a pu permettre aux patients de ressentir et de
vivre à nouveau leur passé avec des images mentales plus vivaces. Les résultats après une
distance de 15 jours de la prise en charge, sont en faveur du fait que des séances régulières de
réactivations des souvenirs soient nécessaires pour s’assurer du maintien des bénéfices et
peut-être permettre une réelle reviviscence du passé. De plus, l’amélioration de l’humeur peut
être mise en lien direct avec le fait que la prise en charge ait pu permettre de renforcer le
sentiment d’identité personnelle de manière plus cohérente, renforçant ainsi la vision positive
de Soi des patients.
Bien qu’il existe quelques limites, les résultats de la validation de ce programme
indiquent qu’il est possible de stimuler et renforcer le matériel autobiographique sur lequel
194
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
s'appuie la stratégie d’encodage en référence à Soi. Ces résultats sont particulièrement
encourageants dans l'objectif de développer de nouvelles méthodes de prise en charge qui
ciblent le renforcement des stratégies de facilitation mnésique en référence à Soi, lesquelles
sont encore relativement opérationnelles dans la maladie d'Alzheimer au stade léger à
débutant, comme l'ont démontré les trois premières études expérimentales de cette thèse.
195
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
"The castle of Remembrance": new insights from a rehabilitation program of
autobiographical memory in Alzheimer's disease
Jennifer Lalanne1,2, Thierry Gallarda2,3 , Pascale Piolino1,2*
1
Paris Descartes University, Institute of Psychology, Memory and Cognition Laboratory,
Boulogne Billancourt, France
2
INSERM UMR S894, Center for Psychiatry and Neurosciences, Paris, France
3Faculté
de Médecine, Service Hospitalier Universitaire, Université Paris Descartes, Paris,
France
(Neuropsychological Rehabilitation, Submitted)
*CorrespondingAuthor
Pascale Piolino, Laboratoire Mémoire et Cognition, Université Paris Descartes, 71 avenue E.
Vaillant, Boulogne Billancourt 92774 Cedex, France. Tel : +33 1 55 20 59 22, E-mail:
[email protected]
196
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
Summary: Memory deficits appear at the early stages of the Alzheimer's disease (AD) and
reduce patients’ autonomy in daily life. Nevertheless, usual neuropsychological evaluations still
often overlook problems of autobiographical memory, containing both specific (episodic)
memories and general (semantic) knowledge, and the impairment of the sense of personal
identity. Moreover, specific standardized rehabilitation methods of autobiographical memory
remain underdeveloped. Our aim was to evaluate the impact of a new rehabilitation program of
autobiographical memory (REMau) that takes into account its multiple components (semantic
and episodic). We compared two groups of AD patients with two different rehabilitation
activities, one with the REMau, and the other with cognitive stimulation of collective memory as
the control group. Statistical comparisons between pre/post treatment showed a significant
improvement of episodic and semantic autobiographical memory performances for the REMau
group, that was more pronounced for the semantic component, and specifically for the earliest
periods of life. By contrast, no pre/post difference was observed in the control group. This
study showed that our rehabilitation program could specifically improve autobiographical
memory from the remote period, known as the reminiscence bump, which is considered crucial
for the construction and maintenance of personal identity. We discuss the theoretical and
practical impact of these results for the explanation of autobiographical memory deficits and
their rehabilitation in AD.
Keywords: Alzheimers' disease, rehabilitation, autobiographical memory, self, TEMPau
197
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
Introduction
" Now gropingly to gain a sight
Of all the buried world, I press
Through mystic marge of shade and light
And limbo of forgetfulness.
But white, diaphanous Memory stands,
Where many roadways meet and spread,
Like Ariadne, in my hands
Thrusting her little ball of thread.
Henceforth the way is all secure.
The shrouded sun hath reappeared,
And o'er the trees with vision sure
I see the castle tower upreared.."
Théophile Gautier. The Castle Of Remembrance
Self-knowledge and autobiographical experiences both contribute to construct,
maintain, and update the personal identity. Current cognitive models distinguish a personal
semantic component storing general knowledge of our past, and an episodic component
containing memories from specific personal events (Conway, 2005; Klein & Gangi, 2010;
Piolino, Desgranges, & Eustache, 2009; Tulving, Schacter, McLachlan, & Moscovitch, 1988). The
semantic component of autobiographical memory contains general knowledge about oneself
(e.g., "the names of personal acquaintances and locations", "personality traits ") and memories
of general and repeated events (e.g., "weekends at the sea", "the journey in China"), without
access to a particular encoding context. The episodic component ensures the recollection of
personally experienced events within a specific spatio-temporal context ("the day of his
marriage") by a mental time travel and sense of re-experience (Tulving, 2001). Both
components are in close interaction (Conway, 2005; Klein, 2010; Martinelli, Sperduti, & Piolino,
2013), although they could be independently attained in different pathologies (Conway &
Fthenaki, 2000; Klein & Gangi, 2010; Piolino et al., 2009). Indeed, most of the content of the
semantic autobiographical memory is the result of a normal process of semantization due to
the storage of the common characteristics, at the expense of specific details, of similar events
that are repeated in time (Cermak, 1984; Conway & Pleydell-Pearce, 2000). Episodic
autobiographical memories in turn depend on retrieving personal general knowledge that
provides clues to recall specific details. Thus, semantic and episodic aspects are interrelated
and form a "continuum" such that the episodic / semantic ratio in autobiographical memory
depends on the time interval: more important for recent periods and less important for more
remote ones. Autobiographical memory is known to ground the multiple representations of our
past, but it also has important functions in everyday life: it provides a sense of continuity over
time and personal goals, it contributes to the establishment and maintenance of family and
198
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
social interactions, it is involved in the adaptive behavior in the present, and in the anticipation
of future events (Bluck, 2003; Harris, Rasmussen, Berntsen, in press).
Many neurological or psychiatric diseases impair autobiographical memory, leaving
patients, in the extreme cases, like strangers to themselves. For example, Alzheimer's disease
(AD) is characterized by many cognitive disorders, including those of autobiographical memory
that cause anterograde and retrograde memory disruptions (Piolino et al., 2003), but the
consequences are often underestimated. The retrograde autobiographical amnesia leads to a
progressive loss of episodic memories and personal semantic knowledge that have been
encoded and consolidated before the onset of the disease. The impairment of the episodic
autobiographical memory ("The day I entered the military academy at La Flèche in 1963 ...")
quickly becomes massive. Indeed, the patients have severe difficulties to retrieve specific and
detailed events whatever the period of life explored, recalling, instead, general and vague
information ("I was in a military school when I was young") (Martinelli et al., 2013). Thus, Selfawareness in the subjective time and the recollection of personal episodic events from the first
person perspective are considerably altered (Ruby et al., 2009). AD patients cannot mentally
relive the sensory-perceptual and contextual details of their past that induces a disintegration
of their temporal continuity (Piolino et al., 2003). The semantic autobiographical memory (e.g.,
Self-knowledge, personal information and generic memories) is better preserved at the early
stage of AD. In consequence, the past of AD patients is more abstract, disembodied and based
on remote information leading inevitably to a more fixed and a less consistent personal identity
(Addis & Tippett, 2004; Martinelli et al., 2013). However, anterograde aspects of
autobiographical memory are also affected (Kopelman, 1992). Indeed, AD patients experience
more difficulty to encode new personal information and new life events (Morris & Mograbi,
2012). This results in an inability to update autobiographical memory, the Self-knowledge
becoming obsolete and overtaken by reality (Morris & Mograbi, 2012). Therefore,
autobiographical memory problems have an impact on the quality of life of the AD patients,
their mental state, their autonomy, but also on social and family relationships.
For all these reasons, it is important in clinical settings to dispose of valid and sensitive
tools, to detect its problems as early as possible and take care of them to improve the patients’
quality of life. In recent past decades, new tools have been developed in the neuropsychological
domain to highlight autobiographical deficits and characterize them. For example, some
structured autobiographical questionnaires require recalling semantic personal information
(e.g., personal address, relative’s names in the AMI, Kopelman et al., 1989) or autobiographical
memories by distinguishing general or specific events (TEMPau, Piolino et al., 2009). Beyond
199
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
the assessment of disorders, these tools can also provide a standardized support for a
reconstruction of personal history, and contribute to strengthen the sense of identity.
Many researches pinpointed the usefulness of interventions based on the rehabilitation
of autobiographical memory in AD (for a recent review, Cotelli et al., 2012). In this line, the
reminiscence therapies are the most used. Reminiscence is a mental process that involves
conscious recall of the past through reliving personal experiences while referring to the current
model of identity and returning to unresolved conflicts (Butler, 1963). Reminiscence therapy
aims to reconcile the negative aspects of life with the positive ones and accept them, but also to
strengthen the sense of personal identity and well-being, the autobiographical retrograde
memory and increase personal satisfaction (Bruce & Schweitzer, 2008; Butler, 1963). One can
separate the reminiscence therapy, guided by the free recall of patients from the reminiscence
life-review that aims to reconstruct the history of life in a structured way (Haber, 2006). The
latter implies that patients are not only active in the search for autobiographical memories, but
also in rebuilding his life story. Thus, the reminiscence life-review therapies carried out in
individual and weekly sessions are probably the most similar to neuropsychological
rehabilitation with the use of personal materials (photographs, music, etc ....) leading to the
construction of a book of life, which can serve as a prosthetic support. Some therapies are
structured around the different periods of life (childhood, adolescence, etc.), and themes of life
(family life, professional life, etc.). However, most of past and current researches mainly
practiced simple reminiscence group therapy without real structured methodology (For
reviews, Cotelli, Manenti, & Zanetti, 2012; Dempsey et al., 2012; Woods, Spector, Jones, Orrell, &
Davies, 2005 ; Woods, Thorgrimsen, Spector, Royan, & Orrell, 2006) and some of them are
individual life-review therapy (Haight et al., 2003; Hirsch & Mouratoglou, 1999; Moos & Bjorn,
2006 ; Romero & Wenz, 2001). Nevertheless, undeniable benefits are observed on the decrease
of depressive mood and psycho-behavioral disorders (e.g. agitation, aggressiveness, anxiety…),
the enhancement of the sense of personal identity and the self-esteem, and the improvement of
communication and sociability. For instance, some authors have been interested in the
rehabilitation of retrograde aspects of autobiographical memory through methods based on
repetition (via a quiz) of semantic autobiographical information and episodic memories,
combined with errorless learning and/or spaced retrieval methods in AD patients (Arkin, 1998;
Clare et al., 2000; Davis, Massman, & Doody, 2001). Nevertheless, the neuropsychological
evaluation of autobiographical memory is almost nonexistent (for exceptions see, Massimi et
al., 2008 ; Morgan, 2000). The weakest point of those researches is the lack of theoretical
support regarding new theoretical concepts on episodic and semantic aspects of
200
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
autobiographical memory (Conway et al., 2004) and the importance of distinguish the different
life periods (Piolino et al., 2003).
To overcome these methodological limitations, we have developed a standardized and
structured program of autobiographical reminiscence (REMau program) which aims to
improve both the episodic and semantic aspects of autobiographical memory across all life
periods (Piolino, Desgranges, & Eustache, 2008; Piolino, 2008). The goal of the REMau program
is to gradually reintroduce an orientation in time, a chronology of personal events and
information and strategies for accessing specific event memories. Theoretically, this program is
based on the Conway's model (Conway, Singer, & Tagini, 2004: Conway, 2005), which proposes
a hierarchical organization of autobiographical memory retrieval from most abstracted levels
of information to most specific memories. The idea is that priming effects due to the repeated
cueing and retrieval strategies (facilitating method) can enhance the access to autobiographical
memory. Thus, this program aims to rebuild a sense of personal identity and continuity by
strengthening personal semantic knowledge and stimulating recollection of episodic
memories. In addition, the aim is palliative in the sense that it provides patients with external
assistance (a timeline of personal life). In the present study, our aim was to test the possibility
for patients with early and moderate AD to enhance the retrieval of personal semantic
knowledge in five periods of life (e.g. childhood, young adulthood, beyond 30 years, the last 5
years, 12 last month) and then the retrieval of specific memories. We aimed to study two
groups of AD patients, one who followed the REMau program and one who followed a cognitive
stimulation program, in order to evaluate the benefit of each intervention on their
autobiographical memory performances. The experimental design was to compare pre/post
rehabilitation performances with a follow up after 2 weeks. First, we expected improved
performance of both episodic and semantic autobiographical memory after the REMau
program but not the cognitive stimulation program; benefits should be maintained after two
weeks. In addition, the massive impairment of episodic features and the phenomena of
generalization observed in the recall of memories should lead to lesser benefit for strictly
episodic memories than for personal knowledge. Moreover, as the autobiographical
impairment varies according to the life period, we could also expect that the life periods
associated with specific memories particularly important for defining the Self (<30 years)
should be better improved by the REMau support. Finally, because of reminiscence therapy is
supposed to strengthen the personal identity and self-esteem, benefits from the REMau
program should also have a positive impact on the mood of patients.
201
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
Method
Participants
A sample of 33 patients (aged 58-89 years) with AD (MMS> 18) has freely consented to
take part in this study. The participants were recruited through several health institutions of
Paris according to the criteria of McKhann et al. (1984). In addition, participants do not present
any other neurological or psychiatric diseases (excluding AD).
Subjects were randomly assigned either to the REMau program (n = 16) or to the
cognitive stimulation program (n = 17). Descriptive information for each group are reported in
Table 1. The two groups were matched on: the overall cognitive efficiency (t = -0.11, df =
31, p> 0.10), evaluated with the MMSE (Mini Mental State Examination, Folstein, Folstein, &
McHugh, 1975), the level of education (t = -0.63, df = 31, p> 0.10), age (t = -0.59, df =
31, p> 0.10), mood (t = -0.33, df = 31, p> 0.10) estimated by the MADRS (Montgomery-Åsberg
Depression Rating Scale, Montgomery and Asberg, 1979), and the performance on the
crystallized intelligence and semantic knowledge (t = 0.23, df = 31, p> 0.10), assessed by the
vocabulary test of Mill Hill (Deltour, 1993).
Age
Years of study
MMS
Mill Hill
Mood
REMau Group
Mean and standard
deviation
71.44
8.81
9.75
2.72
24.87
2.73
30.10
3.34
3.46
3.41
Stimulation Group
Mean and standard
deviation
73.06
6.90
10.47
3.74
25
3.54
30.00
2.24
3.86
3.22
Comparison
REMau/Stimulation
groups
p> 0.10
p> 0.10
p> 0.10
p> 0.10
p> 0.10
Table 1. Descriptive characteristics of participants in the study
Autobiographical and mood assessment
Three evaluations were conducted to evaluate the benefits of rehabilitation program: a
first evaluation before the treatment (T1), a second one after the treatment (T2) and a third one
at 15 days after the end of the treatment (T3). The objective of assessments was to investigate
the impact of the rehabilitation programs on autobiographical memory and mood of patients.
Two previous validated assessments of episodic (TEMPau task, Piolino et al., 2009) and
semantic (Piolino et al., 2002, 2007) autobiographical memory were used to assess both
autobiographical memory components across five lifetime periods: childhood and adolescence
(ages 0 to 17), young adulthood (ages 18 to 30), adulthood (up to 30), last five years and last 12
202
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
months. These periods were investigated in a fixed sequence. For each period, personal
information recall task was administered first to assess the semantic component (SAM), and
then a personal events recall task to assess the episodic component (EAM).
The recall of SAM was explored using 4 topics (see Piolino et al., 2007): names of 3
acquaintances with their status (e.g. friends, neighbors), 3 pieces of information about the date
of personally relevant events (e.g. birth, marriage), 3 pieces of information about school life
(e.g. name of a professor, the location of the child’s desk in the classroom) and 3 pieces of
information about personal address and leisure activities (e.g. name and address of a new
leisure activity). Each correct information led to one point and half a point if the information
was incomplete (e.g. a person’s name without his or her status). For each period, the maximum
semantic score was of 12.
After the retrieval of SAM, participants had to recall, for each lifetime period (except the
most recent one), a specific and personally experienced events according to four topics (EAM) :
1) a meeting or event linked to a person, 2) an event that occurred during the participant’s
schooling, working life, or retirement, 3) a travel, and 4) a family event. For the very recent past
("last 12 months" period), eight memories were required (about last summer, on Christmas or
New Year’s Day, last week, last weekend, 2 days ago, yesterday, or today). When it was possible,
memories had to concern unique short personal events (shorter than one day), be situated in
time and space, and be mentally relived with phenomenological details. The subjects were
always asked to give as many details as possible and to be as specific as possible. If participants
could not spontaneously recollect an event, cues and/or encouragements were provided (e.g.,
“A striking day with a teacher or a school friend at the primary or secondary school; when
taking a written or oral exam such as school leaving certificate”). These sentences-cues were
selected from a previous AM experimental study on healthy and AD participants (Piolino et al.,
2002, 2003, 2006). After recall, either spontaneous or not, we encouraged three times
participants to give more details if necessary and/or to be more specific if they recalled a
generic event (e.g., “Do you remember a particular day?” “Did this only take place once?”)
without a time constraint. Thereafter, the test switched to another theme or question
regardless of the nature of the recall.
Each event was scored according to the information retrieved in the test and checked
with the family's patient on a 4-point episodic scale (Baddeley & Wilson, 1986; Kopelman et al.,
1989; Piolino et al., 2002, 2003). This scale took into account the specificity of the content (i.e.,
single or repeated event), the spatiotemporal situation, and the presence of internal details (i.e.,
perceptions, thoughts, and feelings). A specific event with sensory details situated in time and
203
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
space was given a score of 4. A specific event without any details but situated in time and space
was scored 3. A repeated or extended event was scored 2 if it was situated in time and space or
1 if it was not. An absence of memory, or only general information about a theme, was scored 0.
Specific detailed memories (i.e., scoring 4 points) were the most consistent with the definition
of EAM with a memory representing a particular episode, lasting less than a day, and
recollected with specific details concerning the source of acquisition. Thus, two different total
scores were recorded per time period examined: 1) an overall score (maximum score 16, for
the most recent period the score was of 32 divided by 2), which included all the memories
(specific and generic) and corresponded to the classic episodic memory score used in the wellknown Autobiographical Memory Interview (AMI; Kopelman et al., 1989) and 2) a strictly
episodic score (maximum score 16 or 32/2), which included only the number of specific and
detailed memories scoring 4 and thus used a more stringent criterion than the overall score.
Finally, a second scale assessing patients' mood, GDS 30 items (Mitchell, Bird, Rizzo &
Meader, 2010), was completed by the patients.
Rehabilitation programs
Both rehabilitation programs included six sessions of 1 hour according to one session
per week.
1 - Cognitive stimulation program (control group)
This program stimulated semantic collective knowledge that is also quickly disrupted in
AD (Thomas-Antérion, Borg, Vioux, & Laurent, 2010). Some studies showed that activities
stimulating intellectual and social capacities could allow maintaining an overall cognitive
efficiency (Scarmeas et al, 2001; Wang et al, 2009). The objective was to propose a pleasant
activity to support another kind of memory than autobiographical memory. This program was
partially derived from the test of famous people by Piolino et al. (2007). This test consists in the
recognition of famous people from the 1930s to the 2000s and the evaluation of semantic
knowledge related to these characters. In this way, this program was specific and standardized.
Each rehabilitation session included a series of photographies followed by selective questions.
The four first questions were multiple choices about the character: (1) his name (e.g., Tino
Rossi?), (2) his job (e.g., Is he a singer ?), (3) his professional specialty (e.g., Is he a singer for
children?), (4) a question about the personal life of the celebrity (e.g., what song he sang? When
did he die?). The other questions concerned (5) the time during which the character was the
most famous among six proposals corresponding to six decades, and (6) a personal assessment
204
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
about the character (Does the participant appreciate the celebrity). Moreover, some activities of
naming were proposed using photos of old materiel (cars, money, objects, film posters, etc.). In
case of failure, we provided the correct answer.
2 - REMau: autobiographical reminiscence program
The reminiscence program "REMau" was based primarily on a method of facilitating
access to the autobiographical information across different lifetime periods by priming effect
due to repeated questioning (Tulving et al., 1988) and through retrieval strategies. The
objective was the reconstruction and/or the strengthening of a sense of personal identity and
continuity, via the reinforcement or a relearning of personal semantic knowledge and episodic
memories (errorless learning method). The aim was also to improve their recollection
stimulating the sense of remembering instead of just knowing or guessing.
This method was also based on the use of external aids such as an autobiographical
timeline gradually filled during the different sessions with the patient. The cues used in the
program came from information obtained in the autobiographical assessment (personal
semantic and TEMPau) during the first baseline but also from a questionnaire completed by the
patients’ family members. In this questionnaire, the family had to report for each period of life,
general information about the patient (names of family members and acquaintances, addresses,
scholar or professional account, important dates, habits and routines, heroes and tastes...), and
a personal important event with as much of details as possible. When the patient had available
photographs, they were used during sessions. The timeline included five A4 sheets, each one for
a studied life period ((1) 0-17, (2) 18-30, (3)> 30 years (4) Last 5 years, (5) 12 last months).
Moreover, photos of significant public events, presidents and celebrities were supplied to
facilitate the temporal contextualization of each period of life . Table 2 shows the organization
of the timeline. As for the cognitive stimulation program, the patient was informed that he must
not rework the elements outside the sessions, and for this purpose the experimenter kept the
timeline during the program. However, each patient recovered his timeline at the end of the
program.
Period of life 0-17 years
People and personal acquaintances
Home Address
Curriculum / professional
Lifestyle
General and Specific Events
Historic Event
Presidents
Celebrities
Table 2. Organization of the timeline in the REMau program
205
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
The first two sessions were entirely devoted to the recovery of personal semantic
knowledge of the five life periods reported on the timeline: session 1 for the periods 0-17 and
18-30 years, session 2 for periods more than 30 years, the last five years and the last 12
months. At first, we asked the patient to indicate his family members and close or important
people (friends, teachers, co-workers, etc.). Then, the patient had to indicate their main
residences and recall the scholar or professional information associated with the place and the
date. The patients had also to remember their habits of leisure activities, holidays, and his idols.
Finally, they had to retrieve important generic memories without going into detail. In case of
difficulty, we provided cues (errorless learning method) from the preliminary questionnaire
fulfilled by the patient and his family. The last four sessions of the program were devoted to
retrieval of specific autobiographical events from each life period: session 3 focused on the
period 0-17 years, session 4 on the period 18-30 years, session 5 on the period more than 30
years and session 6 on the last 5 years and the last 12 months. After explaining to the patient
the expectations of this part of REMau, he must try to evoke detailed episodic memories related
to a particular life period related to each previously reported semantic information (names,
place, date, habits, etc.). The patient had a text explaining the characteristics of episodic events
(short duration to few minutes to few hours, uniqueness, located in time and space, linked to
emotions, sensations and thoughts). Only the main elements were then reported in detail on
the timeline ("my marriage in the chapel of San Domenico, a Monday, in July, I remember I
stumbled..."). If the patient was unable to provide detailed episodic memories, it was first
encouraged to enhance the factual content of memories (people, activities), the spatial content
(location and description, its position on the place), the temporal content (age, year, time of
year, day, hour) and the related emotions, feelings and thoughts. In absence of answers, cues
were provided. We provided the unrecalled items at the end of the session.
Statistical Analysis
In order to evaluate the benefits of the REMau program, we conducted several
statistical analyzes on the autobiographical performances obtained at the three time periods of
interest (T1, T2, T3). We performed a 2 Groups (REMau, cognitive stimulation) X 5 Time
periods (0-17 years, 18-30 years,> 30 years, the last 5 years, last 12 months) X 3 Sessions (T1, T2,
T3) analysis of variance (ANOVA) on (1) the total semantic score, and (2) the total
autobiographical memories score. We carried out an ANOVA 2 Groups X 3 Sessions on the GDS
total score. To assess the size effects on ANOVA, partial Eta-square were used with η ² p>0.01
(small effect), η ² p>0.06 (medium effect) and η ² p>0.14 (large effect). Post-hoc Fischer-LSD ttests were used for within and between group comparisons with an alpha level of p <0.05. , and
206
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
the “Cohen d” assessed size effects of post-hoc tests (Cohen, 1988), with d> 0.20 (small effect),
d> 0.50 (medium effect) and> 0.80 (Large effect). The comparison between T2 versus T1
evaluated immediate benefits of the rehabilitation and the comparison between the T3 versus
T1 evaluated the prolongation of the benefits with remoteness.
Results
Personal semantic knowledge
The ANOVA conducted on the total scores of semantic knowledge show significant main
effect of Group (F (1,31) = 6.30, p = 0.01, η2= 0.17), of the Time periods (F (4,124) = 95.85, p
<0.001, η2= 0.75) and a trend toward significance of the effect of Sessions (F (2,62) = 2.63, p
= 0.08, η2= 0.08). We also found significant Groups x Sessions (F (2,62) = 5.89, p = 0.04, η2=
0.16), and Groups x Time periods (F (4,124) = 7.70, p <0.001, η2= 0.19) two-way interactions.
The interaction Time periods x Sessions was not significant (F (8,248) <1, p> 0.10, η2=
0.02). Finally, the triple interaction Groups x Time periods x Sessions was significant (F (8,248)
= 2.80, p = 0.005, η2= 0.08). Thus, the benefits on personal semantic performance varied
according to the type of program, the period of life recalled and the evaluation session (see
Figure 1).
Post hoc t-tests indicated that for the cognitive stimulation group, the total performance was
not improved after the treatment (T2 versus T1, p> 0.10) whatever the period of life explored,
0-17years (p> 0.10, d = -0.20), 18-30 years (p> 0.10, d = -0.29), > 30 years (p> 0.10, d = -0.07), 5
years (p> 0.10, d = -0.04), 12 months (p> 0.10, d = 0.20). At 15 days post treatment, the total
performance of the cognitive stimulation group tended to decrease (T3 versus T1, p = 0.07),
this trend was significant for the periods of life of 18-30 years (p <0.001, d = -0.81) and for the
last 5 years (p = 0.05, d = -0.28), but not for the periods 0-17years (p> 0.10, d = -0.13), > 30
years (p> 0.10, d = -0.22) and 12 last months (p> 0.10, d = 0.05).
By contrast, the total performance of the group who received the REMau program was
greater after the treatment (T2 versus T1, p <0.001) for the periods of 0-17 years (p <0.001, d =
0.77), 18-30 years (p <0.001, d = 1.06), >30 years (p <0.001, d = 0.58) and 12 last
months (p = 0.05, d = 0.39), but not for the period of last 5 years (p> 0.10, d = 0.22). The benefits
were still present after 15 days (T3 versus T1, p = 0.02). The benefit observed for the period 017 ears becomes marginal (p = 0.07, d = 0.26), but it is still very significant for the periods of
207
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
AUTOBIOGRAPHICAL SEMANTIC KNOWLEDGE
10
9
***
8
~
***
***
T1
T2
T3
***
*
7
6
5
***
4
**
3
*
2
1
0
0-17
18-30
> 30
years old years old years old
5 last
years
REMAU GROUP
12 last
0-17
18-30
> 30
month years old years old years old
5 last
years
12 last
month
COGNITIVE STIMULATION GROUP
Figure 1. Total performance (maximum 12) on personal semantics recall depending on
the period of life, the type of program and the evaluation session
Legend: *p<.05, **p<0.005, ***p<0.001
18-30 years (p <0.001,d = 0.84), > 30 years (p = 0.04, d = 0.35) and 12 last months (p = 0.02, d =
0.41). The period of last 5 years (p> 0.10, d = 0.08) was not different between the two
assessments.
Between comparisons indicated no difference on the session T1, regardless of the time
periods (p> 0.10). On the session T2, the performances of the REMau group were significantly
better than those of the control group for the periods of 0-17 years (p <0.01, d = 1.13), 18-30
years (p <0.001, d = 1.80), >30 years (p <0.001, d = 1.16), but not for the period of last 5
years and 12 last months (p> 0.10, d = 0.24 and d = 0.10). On the session T3, the performances
of the REMau group were significantly better than those of the control group for the periods 1830 years (p <0.001, d = 2.22) and >30 years (p <0.001, d = 1.14), but not for the other periods
(p> 0.10).
208
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
Autobiographical memories
We do not report the strictly episodic scores (memories rated 4/4) because of floor
effects in patients regardless of the period of life, or the evaluation session. The analyses
focused on the total score of autobiographical recall that includes recall of all memories (more
or less episodic), and semanticized memories (quoted ≤ 4 and 3/4). The higher the score, the
higher the memories are specific and detailed. Thus, the ANOVA conducted on the total scores
of autobiographical memories highlighted a significant main effects of the Time periods (F (4,
124) = 32.09, p = 0.001, η2= 0.51), of the Sessions (F (2,62) = 7.00, p = 0.002, η2= 0.18) and a low
tendency for the Groups effect (F (1,31) = 3.07, p = 0.09, η2= 0.09). The effects of two-way
interactions of Group x Sessions (F (2,62) = 15.67,p <0.001, η2= 0.33), Group x Time periods (F
(4,124) = 4.89, p = 0.001, η2= 0.14), and Sessions x Time periods (F (8, 248) = 2.89, p = 0.004,
η2= 0.09) were significant. Finally, the triple interaction Group x Time periods x Sessions was
also significant (F (8,248) = 2.47, p = 0.01, η2= 0.08). The benefits of the program on
autobiographical memory performance varied depending on the type of support, the period of
life explored as well as the evaluation session (see Figure 2).
Post hoc tests indicated that for the cognitive stimulation group, the overall performance was
not affected by the treatment (T2 versus T1, p> 0.10). However, the influence of the treatment
varied according to the period of life explored: the periods of 0-17years life (p> 0.10, d = -0.16),
the last 12 months (p> 0.10, d = -0.47), and 5 years (p> 0.10, d = -0.17) did not differ, however a
significant performance decrease is recorded for the periods 18-30 years (p = 0.003, d = -0.46),
and > 30 years (P = 0.03, d = -0.37). The same pattern was observed at 15 days after treatment
(T3 versus T1) with a substantially unchanged overall performance (p = 0.09). In fact,
performances for the Time periods of 0 -17 years (p> 0.10, d = -0.09),the last 12
months (p> 0.10, d = -0.42) and 5 years (p> 0.10, d = 0.04) did not change between sessions,
while the decreased performances for the time periods of 18-30 (p = 0.003, d = -0.42), and > 30
years (p = 0.03, d = -0.30) were persistent.
By contrast, the total performance of REMau group improved after the treatment (T2
versus T1, p <0.001) for periods of 0-17years life (p <0.001, d = 1.25), 18-30 years (p <0.001, d
= 0.76), > 30 years (p = 0.02, d = 0.48) and 12 last months (p <0.001, d = 0.66), but not for the
period of last 5 years (p> 0.10, d = 0.05). The overall benefits were still visible after a period of
15 days (T3 versus T1, p = 0.003). However, only profits for the period 0-17 were
consistent (p = 0.01, p = 0.66), the benefit observed for the period > 30 years becoming
209
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
AUTOBIOGRAPHICAL MEMORIES
10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
T1
***
*
T2
T3
***
***
*~
0-17
18-30
> 30
years old years old years old
5 last
years
REMAU GROUP
****
**
12 last
0-17
18-30
> 30
month years old years old years old
5 last
years
12 last
month
COGNITIVE STIMULATION GROUP
Figure 2. Total autobiographical memory performance (maximum 16) based on TEMPau task,
according to the periods of life, the type of program and evaluation sessions
Legend: *p<.05, **p<0.005, ***p<0.001
marginal (p = 0.07, d = 0.38). Finally, the benefits observed in T2 for the periods 18-30
years (p> 0.10, d = 0.16) and 12 months (p> 0.10, d = 0.26) are not maintained. The period of
the last 5 years (p> 0.10, d = 0.08) was again being unchanged (p> 0.10, d = 0).
Between comparisons indicated no difference on the session T1, regardless of the time
periods (p> 0.10). On the session T2 and T3, the performances of the REMau group were
significantly better than those of the control group for the periods 18-30 years (p <0.001,
respectively, d = 1.93 and d = 1.15), but not for the other periods (p> 0.10), except a trend
toward significance for the period 0-17 years (p =0.07, d= 0.50) on session T2.
Mood
The ANOVA on the GDS score showed a non significant main effect of group (F (1,31) =
2.24, p> 0.10, η2= 0.07), but a significant main effect of the Sessions (F (2,62) = 11.69, p
<0.001, η2= 0.27) as well as a significant Groups x Sessions interaction (F (2,62) = 6.78, p
= 0.002, η2= 0.18). The mood of the patients who received cognitive stimulation was not
improved in post treatment (p> 0.10), while it was at 15 days away from the
treatment (p = 0.003). For patients who completed the REMau program, the mood was
210
Chapitre 10 : Prise en charge de la mémoire basée sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
significantly improved just after the end of the treatment (p <0.001) and this result was
maintained after 15 days (p = 0.003). The Figure 3 reports the values of each group.
Between group comparisons indicated no difference on the session T1 and T3 (p> 0.10,
respectively, d = 0.25 and d = 0.39), but the mood of the REMau group on the session T1 was
significantly better than the one of the control group (p <0.01, d = 0.89).
DEPRESSIVE MOOD
7
(depressed mood) depending on the type of
program and evaluation session
6
Legend: *p<.05, **p<0.005, ***p<0.001
5
4
Figure 3. Scores on the GDS
**
***
**
3
2
1
0
GROUPE
REMAU
T1
GROUPE
STIMULATION
COGNITIVE
T2
T3
Discussion
This study aimed at investigating the impact of a rehabilitation program developed
specifically for the rehabilitation of impaired autobiographical memory (REMau). We compared
this program with an alternative stimulation program about the collective memory (famous
people's and common knowledge) in order to determine whether the observed benefits with
REMau were specific to its support and not because of the social interaction therapist/patient
or the newness of a pleasant activity. Main results indicated that only the REMau program
improved the overall autobiographical memory performance, the improvement being also
maintain 15 days after the end of the program.. By contrast, the patients in the cognitive
stimulation program tended to show a lowering of their overall autobiographical memory
performance. These results support the idea that a standardized-structured activity of
reminiscence under a personalized program is actually effective to improve autobiographical
211
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
memory in AD patients. But, they also extend previous findings by revealing its impact in
function of the component of autobiographical memory (episodic/semantic) and across the
lifetime periods.
The two rehabilitation programs were proposed to AD patients that presented a classic
dissociation between episodic and semantic autobiographical memory performance, the latter
being better preserved than the former (Martinelli et al., 2013). Episodic memory was
massively impaired, and replaced by more generic memories with a Ribot's temporal gradient
in favor of remote periods (Eustache et al., 2004; Irish, Lawlor, O’Mara, & Coen, 2011; Piolino et
al., 2003). This deficit is generally related to the disruption of neuroanatomical structures,
including the hippocampal formation, which are involved in the recollection of episodic
autobiographical memories (for review, Cabeza & St Jacques, 2007; Martinelli et al., 2013;
Piolino et al., 2009; Viard et al., 2013). Indeed, neuroimaging studies have reported common
activations between the two components of autobiographical memory. Episodic memories
recruit, to a greater extent than personal semantic knowledge, medial temporal lobe structures
as well as different prefrontal regions encompassing the lateral, and the medial prefrontal
cortex, the anterior cingulate cortex, and the posterior cortical structures (Ford, Addis, &
Giovanello, 2011; Holland, Addis, & Kensinger, 2011; Levine, Turner, Tisserand, Hevenor,
Graham, & McIntosh, 2004; Martinelli et al., 2013). Interestingly, Eustache et al. (2004)
reported that in AD the recall of remote autobiographical (semanticized) memories was related
to metabolism in extra hippocampal regions (left prefrontal regions). Thus, our results add
evidence that AD patients benefit from a number of personal information and general
memories, especially from the most remote time periods whose recovery is seemingly via a
compensatory network underpinned by frontal cortical areas (Piolino et al., 2010).
Our study showed that rehabilitation programs based on hierarchical reconstruction of
autobiographical memory enhance retrieval processes and relearning of personal information
(Morgan, 2000). Indeed, the REMau program improved the recall of autobiographical memories
and semantic personal knowledge, while no benefit was observed for the cognitive stimulation
group. The benefit concerned all life periods with the exception of the last five years period,
which showed no improvement, in terms of both autobiographical memories and personal
semantic knowledge. This period of life generally covered the period of AD diagnosis and
increasing of anterograde memory deficits. It may also involve negative situations related to the
beginning of real negative impact of the disease on everyday life and loss of autonomy. Thus,
this life period could be more resistant to rehabilitation program because of its incongruence
with maintaining a positive self-image (Brandstädter & Greve, 1994; Carstensen, Fung, &
212
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
Charles, 2003; Clare, 2003; Kensinger & Schacter, 2008; Macquarrie, 2005). Besides, as we
predicted the REMau program improved more the earliest personal memories and knowledge
(those from childhood, adolescence and young adulthood, 0-17 and 18-30 years periods). More
specifically, the 18-30 years period, known as the reminiscence bump (Conway, 2009; Piolino
et al., 2006; Rubin & Schulkind, 1997), was the most reactive to trainings compared to other life
period for this group. This result is particularly interesting because many Self-defining
memories are part of this life period, which is considered as the core of personal identity
(Fitzgerald, 1986, 1996). Indeed, a great emotional intensity and vividness, a high level of
repetition, a strong link with similar memories and with personal goals determines selfdefining memories (Conway et al., 2004; Conway, 2005; Kensinger, Garoff-Eaton, & Schacter,
2007). Remarkably, this kind of memory is relatively less deficient than other autobiographical
memories in AD at the early to moderate stage (Martinelli et al., 2013). Nevertheless, the
REMau program improved personal semantic more than autobiographical memories, and
generic memories rather than specific and detailed ones. However, the retrieval of generic
memories was enriched by mental images, feelings, and some details that lead us to think the
personal past of patients was less fossilized.
Regarding benefits after 15 days post-treatment, results confirmed that the REMau
group still benefited from the relearning and recovery of personal semantic knowledge but to a
lesser extent for the recovery of autobiographical memories. By contrast, the decrease in
autobiographical performance for the stimulation group continued from T1 to T3 indicating the
importance to provide specific trainings as soon as possible in AD patients to slow down the
rapid progression of autobiographical deficits.
It is important to note that the REMau program especially enhanced personal semantic
memory. Indeed, the semantic aspects of autobiographical memory are related with a sense of
stable and continuous identity. Several authors have shown (Addis & Tippett, 2004; Caddell &
Clare, 2010; Klein & Gangi, 2010; Klein, Cosmides, & Costabile, 2003; Naylor & Clare, 2008;
Piolino et al., 2003; Steinvorth, Levine, & Corkin, 2005) that it is possible to have a sense of
identity based solely on semantic autobiographical memory in case of total loss of episodic
memory. Indeed, the accumulation of personal events in a summarized form defines our sense
of identity, but episodic memories are necessary to provide specific examples of who we are
and to update our knowledge about our self (Conway, 2009; Klein, 2012). In this line, in the
REMau group, the evocation of memories from the remote periods and from the most recent
last 12 months, even generic, could allow patients to feel and live mentally their past with
mental images and update their sense of identity thanks to old and new Self-representations.
213
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
This improvement is crucial regarding the relationship between autobiographical memory and
the Self, as this ability is gradually lost in AD patients (Martinelli et al., 2013; Morris & Mograbi,
2012).
However, further studies are needed to investigate if more frequent REMau sessions
(here a weekly session over six weeks) and regular sessions of reactivation of personal
semantic and memories could produce a further enhancement of episodic autobiographical
memories. The few controlled studies of reminiscence therapy have explored longer periods
with at least two weekly sessions (Baecker et al., 2006; Crete-Nishihata et al., 2012;
Damianakis, Crete-Nishihata, Smith, Baecker, & Marziali, 2010; Morgan, 2000), but they used a
general measure of autobiographical memory rather than separate measures for the semantic
and episodic components, and they did not study the different lifetime periods.
The last, but not the least, interesting result concerns the positive impact of REMau
program on patients' mood. This positive effect on mood was maintained after two weeks postprogram. The negative mood decrease is probably one of the most common advantage
observed after reminiscence intervention therapy and our data support this idea (Chao et al.,
2006; Goldwasser, Auerbach, & Harkins, 1987; Hsieh et al., 2010; Lai, Chi, & Kayser-Jones, 2004;
Scogin & McElreath, 1994; Thorgrimsen, Schweitzer, & Orrell, 2002; Bob Woods et al., 2005).
This benefit could be linked with the objectives of reminiscence. On the one hand, the evocation
of memories allows the patient to reappropriate his past and increase his personal satisfaction
(Bruce & Schweitzer, 2008). Moreover, the patient is not only a passive receptor of information
but he is also an actor in the process of sharing his personal experience (Bruce & Schweitzer
2008). Thus, therapeutic relationship comforts also the social function of autobiographical
memory (Bluck & Alea, 2003).
Particularly interesting, the patients in the cognitive stimulation group had also a
significant improvement of their mood two weeks after the end of the program, that was not
observed at the end of the program. This finding suggests that the program did not directly
enhance their mood, whereas external factors could do. The cognitive stimulation may have
caused a motivation for patients to perform thereafter challenging and rewarding tasks.
In conclusion, we have developed a standardized and personalized cognitive
rehabilitation of autobiographical memory that take into account residual and preserved
capacities of AD patients, regarding episodic and semantic components across the entire
214
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
lifespan. This new program appeared to support personal semantic knowledge,
autobiographical memory recollection and sense of personal identity. As personal identity is
constructed based on past experience and knowledge, but it is also modulated by new
experiences, our future challenge is to further associate cognitive care of both anterograde and
retrograde memory based on the interaction between autobiographical memory and the Self.
Acknowledgments
This study was supported by the Association France Alzheimer to Pascale Piolino and
Jennifer Lalanne (PHD funding). The authors would like to thank greatly all volunteers and the
patients for their participation in this study.
References
Addis, D. R., & Tippett, L. J. (2004). Memory of myself: autobiographical memory and identity in Alzheimer’s
disease. Memory, 12(1), 56–74. doi:10.1080/09658210244000423
Arkin, S. M. (1998). Alzheimer memory training: Positive results replicated. American Journal of Alzheimer’s
Disease and Other Dementias, 13(2), 102–104. Doi: doi: 10.1177/153331759801300209
Baecker, R. M., Marziali, E., Cohene, T., Mindy, S., Ramdeen, K., & Chatland, S. (2006). Multimedia biographies
for individuals with Alzheimer’s disease and their families. In Proceedings of the World Congress on
Internet in Medicine (MEDNET). Retrieved from http://ron.taglab.ca/papers/D61.pdf
Brandstädter, J., & Greve, W. (1994). Explaining the resilience of the aging self: Reply to Carstensen and
Freund. Developmental Review, 14 (1), 93–102. Doi: 10.1006/drev.1994.1005
Bruce, E., & Schweitzer, P. (2008). Remembering Yesterday, Caring Today: Reminiscence in Dementia Care: A
Guide to Good Practice. London,UK: Jessica Kingsley Publishers.
Butler, R. N. (1963). The life-review: an interpretation of reminiscence in the aged. Psychiatry, 26, 65–76.
Cabeza, R., & St Jacques, P. (2007). Functional neuroimaging of autobiographical memory. Trends in Cognitive
Sciences, 11(5), 219–227.
Caddell, L. S., & Clare, L. (2010). The impact of dementia on self and identity: a systematic review. Clinical
Psychology Review, 30(1), 113–126. doi:10.1016/j.cpr.2009.10.003
Carstensen, L. L., Fung, H. H., & Charles, S. T. (2003). Socioemotional selectivity theory and the regulation of
emotion in the second half of life. Motivation and Emotion, 27(2), 103–123.
doi:10.1023/A:1024569803230
Cermak, L. S. (1984). The episodic-semantic distinction in amnesia. In LR Squire, N Butters. (eds). The
neuropsychology of memory, 55–62. New York, NY: The Guilford Press.
Chao, S.-Y., Liu, H.-Y., Wu, C.-Y., Jin, S.-F., Chu, T.-L., Huang, T.-S., & Clark, M. J. (2006). The effects of group
reminiscence therapy on depression, self esteem, and life satisfaction of elderly nursing home
residents. Journal of Nursing Research, 14(1), 36–45. Retrieved from http://jshellmanreminiscence.wiki.uml.edu/file/view/group+reminiscence_nursing+home.pdf
Clare, L. (2003). Managing threats to self: awareness in early stage Alzheimer’s disease. Social science &
medicine, 57(6), 1017–1029. Doi: 10.1016/S0277-9536(02)00476-8
Clare, L., Wilson, B. A., Carter, G., Breen, K., Gosses, A., & Hodges, J. R. (2000). Intervening with everyday
memory problems in dementia of Alzheimer type: an errorless learning approach. Journal of Clinical
215
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
and Experimental Neuropsychology, 22(1), 132–146. Doi: 10.1076/1380-3395(200002)22:1;18;FT132
Cohen, J. (1988). Statistical power analysis for the behavioral sciences (2nd ed.). Hillsdale, NJ: Erlbaum.
Conway, M. A. (2005). Memory and the self. Journal of Memory and Language, 53(4), 594–628.
doi:10.1016/j.jml.2005.08.005
Conway, M. A. (2009). Episodic memories. Neuropsychologia, 47(11), 2305–2313. Doi:
10.1016/j.neuropsychologia.2009.02.003
Conway, M. A., & Pleydell-Pearce, C. W. (2000). The construction of autobiographical memories in the selfmemory system. Psychological Review, 107(2), 261–288. doi: 10.1037/0033-295X.107.2.261
Conway, M. A., Singer, J. A., & Tagini, A. (2004). The Self and Autobiographical Memory: Correspondence and
Coherence. Social Cognition, 22(5), 491–529. doi:10.1521/soco.22.5.491.50768
Cotelli, M., Manenti, R., & Zanetti, O. (2012). Reminiscence therapy in dementia: A review. Maturitas, 72(3),
203–205. doi:10.1016/j.maturitas.2012.04.008
Crete-Nishihata, M., Baecker, R. M., Massimi, M., Ptak, D., Campigotto, R., Kaufman, L. D., … Black, S. E. (2012).
Reconstructing the past: Personal memory technologies are not just personal and not just for
memory. Human–Computer Interaction, 27(1-2), 92–123. DOI: 10.1080/07370024.2012.656062
Damianakis, T., Crete-Nishihata, M., Smith, K. L., Baecker, R. M., & Marziali, E. (2010). The psychosocial impacts
of multimedia biographies on persons with cognitive impairments. The Gerontologist, 50(1), 23–35.
doi: 10.1093/geront/gnp104
Davis, R. N., Massman, P. J., & Doody, R. S. (2001). Cognitive intervention in Alzheimer disease: a randomized
placebo-controlled study. Alzheimer Disease & Associated Disorders, 15(1), 1–9.
Deltour, J. J. (1993). Echelle de vocabulaire de Mill-Hill de JC Raven. Adaptation française et normes comparées du
Mill-Hill et du Standard Progressive Matrices de Raven (PM 38). Braine-le-Château, Belgium: Editions
L’application des Techniques Modernes.
Dempsey, L., Murphy, K., Cooney, A., Casey, D., O’Shea, E., Devane, D., … Hunter, A. (2012). Reminiscence in
dementia: A concept analysis. Dementia, 17. doi:10.1177/1471301212456277
Eustache, F., Piolino, P., Giffard, B., Viader, F., Sayette, V. D. L., Baron, J. C., & Desgranges, B. (2004). “In the course
of time”: a PET study of the cerebral substrates of autobiographical amnesia in Alzheimer’s disease.
Brain, 127(7), 1549–1560. doi:10.1093/brain/awh166
Ford, J.H., Addis, D.R., & Giovanello, K.S. (2011) Differential neural activity during search of specific and general
autobiographical memories elicited by musical cues. Neuropsychologia, 49 (9), 2514– 2526. Doi:
10.1016/j.neuropsychologia.2011.04.032
Fitzgerald, J. M. (1986). Autobiographical memory: A developmental perspective. In D. C. Rubin (Ed.),
Autobiographical memory, (122–133). Cambridge, NY: Cambridge University Press.
Fitzgerald, J. M. (1996). The distribution of self-narrative memories in younger and older adults: Elaborating
the self-narrative hypothesis. Aging, Neuropsychology, and Cognition, 3(3), 229–236. DOI:
10.1080/13825589608256626
Folstein, M. F., Folstein, S. E., & McHugh, P. R. (1975). Mini-Mental State: a practical method for grading the
cognitive state of patients for the clinician. Journal of psychiatric research, 12(3), 189–198.
doi:10.1016/0022-3956(75)90026-6
Goldwasser, A. N., Auerbach, S. M., & Harkins, S. W. (1987). Cognitive, affective, and behavioral effects of
reminiscence group therapy on demented elderly. The International Journal of Aging and Human
Development, 25(3), 209–222. Doi: 10.2190/8UX8-68VC-RDYF-VK4F
Haight, B. K., Bachman, D. L., Hendrix, S., Wagner, M. T., Meeks, A., & Johnson, J. (2003). Life review: Treating the
dyadic family unit with dementia. Clinical Psychology & Psychotherapy, 10(3), 165–174.
DOI: 10.1002/cpp.367
Hirsch, C. R., & Mouratoglou, V. M. (1999). Life review of an older adult with memory difficulties. International
journal of geriatric psychiatry, 14(4), 261–265. DOI: 10.1002/(SICI)10991166(199904)14:4<261::AID-GPS894>3.0.CO;2-Z
216
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
Holland, A.C., Addis, D.R., & Kensinger, E.A. (2011) The neural correlates of specific versus general
autobiographical memory construction and elaboration. Neuropsychologia 49(12), 3164-3177. Doi:
10.1016/j.neuropsychologia.2011.07.015
Haber, D. (2006). Life review: Implementation, theory, research, and therapy. The International Journal of
Aging and Human Development, 63(2), 153–171. Doi: 10.2190/DA9G-RHK5-N9JP-T6CC
Hsieh, C.-J., Chang, C., Su, S.-F., Hsiao, Y.-L., Shih, Y.-W., Han, W.-H., & Lin, C.-C. (2010). Reminiscence group
therapy on depression and apathy in nursing home residents with mild-to-moderate dementia.
Journal of Experimental & Clinical Medicine, 2(2), 72–78. Doi: /10.1016/S1878-3317(10)60012-5
Irish, M., Hornberger, M., Lah, S., Miller, L., Pengas, G., Nestor, P. J., Piguet, O. (2011). Profiles of recent
autobiographical memory retrieval in semantic dementia, behavioural-variant frontotemporal
dementia, and Alzheimer’s disease. Neuropsychologia, 49(9), 2694–2702. Doi:
10.1016/j.neuropsychologia.2011.05.017
Irish, M., Lawlor, B. A., O’Mara, S. M., & Coen, R. F. (2011). Impaired capacity for autonoetic reliving during
autobiographical event recall in mild Alzheimer’s disease. Cortex, 47(2), 236–249. Doi:
10.1016/j.cortex.2010.01.002
Kensinger, E. A., Garoff-Eaton, R. J., & Schacter, D. L. (2007). Effects of emotion on memory specificity: Memory
trade-offs elicited by negative visually arousing stimuli. Journal of Memory and Language, 56(4), 575–
591. doi:10.1016/j.jml.2006.05.004
Kensinger, E. A., & Schacter, D. L. (2008). Memory and Emotion. In M. Lewis, J. M. Haviland-Jones, & L. Feldman
Barrett (Eds.), Handbook of emotions. New York: Guilford Press.
Klein, S. B. (2012). Self, Memory, and the Self-Reference Effect An Examination of Conceptual and
Methodological Issues. Personality and Social Psychology Review, 16(3), 283–300.
doi:10.1177/1088868311434214
Klein, S. B., & Gangi, C. E. (2010). The multiplicity of self: neuropsychological evidence and its implications for
the self as a construct in psychological research. Annals of the New York Academy of Sciences, 1191(1),
1–15. doi:10.1111/j.1749-6632.2010.05441.x
Klein, S.B., Cosmides, L., & Costabile, K. A. (2003). Preserved knowledge of self in a case of Alzheimer’s
dementia. Social Cognition, 21(2), 157–165. doi: 10.1521/soco.21.2.157.21317
Kopelman, M. D., (1992). Memory functioning in dementia. Advances in psychology,89, 45-71. doi:
10.1016/S0166-4115(08)60930-9
Harris, C. B., Rasmussen, A. S., & Berntsen, D. (2013). The functions of autobiographical memory: An integrative
approach. Memory, 1–23. doi:10.1080/09658211.2013.806555
Lai, C. K., Chi, I., & Kayser-Jones, J. (2004). A randomized controlled trial of a specific reminiscence approach to
promote the well-being of nursing home residents with dementia. International Psychogeriatrics,
16(01), 33–49. DOI: http://dx.doi.org/10.1017/S1041610204000055
Levine, B., Turner, G.R., Tisserand, D., Hevenor, S.J., Graham, S.J., & McIntosh, A.R. (2004) The functional
neuroanatomy of episodic and semantic autobiographical remembering: a prospective functional MRI
study. Journal of Cognitive Neuroscience, 16 (9), 1633-1646. Doi : 10.1162/0898929042568587
Macquarrie, C. R. (2005). Experiences in early stage Alzheimer’s disease: understanding the paradox of
acceptance and denial. Aging & mental health, 9(5), 430–441. DOI: 10.1080/13607860500142853
Martinelli, P., Anssens, A., Sperduti, M., & Piolino, P. (2013). The influence of normal aging and Alzheimer’s
disease in autobiographical memory highly related to the self. Neuropsychology, 27(1), 69–78. doi:
10.1037/a0030453.
Martinelli, P., Sperduti, M., & Piolino, P. (2013). Neural substrates of the self-memory system: New insights
from a meta-analysis. Human Brain Mapping, 34(7), 1515–1529. doi:10.1002/hbm.22008
Massimi, M., Berry, E., Browne, G., Smyth, G., Watson, P., & Baecker, R. M. (2008). An exploratory case study of
the impact of ambient biographical displays on identity in a patient with Alzheimer’s disease.
Neuropsychological Rehabilitation, 18(5-6), 742–765. DOI:10.1080/09602010802130924
McKhann, G., Drachman, D., Folstein, M., Katzman, R., Price, D., & Stadlan, E. M. (1984). Clinical diagnosis of
Alzheimer’s disease: report of the NINCDS-ADRDA Work Group under the auspices of Department of
217
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
Health and Human Services Task Force on Alzheimer’s Disease. Neurology, 34(7), 939–944.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/6610841
Mitchell, A. J., Bird, V., Rizzo, M., & Meader, N. (2010). Diagnostic validity and added value of the geriatric
depression scale for depression in primary care: A meta-analysis of GDS30 and GDS15. Journal of
Affective Disorders, 125(1–3), 10–17. doi: 10.1016/j.jad.2009.08.019
Moos, I., & Bjorn, A. (2006). Use of the life story in the institutional care of people with dementia: a review of
intervention studies. Ageing and Society, 26(3), 431–454.
DOI: http://dx.doi.org/10.1017/S0144686X06004806
Morgan, S. (2000). The impact of a structured life review process on people with memory problems living in care
homes (Unpublished doctoral dissertation). University of Wales. Bangor.
Morris, R. G., & Mograbi, D. C. (2012). Anosognosia, autobiographical memory and self knowledge in
Alzheimer’s disease. Cortex, 49 (6),1553–1567. Doi: 10.1016/j.cortex.2012.09.006.
Naylor, E., & Clare, L. (2008). Awareness of memory functioning, autobiographical memory and identity in
early-stage dementia. Neuropsychological Rehabilitation, 18(5-6), 590–606.
doi:10.1080/09602010701608681
Piolino, P. (2008). Evaluation et prise en charge des troubles de mémoire autobiographique en
neuropsychologie. In P. Piolino, C. Thomas-Antérion, & F. Eustache (Eds.), Des amnésies organiques
aux amnésies psychogènes (pp. 339–388). Marseille: Solal.
Piolino, P., Desgranges, B., Belliard, S., Matuszewski, V., Lalevee, C., De La Sayette, V., & Eustache, F. (2003).
Autobiographical memory and autonoetic consciousness: triple dissociation in neurodegenerative
diseases. Brain, 126(10), 2203–2119. doi:10.1093/brain/awg222
Piolino, P., Desgranges, B., Clarys, D., Guillery-Girard, B., Taconnat, L., Isingrini, M., & Eustache, F. (2006).
Autobiographical memory, autonoetic consciousness, and self-perspective in aging. Psychology and
Aging, 21(3), 510–525. doi:10.1037/0882-7974.21.3.510
Piolino, P., Desgranges, B., & Eustache, F. (2008). « À la recherche du Self » : Modèles cognitifs et bases neurales
de la mémoire autobiographique. In P. Piolino, C. Thomas-Antérion, & F. Eustache (Eds.), Des amnésies
organiques aux amnésies psychogènes (pp. 89–126). Marseille, France : Solal.
Piolino, P., Desgranges, B., & Eustache, F. (2009). Episodic autobiographical memories over the course of time:
cognitive, neuropsychological and neuroimaging findings. Neuropsychologia, 47(11), 2314–2329.
doi:10.1016/j.neuropsychologia.2009.01.020
Piolino, P., Chételat, G., Matuszewski, V., Landeau, B., Mézenge, F., Viader, F., Eustache, F., Desgranges, B. (2007).
In search of autobiographical memories: A PET study in the frontal variant of frontotemporal
dementia. Neuropsychologia, 45(12), 2730–2743. doi:10.1016/j.neuropsychologia.2007.04.013
Piolino, P., Desgranges, B., & Eustache, F. (2000). La mémoire autobiographique: théorie et pratique. Marseille,
France : Solal.
Piolino, P., Martinelli, P., Viard, A., Noulhiane, M., Eustache, F., & Desgranges, B. (2010). Physiopathologie de la
mémoire autobiographique dans le vieillissement : distinction épisodique/sémantique, données
cliniques et études en neuroimagerie. Biologie Aujourd’hui, 204(2), 159–179.
doi:10.1051/jbio/2010011
Ribot, T. (1881). Les maladies de la mémoire: 1881. Paris : Editions L’Harmattan.
Romero, B., & Wenz, M. (2001). Self-maintenance therapy in Alzheimer’s disease. Neuropsychological
Rehabilitation, 11(3-4), 333–355. DOI: 10.1080/09602010143000040
Rubin, D. C., & Schulkind, M. D. (1997). The distribution of autobiographical memories across the lifespan.
Memory & Cognition, 25(6), 859–866. doi: 10.3758/BF03211330.
Scogin, F., & McElreath, L. (1994). Efficacy of psychosocial treatments for geriatric depression: A quantitative
review. Journal of consulting and clinical psychology, 62(1), 69. doi: 10.1037/0022-006X.62.1.69
Steinvorth, S., Levine, B., & Corkin, S. (2005). Medial temporal lobe structures are needed to re-experience
remote autobiographical memories: evidence from H.M. and W.R. Neuropsychologia, 43(4), 479–496.
doi:10.1016/j.neuropsychologia.2005.01.001
218
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 4
Svoboda E., McKinnon, M.C., & Levine, B. (2006) The functional neuroanatomy of autobiographical memory: a
meta-analysis. Neuropsychologia 44(12), 2189-2208. doi:10.1016/j.neuropsychologia.2006.05.023
Thomas-Antérion, C., Borg, C., Vioux, H., & Laurent, B. (2010). En quoi la recherche de souvenirs flash peut-elle
nous renseigner sur la mémoire épisodique et la mémoire sémantique ? Revue de neuropsychologie,
Volume 2(1), 55–60. doi:10.3917/rne.021.0055
Thorgrimsen, L., Schweitzer, P., & Orrell, M. (2002). Evaluating reminiscence for people with dementia: a pilot
study. Arts in Psychotherapy, 29(2), 93–97. doi: 10.1016/S0197-4556(01)00135-6
Tulving, E. (2001). The origin of autonoesis in episodic memory. In H. L. Roediger III, J. S. Nairne, I. Neath, & A.
M. Surprenant (Eds.), The nature of remembering: Essays in honor of Robert G. Crowder (pp. 17–34).
Washington, DC, US: American Psychological Association.
Tulving, E., Schacter, D. L., McLachlan, D. R., & Moscovitch, M. (1988). Priming of semantic autobiographical
knowledge: a case study of retrograde amnesia. Brain and Cognition, 8(1), 3–20. doi:10.1016/02782626(88)90035-8
Viard, A., Piolino, P., Desgranges, B., Chételat, G., Lebreton, K., Landeau, B., Eustache, F. (2007). Hippocampal
activation for autobiographical memories over the entire lifetime in healthy aged subjects: an fMRI
study. Cerebral Cortex, 17(10), 2453-2467. doi:10.1093/cercor/bhl153
Woods, B., Thorgrimsen, L., Spector, A., Royan, L., & Orrell, M. (2006). Improved quality of life and cognitive
stimulation therapy in dementia. Aging and Mental Health, 10(3), 219–226. Retrieved from
http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/13607860500431652
Woods, B., Spector, A. E., Jones, C. A., Orrell, M., & Davies, S. P. (2005). Reminiscence therapy for dementia. In
Cochrane Database of Systematic Reviews (Vol. 2). Chichester, UK: John Wiley & Sons, Ltd. Retrieved
from http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/14651858.CD001120.pub2/abstract
219
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
II.
PROGRAMME INNOVATEUR DE REVALIDATION DE LA MEMOIRE
BASE SUR L’EFFET DE REFERENCE A SOI A UN STADE DEBUTANT DE LA
MALADIE D’ALZHEIMER : ETUDE 5
L’objectif de cette dernière étude était de proposer un programme de prise en charge
innovant pour améliorer l’apprentissage de nouvelles informations et nouveaux événements
de vie en mémoire épisodique. En effet, dans la maladie d’Alzheimer, les nouveaux événements
de vie ne sont progressivement plus intégrés en mémoire et sont associés à la perte de ceux
déjà stockés, donnant lieu à terme à une aliénation de Soi, conséquence du décalage qui
s’observe progressivement entre le Soi actuel et le Soi passé (Agnew & Morris, 1998; Mograbi et
al., 2009; Morris & Mograbi, 2012). Il apparait donc que la prise en charge de la mémoire doit
permettre à la fois l’intégration des nouveaux événements de vie au Soi en plus de renforcer les
connaissances de Soi déjà stockées en mémoire, pour également permettre aux patients d’avoir
un sentiment d’identité plus actualisé.
La prise en charge de la mémoire présentée dans cette dernière étude a donc été
développée de manière à faciliter le fonctionnement mnésique par la mise en place de
stratégies de traitement et d’apprentissage des nouvelles informations par le biais de la
référence à Soi. En effet, la stratégie de traitement en référence à Soi s’est montrée comme étant
une stratégie efficace pour améliorer les performances de mémoire des patients Alzheimer.
Ainsi, l’objectif de notre programme était de permettre aux patients de pouvoir enrichir les
traces mnésiques des nouveaux événements vécus et par conséquent de les rendre de
meilleure qualité afin de diminuer leur probabilité d’oubli et renforcer leur consolidation. Or
plus les connaissances autobiographiques sont nombreuses et de bonne qualité, plus le patient
aura matière à relier les informations nouvelles et les intégrer au Soi.
Pratiquement, il a été question de renforcer les stratégies de mémorisation en référence
à Soi en systématisant leur utilisation et en optimisant le stock des connaissances et souvenirs
autobiographiques sur lesquelles elles s'appuient. Ce programme a impliqué une phase
d’apprentissage de la stratégie d’encodage en référence à Soi par une technique d’estompage et
d’apprentissage sans erreurs ; une phase de travail de cette stratégie sous forme de simulation
à partir de scènes de vie courante, et une phase d’exercice avec une tâche de rappel. Pour
renforcer les connaissances et les souvenirs encodés par le passé sur lesquels se base la
stratégie en référence à Soi, ce programme a également impliqué une thérapie de réminiscence
220
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
inspirée du REMau mis en place dans l’étude 4 (qui a démontré son efficacité). Cependant, les
séances du REMau ont été réorganisées et optimisées dans l’objectif d’augmenter davantage la
probabilité de récupération d’événements très épisodiques. Pour cela, et ce pour chaque
période de vie, les séances permettaient le rappel des éléments de connaissances sémantiques
personnels qui servaient comme indices de récupération de souvenirs génériques qui servaient
eux-mêmes indices de manière à essayer de récupérer un souvenir de plus en plus spécifiques
et épisodiques. Les résultats de l’étude 4 ont permis également de mettre en évidence la
nécessité de proposer une prise en charge au plus tôt dés l’apparition des troubles. En effet, si la
thérapie de réminiscence standardisée s’est avérée efficace pour améliorer la récupération de
souvenirs personnels, elle n’a cependant pas permis d’améliorer la stricte épisodicité des
souvenirs probablement en raison des lésions déjà trop avancées sous-jacentes à ce domaine
cognitif. Or à ce jour, certains auteurs ont mis en évidence des phénomènes de plasticité
cérébrale par l’utilisation de réseaux compensatoires ou de nouveaux réseaux neuronaux chez
les patients MCI après une prise en charge de la mémoire (Belleville et al., 2011). Dans ce sens,
une prise en charge précoce de la mémoire pourrait permettre une restructuration cérébrale
par la création de réseaux alternatifs aux réseaux impliquant la région hippocampique.
Dans ce but, il a été question d’évaluer ce nouveau programme chez une patiente dont
les troubles cognitifs étaient débutants afin de tenter d'améliorer même les aspects strictement
épisodiques de la mémoire autobiographique et de déterminer si les capacités résiduelles
d’apprentissage en mémoire épisodique pouvaient être renforcées par la mise en place de
stratégies de facilitation mnésique basées sur les principes de la référence à Soi. L'efficacité de
ce programme de prise en charge (comparaison pré/post traitement) a été testée sur les
capacités mnésiques épisodiques et autobiographiques à l'aide de tests standards en incluant
une tâche de référence à Soi inspirée de l'expérience 3 (stimuli d’encodage différents en
pré/post). De même, une évaluation recouvrant plusieurs domaines cognitifs et cliniques a
également été mise en place avant et après prise en charge dans le but de déterminer les
bénéfices collatéraux potentiels.
Cette étude a été faite dans l’objectif d’évaluer d’une part, la faisabilité du programme que
nous avions développé (difficulté, longueur, mise en place), et d’autre part pour évaluer de
façon préliminaire son efficacité avant d’entreprendre ce projet avec un nombre plus large de
patients. Cette étude fera également l’objet de la préparation d’un article en vu d’une
publication dans une revue internationnale.
Après avoir exposé quelques éléments de l’histoire personnelle de Mme A.H., une
patiente atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade débutant, le cadre général de la prise en
221
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
charge est présenté en décrivant le contenu du programme ainsi que sa mise en place pratique.
La patiente a bénéficié d’une d’organisation du programme sous forme de blocs : un premier
bloc assurant la réhabilitation des aspects rétrogrades de la mémoire (connaissances déjà
acquises), un second bloc successif axé sur la réhabilitation des aspects antérogrades de la
mémoire (acquisition des nouvelles informations). Cependant, pour assurer une certaine
continuité entre les séances au niveau de la mémoire rétrograde, des exercices incitant la
récupération de souvenirs étaient proposés systématiquement à toutes les séances. La méthode
de prise en charge a été préalablement exposée à la patiente et à son accompagnant au cours
d’un premier rendez-vous. Ils ont également été clairement informés de la nature
expérimentale de la prise en charge et leur droit de l’arrêter à tout moment. Lors de cette
première rencontre, une notice d’information sur la prise en charge et un consentement libre et
éclairé a été mis à disposition, et remis signés par les deux parties lors de la première séance de
prise en charge. Toutes les séances se sont déroulées au domicile de la patiente. L’heure la plus
adaptée pour les séances a été définie par la patiente elle-même. .
A.
ANAMNESE DE MME A.H.
A.H. est une femme âgée de 85 ans au début de la prise en charge. A.H. a été
diagnostiquée avec une maladie d’Alzheimer probable à un stade débutant par le biais du
réseau mémoire Alois (Paris 15ème).
Elle vit depuis un an dans un appartement d’une résidence de service (Hespérides) avec son
époux qui est son aidant principal, mais a également 3 enfants qui sont très présents. A.H. a
exercé en tant que professeur de piano durant toute son activité professionnelle.
A.H. est une femme active, elle exerce de nombreux loisirs. Elle continue régulièrement son
activité de piano, participe dans ce cadre à une chorale et donne fréquemment des concerts.
Elle pratique la calligraphie et se ballade souvent dans le quartier. Selon son époux et ellemême, elle est autonome au quotidien.
Lors du premier entretien, la plainte de A.H. est principalement et spontanément axée
sur ses difficultés à se souvenir des événements récents qui lui sont arrivés, mais estime avoir
une très bonne mémoire en ce qui concerne les faits anciens. Elle exprime également des
difficultés sur ses capacités d’apprentissage de nouveaux morceaux musicaux au piano. Enfin,
elle nous a fait part de difficultés de concentration et de mémoire à court terme qui se
manifestent essentiellement sur ses activités intellectuelles. Dans le discours spontané, nous
n’avons constaté aucune difficulté de compréhension et d’expression.
222
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
Son époux se montre particulièrement attentif à ses besoins, il est très informé sur la
maladie et recherche constamment des moyens pour aider son épouse et prévenir les
difficultés à venir. Pour A.H., l’opportunité de bénéficier de la prise en charge est
essentiellement motivée par ses difficultés d’apprentissage, mais également par la possibilité
d’avoir une activité stimulante. Elle a donc été très motivée par ce programme.
B.
METHODOLOGIE
1.
Organisation de la prise en charge
Les sessions de prises en charge ont consisté en deux blocs de prise un charge, l’un
consacré à la réhabilitation des aspects rétrogrades de la mémoire, l’autre à la réhabilitation
des aspects antérogrades. Pour rappel, nous avons considéré le terme antérograde en lien avec
l’acquisition de nouvelles informations, et rétrograde en lien avec des informations déjà
mémorisées dont on opère le renforcement. Chaque bloc comprenait 4 séances chacune d’1h30
réparties sur 2 semaines (2 séances par semaine), avec donc un total de 8 séances sur 4
semaines pour les 2 blocs. Les bénéfices du programme de réhabilitation ont été mesurés au
cours de 3 évaluations (lignes de base) réalisées avant le début de la prise en charge (ligne de
base 1), à la fin du programme (ligne de base 2) et à un mois après la prise en charge (ligne de
base 3). Une séance de débriefing a succédé à la dernière évaluation. Les séances des deux blocs
ont été effectuées par moi-même, tandis que les évaluations aux différentes lignes de base ont
été administrées par Johanna Rozenberg, psychologue spécialisée en neuropsychologie. Le
tableau 6 ci-dessous présente le planning de l’ensemble du programme.
Semaine 1
1er
RDV
1h
LdB
T1
4h
Semaine 2
Semaine 3
Semaine 4
Semaine 5
S1
S3
S5
S7
S2
S4
1h30 1h30 1h30 1h30
Bloc prise en charge mémoire
rétrograde
S6
S8
1h30 1h30 1h30 1h30
Bloc prise en charge mémoire
antérograde
Semaine 6
LdB
T2
4h
Semaine 10
LdB
T3
4h
débriefing
1h
Tableau 6. Organisation des lignes de bases de prise en charge avec A.H. .
Concernant les séances 1, 2, 3, 4, elles constituaient le bloc de prise en charge de la
mémoire de la mémoire autobiographique rétrograde dont l’organisation temporelle était la
suivante :
(1) Orientation temporelle : rappel des objectifs, visionnage des photos SenseCam issues de la
séance précédente (cf. section 3.a), p. 226)
(2) Travail de réminiscence sur la sémantique personnelle (cf. section 3.b).ii, p.228)
223
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
(3) Travail de réminiscence sur les souvenirs épisodiques (cf. section 3.b).iii, p.229)
(4) Exercice pratique à l’entrainement à l’utilisation de la référence à Soi (cf. section 3.d), p.
232).
La période de l’enfance et adolescence (0-17 ans) a été étudié à la séance 1, la période du jeune
adulte (18-30 ans) à la séance 2, la période au-delà de 30 ans (>30 ans) à la séance 3, et enfin
les périodes des 5 dernières années et des 12 derniers mois à la séance 4.
Chaque séance du bloc de prise en charge de la mémoire antérograde s’est organisée
temporellement de la manière suivante :
(1) Orientation temporelle : rappel des objectifs, visionnage des photos SenseCam issues de la
séance précédente (cf. section 3.a), p. 226).
(2) Travail d’apprentissage sur la stratégie d’encodage en référence à Soi (cf. section 3.c).v,
p.230).
(3) Exercice de simulation : application de la stratégie d’encodage en référence à soi sur des
scènes imagées (cf. section cf. section 3.c).vi, p.232).
(4) Exercice pratique de l’entrainement à l’utilisation de la référence à Soi (cf. section 3.d), p.
232).
Par ailleurs, les derniers trois-quarts d’heure de la séance 8 étaient consacrés à une mise en
situation réelle dans une activité choisie par la patiente pendant laquelle la SenseCam est
portée autour du cou. L’objectif est d’inciter la patiente à utiliser la stratégie d’encodage en
référence à Soi dans une situation nouvelle. Nous nous sommes promenés dans un parc près de
la résidence de la patient A.H., puis nous avons participé à une brocante.
2.
Lignes de base du programme
Les lignes de base sont des séances permettant d’évaluer le bénéfice de chaque
méthode d’un point de vue comportemental. Outre le recueil de données personnelles (sexe,
âge, niveau socioculturel …), les lignes de base permettent de recueillir des données de
comparaison objectives selon trois aspects importants que sont les mesures cognitives
psychopathologiques (dépression, humeur, anxiété, estime de soi) et neuropsychologiques
(mémoire de travail, mémoire épisodique, langage, praxies, fonctions exécutives, attention,
mémoire autobiographique) ainsi que la mesure de la qualité de vie des patients sous différents
aspects de la vie quotidienne (autonomie, qualité des relations sociales, plainte cognitive…).
L’expérimentateur et l’évaluateur étaient différents. L’ensemble des tests utilisés sont reportés
dans le Tableau 7 (p.225) et la spécificité et la méthode de cotation de chaque épreuve sont
détaillées dans l’annexe II (p.315).
224
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
Evaluation
psychopathologique
Evaluation
neuropsychologique
Evaluation de la qualité de vie
Evaluation des stratégies
d'apprentissage
MADRS
STAI
Echelle d'apathie
TSCS
CDS
Mc Nair
MMS
MATTIS
RL/RI 16
Doors & People
Empans mnésiques
TMT
Stroop Kaplan
BREF
Fluences catégorielles
Fluences lexicales
DO 80
VOSP
TEMPau
Fluences autobiographiques
IER-S
NADL
Paradigme de profondeur de
traitement et de référence à
Soi
LdB 1
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
LdB 2
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
LdB 3
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
X
Tableau 7. Synthèse des tests utilisés pour les différentes lignes de base à T1 (avant prise en charge), T2
(après prise en charge) et T3 (à un mois de la prise en charge).
Parmi les différents tests proposés à la patiente, une tâche spécifique a été crée pour
évaluer les capacités d’apprentissage par le biais de la référence à Soi. Un paradigme de
profondeur de traitement a donc également été proposé de manière à évaluer sur les effets de
la référence à soi les effets directs du renforcement des stratégies d’encodage spécifique en
référence à Soi lors de la revalidation des aspects antérogrades de la mémoire et ceux liés à la
revalidation des aspects rétrogrades. Ce paradigme est directement inspiré de la méthodologie
utilisée dans les travaux expérimentaux (étude 3, chapitre 9).
Dans cette optique, une phase d’encodage intentionnel consistait en une tâche de jugement de
traits de personnalité de 24 adjectifs (12 positifs et 12 négatifs) selon quatre conditions variant
par le traitement à opérer sur les stimuli : (1) Perceptif (jugement de l’ordre alphabétique des
lettres), (2) Sémantique (jugement de valence émotionnelle), (3) Référence au Soi conceptuel
(Jugement d’autodescription) et (4) Référence au Soi phénoménologique (Rappel de souvenirs
épisodiques). Les performances sont ensuite évaluées quantitativement par une tâche de
reconnaissance après un délai de rétention de 20 minutes. Le matériel de la tâche de
reconnaissance est constitué des 24 adjectifs de la phase d’encodage et de 24 distracteurs (12
positifs et 12 négatifs). La tâche de reconnaissance est également couplée à l’évaluation de l’état
de conscience par le paradigme Remember/Know/Guess (Gardiner et al., 2002). Pour la
225
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
procédure détaillée, se référer à celle utilisée dans l’étude 3 en reconnaissance qui est
identique. Au final, le matériel (les listes d’adjectifs) ont été différents pour chaque évaluation.
La comparaison des performances aux conditions de référence à soi entre les
différentes lignes de base permettait d’observer le bénéfice observé suite à l’apprentissage des
stratégies de référence à Soi dans la phase de prise en charge antérograde et le bénéfice
observé suite à la réhabilitation de la mémoire autobiographique rétrograde.
3.
Contenu de la prise en charge
a)
Orientation temporelle
Chaque séance débutait par le rappel des objectifs généraux de la prise en charge et
ceux spécifiques à chaque séance. Par ailleurs, durant l’ensemble des séances, une SenseCam
(Hodges et al., 2006) qui enregistre des photographies, en fonction des variations des
mouvements, de luminance et des rayons infrarouges, a été utilisée. Elle se porte à l’origine
autour du cou, mais il a été choisi de placer la caméra face à la patiente et à l’expérimentateur.
Selon les exercices proposés, l’expérimentateur peut orienter la caméra de manière à capturer
les éléments importants7 (cf. Figure 11 ci-dessous).
Une série de 10 images était sélectionnée et présentée à la séance suivante afin d’aider la
patiente à se remémorer le contenu des séances précédentes et l’ordre temporel des différents
travaux. La présentation des images permettait de renforcer l’ancrage des souvenirs
précédemment réactivés et à se remémorer le contexte d’apprentissage des stratégies
d’encodage.
Figure 11. Exemples de photographies issues de la SenseCam pendant la prise en charge
Un détail qui a son importance : les séances étant répétitives, l’expérimentateur doit prendre le soin de
porter des vêtements suffisamment distincts, notamment par leur couleur, d’une séance à l’autre afin
d’en devenir un point de repère, un indice pour le patient.
7
226
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
b)
Revalidation des aspects rétrogrades de la mémoire:
réminiscence
i.
Objectifs
Cette phase de la prise en charge consiste en un programme personnalisé de
réminiscence directement inspiré du programme REMau mais dont la passation a été modifiée.
Elle se fonde principalement sur la même méthode de facilitation d’accès aux informations
personnelles autobiographiques par des effets d’amorçage dus à la répétition de l’indiçage
(sans erreurs) et par le biais de stratégies de récupération. L’objectif vise la reconstruction
et/ou le renforcement du sentiment d’identité et de continuité altéré chez les patients, par le
biais d’un renforcement ou d’un réapprentissage des connaissances sémantiques personnelles
et des souvenirs épisodiques, et, des capacités de reviviscence des souvenirs anciens.
L’utilisation d’une aide externe sous la forme d’une frise chronologique
autobiographique a été conservée et est progressivement remplie au cours des séances avec le
patient. Le matériel de réminiscence utilisé provient des informations obtenues lors du
TEMPau durant la première ligne de base mais également d’un questionnaire rempli par le
patient sur la sémantique personnelle en fonction de chaque période de vie, questionnaire
également rempli par un ou plusieurs membres de la famille. Lorsque le patient avait des
photographies à disposition, elles ont été utilisées au cours de la séance étudiant la période de
vie à laquelle elles faisaient référence. La frise chronologique comprend au 5 feuilles A3, une
par période de vie étudiée ((1) 0-17 ans ; (2) 18-30 ans ; (3) et (4) >30 ans ; (5) 5 dernières
années et 12 dernier mois). Les éléments de sémantique personnelle et les souvenirs
spécifiques récupérés durant les séances y sont reportés par le patient.
La Figure 12 (p. 228) présente l’organisation de la frise chronologique selon une
période donnée. L’organisation de la frise a également été modifiée par rapport au programme
REMau. La frise est donc séparée en plusieurs lignes et colonnes. Sur la partie extrême gauche,
toutes les personnes proches du patient pour l’époque donnée et ses habitudes de vie y étaient
notées. Sur la partie centrale, la première ligne est dédiée à l’âge des sujets, la seconde à l’année,
la troisième à ses lieux d’habitation (adresse, type de logement, nombres de pièces) et la
quatrième à ses activités scolaires (noms des établissements, adresse et cursus) ou ses activités
professionnelles (noms des entreprises, adresse et métiers exercés). Sous ces informations se
trouvent une large bande qui sert à noter les différents souvenirs spécifiques évoqués durant la
séance. Les quatre dernières
227
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
Figure 12. Transposition typique des éléments dans la frise chronologique
lignes sont consacrées à nouveau à l’âge et à l’année, aux événements publiques et historiques
marquants, et aux présidents de la république. Pour l’âge et l’année, chaque ligne était séparée
de manière à faire correspondre une case à une année, qui était donc dépendant du nombre
d’années que recouvrait une période de vie. La frise permettait de cette manière une réelle
chronologie temporelle et une meilleure contextualisation des informations. Afin de contrôler
le travail de la prise en charge, le patient était informé qu’il ne devait pas retravailler les
éléments étudiés en dehors des séances et dans ce but la frise chronologique était conservée
par l’expérimentateur. Le patient récupérait son matériel après la dernière ligne de base.
Par ailleurs, contrairement au programme REMau où la réminiscence des informations
personnelles est opérée dans des séances distinctes des séances de réminiscence des souvenirs
autobiographiques, le mode opératoire est ici différent. Le travail de réminiscence est organisé
de manière à étudier au cours d’une même séance d’abord les aspects sémantiques, puis les
aspects épisodiques d’une même période de vie. Ce procédé permet de faciliter d’autant plus le
processus de rappel, par la recherche d’indices les plus généraux aux plus spécifiques.
ii.
Travail sur la mémoire autobiographique
sémantique et le Soi conceptuel
L’objectif de cet aspect de la prise en charge est de renforcer et réactiver les traces
mnésiques des connaissances personnelles sémantiques sur soi qui constituent le noyau de
l’identité par une méthode d’indiçage sans erreur. Ce travail est basé sur l’utilisation de la frise
chronologique.
Afin de faciliter le travail de réminiscence et permettre un indiçage plus facile pour les
patients, plusieurs informations sont préalablement reportées sur la frise avant chaque séance.
Chaque période peut regrouper des moments de vie assez différents les uns des autres, et les
228
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
informations collectées par les questionnaires de sémantique personnelle (remplis par le
patient et sa famille) permettent de séparer ces différents éléments. Concernant les lieux
d’habitation et les informations relatives à la scolarité et le monde professionnel, les lignes
correspondantes sont scindées préalablement de manière à correspondre aux années précises
sans que les informations soient reportées.
Les événements publics et les présidents de la république de l’époque, ainsi que son âge au
moment des faits, sont déjà écrit en bas de la feuille afin de contextualiser la période et de
fournir une aide supplémentaire au patient pour retrouver les informations personnelles.
Dans un premier temps, la récupération des informations s’organisent par grandes
thématiques (« le premier lieu de vie », « les années de primaire », « le premier appartement
sans les parents », « le premier emploi »…). Une fois que les informations d’une thématique sont
récupérées par le patient, il doit récupérer plus précisément l’âge qu’il avait à ce moment là et
la date la plus précise possible s’il ne l’a pas déjà fait par lui-même. Ces données permettent de
donner un cadre spatio-temporel aux informations, mais il nécessite également un travail
d’organisation, de recherche stratégique et d’un tri pertinents des connaissances sur un
éventail de temps donné. A la suite de ces éléments, on demande au patient quelles étaient les
personnes familiales importantes de ces moments de vie (parents, frères et sœurs, enfants,
nourrice …), puis les autres proches (amis, collègues, professeurs…). Enfin, le patient doit
également récupérer les informations concernant ses habitudes de loisirs, de vacances et ses
idoles de l’époque.
La procédure de récupération est toujours identique : l’indice le plus général est
d’abord fourni au patient, puis les indices deviennent de plus en plus spécifiques. Les indices
sont fournis dés lors que le patient se trouve en difficultés et sont donnés avant la possibilité de
fournir une réponse incorrecte (apprentissage sans erreur).
iii.
Travail sur la mémoire autobiographique épisodique
et le Soi phénoménologique
L’objectif de cet aspect de la prise en charge et de renforcer et réactiver les traces
mnésiques des souvenirs épisodiques mais également d’améliorer l’état de conscience associé à
leur récupération. L’objectif est d’amener le patient à voyager mentalement dans son passé. La
méthode utilisée est de nouveau une méthode d’indiçage sans erreur.
Pour chaque période de vie, il est demandé au patient d’essayer de récupérer au moins
quatre souvenirs spécifiques qui sont liés à une rencontre, un déplacement/voyage, la vie
scolaire ou professionnelle, un événement familial. Après avoir explosé les attentes, le patient
229
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
doit tenter d’évoquer des souvenirs spécifiques épisodiques reliés à la période de vie que
l’expérimentateur lui a indiqué. Un texte, expliquant le principe de l’épisodicité (événement de
moins de 24h, unique, situé dans le temps et dans l’espace, lié à des émotions et pensées) est
laissé à disposition du patient. Les souvenirs sont ensuite reportés en détail sur la frise
chronologique présentée en Figure 12 (p.228).
Si le patient ne parvient pas à fournir des souvenirs épisodiques et détaillés, il est
d’abord invité à tenter de le détailler (incitation simple). En fonction des réponses, il est
demandé au sujet de donner plus de détails sur le contenu factuel du souvenir (personnes
présentes, activités du moment), le contenu spatial (lieu et description, sa position sur le
moment), le contenu temporel (âge, l’année, moment de l’année, jour, heure) et les émotions et
pensées liées. En cas d’absence de réponse, les indices sont fournis de manière à être de plus en
plus spécifiques et avant la production d’erreur de la part du patient (e.g. « vous étiez en
primaire, à la sortie de l’école, avec un ami, vous aviez 8 ans, durant l’année 1956, c’était au
printemps, quelqu’un s’est blessé… »).
c)
Revalidation des aspects antérogrades de la mémoire :
Stratégie de facilitation mnésique
iv.
Objectifs
Cette partie de la prise en charge se fonde sur l’apprentissage d’une série de
questionnements en lien avec la référence à soi par l’utilisation de méthodes telles que
l’apprentissage sans erreur et la récupération espacée. L’intérêt est de développer l’utilisation
systématique de la série de questions afin d’être utilisée comme une stratégie d’encodage des
nouvelles informations et des nouveaux événements de vie et d’améliorer la force de leur trace
mnésique et leur qualité. Parallèlement, cette méthode a pour visée de maintenir et de
renforcer l’épisodicité d’événements personnels récemment vécus, mais également des
souvenirs plus anciens. Cette partie se déroule entièrement sur ordinateur.
v.
Apprentissage d’une stratégie d’encodage en
référence a soi
Une série de questions est basée sur le principe de la référence à soi par des questions
allant des plus générales, c'est-à-dire évoquant des aspects très sémantisés et conceptuels, à
des questions plus spécifiques afin de lier la situation à des aspects plus épisodiques et
phénoménologiques. Chaque question est également associée à un indice la précédant :
230
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
(1) Est-ce une situation plaisante ou déplaisante? (indice : émotion)
(2) Est-ce une situation unique ou répétée ? (indice : répétition). La question est ici de déterminer
pour une situation donnée si cette situation est déjà arrivée au patient par le passé.
(3) Est-ce une situation qui me caractérise personnellement ? (indice : caractéristique
personnelle). Pour cette question, le patient peut faire référence à une habitude, des goûts, sa
personnalité.
(4) Est-ce une situation qui me rappelle un événement personnellement vécu ? (indice :
souvenir). Cette question est supposée induire un processus de recherche de souvenirs en
mémoire qui s’opère par la récupération d’événements génériques puis spécifiques.
La première fois que ce matériel est présenté au patient, il est invité à le lire à voix
haute, et le thérapeute fournit des explications et exemples pour chaque question par le biais
d’un support imagé. Cette phase d’assimilation du contenu est primordiale et les explications
sont répétées jusqu’à ce que le patient ait intégré les différentes notions. Durant cette première
présentation, le thérapeute peut éclairer le patient et le guider. Le patient est invité à
reformuler les questions avec ses propres mots s’il estime que celles proposées ne lui
conviennent pas.
Par la suite, le principe de l’apprentissage se base sur une méthode d’estompage sans
erreur et d’amorçage perceptif de manière à créer un lien associatif entre l’indice et la question.
Les questions sont travaillées l'une après l'autre.
Dans un premier temps, l’indice et la question sont affichés tous deux à l’écran et le patient doit
lire l’indice et la question associée. Puis la question est progressivement estompée et le patient
doit répéter l’ensemble indice + question à chaque étape de l’estompage, de la manière
suivante :
(1) Emotion : Est-ce une situation plaisante ou déplaisante ?
(2) Emotion : Est-ce une situation plaisante ou
(3) Emotion : Est-ce une situation
(4) Emotion : Est-ce une
(5) Emotion :
(6)
A chaque fois que le patient ne sait pas la réponse, l’étape précédemment réussie est
représentée avant qu’il fasse une erreur verbale. Lorsque le patient réussi à rappeler l’indice et
la phrase associée, la phrase complète est de nouveau affichée.
Une fois cette première étape terminée, l’apprentissage se fait dans le sens inverse, c’est-à-dire
que ni l’indice ni la phrase ne sont affichées, puis la phrase réapparait progressivement. Le
patient est cette fois ci plus actif puisqu’il doit réussir à produire de lui-même la phrase
231
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
complète. Dans ce cas, si le patient échoue à récupérer la phrase correcte, on lui fournit un
indice supplémentaire jusqu’à ce qu’il énonce correctement la phrase puis on représente la
dernière étape réussie. Ce mode opératoire a pour but de permettre un apprentissage
automatique et facilité chez le patient.
vi.
Exercices de simulation
Après la phase d’apprentissage, quatre scènes de vie sont présentées successivement
sur un écran d’ordinateur. Les scènes représentent des événements de vie typiques à chaque
période de vie (anniversaire, naissance, mariage …) et le patient doit imaginer que lui ou un
membre de sa famille est la personne (ou les personnes) représentée (cf. Figure 13).
Les scènes sont présentées quatre fois, une fois avec chaque question issue de la phase
d’apprentissage à laquelle le patient doit répondre. Lorsque la question porte sur le rappel d’un
événement spécifique, le patient doit tenter de récupérer un événement le plus détaillé possible
en lien avec l’image présentée. Pour cela, il dispose de la feuille définissant l’épisodicité utilisée
dans la phase rétrograde.
L’objectif de cet exercice est d’automatiser l’utilisation de la stratégie d’apprentissage sur une
situation plus concrète.
Figure 13. Exercice de simulation, exemples de scènes
d)
Exercice pratique d’entrainement à l’utilisation de la
référence a soi
Une autre phase de la prise en charge a consisté à entrainer le patient à utiliser la
référence au Soi conceptuel et la référence au Soi phénoménologique comme stratégie
d’apprentissage d’images et de mots. L’objectif est à nouveau de faciliter l’automatisation de
cette stratégie d’encodage avec du matériel varié. Pour cela, un paradigme de profondeur de
traitement a été créé avec une phase d’encodage intentionnelle de 8 mots concrets (4 positifs, 4
232
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
négatifs, e.g. tronçonneuse, mariage) et 8 images (4 positifs, 4 négatifs ; e.g. chien, incendie)
présentés aléatoirement et appareillés sur leur valence, selon deux conditions de référence à
Soi : un traitement en référence au Soi conceptuel (« Est-ce-que ce mot ou cette image me
caractérise ? ») et un traitement en référence au Soi phénoménologique (« Est-ce-que ce mot ou
cette image me rappelle un souvenir personnellement vécu ? »). Pour ces deux types
d’encodage, le patient est invité à expliciter sa réponse à l’oral et à donner le plus de détails
pour le rappel d’un souvenir si besoin. Après un délai de 5 minutes, une tâche de
reconnaissance est proposée en association avec le paradigme Remember/Know/Guess.
e)
Fin de la prise en charge
A la fin de la prise en charge, après la dernière ligne de base, une séance de débriefing
est organisée avec le patient et, si possible, son aidant principal. Cet entretien permet de
présenter au patient les progrès qu’il a accomplis et à pointer les difficultés qui ont été
rencontrées. Un document, qui recense les principes de la prise en charge et les moyens de
continuer à la mettre en place eux-mêmes au quotidien, est également fourni au patient. En plus
des éléments spécifiques à la prise en charge, ce document contient un ensemble de conseils et
de méthodes pour stimuler d’autres domaines cognitifs (mise en place d’un agenda, activités
sportives, privilégier la réalisation de tâches les unes après les autres plutôt que simultanées,
etc …). Le conjoint ou l’aidant principal est vivement incité à participer activement à ces
activités.
Le débriefing permet également de recueillir les impressions et les critiques qu’il a pu
ressentir tout au long des séances. Il est également l’occasion pour le patient de récupérer
l’ensemble de ses effets personnels et ses différentes productions (frise chronologique, série de
questions, images SenseCam des séances avec l’expérimentateur …).
C.
RÉSULTATS
L’ensemble des mesures neuropsychologiques sont reportées dans le tableau 9 (p.236)
et les mesures obtenues via le Test de mémoire autobiographique dans le tableau 8 (p.235). En
premier lieu, le profil neuropsychologique de A.H. obtenu à partir de la première évaluation à
T1 est d’abord décrit, ainsi que son évolution au cours des séances. L’analyse des bénéfices à T2
et T3 est détaillée ensuite en fonction des différentes sphères cognitives.
233
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
1.
Profil d’A.H. avant la prise en charge
Sur le plan psychopathologique, A.H. expriment une symptomatologie dépressive
discrète, sans signe d’apathie ou de trouble anxieux, elle se décrit néanmoins comme étant
d’une personnalité relativement anxieuse. En revanche, elle a une vision positive et une bonne
estime d’elle-même. Toutefois, sa plainte concernant les difficultés cognitives au quotidien est
élevée.
Le premier bilan effectué avec A.H. indique que l’atteinte en mémoire autobiographique
est hétérogène et varie en fonction des périodes de vie étudiées. La période de l’enfance et celle
des 12 derniers mois sont déficitaires sur l’aspect de la fluence d’évocation des souvenirs.
Quelle que soit la période de vie, A.H. est capable de récupérer des souvenirs très épisodiques,
et, la spontanéité du rappel, bien que faible reste dans la norme. Toutefois, sorti du cadre des
souvenirs très épisodiques, les souvenirs plus sémantiques sont rarement associés à des
détails. La période la plus récente reste cependant la moins riche, ce qui va dans le sens de la
plainte cognitive exprimée par la patiente.
L’atteinte de la mémoire antérograde est massive et conforte la plainte de la patiente.
Sur le plan de la mémoire verbale (RL/RI 16), le profil de A.H. est typique d’une atteinte
hippocampique. Si l’encodage est normal, tous les rappels libres sont nuls et non améliorés par
l’apprentissage répété indiquant des troubles stratégiques de la récupération. A.H. bénéficie
peu de l’indiçage sémantique qui ne permet pas de normaliser la performance indiquant des
processus de stockage très déficitaires, confirmés par la performance en reconnaissance. Une
fois stockées, les informations sont relativement peu perdues à un délai 20 minutes mais
récupérées par le biais de l’indiçage uniquement, signant la faiblesse des processus de
consolidation. Dans ce sens, la reconnaissance à délai est également déficitaire tant sur le plan
de la performance brute que sur le plan des fausses reconnaissances.Le faible score de mémoire
à la Mattis conforte également cette atteinte. La mémoire visuelle semble par contre préservée
avec une performance dans la norme (Test des portes). Toutefois, séparément, la partie A du
test (e.g. portes très dissemblables) supposée être basée sur des processus automatique de
familiarité, était déficitaire, alors que la partie B (portes très ressemblantes), reposant en
grande partie sur des processus contrôlés de recollection, était dans la norme. Dans ce sens,
une performance inférieure à la partie A est généralement attribuée à des fluctuations
attentionnelles.
234
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
Total
0-17 ans
18-30 ans
>30ans
5dernières
12 mois
L1
Rappel total
8,2 9 (-2,01z)
10 (-0,70z)
10 (-0,66z)
7 (-0,34z)
5 (-2,32z)
épisodicité
5,6 4 (-1,08z)
8 (+0,32z)
8 (-0z)
4 (-0,13z)
4 (-0,52z)
spontanéité
3 3 (-0,78z)
3 (-0,61z)
4 (-0,51z)
3 (-0,27z)
2 (-0,79z)
Rj Quoi
1,8 2 (-1,14z)
2 (-0,87z)
3 (0z)
1 (-0,80z)
1 (-1,05z)
Rj ou
1,6 1 (-4,30z)
2 (-1,39z)
3 (-0,48z)
1 (-1,32z)
1 (-2,66z)
Rj Quand
1,4 1 (-1,88z)
2 (-0,57z)
2 (-0,27z)
1 (-0,65z)
1 (-1,54z)
3Rj
4,8
Rappel total
9,8 9 (-2,01z)
12 (-0,04z)
12 (-0,04z)
8 (-0,10z)
8 (-1,19z)
épisodicité
7,2 8 (-0z)
8 (+0,32z)
12 (+0,84z)
4 (-0,13z)
4 (-0,52z)
spontanéité
3,6 3 (-0,78z)
4 (-0,44z)
5 (-0,32z)
3 (-0,27z)
3 (-0,63z)
Rj Quoi
2,4 2 (-1,14z)
3 (-0,10z)
3 (0z)
3 (+0,80z)
1 (-1,05z)
Rj ou
2,4 4 (+0,53z)
2 (-0,46z)
3 (-0,48z)
1 (-1,32z)
2 (-1z)
Rj Quand
2,2 2 (-0,88z)
2 (-0,57z)
3 (+0,54z)
3 (+0,74z)
1 (-1,54z)
4
6
8
3
3
L2
3Rj
7
8
7
9
7
4
L3
Rappel total
9,6 9 (-2,01z)
12 (-0,04z)
11 (-0,35z)
8 (-0,10z)
12 (+031z)
épisodicité
7,2 8 (0z)
8 (+0,32z)
8 (+0z)
4 (-0,13z)
8 ( +0,42z)
spontanéité
3,6 3 (-0,78z)
4 (-0,44z)
4 (-0,51z)
3 (-0,27z)
4 (-0,48z)
Rj Quoi
2,4 2 (-1,15z)
2 (-0,87z)
3 (0z)
3 (+0,80z)
2 (-0,54z)
Rj ou
2,4 4 (+0,53z)
2 (-0,46z)
3 (-0,48z)
1 (-1,32z)
2 (-1z)
Rj Quand
2,2 2 (-0,88)
3 (+0,38z)
2 (-0,27z)
2 (+0,05z)
2 (-0,59z)
3Rj
7
8
7
8
6
0
Tableau 8. Scores bruts et normés au TEMPau (Piolino et al., 2000) de la patiente A.H.
Concernant la mémoire de travail, le maintien passif des informations (empan endroit)
et le traitement des informations (empan envers) est dans la norme inférieure. Le stockage et la
manipulation des informations multimodales (empan d’intégration) dans le buffer épisodique
est cependant faible. Sur le plan des fonctions exécutives, les performances de A.H. aux
différents tests semblaient fluctuantes et attribuables à des difficultés d’attentionconcentration. Certaines tâches mettaient en avant un ralentissement conséquent (lecture au
Stroop), d’autres son absence (TMT A et dénomination au au Stroop). Les capacités d’inhibition
(Interférence au Stroop) et de flexibilité (TMT B) sont préservées, et la Bref n’a pas mis en
valeur de syndrome dysexécutif.
Sur le plan du langage et de la mémoire sémantique, la patiente présente un score
soulignant une atteinte sémantique (DO80 et fluence catégorielle), l’accès au stock lexical est en
revanche préservé (fluence littérale).
235
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
Tests neuropsychologiques
MADRS
Echelle d’apathie
état
Sphère
STAI
trait
psychologique
TSCS
Estime de Soi
T2
5
0
24
31
75,14
T3
5
1
28
39
76,22
RL1
RLT1
RL2
RLT2
RL3
RLT3
RLT
RT
RLD
RTD
RT TOT (RT+RTD)
Reconnaissance
A
B
TOT
Endroit
Envers
Total
30
27
135
0 (-4.1z)
3 (p50)
0 (-3.4z)
3 (>p50)
0 (-4.3z)
6 (>p25)
0 (<p10)
12 (<p10)
0 (-3.6z)
5 (<p10)
17
14 (-3.6z)
4 (p1)
6 (p75)
10 (p50)
5
4
15 (ns 8)
29
26
138
3 (-2.7z)
4 (p50)
1 (-3.1z)
6 (>p50)
2 (-3.4z)
7 (>p25)
6 (p<10)
17 (<p10)
0 (-3.6z)
5 (<p10)
22
13 (-5.6z)
7 (p10)
3 (p10/25)
10 (p50)
7
4
20 (ns 13)
28
29
134
4 (-2.2z)
8 (p75)
0 (-3.4z)
7 (>p50)
0 (-4.3z)
8 (>p25)
4 (p<10)
23 (<p10)
0 (-3.6z)
10 (<p10)
33
10 (-11.6)
5 (p5)
4 (p25)
9 (p25/50)
7
5
22 (ns 14)
Intégration
3
2
4
TOT
A
B
B-A
dénomination A
lecture B
interférence C
C-B
Fruits
R
21
35 (+0.97z)
117 (+0.31z)
83 (p40)
76 (-2.83)
38 (+2.08z)
112 (+0,89z)
74 (+0.12z)
14 (-1.65z)
22 (+0.12z)
77
20
50 (+0.46z)
165 (-0.33z)
115 (p30/40)
69 (+0.45z)
62 (+1.45z)
130 (+0.53z)
80 (-0.02z)
13 (-1.95z)
25 (+0.53z)
76
21
65 (-0.05z)
144 (-0.04z)
119 (p30-40z)
61 (-1.19z)
35 (+2.24z)
132 (+0.49z)
97 (-0.44z)
15 (-1.36z)
28 (+0.96z)
80
NADL
MMS
MATTIS
Efficience
cognitive
RL/RI 16
Mémoire
épisodique
test des portes
Empans
mnésiques
Mémoire de
travail
Empan
multimodal
Bref
Fonctions
exécutives et
attention
TMT
Stroop
Mémoire
sémantique
T1
7
1
27
46
72,70
Fluences
DO 80
Tableau 9. Performances de A.H.. aux tests neuropsychologiques des différentes lignes de base.
Performances brutes accompagnée des notes z, du percentile p, de la note standard ns entre parenthèse
(seuil pathologique >-1z en gras)
En résumé, le profil cognitif de A.H. était congruent avec sa plainte et a confirmé
l’intérêt de la prise en charge, surtout pour les aspects antérogrades de la mémoire.
236
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
2.
Evolution au cours des séances de prise en charge
Concernant la série de questions en référence à soi, apprise durant les séances 5 à 8,
bien qu’aucune statistique ne puisse être menée, l’analyse qualitative permet d’observer une
diminution progressive des erreurs de répétition des phrases. Si les questions relatives à
l’émotion et à la répétition apparaissent bien intégrées dés la seconde séance, les questions
relatives à la caractéristique personnelle et au souvenir sont en revanche plus difficilement
apprises (cf. figure 14, ci-dessous). L’exercice de simulation (utiliser la série de question à partir
d’image) proposé ensuite est toujours correctement réalisé mais la récupération d’un souvenir
spécifique nécessite toujours plusieurs indiçages. Par ailleurs, au cours de la mise en situation
réelle à la séance 8, il a été expliqué à A.H. avant la sortie qu’elle devait tenter d’utiliser
régulièrement la série de questionnement durant la promenade. Dans ce sens, elle a été capable
d’utiliser ce questionnement d’elle-même à plusieurs reprises, et une simple incitation à
l’utiliser quand elle ne le faisait pas était suffisante pour induire le processus de
questionnement. Par ailleurs, A.H. a été capable de restituer oralement les questions apprises
durant la prise en charge au moment des évaluations de fin de prise en charge à T2 et T3,
indiquant qu’elle avait intégré la procédure de questionnement personnel.
nombre d'erreurs de répétition
Apprentissage du questionnement en
référence à Soi
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
Figure 14. Répartition des erreurs
d’apprentissage des items de la
série de questionnement en
référence à Soi en fonction des
séances.
émotion
séance 5
répétition
séance 6
caractéristique
personnelle
séance 7
souvenir
séance 8
Durant les séances, la patiente devait également apprendre 16 stimuli en les liant soit à
une caractéristique de sa personnalité ou en les associant à un souvenir spécifique épisodique.
Les capacités de reconnaissance de A.H. sont variables au cours des différentes séances : à
l’exception des séances 3 et 4, les performances restent à un niveau faible mettant en avant ses
troubles importants du stockage. Concernant le sentiment de reviviscence associé à la
récupération des informations, l’évolution des réponses Remember indique leur augmentation
237
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
Conscience autonoétique
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Proportion de Remember (%)
performance (RC-FA %)
Reconnaissance
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Figure 15. Evolution des performances à l’exercice pratique d’entrainement de la référence à Soi
progressive en comparaison avec la première séance, supposant que, si la quantité
d’information rappelée évolue peu, en revanche les informations stockées sont de meilleure
qualité (cf. figure 15 ci-dessus).
3.
Bénéfices de la prise en charge à T2 et T3
Afin d’évaluer les bénéfices le plus objectivement possible, deux statistiques différentes
ont été utilisées en fonction des différents tests neuropsychologiques. Les tests ont été séparés
en deux types : ceux dont le score final dépendaient du total des réussites à chaque item du test,
ceux dont le score dépendait d’autres variables (temps de réaction, ou questionnaires à
échelles). Pour les premiers, le test Q de Cochran a été choisi. Il permet de comparer un
ensemble de valeurs binaires (1=réussite, 0=échec de chaque item) obtenues sur la totalité des
items d’un test à un temps T1 et comparer à un temps T2/T3. La différence est significative
lorsqu’il existe suffisamment de différence en terme d’échec ou de réussite aux différents temps
d’évaluation. Pour les seconds tests neuropsychologiques, le test signé de Wilcoxon pour
échantillons apparéillés a été utilisé lorsque les tests avaient plusieures mesures. L’analyse a
porté sur les notes transformées en z scores par rapport aux normes en vigueur ou sur une
note transformée en pourcentage. Il permet de considérer la comparaison à un temps T1 à
T2/T3 de chaque mesure indépendamment des autres, et ainsi évaluer si il existe suffisamment
de différences pour l’ensemble des mesures aux différents temps d’évaluation. Ces deux tests
sont non paramétriques et leur puissance statistique reste faible, tout résultat doit être donc
interprêté avec précautions.
238
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
a)
Humeur, identité et concepts de Soi
Les signes liés à l’humeur et à l’apathie se modifient peu entre les différents temps
d’évaluation. De manière très intéressante, par rapport à la première évaluation, A.H. se perçoit
comme d’une nature moins anxieuse (STAI traits) à T2 et à T3.
Les scores à l’échelle TSCS2 des concepts de soi ont d’abord été transformés sous forme
de pourcentage, puis leur analyse a porté sur leur comparaison entre les différentes évaluations
par le biais d’un test de Wilcoxon (cf. graphique 1, p. 240). Les variations des scores de la TSCS
évoluent positivement de manière significative à la fin de la prise en charge à T1 (W=2.16,
p=0.03) et à T3 (W=2.59, p=0.01). Après la prise en charge et à un mois de délai, A.H. montre
une meilleure estime de Soi et se perçoit plus positivement (TOT). Par ailleurs, la patiente a
également un sentiment d’identité plus positif (IDN) et elle accepte mieux ce qu’elle est (SAT). A
distance de la prise en charge elle considère également être plus satisfaite de ses
comportements et de la manière dont elle agit (BHV). Elle définit explicitement de manière
moins floue (RD), mais ses représentations sont pourtant moins consistantes (INC), surtout
juste après la prise en charge. Par contre, les représentations de Soi concernant le domaine
familial (FAM) et académique (ACA) sont perçues moins positivement, au contraire des
représentations morales (MOR), personnelles (PER), sociales (SOC) et physiques (PHY), et ce
d’autant plus à T3 distance de la prise en charge.
b)
Mémoire autobiographique
Concernant les bénéfices observés au TEMPau, ils varient selon la période de vie
explorée. L’analyse a consisté à évaluer les différences de l’ensemble des scores8 sur chaque
période de vie entre la première et la deuxième évaluation ainsi que la première et la troisième
évaluation par le biais d’un test de Wilcoxon, les scores ne dépendant pas strictement de l’échec
ou la réussite d’un item. Les performances de A.H. sont reportées dans les graphiques 2 en
fonction des périodes de vie et du moment de l’évaluation (p.241).
Concernant les scores de A.H., quelle que soit la période de vie, les scores moyens au
TEMpau sont significativement améliorés entre T1 et T2 (W=2.80, p=0.005), et l’amélioration
persiste après un délai de un mois (W=2.80, p=0.005).
Les scores pris en compte étaient : le rappel total autobiographique (/16), l’épisodicité stricte (/16), la
spontanéité du rappel (/16), les Remember et Remember justifié : Quoi (détails factuels, émotions,
pensées, personnes ; /4), où (détails spatiaux ; /4), Quand (détails temporels ; /4), le total des Remember
(/12), le total des Remember justifié (/12). Cependant, concernant les scores Remember, seuls ceux
ayant été associés à une justification correcte sont présentés, puisqu’il représente une épisodicité stricte.
8
239
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
Représentations de Soi - TSCS
100
90
T1
T2
T3
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Graphique 1. Scores (%) des représentations de Soi à la T.S.C.S.2 de A.H..
TOT =estime de Soi, PHY = valeur physique, MOR = valeur morale, PER = valeur personnelle, FAM = valeur familiale, SOC
= valeur sociale, et ACA = valeur académique, IDN = noyau de l’identité, SAT le degré d’acceptation de Soi, BHV =
satisfaction de ses agissements et comportements. INC =inconsistance des représentations ; SC = degré d’autocritique, FG
= attitude de désirabilité sociale, RD = précision des représentations
Les performances pour la période de l’enfance et l’adolescence (0-17 ans) sont celles
qui montrent le plus d’amélioration pour les deux comparaisons T1/T2 et T1/T3 (W=2.20,
p=0.02). A T2, le rappel total autobiographique et la spontanéité du rappel n’évoluent pas ni à
T2, ni à T3, tandis que l’épisodicité stricte des souvenirs est quant-à-elle significativement
améliorée (+ 4points) et le gain est maintenu à T3. Concernant les scores Rj, l’amélioration est
notée à T2 pour le score total 3Rj (+ 4points), mais elle concerne les scores Rj où (+ 3 points) et
les Rj Quand (+1 points), mais pas les Rj Quoi . Les bénéfices se maintiennent à T3. Ces résultats
montrent que A.H. ne récupère pas plus de souvenirs personnels, mais ceux récupérés sont plus
épisodiques et de meilleure qualité, bien qu’un indiçage important soit nécessaire.
Concernant la période du jeune adulte (18-30ans), l’analyse révèle également une
tendance vers une amélioration à T2 (W=1.82, p=0.06), qui se révèle significative à T3 (W=2.20,
p=0.02). A T2, le rappel total autobiographique (+2 points) et la spontanéité du rappel (+1 point)
sont améliorés, mais pas l’épisodicité stricte des souvenirs. Les scores Rj subissent peu
d’évolution, où le score total 3Rj est en augmentation minime (+1point) et ce gain ne concerne
240
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
Rappel autobiographique total
16
14
12
10
8
6
4
2
0
T1
T2
Rappel strictement épisodique
T3
16
14
12
10
8
6
4
2
0
Spontanéité du rappel
16
14
12
10
8
6
4
2
0
T1
T2
T2
T3
Rj Quoi
T3
4
T1
T2
T3
T2
T3
3
2
1
0
Rj Où
4
T1
Rj Quand
T1
T2
T3
4
3
3
2
2
1
1
0
0
T1
Graphiques 2. Répartition des scores du TEMPau de A.H. en fonction des différentes périodes de vie.
spécifiquement que le score Rj Quoi. Ces résultats sont identiques à T3. A.H. rappelle donc plus
de souvenirs qui sont génériques par nature.
241
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
A la période des >30 ans, A.H. a également de meilleurs scores à T2 (W=2.20, p=0.02).
A la fin de la prise en charge, le rappel total autobiographique (+ 2 points) et la spontanéité du
rappel (+1 point) sont améliorés, mais pas l’épisodicité stricte des souvenirs. Comme la période
des 18-30 ans, les scores Rj subissent peu d’évolution, où le score total 3Rj est en augmentation
minime (+1point) et ce gain s’applique spécifiquement que le score Rj Quand. Cependant, les
bénéfices ne sont pas maintenus à T3 (W=1.60, p=0.10).
Aucune différence significative n’est mise en évidence pour la période des cinq
dernières années, ni à T2 (W=1.52, p>0.10), ni à T3 (W=1.15, p>0.10). Cependant, une
augmentation descriptive à T2 est constatée pour les scores Rj : 3Rj (+4points) répartis sur les
Rj Quoi (+2 points) et Rj Quand (+2points), mais pas les Rj où. A T3, cette amélioration se
maintient en partie avec les 3Rj (+3points) répartis sur les Rj Quoi (+2 points) et Rj Quand
(+1points).
Pour finir, la période des 12 derniers mois est également améliorée à T2 (W=2.36,
p=0.02). Ainsi à T2, le rappel total autobiographique (+3 points) et la spontanéité du rappel (+1
point) sont supérieurs, mais l’épisodicité stricte des souvenirs n’est pas modifiée. Concernant les
scores Rj, l’amélioration est minime à T2 pour le score total 3Rj (+1point) et concerne le score
Rj quoi , mais pas les Rj Quand et Rj où. A T3, les performances sont d’autant plus améliorées
(W=2.93, p=0.003). En effet, par rapport à T1, l’amélioration concerne tous les scores, le score
du rappel total autobiographique (+7 points), le score de spontanéité du rappel (+2points), le
score d’épisodicité stricte (+4 points), le score 3Rj (+3 points, répartis en +1 points sur chaque Rj
Quoi/où/Quand). Ainsi, pour cette dernière période, A.H. rappelle plus de souvenirs, plus
spontanément, qui sont également plus épisodiques et de meilleure qualité.
c)
Mémoire de travail et fonctions exécutives
L’analyse des scores d’empans mnésiques a porté sur la comparaison entre les
différentes évaluations (T1/T2 et T1/T3) de la réussite ou l’échec à chaque item du test
« mémoire des chiffres » et « empan d’intégration » par le biais du test Q de Cochran. A la tâche
d’empans mnésiques, A.H. à une performance déjà dans la norme à T1. Mais la performance est
améliorée à T2 (Q=4.00, p=0.04) et d’autant plus à T3 (Q=6.00, p=0.01). L’empan endroit et
l’empan envers sont tous deux supérieurs après la prise en charge. Ainsi, le maintien passif de
l’information en mémoire à court terme et la manipulation des informations temporairement
stockées sont supérieurs après la prise en charge et sont maintenus à un mois. Le maintien
d’informations multimodales en mémoire à court terme est déficitaire à T1 (empan
242
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
multimodal), et ne montre une amélioration qu’à délai de la prise en charge à T3 (Q=4.00,
p=0.04), mais pas à T2 (Q=2.00, p>0.10).
Sur le plan des fonctions exécutives, la prise en charge influence peu les performances.
Les performances aux tests de Stroop (dénomination, lecture, interférence, facteur
d’interférence) et TMT (A, B, B-A) étant basées sur les temps de réponse du patient, l’analyse a
consisté à comparer les notes z de chaque item d’un test obtenu entre les trois évaluations par
le biais d’un test des signes de Wilcoxon. Au test du Stroop et du TMT, les analyses ne révèlent
pas d’effets significatifs entre T1/T2 (respectivement, W=1.09, p>0.10 et W=1.60, p=0.10) ou
entre T1/T3 (respectivement, W=0.73, p>0.10 et W=1.60, p=0.10). Sur le plan clinique, quel que
soit le moment de l’évaluation, les capacités de flexibilité cognitive et d’inhibition sont dans la
norme. Par contre, la vitesse de traitement et le ralentissement cognitif apparaissent variables
d’une mesure à une autre, ce qui est en faveur de fluctuations attentionnelles qui sont
persistantes quel que soit le temps d’évaluation.
d)
Mémoire sémantique et langage
En raison de la nature des tests, il n’a pas été possible de conduire une analyse
statistique pour ce domaine cognitif. La performance au test de la DO80 à T1 et T2 sont
similaires et peuvent être considérées comme déficitaires en raison de paraphasies
sémantiques qui surviennent sur les même items, sans correction de sa part. Par contre, à T3 à
délai de la prise en charge, A.H. ne fait plus aucune erreur. Cependant, la fluence catégorielle
reste déficitaire et non améliorée à T2 et T3. Concernant les performances à la fluence littérale,
elles sont améliorées à T3 et peuvent signer une meilleure stratégie de recherche mentale
plutôt qu’un meilleur accès au système lexical.
e)
Mémoire épisodique
Sur le plan verbal (RL/RI 16, avec une alternance par la liste parallèle), l’encodage est
dans la norme aux trois temps d’évaluation. Concernant les performances aux différents
rappels libres, elles ont été analysées en termes d’échec ou de réussite du rappel de chaque
item sur l’ensemble des rappels libres via un test Q de Cochran. L’amélioration des
performances de rappel libre totales est significative (Q=6.00, p=0.01) entre T1 et T2 bien que
l’augmentation soit très minime (RLTOT1= 0 et RLTOT2=5), et le bénéfice reste maintenu après un
mois (Q=4.00, p=0.04, RLTOT3=4). La récupération des informations est donc à minima faciliter
chez A.H. Concernant les rappels totaux (rappel libre + rappel indicé), la même procédure
statistique a été conduite sur l’ensemble des mesures et montre que, par rapport à la première
évaluation (RTTOT1=17), l’indiçage sémantique est plus efficace à T2 (RTTOT2=22 ; Q=5.00,
243
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
p=0.02), et d’autant plus à T3 (RTTOT3 ; Q=17.00, p<0.001). Ces résultats indiquent donc que le
stockage des informations est plus efficace à la fin de la prise en charge et après un délai de un
mois.
Sur le plan visuel (Test des portes), l’analyse des performances a également consisté à
comparer la réussite et l’échec de chaque item sur l’ensemble du test (partie A+ partie B) par le
biais d’un test Q de Cochran. La performance totale ne diffère pas entre T1 et T2 (Q=0.00,
p>0.10), de même entre T1 et T3 (Q=0.33, p>0.10).
f)
Efficience cognitive globale
Les variations observées dépendent de l’échelle utilisée. Au test du MMS, on peut noter
une amélioration T3 (score de mémoire et d’attention) mais pas T2, alors qu’au test de la
MATTIS, une amélioration est noté à T2 (score de mémoire plus élevé) mais pas à T3.
g)
Paradigme de profondeur de traitement et de référence
à Soi
Ce paradigme a été proposé dans le but d’évaluer si la stratégie de référence à soi et le
travail de réminiscence opérés pendant les séances pouvaient améliorer l’apprentissage et la
récupération en mémoire. Un test de Wilcoxon a été réalisé sur la proportion de
reconnaissances totales pondérées par les erreurs, et sur la proportion de réponses Remember
sur les reconnaissances correctes. Les performances en reconnaissance et la proportion de
réponses Remember correctement justifiées sont reportées dans le tableau 10 ci-dessous en
fonction des conditions d’encodage.
Concernant la reconnaissance, A.H. fait un nombre de fausses reconnaissances très
élevées et constant quel que soit le moment d’évaluation, avec une acceptation moyenne de
Reconnaissance pondérée (%)
Remember (%)
Conditions
LdB1
LdB2
LdB3
LdB1
LdB2
LdB3
Perceptif
-16.67
20.83
8.33
50
100
33.33
Sémantique
16.67
20.83
8.33
25
50
100
Soi conceptuel
33.33
54.16
8.33
20
66.67
66.67
Soi phénoménologique
0
20.83
8.33
33.33
75
66.67
Total
8.33
29.16
8.33
43
72.22
66.67
Tableau 10. Performances après un paradigme d’effet de référence à Soi dans une tâche de reconnaissance.
244
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
50% de distracteurs, ce qui réduit considérablement sa performance par rapport aux scores
bruts et indique donc une faible discrimination. Ainsi, la proportion de reconnaissance
pondérée tend à être significativement améliorée à T2 (W=1.82, p=0.06). Cependant,
l’amélioration de ses capacités de discrimination n’est pas maintenue à T3 (W=0.18, p>0.10).
Les capacités de reviviscence sont à considérer indépendamment des capacités de
discrimination. Si la discrimination est mauvaise, certaines traces mnésiques peuvent être
néanmoins de bonne qualité. La patiente peut par exemple rappeler très peu d’informations
mais qui sont de bonne qualité, ou un contraire rappeler beaucoup d’informations mais qui ne
sont pas toute de qualité élevée. Le sentiment de reviviscence tend à être plus souvent ressenti
lors de la seconde évaluation T2 qu’à la première T1 (W=1.82, p=0.06), et bien que
descriptivement observé comme supérieur à T3 par rapport à T1, la différence n’est pas
significative (W=1.46, p>0.10).
D.
DISCUSSION
Cette étude a présenté le cas de A.H., patiente atteinte d’une maladie d’Alzheimer à un
stade débutant à laquelle a été proposé un programme innovant de prise en charge de la
mémoire. Le programme était constitué de deux blocs. Le premier bloc était axé spécifiquement
sur la revalidation des troubles rétrogrades de la mémoire (informations déjà acquises) et
consistait en une méthode de réminiscence visant à renforcer les souvenirs autobiographiques
passés. Le second bloc était axé quant-à-lui sur la revalidation des troubles antérogrades de la
mémoire (acquisition de nouvelles informations) dont l’objectif principal était l’apprentissage
d’une méthode de facilitation mnésique en référence à Soi pour permettre une meilleure
intégration et consolidation des nouveaux événements de vie. Plusieurs de nos résultats sont en
faveur d’une influence positive du programme de prise en charge sur les capacités cognitives de
la patiente, et plus particulièrement celles en mémoire autobiographique, mais également sur
son sentiment d’identité personnelle.
1.
Une efficacité réelle sur la mémoire rétrograde
Concernant tout d’abord le profil de A.H durant la première évaluation, l’analyse
permet de montrer que l’atteinte est relativement débutante car la plupart de ses performances
sont encore dans la norme, bien que principalement dans la norme inférieure. Sa plus grande
faiblesse concerne en réalité ses capacités de conscience autonoétique et sa capacité à voyager
dans le temps (Piolino et al., 2003). Il est intéressant de constater que le pic de réminiscence est
toujours présent de la même manière que des sujets âgés sains (Piolino et al., 2003) et c’est
245
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
également à cette période qu’elle a le plus de facilités pour situer temporo-spatialement les
événements et fournir des détails sur le contenu factuel. Ce résultat renforce encore une fois de
plus l’idée que les périodes incluant le pic de réminiscence sont riches en souvenirs
épisodiques, notamment parce qu’ils représentent des souvenirs particulièrement définissants
pour le Soi (Conway et al., 2004 ; Martinelli et al., 2013). Par ailleurs, ce sont les deux périodes
les plus récentes qui sont les moins riches en souvenirs, qu’ils soient génériques ou strictement
épisodiques, et les moins associées à des détails spécifiques. Dans ce sens, c’est la période la
plus récente qui s’avère réellement déficitaire et la plus perturbée par rapport à des sujets âgés
sains confirmant que l’atteinte de la mémoire autobiographique touche d’abord les événements
récents à un stade débutant de la maladie d’Alzheimer (Piolino et al., 2003). Ce déficit est la
conséquence, d’une part des substrats neuronaux sous-tendant la mémoire épisodique, qui
perturbent à la fois les traces mnésiques déjà stockées, mais qui induisent également d’autre
part, une amnésie antérograde diminuant la consolidation des nouveaux événements de vie une
fois que la maladie d’Alzheimer débute (Chételat et al., 2006).
La prise en charge s’est montrée particulièrement efficace puisque les performances à
une tâche de mémoire autobiographique sont significativement améliorées à la fin de celle-ci et
que les résultats se maintiennent également après un mois d’arrêt. Sur le plan général, A.H.
rappelle plus de souvenirs personnels qu’ils soient de nature plus sémantique ou strictement
épisodique. Ces résultats confirment ceux de Morgan (2000) qui avait mis en évidence une
augmentation significative du rappel de souvenirs après une thérapie de réminiscence, mais le
maintien des bénéfices n’avait pas été évalué à distance de la prise en charge, ni la nature des
souvenirs. Par ailleurs, les souvenirs de A.H. sont plus souvent accompagnés de détails
spécifiques contextuels et perceptivo-sensoriels, ce qui lui permet de voyager plus dans le
temps subjectif et de revivre les événements de son passé, laissant supposer le renforcement du
Soi phénoménologique. Ainsi, elle est capable de resituer plus précisément dans le temps et
l’espace les événements personnels qui lui sont arrivés par le passé. Par contre, le rappel reste
en moyenne peu spontané et de nombreux indiçages sont nécessaires à A.H. pour lui permettre
d’atteindre l’épisodicité. Aucune étude n’avait étudié ces aspects spécifiques de la mémoire
autobiographique après une thérapie de réminiscence.
En revanche, conformément à nos hypothèses, l’analyse par période de vie montre
que le bénéfice n’est pas du même ordre selon les périodes de vie explorées. Concernant la
période de l’enfance, si le nombre de souvenirs rappelés n’est pas plus important, ils sont en
revanche plus épisodiques et plus riches en détails. A.H. était capable de se souvenir des détails
concernant les éléments factuels (personne présentes, actions réalisées…) et ses pensées ou
émotions, mais elle avait des difficultés à les situer précisément dans le temps et l’espace ; ce
246
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
sont précisément ces aspects qui sont améliorés par la prise en charge. Dans l’étude 6, avec des
patients à un stade plus avancé, aucune amélioration de l’épisodicité n’avait été notée, mais le
rappel total de souvenirs et des connaissances sémantiques avaient augmenté. Les données de
la présente étude montrent que l’épisodicité peut également être considérablement améliorée
lorsque la prise en charge est proposée à un stade plus précoce, et renforcent l’idée de mettre
en place une intervention spécifique dés l’apparition des troubles. Si l’amélioration de cette
période est la plus importante, c’est donc aussi parce que le contexte spatio-temporel peut être
donné plus précisément. Or, jusqu’à l’adolescence, la notion de temporalité n’est pas aussi
continue et définie que chez le jeune adulte (Friedman, 1992). Par exemple, la capacité à
indiquer précisément la saison, le mois de l’année et l’année elle-même n’apparait qu’entre 7 et
9 ans et situer des longues durées (e.g. vacances scolaires) vers 12 ans. Dans ce sens, même si
les événements de cette période peuvent être rappelés en détails sur des aspects factuels à l’âge
adulte, la temporalité a donc généralement été peu encodée à l’âge des événements.
Par contre, pour la période du jeune adulte, la patiente rappelle plus de souvenirs
génériques mais pas plus de souvenirs strictement épisodiques, supposant que la prise en
charge a surtout eu un effet pour les aspects plus sémantiques. Dans l’étude 6, des effets
similaires pour la période du jeune adulte avaient été observés. La période au-delà des trente
ans est également améliorée par une augmentation du rappel de souvenirs strictement
épisodiques, mais ce bénéfice n’est malheureusement pas maintenu après un délai d’un mois.
Après la prise en charge REMau (étude 6), l’augmentation du rappel avait été observée pour les
connaissances sémantiques et le rappel total autobiographique, mais ce dernier avait été peu
maintenu également. Martinelli et al. (2013) ont montré que les souvenirs particulièrement
définissant pour le Soi qui sont généralement associés à ces périodes sont déjà de nature plus
sémantisée que chez des sujets âgés sains. Dans ce sens, l’essence même de ces souvenirs est
conservée et bien intégrée au Soi conceptuel, c’est à dire qu’ils sont fortement associés aux buts
importants de cette période.
Le bénéfice est le moins important sur la période des cinq dernières années où le
nombre de souvenirs récupérés n’est pas plus important, de même que ceux strictement
épisodiques, mais il apparait cependant que les souvenirs génériques soient accompagnés de
plus de détails sur le contenu factuel et la temporalité. La non amélioration du rappel de
souvenirs avait également été constatée pour cette période de vie après la prise en charge
REMau (étude 6). Cette période correspond à l’installation des premiers signes de la maladie où
l’atteinte en mémoire antérograde commence déjà à perturber la consolidation des souvenirs
récents (Murphy et al., 2008). Les premières difficultés observées sont également généralement
source d’angoisse et correspondent à des moments chargés négativement sur le plan
247
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
émotionnel. Dans ce sens, un syndrome anxio-dépressif est très souvent observé au stade
débutant de la maladie (Bungener et al., 1996). Dans ce sens, il semble qu’au regard de l’estime
de Soi et de la positivité de ses représentations (discutées ci-dessous), les événements de cette
période soient moins enclins à être rappelés et renforcés, parce que moins congruents avec
l’image de Soi actuelle de A.H. ; les patients mettant souvent en place un mécanisme de défense
adaptatif pour protéger leur identité et maintenir un bien-être élevé lorsque que celui-ci est
menacé (Macquarrie, 2005).
Enfin, considérant la période des 12 derniers mois qui était la plus déficitaire, la prise
en charge a permis d’améliorer le rappel de souvenirs et leur qualité, mais la différence est
surtout visible au délai de un mois de la prise en charge où l’épisodicité des souvenirs, leur
contextualisation et leur reviviscence sont plus élevées. Cette amélioration tardive tient son
origine du fait que A.H. a rappelé plus d’événements qui étaient en lien direct avec la prise en
charge (e.g. la promenade effectuée ensemble), mais aussi parce qu’il s’est passé un événement
marquant en lien avec une blessure de son mari durant le programme de prise en charge. Le
rappel de la mise en situation réelle était particulièrement précis et montre qu’elle a été bien
intégrée et consolidée en mémoire. Cette donnée est en faveur de l’efficacité de la prise en
charge sur le plan antérograde. Il est possible de se poser la question de la raison pour laquelle
ces événements n’avaient pas été mieux rappelés juste à la fin de la prise en charge, alors même
qu’ils étaient à moindre distance. D’après une étude récente (Martinelli et al., 2013), les
souvenirs épisodiques les plus résistants sont également ceux qui sont le plus associés à des
aspects sémantiques de la mémoire autobiographique et donc au Soi conceptuel, notamment
parce cela permet d’avoir des indices de récupérations plus efficaces. Dans ce sens, le meilleur
rappel des souvenirs récents à délai de la prise en charge pourrait être le reflet de leur
intégration à des connaissances plus générales. Ainsi, l’activité de réminiscence a donc permis
d’améliorer également la mémoire antérograde pour les événements très récemment vécus par
la patiente.
D’une manière générale, les bénéfices observés sur la mémoire autobiographique sont
donc maintenus après l’arrêt de la prise en charge. Les études ayant évalué spécifiquement la
mémoire autobiographique sont rares (Berry et al., 2007; Berry et al., 2007 ; Morgan, 2000)et à
ce jour aucune n’en avait exploré les bénéfices en détails. Nos résultats permettent de
démontrer le réel impact d’une prise en charge spécifique sur la mémoire autobiographique à
un stade débutant de la maladie d’Alzheimer. Par ailleurs, bien que le programme utilisé dans
cette étude soit organisé différemment de celui du REMau, il en confirme les résultats sur les
aspects rétrogrades de la mémoire. Par ailleurs, la présente étude montre qu’il est donc
possible d’améliorer significativement l’épisodicité des souvenirs des patients, et pas
248
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
uniquement l’aspect sémantique si la prise en charge est précoce. Au final, les connaissances et
les souvenirs autobiographiques sur lesquels la stratégie de traitement en référence à Soi
s’appuie ont été significativement améliorés.
2.
Bénéfices en mémoire antérograde
Les résultats indiquent des différences dans le bénéfice sur les différents processus
d’encodage, de récupération, de stockage et de consolidation des informations.
A un test neuropsychologique standard de mémoire épisodique verbale, les processus
d’encodage se sont avérés préservés dés la première évaluation et il est difficile à partir de cette
tâche d’évaluer si ils ont été plus efficaces. Par contre, les processus stratégiques de
récupération étaient particulièrement déficitaires, et les résultats ont montré une amélioration
significative après la prise en charge mais également à distance d’un mois. De plus, la
récupération des informations par indiçage sémantique est également améliorée et est en
faveur d’un meilleur stockage des informations. Ce bénéfice est également visible après un long
délai laissant supposé que la consolidation des informations soit supérieure et efficace une fois
que l’information a été stockée en mémoire. Bien que le rappel indicé soit d’autant plus
performant à distance de la prise en charge, le matériel utilisé étant identique à celui de la
première évaluation (contrairement à la seconde évaluation par l’utilisation d’une liste
parallèle d’apprentissage), un effet test-retest n’est cependant pas à exclure. En effet, sur le plan
clinique, il est courant d’observer un apprentissage qui peut être durable au long cours sur ce
type de tâches, y compris chez des patients profondément amnésiques. Par contre, si le
stockage apparait amélioré, la force de la trace mnésique et sa distinctivité ne le sont pas,
puisque les performances en reconnaissance et le nombre de fausses reconnaissances
n’évoluent pas et vont même jusqu’à diminuer lors de la troisième évaluation. Cela suppose que
l’élaboration de la trace mnésique durant l’encodage n’a pas été supérieure, ainsi les bénéfices
observés seraient bien dus à une amélioration des processus stratégiques de recherche et de
récupération en mémoire, sous-tendus par une amélioration des fonctions exécutives et/ou
attentionnelles. Quoiqu’il en soit, ces résultats confortent l’idée que le programme de prise en
charge qui a été développé a un impact sur les aspects antérograde de la mémoire épisodique
verbale. Par contre, aucun bénéfice n’a été observé sur la mémoire épisodique visuelle.
Concernant les effets de la prise en charge sur un paradigme d’apprentissage
intentionnel en fonction de traitements en référence au Soi conceptuel et au Soi
phénoménologique évalué par une tâche de reconnaissance, les résultats sont variables.
Durant les séances, A.H. a montré une évolution dans un exercice de reconnaissance utilisant
249
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
des noms communs et des images : les capacités de reconnaissance et de discrimination
évoluent surtout à partir de la troisième séance alors qu’aucune différence n’avait été constatée
au test neuropsychologique (RL/RI 16). Par ailleurs, la qualité de la trace mnésique est en
moyenne améliorée au fil des séances, avec un état de conscience autonoétique plus souvent
associé à la récupération des informations. Ce résultat va donc dans le sens que la trace
mnésique peut être élaborée plus efficacement et rendue plus distinctive par un traitement en
référence à Soi alors qu’un traitement sémantique n’est pas suffisant. Il semble donc que A.H.
montre une efficacité croissante à utiliser la stratégie apprise durant les séances.
Cependant, aux évaluations à la fin et à un mois de la prise en charge, les effets sur un
paradigme d’apprentissage en référence à Soi avec un matériel plus abstraits (traits de
personnalité) et un délai de rétention plus élevé, sont plus contrastés. Avant la prise en charge,
la performance de discrimination est la plus efficace après un traitement en référence au Soi
conceptuel qu’après un traitement sémantique, en référence au Soi phénoménologique ou
perceptif, mais la meilleure discrimination ne donne pas nécessairement lieu à une meilleure
qualité de la trace mnésique ; de même à la fin de la prise en charge où les performances sont
toutefois améliorées. On peut donc supposer que la patiente organise et élabore mieux le
matériel quel que soit le traitement opéré durant l’encodage ce qui pourrait montrer un
transfert implicite des apprentissages. Cependant, les bénéfices observés ne sont pas
maintenus à délai de la prise en charge. Il est donc possible que le maintien à long terme ne se
soit pas opéré car le matériel utilisé n’est pas le même que durant les séances. Les bénéfices
pendant les séances et ceux observés à un test neuropsychologique seraient plus stables en
raison de la similarité du matériel utilisé. De nombreux auteurs notent que la limite principale
des prises en charge est qu’elle reste souvent spécifique au matériel étudié et peu transférable à
d’autres types (Clare, Woods et al., 2003; Clare, 2004b).
Enfin, l’événement partagé avec la patiente durant la mise en situation réelle a été
particulièrement bien stocké alors même que la patiente éprouvait des difficultés à encoder des
événements nouveaux ; elle avait bien réussi à appliquer d’elle-même la stratégie apprise
durant les séances et elle était capable de s’en rappeler (l’événement et la stratégie de
facilitation) un mois après la fin de la prise en charge et ce sans indiçage. Ainsi, les résultats
obtenus durant les séances peuvent laisser supposer que l’apprentissage de la stratégie de
facilitation en référence à Soi a été bien intégré par la patiente et que la méthode
d’apprentissage utilisée est fonctionnelle. Quelques auteurs ont montré que les événements
récemment vécus pouvaient également être consolidés grâce à un visionnage d’images
photographiées durant ces événements (Berry, Browne, & Kapur, 2007; Berry et al., 2007 ;
Crete-Nishihata et al., 2012 ; Lee & Dey, 2008a, 2008b, 2008c). Cependant, la présente étude
250
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
suppose également la méthode de facilitation en référence à Soi pourrait être réellement
efficace pour améliorer les événements récents à leur source, c'est-à-dire dés l’encodage,
permettant ainsi leur probabilité plus importante d’être stockés et consolidés.
Dans la partie suivante, nous allons nous attarder sur les représentations de Soi de la
patiente dont nous avions fait l’hypothèse qu’elles seraient modifiées par la prise en charge.
3.
De l’humeur à l’identité personnelle, une vision plus
positive de Soi
Tout d’abord, sur le plan psychopathologique, l’humeur de A.H. évolue très peu, mais
avant la prise en charge elle montre des signes qui sont interprétés comme une
symptomatologie dépressive très discrète en lien avec une diminution des intérêts, des idées
négatives (dépréciation personnelle) et des difficultés de concentration. Après la prise en
charge ce sont les signes liés à la dépréciation personnelle et la perte d’intérêt qui
disparaissent, son humeur n’étant plus considérée comme à tendance dépressive, ce qui est
maintenue à un mois de la prise en charge. La diminution de l’humeur dépressive avait
également été notée chez les patients de l’étude 4 à 2 semaines de distance. Cette donnée est
également renforcée par la meilleure estime de Soi de la patiente. Bien que l’amélioration soit
discrète, elle conforte de nombreuses données de la littérature ayant observé une amélioration
de l’humeur avec une prise en charge de la mémoire, notamment rétrograde (Chao et al., 2006;
Goldwasser, Auerbach, & Harkins, 1987; Hsieh et al., 2010; Haight et al., 2003; Lai et al., 2004;
Massimi et al., 2008 ; Scogin & McElreath, 1994; Tabourne, 1995 ; Thorgrimsen et al., 2002;
Woods et al., 2006). Un résultat également très intéressant est celui concernant sa perception
d’être une personne de nature particulièrement anxieuse avant la prise en charge, alors que sa
perception de cet aspect de sa personnalité est modifiée après la prise en charge, et elle se
considère comme étant une personne peu anxieuse au final. Ce résultat est à mettre en lien avec
les modifications dans la perception de ses représentations personnelles, détaillées ci-dessous.
Les résultats confirment donc précisément que les objectifs visée par la réminiscence sont
tenus (Romero & Wenz, 2001). L’intérêt de ce résultat est qu’il confirme comment la perception
de Soi, de sa personnalité ou de son identité est une image reconstruite au même titre que les
souvenirs sont reconstruits par l’intermédiaire du Soi de travail (Conway et al., 2004).
Ainsi, conjointement à l’amélioration de la mémoire autobiographique, et très
surement à mettre en lien direct avec, la prise en charge a également eu un impact positif sur le
Soi conceptuel. Tout d’abord, le sentiment d’identité d’A.H. apparait surtout plus stable et
cohérent à délai de la prise en charge ; A.H. se sent plus en adéquation avec sa personne, elle
251
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
estime avoir une valeur personnelle plus importante, elle se perçoit de manière plus définie et
précise, et ses représentations de Soi sont plus positives et plus cohérentes. Pourtant, juste
après la prise en charge, les représentations personnelles apparaissaient plus inconsistantes,
supposant que malgré une perception plus positive, les modifications des représentations de
Soi n’étaient pas encore intégrées de manière cohérente. Ces résultats sont très importants. En
effet, de nombreux auteurs parlent d’une rigidité du Soi dans la maladie d’Alzheimer en raison
de la perte de substrats de la mémoire autobiographique et de l’impossibilité de mettre à jour le
Soi en fonction des nouveaux événements (Agnew et Morris, 1998 ; Mograbi et Morris, 2009 ;
Morris & Mograbi, 2012). Les présents résultats montrent donc que le Soi peut évoluer si la
mémoire autobiographique est renforcée. Dans ce sens, des séances régulières supplémentaires
sur les événements récents pourraient peut être permettre aux patients d’intégrer les
changements opérés par la maladie, mais également par la même de mettre à jour le Soi des
patients et ainsi diminuer l’anosognosie.
Concernant la nature même des représentations, ce sont les représentations de la
sphère de l’apparence et des compétences physiques qui sont les plus améliorées, qui est
pourtant souvent la moins bien perçue chez les personnes âgées (Duval et al., 2007). On peut
supposé que l’amélioration des représentations sociales en est à l’origine. Les représentations
liées au Soi physique dépendent beaucoup de l’environnement social, du regard et de la
perception d’autrui (e.g. « je suis une personne séduisante », « je suis une personne active » …)
(Cohen-Scali & Moliner, 2008), et la prise en charge a favorisé la récupération de souvenir
positive de la sphère sociale. La perception des compétences académiques est par contre moins
positive après la prise en charge, ce qui pourrait être lié à certains échecs durant les séances.
Cela pourrait suggérer qu’elle ait implicitement intégré ses difficultés et que les représentations
de ce domaine aient pu être mises à jour (Agnew et Morris, 1998).
A un mois de la prise en charge, ce sont les représentations morales (agissements
moraux) qui apparaissent les plus positives avec la perception d’être une meilleure personne,
ce qui est associé avec une satisfaction plus importante de ses comportements et de la manière
dont elle agit, alors même qu’elle estime ses relations familiales moins positivement qu’au
début. Ces données peuvent reflèter une rigidité plus importante face aux changements
internes (Woods, 2010) ou bien une amplification du principe de cohérence du Soi de travail
afin de permettre une cohérence plus importante entre les souvenirs et les ressentis positifs
exprimés durant la prise en charge et les troubles du quotidien qui ont un impact sur le
comportement des patients, bien que discrets en début de maladie (Robins Wahlin & Byrne,
2011).
252
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
En résumé, l’ensemble de ces résultats sont en faveur d’un Soi conceptuel plus positif
et plus stable à un mois de la prise en charge, avec une relative préservation du Soi de travail
chez la patiente A.H. Ces résultats ont une implication importante car c’est principalement le
maintien du Soi conceptuel, lorsque le Soi phénoménologique est altéré, qui permet aux patients
de longtemps conserver un sentiment d’identité non défaillant (Martinelli et al, 2013 ; Caddell
& Clare, 2010).
4.
Des améliorations collatérales
La mémoire de travail est également améliorée sur le plan de la capacité de rétention à
court terme passive et de la manipulation des informations, y compris les informations
multimodales, et d’autant plus à délai de la prise en charge. En revanche, les capacités
d’attention-concentration ne sont pas améliorées. L’évolution de l’efficience cognitive globale
est variable selon les tests utilisés, et les variations pourraient être attribuables aux fluctuations
attentionnelles déjà observées chez A.H. L’amélioration de la mémoire de travail pourrait être
attribuable à la méthodologie utilisée pour la méthode de facilitation en référence à Soi. En
effet, dans le cadre de la prise en charge, l’apprentissage de la méthode repose sur la répétition
massée des informations, et donc leur rétention en mémoire à court terme, pour faciliter leur
intégration en mémoire à long terme.
Les fonctions exécutives ne sont quant à elles pas améliorées par la prise en charge.
Pourtant, il est particulièrement intéressant de noter que de nombreux auteurs s’accordent
aujourd’hui sur leur implication sur les processus de récupération et la capacité de reviviscence
des souvenirs (Bugaiska et al., 2007; Clarys et al., 2009; Piolino et al., 2010; Stuss & Alexander,
2000; Stuss & Levine, 2002; Wheeler, et al., 1997). Dans ce sens, la prise en charge a pu
favoriser la mise en place de processus de récupération plus efficace. De plus, si l’origine de
l’amélioration du sentiment de reviviscence chez la patiente ne tient pas de l’amélioration de
ses fonctions exécutives, il est possible de postuler plusieurs hypothèses quant à son
amélioration. Soit à l’amélioration tient son origine de la reconsolidation de détails spécifiques
en mémoire épisodique, soit à leur plus grande disponibilité, soit au fait que la reconstruction
des souvenirs ait pu favoriser une meilleure association et intégration des détails spécifiques à
des connaissances plus sémantisées.
E.
CONCLUSION
En résumé, le programme de prise en charge de la mémoire autobiographique
rétrograde et antérograde a prouvé son efficacité auprès de la patiente A.H.. D’une part, les
253
Chapitre 10 : Travaux expérimentaux sur l’effet de référence à Soi – ETUDE 5
bénéfices ont été observés sur l’amélioration dans la récupération et l’épisodicité des souvenirs
autobiographiques. D’autre part, l’amélioration est aussi notable lorsqu’il s’agit de la rétention
de nouveaux événements de vie ou de stimuli verbaux. La qualité des traces mnésiques a
également été améliorée et la patiente a montré qu’elle pouvait associer la récupération des
traces mnésiques avec un état de conscience autonoétique. Il apparait de plus que la prise en
charge a eu une influence positive sur la mémoire de travail et les fonctions exécutives. Enfin, la
prise en charge a permis de renforcer le sentiment d’identité personnelle de la patiente avec
des représentations personnelles plus consistantes et plus positives qu’au début de la prise en
charge. Ainsi, tous ces résultats positifs confirment l’utilité d’une telle prise en charge.
254
DISCUSSION GENERALE
255
256
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
CHAPITRE 11 : DISCUSSION GENERALE DES ETUDES 1 A 3
L’objectif général de ces travaux expérimentaux était d’étudier dans le vieillissement
normal et la maladie d’Alzheimer l’influence du Soi sur les processus de la mémoire épisodique,
c’est-à-dire, l’encodage, le stockage, la consolidation et la récupération de nouvelles
informations. Une des méthodes la plus répandue pour étudier ce phénomène est de demander
à des sujets de traiter des stimuli en fonction de connaissances personnelles préexistantes qui
constituent le Soi, puis d’évaluer si ce traitement améliore la probabilité de rappel de ces
informations (Rogers et al., 1977; Symons & Johnson, 1997). L’intérêt d’une telle recherche
dans le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer réside dans l’idée que le Soi est un
construit complexe et multidimensionnel en interaction intime avec la mémoire
autobiographique (Conway, 2005 ; Klein, 2012). Or, le Soi conceptuel basé sur la mémoire
autobiographique sémantique est préservé dans le vieillissement normal (Klein & Gangi, 2010)
et déjà affaibli dans la maladie d’Alzheimer à un stade débutant (Addis & Tippett, 2004). En
revanche, le Soi phénoménologique basé sur la mémoire autobiographique épisodique est déjà
perturbé dans le vieillissement normal (Piolino et al., 2006) et est très altéré dans la maladie
d’Alzheimer (Eustache et al., 2004; Martinelli, Anssens, et al., 2013). Dans ce sens, traiter des
nouvelles informations en relation avec le Soi conceptuel et le Soi phénoménologique ne devrait
pas avoir les mêmes implications et influences sur les performances de rappel.
Pour cela, l’ensemble des études a été construit selon un même mode opératoire
similaire pour permettre au mieux une comparaison entre les différentes études. Pour chaque
étude, il s’agissait de présenter un ensemble de traits de personnalité pour lesquels les
participants devaient effectuer différents traitements, variant en profondeur, sans être
conscient qu’une tâche de rappel leur serait ensuite proposée. Pour étudier le Soi, deux types de
traitements ont été proposés dans le but d’inciter les sujets à traiter les stimuli en relation avec
des connaissances préexistantes sur eux-mêmes, soit avec des connaissances sémantiques
personnelles (Soi conceptuel, études 1 à 3), soit avec des souvenirs autobiographiques
épisodiques (Soi phénoménologique, études 2 et 3). L’effet de référence à Soi correspondait au
bénéfice observé sur les performances de rappel en comparaison avec un traitement d’ordre
sémantique n’impliquant pas le Soi.
L’objectif premier était d’évaluer si l’effet dissocié du vieillissement normal et de la
maladie d’Alzheimer sur les composantes sémantique et épisodique de la mémoire
autobiographique se répercutait de manière identique sur les effets de référence à Soi. Par
ailleurs, le second objectif était également de déterminer les modulations de l’effet de référence
257
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
à Soi en fonction de la tâche de récupération proposée, telle que le rappel libre (études 1 et 2) et
la reconnaissance (études 1 et 3). En effet, les implications du vieillissement normal et de la
maladie d’Alzheimer sont différentes en fonction de ces tâches de récupération. Le troisième
objectif consistait à déterminer dans quelle mesure le Soi pouvait influencer la recollection des
informations. Pour cela, un paradigme évaluant l’état de conscience a été proposé en
association avec la tâche de reconnaissance (études 1 et 3).
Un objectif plus secondaire a été d’étudier les différences entre les groupes dans le traitement
et l’encodage de stimuli émotionnels, ainsi que leur récupération.
Enfin, l’idée principale de ce travail était d’évaluer l’impact du phénomène de l’effet de
référence à Soi afin de déterminer s’il pouvait être transposé dans de nouvelles formes de prise
en charge de la mémoire dans la maladie d’Alzheimer.
Les résultats des différentes études montrent, en résumé, que les sujets jeunes, les
sujets âgés et les patients Alzheimer présentent tous un effet de référence à Soi en mémoire
explicite (cf.tableau 11 pour une synthèse des principaux résultats, p.259). L’effet de référence
à Soi se manifeste par des performances supérieures dans le rappel de traits de personnalité
précédemment traités en référence à Soi par rapport à un traitement sémantique. Toutefois, il
est apparu que les effets de référence à Soi n’étaient pas du même ordre selon le type de
référence à Soi, ni selon la tâche de rappel. Ainsi, chez les sujets jeunes, les effets de référence
au Soi conceptuel ou au Soi phénoménologique étaient présents à la fois en rappel libre et en
reconnaissance. Chez les sujets âgés, l’effet de référence au Soi conceptuel s’est manifesté en
rappel libre et en reconnaissance, tandis que l’effet de référence au Soi phénoménologique était
spécifiquement présent durant la reconnaissance. Enfin, pour les patients Alzheimer, les effets
de référence à Soi conceptuel et phénoménologique n’étaient mis en évidence qu’en
reconnaissance. Par ailleurs, les trois groupes ont présenté un effet de référence à Soi en
recollection avec l’attribution plus importante d’un sentiment de reviviscence associé au rappel
de la source d’encodage lors de la récupération des informations précédemment traitées en
référence à Soi. De plus, il est apparu que l’effet de référence au Soi conceptuel était le plus
souvent supérieur à l’effet de référence au Soi phénoménologique dans la tâche de
reconnaissance puis de recollection. Enfin, l’effet de la valence émotionnelle s’est révélée avoir
un impact fluctuant sur la récupération et la recollection des informations. Les sujets âgés et les
patients Alzheimer ont exprimé un biais de positivité en reconnaissance et en recollection
(étude 1 et 3), mais pas en rappel libre (absence d’effet dans l’étude 1, biais de négativité dans
l’étude 2). Les sujets jeunes n’ont quant à eux pas manifesté d’effet de la valence émotionnelle
dans l’étude 1, tandis que l’étude 2 a révélé un biais de positivité en rappelle libre, tout comme
l’étude 3 en reconnaissance et recollection.
258
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
Rappel libre
SJ
DOP
ERSc
étude 1
*
*
étude 2
*
/
Reconnaissance
ERSp
DOP
ERSc
*
*
*
*
Rappel libre
ERSc
ERSp
DOP
ERSc
étude 1
*
~
/
*
*
étude 2
/
*
/
*
*
étude 3
Rappel libre
DOP
ERSc
étude 1
/
/
étude 2
/
/
étude 3
DOP
ERRSc
*
*
*
*
*
Reconnaissance
DOP
MA
ERSp
ERRSp
*
étude 3
SA
Remember
Remember
ERSp
*
DOP
ERSRc
*
*
*
*
Reconnaissance
ERSp
DOP
ERSRc
/
/
/
*
*
ERSRp
*
Remember
ERSRp
DOP
ERSRc
/
*
/
*
ERSRp
/
*
*
Tableau 11. Synthèse des principaux résultats en mémoire explicite en dehors des effets de valence.
SJ=sujets jeunes ; SA= sujets âgés ; MA= patients Alzheimer ; DOP=effet de la profondeur de traitement ; ERSc = effet de
référence au Soi conceptuel ; ERSp = effet de référence au Soi phénoménologique ; ERSRc= effet de référence au Soi
conceptuel en recollection ; ERSRp= effet de référence au Soi phénoménologique en recollection ; *=significatif ; /= non
significatif
Ce chapitre de thèse est donc consacré à une discussion générale des résultats obtenus
dans les différentes études expérimentales et de leurs implications théoriques entre le Soi et la
mémoire pour chacun des groupes étudiés : sujets jeunes, sujets âgés et patients Alzheimer.
Pour cela, les résultats de l’effet de référence à Soi sont d’abord discutés sur leur expression
dans des tâches de rappel libre et de reconnaissance, puis sur l’état de conscience autonoétique
qui peut être associé pendant la reconnaissance. L’influence de la valence émotionnelle sur
l’effet de référence à Soi est discutée séparément dans une troisième partie.Les limites et
perspectives liées à cette étude sont présentées dans le dernier chapitre 13.
259
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
I.
EFFET DU SOI CONCEPTUEL ET DU SOI PHENOMENOLOGIQUE SUR
LA RECUPERATION , L’ELABORATION ET LA FORCE DES TRACES
MNESIQUES .
A.
SUJETS JEUNES
Les résultats en reconnaissance des sujets jeunes ont permis de confirmer que le
traitement des stimuli par leur mise en relation à des informations du Soi conceptuel et du Soi
phénoménologique (Bower & Gilligan, 1979; Klein et al., 1989) permettait d’augmenter
significativement la force de la trace mnésique en comparaison avec un traitement sémantique
général. La capacité de discrimination indique donc que les processus supposés d’élaboration et
d’organisation des traces mnésiques ont été significativement plus efficaces après des
traitements en référence à Soi. Ces effets sont dus à la fois à la nature même du matériel utilisé,
mais également à l’organisation des structures sous-jacentes au Soi, c'est-à-dire la mémoire
autobiographique. Le degré d’élaboration représente la quantité d’attributs spécifiques du
stimulus extraits durant l’encodage, et qui augmente par l’association des liens opérés entre ces
attributs spécifiques et des représentations préexistantes (connaissances sémantiques
générales, connaissance sémantique publiques, connaissances sémantiques personnelles,
souvenirs autobiographiques). Par exemple, de la signification « méchant » peut être extrait sa
valence négative, sa valeur morale, les comportements qui le représente, son antonyme ou
homonyme, etc… L’élaboration est d’autant plus importante que les représentations
préexistantes impliquent un réseau associatif large et une organisation importante intrinsèque
du système sous-jacent.
Toutefois, le degré d’élaboration augmente aussi avec le degré d’organisation opéré par
le regroupement des stimuli en fonction de l’extraction de leurs attributs communs ou
dissemblants, et qui augmente en fonction de l’organisation même des représentations déjà
préexistantes en mémoire. Par exemple, « méchant », « manipulateur », « égoïste » sont tous de
valence négative, mais « manipulateur » et « égoïste » partagent plus de points communs sur
leur signification. Concernant les différentes tâches utilisées dans les études, toutes sont
supposées faciliter l’organisation du matériel mais pas de la même manière et au même degré.
La tâche de jugement de valence suppose faciliter l’organisation des traits de personnalité
principalement sur la base de leur valence émotionnelle (positive versus négative) en mémoire
sémantique. Cependant, tous les autres traitements peuvent également induire cet aspect de
regroupement, et la différence se situe aux possibilités de regroupement supplémentaires. Le
260
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
traitement de référence à autrui suppose pouvoir organiser les stimuli sur la base des
connaissances extraites sur les personnes célèbres (e.g. actrices, chanteurs …). Le traitement en
référence au Soi conceptuel permet un regroupement sur la base des qualités représentatives
des images de Soi (e.g. le savoir de ce que « je suis » ou « je ne suis pas » à partir du résumé de
mes expériences passées). Enfin, le traitement de référence au Soi phénoménologique permet
une organisation des stimuli sur la base des représentations du Soi passé ayant déjà vécues (e.g.
le souvenir de ce que « j’ai déjà été » ou « je n’ai jamais été » à partir d’un moment précis) et qui
peut correspondre ou non au Soi actuel. Ils peuvent également être regroupés en fonction d’une
correspondance temporelle plus abstraite (moments de vie ; e.g. l’année de Terminale). Ainsi,
dans ce sens, les conditions de référence à Soi aurait également facilité l’organisation des traits
de personnalité durant la phase d’encodage par le regroupement supérieur de leurs attributs
communs au vu des connaissances préexistantes en mémoire autobiographique.
Les traces mnésiques issues des traitements en référence à Soi seraient donc plus
distinctives que les autres en raison de leur réseau associatif plus large en mémoire
autobiographique. De manière intéressante, l’augmentation du temps de traitement durant
l’encodage donne lieu à des effets de référence à Soi d’autant plus grands. Dans ce sens, cela
suppose que les sujets jeunes utilisent ce temps d’encodage supplémentaire soit pour
simplement maintenir la trace mnésique à court terme (autorépétition de maintien, Craik &
Lockhart, 1972) ce qui renforce la force associative de la trace mnésique et l’unifie, soit pour
élaborer plus en profondeur les traces mnésiques, probablement en traitant un nombre
d’attributs des stimuli plus important et/ou en intégrant à la représentation formée plus
d’informations issues des représentations préexistantes (autorépétition d’élaboration, Craik &
Lockhart, 1972). Les processus stratégiques mis en jeu seraient donc différents sur leur nature
et leur efficacité selon le temps disponible pour traiter les stimuli. Par ailleurs, il parait que le
temps supplémentaire soit donc surtout profitable pour le traitement en référence à Soi et qu’il
soit utilisé pour augmenter l’élaboration et l’organisation des stimuli en référence à Soi.
Dans une tâche de rappel libre, les sujets jeunes expriment un effet de référence au Soi
phénoménologique significativement supérieur à l’effet de référence au Soi conceptuel alors
même que la force des traces mnésiques liées au traitement correspondant semblent similaires,
supposant que la différence s’opère sur la nature des informations associées aux stimuli durant
l’encodage. Si les effets observés dans les deux tâches ne sont pas strictement identiques c’est
parce qu’elles ne mettent pas en évidence les mêmes processus. La tâche de reconnaissance
permet de statuer sur l’influence directe des niveaux sur les processus durant l’encodage et sur
la force de la trace mnésique. En revanche, la tâche de rappel libre permet de statuer sur
l’influence des niveaux de traitement sur les processus auto-initiés de récupération active. En
261
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
rappel libre, la recherche peut s’opérer de deux manières : soit par la recherche des traces
mnésiques encore actives (principalement après un délai de rétention court), soit par la
recherche d’indices permettant de reconstituer l’ensemble des processus d’encodage de
manière à reconstruire la trace mnésique (principalement après un long délai de rétention), les
deux méthodes de recherche étant utilisées mais à des degrés différents selon le délai de
rétention. Dans ce sens, plus les indices contextuels et internes associés à la trace mnésique
sont spécifiques, plus ils facilitent la récupération active de la trace mnésique par la
réinstauration des processus utilisés à l’encodage (Craik & Lockhart, 1972 ; Lockhart et al.
1976). Cette spécificité est à mettre en lien avec la distinctivité d’une trace mnésique qui est la
résultante d’un lien spécifique entre un stimulus, ses indices et son contexte d’encodage, et la
distinctivité qualitative de la représentation jouerait un rôle plus important que sa force
associative pour la récupération stratégique. Ainsi, les résultats des présents travaux vont dans
le sens que le traitement en référence au Soi phénoménologique donnerait donc lieu à une plus
grande spécificité des indices internes associés à la trace mnésique, ce qui est aussi en accord
avec les travaux sur les indices de récupération associés aux souvenirs épisodiques (Conway,
2009; Piolino, Desgranges, & Eustache, 2009). En effet, les souvenirs autobiographiques
contiennent des indices spécifiques et uniques pour chaque événement qui seront associés à un
seul trait de personnalité uniquement, le regroupement durant l’encodage se baserait plus sur
des niveaux plus abstraits. Les traces mnésiques après un traitement en référence au Soi
conceptuel et en référence au Soi phénoménologique sont d’une force identique mais différente
dans la spécificité des indices qui leurs sont associées, donnant ainsi lieu à des performances de
rappel différentes. En d’autres mots, les stimuli associés à un souvenir autobiographiques, par
le nombre de détails importants récupérés, fourniraient bien plus de voies de récupération
possibles que les stimuli liés à des connaissances sémantiques personnelles.
Pa ailleurs, lorsque l’on s’attarde sur la comparaison des tailles des effets de référence au Soi
conceptuel pour lesquels, la durée du traitement durant l’encodage n’a aucune influence sur la
probabilité de rappel libre. Cette donnée conforte l’idée que le rappel libre est donc moins
dépendant de la force de la trace mnésique que la reconnaissance et reflète la récupération des
étapes de traitement. Dans ce sens, une fois que les indices contextuels sont associés au
stimulus, le temps supplémentaire à l’encodage pourrait surtout servir à organiser les attributs
sur un niveau plus conceptuel, l’élaboration étant principalement augmentée par un
élargissement du réseau associatif.
262
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
B.
LES EFFETS DE REFERENCE A SOI ROBUSTES
AU VIEILLISSEMENT NORMAL
Sur le plan général, les sujets âgés obtiennent des performances de rappel libre et de
reconnaissance inférieures aux sujets jeunes confirmant le déficit des processus en mémoire
épisodique (Old & Naveh-Benjamin, 2008). De plus, le rappel libre est plus déficitaire que la
reconnaissance car il induit des processus stratégiques auto-initiés qui sont très couteux
cognitivement ; or les ressources cognitives sont moins importantes chez les sujets âgés (Craik
& McDowd, 1987; Naveh-Benjamin & Old, 2008). Au contraire, la reconnaissance réinstaure des
conditions de récupérations proches de celles des conditions d’encodage, ce qui permet de
réduire considérablement l’implication des processus stratégiques et donc diminue la charge
cognitive (Craik, 1986). Dans ce sens, les performances observées en reconnaissance
permettent de statuer plus facilement sur les processus opérés durant l’encodage et montrent
que les sujets âgés bénéficient de la profondeur de traitement et de l’effet de la référence à Soi.
Ainsi, quand la phase d’encodage était proposée avec un temps de réponse limité pour tous les
sujets, les résultats indiquent des performances inférieures, mais des effets de la profondeur de
traitement et de référence au Soi conceptuel9 du même ordre que les sujets jeunes. Par ailleurs,
le déficit des âgés étaient de même ampleur quelle que soit la condition. Dans ce sens, ces
données supposent que les deux groupes ont bénéficié de la même manière de l’élaboration
supérieure d’un traitement sémantique et d’autant plus d’un traitement en référence à Soi. Les
présents résultats étaient en faveur que cette différence liée à l'âge n'était pas la conséquence
d'une difficulté à traiter en profondeur ni à élaborer des informations lors de l'encodage, mais
plutôt une différence dans la rétention et/ou la récupération des informations, ce qui semble
confirmé par certaines études de neuro-imagerie (Cabeza et al., 1997; Daselaar et al., 2003;
Daselaar et al., 2006).
Cependant quand les temps de réponse durant l’encodage sont illimités, les
performances des sujets âgés sont encore inférieures aux sujets jeunes, mais il apparait cette
fois que l’effet de la profondeur de traitement et l’effet de référence à Soi soient tous deux
également inférieurs à ceux observés chez les sujets jeunes. Cette donnée suppose cette fois-ci
que l’élaboration des stimuli n’a pas été aussi efficace chez les sujets âgés car la force de la trace
mnésique est moindre. Dans le cas où les traitements des stimuli doivent s’opérer sous
contrainte temporelle, les sujets jeunes et les sujets âgés traitent donc aussi efficacement les
stimuli, alors qu’un temps de traitement libre apparait être surtout profitable aux sujets jeunes
qui engagent des traitements supplémentaires sur les stimuli. Cela suppose que les sujets
jeunes profitent du temps supplémentaire pour élaborer plus efficacement la représentation
9
L’effet de référence à Soi est discuté plus en profondeur dans les paragraphes suivants.
263
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
mnésique, alors que les sujets âgés modifieraient moins leur comportement selon le temps
alloué au traitement des informations (Craik, 1986). Or chez le sujet jeune, il a été supposé que
ce temps supplémentaire leur permettrait surtout d’opérer un processus d’autorépétition de
maintien et d’autorépétition d’élaboration. Ces données rejoignent certaines études sur le fait
que les sujets jeunes ont une tendance plus importante à opérer des traitements plus
spécifiques sur le traitement des stimuli que les sujets âgés surtout quand l’encodage est
incident (Chalfonte & Johnson, 1996; Craik & Byrd, 1982; Craik, 1986; Henkel et al., 1998).
Toutefois, il est possible de faire l’hypothèse que durant un temps de traitement limité, le
processus d’autorépétition de maintien soit privilégié car moins coûteux (Craik & Lockhart,
1972), et que celui d’autorépétition d’élaboration soit privilégié dans le cas d’un temps de
traitement plus important. Or, sur le plan théorique, ce dernier se rapproche du processus de
liage (« binding ») entre les informations multimodales nouvelles et anciennes dans le buffer
épisodique (Baddeley, 2000), processus de la mémoire de travail déjà touchée par le
vieillissement normal (Chalfonte & Johnson, 1996). Ainsi, les sujets âgés apparaissent avoir les
performances les plus déficitaires quand ils sont comparés à des sujets jeunes dans des
conditions où l’encodage a été le plus optimale pour la réalisation des traitements,
principalement parce que l’autorépétition d’élaboration serait moins utilisée. De plus, les sujets
âgés seraient moins capables d’extraire des attributs communs ou dissemblant pour organiser
les informations (Dunlosky & Hertzog, 2001; Mitchell, Johnson, Raye, Mather, & D’Esposito,
2000; Old & Naveh-Benjamin, 2008; Sander, Werkle-Bergner, & Lindenberger, 2011; Shing et
al., 2010), et si le temps supplémentaire privilégie cette opération mais qu’ils l’utilisent moins,
l’élaboration est donc inférieure par rapport à des sujets jeunes. Cette conclusion rejoint par
ailleurs celle de Glisky et Marquine (2009).
Concernant plus spécifiquement les effets de référence à Soi en reconnaissance, les
sujets âgés ont également montré un effet significatif de la référence au Soi conceptuel
confirmant les résultats d’études précédentes (Glisky & Marquine, 2009; Gutchess et al., 2010;
Gutchess, Kensinger, & Schacter, 2007; Gutchess, Kensinger, Yoon, et al., 2007; Kalenzaga &
Clarys, 2013; Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013) mais sur un délai de rétention à long terme,
indiquant que le bénéfice est persistant dans le temps. Il a été également trouvé que l’effet de
référence au Soi phénoménologique était présent chez les sujets âgés comme chez les sujets
jeunes. Ce résultat implique deux choses. La première est que le Soi permet effectivement une
élaboration supérieure des stimuli par rapport à un traitement sémantique supposant que la
force de la trace mnésique a pu être augmentée par un réseau associatif plus important en
mémoire autobiographique. Cependant, il apparait que le processus d’élaboration
supplémentaire d’un stimulus en relation avec un souvenir autobiographique soit moins
264
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
efficace que celui en relation avec des connaissances sémantiques, puisque la différence de
discrimination entre sujets jeunes et sujets âgés est la plus grande pour la référence au Soi
phénoménologique. Or, la récupération d’un souvenir autobiographique spécifique induit des
processus plus coûteux, mais également une implication des processus associatifs plus
importante qui permettent de reconstruire les différentes informations en une représentation
unifiée (Piolino et al., 2010) et dont la mise en place est perturbée dans le vieillissement normal
(Naveh-Benjamin & Old, 2008). Dans ce sens, soit les sujets âgés ont pu récupérer moins de
détails au moment de l’encodage, ce qui a diminué le nombre d’attributs traités par rapport aux
sujets jeunes et donc l’ampleur du réseau associatif, soit les sujets âgés ont pu récupérer un
souvenir aussi spécifique que les sujets jeunes, mais l’intégration de ces détails à la
représentation du stimulus n’a pas été correctement réalisée.
En rappel libre, Mueller et al. (1986) avait par le passé montré un bénéfice significatif
de l’effet de référence au Soi conceptuel après un encodage incident chez des sujets âgés. Nos
résultats sont plus mitigés puisqu’une étude (1) montre un effet significatif de la profondeur de
traitement et seulement marginal de la référence à Soi, tandis qu’une autre (2) indique une
absence d’effet de la profondeur de traitement mais un effet significatif de l’effet de référence à
Soi. En réalité, la différence tient aux performances moyennes observées dans la condition
sémantique générale. Elle pourrait être attribuable aux différences de niveaux sémantiques des
groupes qui ne sont pas toujours strictement identiques entre les études (cf. Performances au
Mill-Hill). Dans le cas de l’effet de référence au Soi phénoménologique, les résultats montrent
qu’un traitement en référence au Soi phénoménologique ne permet pas d’améliorer plus qu’un
traitement sémantique la récupération stratégique des traces mnésiques alors que les traces
mnésiques résultantes sont pourtant d’une force supérieure. Cependant, les traces mnésiques
élaborées en référence au Soi phénoménologique sont supposées être plus associées à des
indices spécifiques eux-mêmes supposés être plus efficaces pour la récupération stratégique
des informations. Or, les sujets âgés, contrairement aux sujets jeunes, sont plus enclins à utiliser
des indices de récupérations généraux, car moins coûteux cognitivement que des indices
spécifiques au moment de la récupération (Craik & Byrd, 1982; Luo & Craik, 2009). Si la
récupération des traces mnésiques liées à un souvenir spécifique dépend effectivement de la
spécificité de ses indices, le bénéfice normalement observé est donc perdu. Cependant dans ce
cas, même si le rappel se base sur des indices plus généraux, on aurait du observer un effet au
moins égal à l’effet de référence au Soi conceptuel ou au moins supérieur à l’effet d’un
traitement sémantique. Deux hypothèses sont alors possibles. La première peut être du au fait
que les sujets âgés ont bien récupéré un souvenir autobiographique avec des détails spécifiques
durant l’encodage, mais ce souvenir n’a pas été élaboré à un niveau supérieur par sa mise en
265
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
lien avec des informations plus abstraites qui aurait pu augmenter les voies de récupération.
Aussi, cela pourrait donc supposer que la trace mnésique en relation avec un souvenir
spécifique n’a pas été mise en relation avec les autres traces mnésiques du même type
(processus organisationnel). En effet, compte tenu de la spécificité de chaque événement, selon
Conway (2005 ; 2009), leur regroupement en mémoire autobiographique se baserait
normalement sur leur lien avec des éléments plus conceptuels qui incluraient leur attributs
communs.
En définitive, le Soi conceptuel favoriserait plus l’élaboration des stimuli sur un plan
organisationnel que le Soi phénoménologique, très sûrement en partie parce que les processus
impliqués dans le traitement d’information en référence au Soi phénoménologique sont plus
coûteux. Ainsi, les différences observées concernant les deux types de référence à Soi
confirment qu’ils ne font pas appellent aux mêmes voies de traitements et sont en accord avec
l’effet du vieillissement normal observé en mémoire autobiographique.
C.
MALADIE D’ALZHEIMER
Quelle que soit l’étude, la performance de rappel libre et de reconnaissance (capacité de
discrimination) des patients Alzheimer est très déficitaire et reflète des déficits massifs de la
mémoire épisodique (Rauchs et al., 2007; Salmon & Bondi, 2009, pour une revue). Les
performances en rappel libre ne sont jamais améliorées quelles que soient les conditions
d’encodage en raison d’un effet planché. Ces résultats sont congruents avec le déficit massif des
processus stratégiques de récupération observé dans cette pathologie (Lipinska & Bäckman,
1997; Logie et al., 2004). De plus, dans l’ensemble des études, dont l’encodage fût incident, les
patients Alzheimer ne bénéficient jamais d’un effet de la profondeur de traitement après un
traitement sémantique, ce qui va dans le sens de nombreuses études (Bäckman & Small, 1998;
Bäckman & Herlitz, 1990; Butters et al., 1983; Froger et al., 2009; Jones et al., 2006; Monti et al.,
1996). Le bénéfice d’un traitement sémantique sur les performances n’est généralement mis
qu’en évidence dans des conditions d’encodage explicite (Hudon et al., 2011; Martin et al., 1985;
Walla et al., 2005) et seul un encodage intentionnel permettrait donc d’améliorer la
performance (Dalla Barba et al, 1996; Goldblum et al, 1998).
Cependant, si l’étude 1 n’avait pas montré de bénéfice de la profondeur de traitement
sur la capacité de discrimination des patients, l’étude 3 avait en revanche mis en évidence que
le traitement en référence à Soi augmentait significativement la discrimination des stimuli chez
les patients alors même que l’encodage avait été incident. Cette donnée suppose que les
traitements en référence à Soi ont permis au moins une élaboration plus importante des stimuli
266
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
et ce qui a donc augmenté la force de la trace mnésique. Kalenzaga et al. (Kalenzaga, Bugaıska,
& Clarys, 2013 ; Kalenzaga, & Clarys, 2013) avaient montré ce bénéfice chez les patients après
un encodage intentionnel et un délai de rétention d’une minute, et les présents résultats
permettent donc de conclure que l’effet de référence à Soi peut être maintenu en mémoire
épisodique à plus long terme même si l’encodage a été incident. Ainsi, le taux d’oubli des traces
mnésiques élaborées en fonction du Soi est moins important. Les bénéfices restent toutefois
nettement inférieurs à ceux observés chez les sujets âgés. L’absence de bénéfice visible dans
l’étude 1 pourrait être imputable à l’encodage non optimal avec un temps de réponses à
l’encodage très court. Or, le ralentissement de la vitesse de traitement est plus important dans
la maladie d’Alzheimer que dans le vieillissement normal (Amieva, Lafont, et al., 2004). En
conséquence, un traitement hypothétiquement du même ordre que des sujets âgés
nécessiterait plus de temps de réalisation chez les patients. Ainsi, lorsque les conditions
d’encodage et de récupération sont plus optimales, elles permettent aux patients d’améliorer
significativement leurs performances, mais ce bénéfice reste spécifique aux traitements en
référence à Soi et surtout toujours inférieur aux sujets âgés. Cette spécificité du bénéfice pour le
traitement en référence à Soi permet d’avancer que c’est bien la nature même du Soi qui
faciliterait les processus d’élaboration et d’organisation sur des stimuli.
Concernant plus spécifiquement les différences observées sur la nature de la référence
à Soi, il apparait qu’elles ne suivent pas exactement les déficits observés en mémoire
autobiographique. En effet, à un stade débutant, la composante épisodique est plus altérée que
la composante sémantique (Eustache et al., 2004; Piolino et al., 2003; Martinelli et al., 2013); les
connaissances et les représentations personnelles sémantiques sont relativement préservées
conservant ainsi l’intégrité du Soi conceptuel (Klein et al., 2003; Naylor & Clare, 2008; Piolino et
al., 2003; Steinvorth et al., 2005), tandis que la capacité de reviviscence et les souvenirs
épisodiques sont particulièrement touchés donnant lieu à une altération très importante du Soi
phénoménologique (Irish, Hornberger et al., 2011; Irish, Lawlor, O’Mara, & Coen, 2011; Piolino
et al., 2003). Ces données laissaient supposer que l’effet de référence au Soi phénoménologique
ne serait pas présent chez les patients Alzheimer. Pourtant, les résultats des études indiquent
que les patients expriment à la fois un effet de référence au Soi conceptuel et un effet de
référence au Soi phénoménologique d’un niveau équivalent. Il apparait donc que les patients
aient été capables de lier des nouveaux stimuli avec un souvenir autobiographique durant
l’encodage, mais nous verrons plus loin une autre hypothèse.
Un autre résultat intéressant est celui des différences intergroupes âgés/Alzheimer en
fonction des différentes conditions d’encodage. Sur le plan général, ce sont toujours les
performances après un traitement profond qui apparaissent les plus déficitaires. Dans ce sens,
267
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
ces données supposent que les patients bénéficient moins d’un traitement profond pour
élaborer la trace mnésique que les sujets âgés. Tout d’abord, concernant le traitement
sémantique, la raison sous-jacente à la diminution de l’élaboration serait en partie due à
l’atteinte des représentations sémantiques elles-mêmes. Dans ce sens, plusieurs auteurs ont
mis en évidence que le bénéfice d’un traitement profond sémantique était conditionné par la
préservation de la mémoire sémantique (Butters et al. 1987; Dalla Barba & Goldblum, 1996;
Goldblum et al., 1998). De plus, dés le stade débutant, les patients démontrent une atteinte des
caractéristiques spécifiques des concepts sémantiques (Giffard et al., 2001) qui seraient par
ailleurs moins bien organisés. Ainsi, des représentations moins bien organisées en mémoire,
c'est-à-dire moins liées par leurs caractéristiques communes, supposent que dans le cas de
nouveaux stimuli, les attributs communs sont moins bien extraits pour permettre une
organisation et une association supérieures entre plusieurs stimuli. Cependant, la différence
intergroupe est d’autant plus importante qu’elle concerne le traitement en référence au Soi
conceptuel, les patients Alzheimer bénéficient d’autant moins de l’élaboration supplémentaire
par la mise en relation des stimuli avec le Soi. Ce résultat soutient l’idée que, dans la maladie
d’Alzheimer, les aspects structuraux sémantiques du Soi conceptuel dont déjà altérés à un stade
débutant (Addis & Tippett, 2004). Mais il soutient également l’idée que les représentations
sémantiques de Soi opérées à partir de traits de personnalité, par rapport aux représentations
sémantiques générales, seraient plus affectées par la maladie. Selon le modèle de Tulving, les
systèmes les plus complexes sont également les plus fragiles car les liens associatifs de leurs
représentations sont plus importants et multiples. Dans la théorie de la profondeur de
traitement, c’est également ce principe là qui confère à la mémoire sémantique son statut
particulièrement efficace pour donner lieu à une élaboration et une organisation supérieure des
traces mnésiques. Or, chez le sujet sain, le Soi suppose induire des processus d’élaboration et
d’organisation plus efficaces en raison des liens associatifs et de l’organisation plus importante
entre ses représentations. Les traits de personnalité sont bien plus la caractéristique des
représentations de Soi que des représentations sémantiques générales, et ils supposent donc
être plus organisés et associés au Soi. Par exemple, si la représentation du concept « gentil » est
altérée, toutes les représentations qui l’incluent seront donc aussi touchées, et on peut
supposer que l’impact sera d’autant plus grand pour les représentations sémantiques de Soi
que les représentations sémantiques générales. La manière la plus simple serait d’observer le
phénomène avec des noms communs concrets qui sont supposés être mieux organisés et
associés en mémoire sémantique générale qu’en mémoire autobiographique sémantique (Klein,
2012). Si l’hypothèse exposée précédemment est correcte, le déficit observé par rapport aux
sujets âgés devrait être plus important dans une condition d’encodage sémantique que dans
une condition d’encodage en référence à Soi. En résumé, le Soi conceptuel susciterait des
268
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
processus élaboratifs moindres chez les patients Alzheimer que les sujets âgés car il serait
devenu moins riche et avec des représentations de Soi moins organisées.
De plus, la différence intergroupe pour la condition de référence au Soi
phénoménologique est inférieure à celle pour la condition de référence au Soi conceptuel. Cette
donnée sous-tend de prime abord que les aspects structuraux épisodiques du Soi
phénoménologique par rapport au vieillissement normal serait moins altérés que ceux du Soi
conceptuel. En effet, si les aspects épisodiques sont déjà perturbés dans le vieillissement
normal, ce n’est pas le cas des aspects sémantiques (Martinelli, Anssens, et al., 2013; Piolino et
al., 2006) et la différence d’élaboration à partir d’un traitement en référence au Soi conceptuel
serait le reflet réel de l’atteinte des représentations personnelles sémantiques précoce dans la
maladie d’Alzheimer à un stade débutant. Cependant, le traitement en référence au Soi
phénoménologique pourrait également apparaitre moins déficitaire car les patients peuvent
avoir utilisé un mécanisme de compensation de manière à opérer le traitement (Martinelli,
Anssens, et al., 2013). Pour récupérer un souvenir relativement spécifique, les patients se
baseraient plus sur des connaissances générales ou des schémas du Soi conceptuel de manière à
faire des inférences, permettant un souvenir relativement consistant mais avec peu d’éléments
épisodiques. Ainsi il apparait plus probable que les patients aient récupéré des souvenirs plus
sémantisés (et peu accompagnés de détails spécifiques) que les sujets âgés. En effet, les indices
de récupération, formés à partir de la condition de rappel d’un souvenir autobiographique
spécifique durant l’encodage, sont supposés constituer des indices internes hautement
spécifiques (Conway, 2009; Piolino, Coste, et al., 2010). Ainsi, des indices plus spécifiques
permettent d’augmenter la force et la distinctivité de la trace mnésique (Craik & Tulving, 1975),
mais ils sont également supposés être plus coûteux pour la récupération des informations (Luo
& Craik, 2009). Le syndrome dysexécutif étant particulièrement important dans la maladie
d’Alzheimer (Germano & Kinsella, 2005), le traitement en référence au Soi phénoménologique
aurait du induire une ampleur d’effet moins importante. Dans ce sens, le traitement en
référence au Soi phénoménologique se baserait donc plutôt sur les souvenirs stockés en
mémoire sémantique et le Soi conceptuel, sans pourtant utiliser le même traitement sous jacent
au fait de définir sa personnalité, puisque la recherche d’un souvenir implique des processus
contrôlés de récupération a contrario de l’autre voix de traitement (Klein, 2012). Ainsi, le Soi
phénoménologique aurait été impliqué dans une moindre mesure et plutôt sous sa forme plus
primitive (avoir conscience et ressentir avoir vécu des événements par le passé sans pour
autant en ressentir toute la spécificité et la phénoménologie associée). Dans ce sens, la présence
de l’effet de référence au Soi phénoménologique pourrait donc être le reflet de l’élaboration des
stimuli en fonction de souvenirs plus souvent génériques qu’épisodiques. Quel que soit le degré
269
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
d’implication durant l’encodage du Soi phénoménologique, les résultats indiquent que les
patients sont capables d’opérer des traitements, à moindre mesure que les sujets âgés, qui
nécessitent la mise en place de processus de recherche stratégiques pour élaborer les stimuli
plus efficacement et ce grâce à l’intervention du Soi de travail.
Au final, les données en reconnaissance montrent que, même si la récupération
implique des processus moins coûteux cognitivement, la performance de discrimination n’est
jamais aussi élevée que celle des sujets âgés, notamment parce qu’il existe des différences au
niveau des processus d’encodage élaboratifs et organisationnels. Le traitement des
informations en référence au Soi serait moins efficace car la structure sur laquelle il se base, la
mémoire autobiographique, contiendrait un ensemble de représentations moins bien
structurées et organisées, c'est-à-dire des réseaux associatifs plus faibles que chez des sujets
âgés. Cela conforte plusieurs recherches qui ont déjà mis en évidence que les représentations
de Soi étaient moins riches, plus inconsistantes et plus floues que chez des sujets âgés (Addis &
Tippett, 2004; Klein et al., 2003; Ruby et al., 2009).
II.
ETAT DE CONSCIENCE AUTONOETIQUE : LE REFLET DE
L’INTEGRATION DES INFORMATIONS AU SOI
La récupération des informations en mémoire épisodique peut être accompagnée d’un
état de conscience autonoétique, c'est-à-dire que le sujet est capable d’opérer un voyage mental
dans le temps subjectif par la reviviscence du contexte d’encodage (Tulving, 2001). La
conscience autonoétique est le reflet de l’implication du Soi phénoménologique (« être conscient
de Soi dans le temps subjectif, en tant que voyageur mental »). Cet état de conscience suppose
que la trace mnésique est d’une grande qualité en raison de la nature des informations qui y
sont associées durant l’encodage, notamment celles contextuelles et perceptivo-sensorielles.
Lorsque le stimulus est présenté en reconnaissance, sa perception active le réseau associatif de
la trace mnésique et permet la récupération des indices associés durant l’encodage par leur
reconstruction en une représentation unifiée. Plus l’intégration entre les indices et le stimulus
en une représentation unifiée à l’encodage a été élevée, plus le degré de recollection sera élevé.
En ce sens, un traitement en référence à Soi favorise à l’encodage l’intégration importante du
contexte d’encodage à la représentation élaborée du stimulus en une représentation unifiée.
Par ailleurs, pour certains auteurs, l’expérience recollective reflèterait le degré d’intégration et
de consolidation de la trace mnésique aux représentations autobiographiques et en mémoire
épisodique en fonction des buts actuels du Soi guidés par le Soi de travail (Conway et al., 2001).
270
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
A.
EFFET DE REFERENCE A SOI EN RECOLLECTION
Les sujets jeunes des présentes études ont montré un état de conscience autonoétique
plus souvent associé à la récupération des stimuli précédemment encodés en référence à Soi ;
ce phénomène est appelé « effet de référence à Soi en recollection » (Conway & Dewhurst,
1995). Ainsi les traces mnésiques liées à des éléments en référence à Soi sont de meilleure
qualité et mieux intégrées au Soi que les traces mnésiques liées à des éléments sémantiques
généraux ou en référence à autrui. Si cet effet spécifique en recollection avait déjà été démontré
pour le traitement en référence au Soi conceptuel (Conway et al., 2001; Conway & Dewhurst,
1995; D’Argembeau et al., 2005; Hirshman & Lanning, 1999; Van den Bos et al., 2010), il ne
l’avait jamais été pour le traitement en référence au Soi phénoménologique.
Compte tenu de l’implication du Soi phénoménologique durant l’encodage des
informations, on aurait pu penser que cela favoriserait d’autant plus la reviviscence en
recollection, mais ce n’est pas le résultat observé ; l’effet de référence au Soi phénoménologique
n’est pas supérieur à l’effet de référence au Soi conceptuel. Il l’était en rappel libre supposant
que les indices spécifiques intégrés à la trace mnésique étaient les plus spécifiques et les plus
efficaces pour permettre de rechercher l’ensemble des processus d’encodage ayant mené à la
formation de la trace mnésique de manière à récupérer les voies de traitements opérés à
l’encodage des informations. Pour la recollection, l’effet de référence au Soi phénoménologique
suppose que, si la trace mnésique contient des indices plus spécifiques liés au stimulus (détails
épisodiques de l’événement), en revanche il suppose que les indices du contexte de l’encodage
ne soient pas nécessairement plus intégrés dans la trace mnésique que pour l’effet de référence
au Soi conceptuel ; en d’autre terme, il ne favoriserait pas plus la récupération du contexte
d’encodage. Cela suppose également que les traces mnésiques, ici des traitements en référence
à Soi, seraient considérées une fois construites comme plus pertinentes par le Soi de travail que
des traces issues d’autres traitements car déjà associées aux connaissances du Soi et leur
consolidation en serait d’autant plus privilégiée par le Soi de travail. Cependant, les
informations liées au Soi conceptuel ou au Soi phénoménologique seraient tout aussi pertinentes.
En fait, ce qui déterminerait leur meilleure consolidation serait leur pertinence au regard du Soi
conceptuel. En ce sens, la trace mnésique créée à partir de souvenirs autobiographiques serait
le plus à même d’être intégrée et consolidée si elle a été aussi associée à des connaissances plus
conceptuelles. Par exemple, selon Conway (2009), les souvenirs épisodiques qui sont le plus
liés au Soi conceptuel seraient également les plus persistants à l’oubli. Il est donc possible
qu’avec un délai de rétention très élevé (>24h, 1 semaine), les traces mnésiques liées aux
représentations sémantiques du Soi conceptuel s’avèreraient plus durables et mieux intégrées
que celle liées à des éléments très épisodiques.
271
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
Une autre donnée intéressante concerne le lien entre la force de la trace mnésique et
l’expérience recollective. En reconnaissance, les performances indiquent que l’élaboration
supplémentaire (déduite de la taille des effets) d’un traitement en référence à Soi par rapport à
un traitement sémantique est toujours inférieure à celle de l’élaboration supplémentaire d’un
traitement sémantique sur un traitement perceptif. En recollection, les effets de la profondeur
et de la référence à Soi sont plus proches. Ces données supposent que la force de la trace
mnésique n’est donc pas seule prédictive de la capacité future de reviviscence des informations,
ce qui rejoint les conclusions de Conway et al. (2001).
B.
LA PERTINENCE DES INFORMATIONS POUR LE SOI PREDICTIVE DE LA RECOLLECTION
FUTURE DANS LE VIEILLISSEMENT NORMAL
Dans le vieillissement normal, les différentes études ont montré que les sujets âgés
avaient une perturbation importante de l’état de conscience autonoétique, diminuant ainsi leur
capacité de voyager mentalement jusqu’au contexte d’encodage. Ce phénomène est aujourd’hui
couramment observé dans la littérature (Bugaiska et al., 2007; Clarys et al., 2009; Piolino et al.,
2006). Plus qu’une altération fonctionnelle réélle du Soi phénoménologique sa moindre
implication serait la résultante d’une altération des processus exécutifs et d’un défaut du Soi de
travail. Dans ce sens, les difficultés proviendraient d’une part, de la moindre intégration des
informations contextuelles de l’encodage à la trace mnésique formée du stimulus (Chalfonte &
Johnson, 1996; Old & Naveh-Benjamin, 2008) et d’autre part, des difficultés à reconstruire en
une représentation unifiée les différentes informations et indices associés à la trace mnésique
(Clarys et al., 2009; Glisky et al., 2001) toutes deux en raison de déficits exécutifs et à l’origine
de la moindre capacité à prendre conscience de Soi dans le temps subjectif.
Cependant, les résultats ont également montré que la récupération d’informations
traitées en relation avec le Soi conceptuel ou phénoménologique était associée à un sentiment de
reviviscence et de voyage mental plus intense que pour les informations traités en lien avec des
connaissances sémantiques générales. Les effets de référence au Soi conceptuel et
phénoménologique en recollection avaient déjà été mis en évidence par Moroz (1999) après un
court délai de rétention et les présents résultats confirment sa présence après un délai de
rétention à long terme. De la même manière que les sujets jeunes, ce sont les traces mnésiques
estimées comme les plus pertinentes par le Soi de travail pour le Soi conceptuel qui favorisent le
plus la récupération des indices contextuels de l’encodage car elles auraient subit un processus
de consolidation plus efficace. Aussi, les traces mnésiques qu’elles aient été liées au Soi
272
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
conceptuel ou au Soi phénoménologique sont considérées comme tout aussi pertinentes au
regard du Soi de travail.
Par ailleurs, de la même manière que les sujets jeunes, la force de la trace mnésique ne
détermine pas directement la capacité de reviviscence des informations chez les sujets âgés
(Conway et al. 2001). Or, les effets de recollection sont plus importants pour les stimuli traités
en référence à Soi que ceux traités en lien avec des connaissances sémantiques générales.
Contrairement aux sujets jeunes, les sujets âgés ont donc un processus d’intégration au Soi bien
plus important encore et plus spécifique pour les informations qui sont directement
pertinentes et en lien avec le Soi que les autres informations. Les différences intergroupes plus
importantes dans les conditions de référence à Soi s’expliquent donc par la moindre intégration
des informations liées avec des attributs sémantiques chez les sujets âgés que les sujets jeunes.
Ces effets pourraient être interprétés également comme une mesure d’économie cognitive par
le Soi de travail. Par exemple, il est possible que le Soi de travail établisse un degré ou niveau à
partir duquel les informations/traces mnésiques seraient considérées comme suffisamment
pertinentes pour être intégrées au Soi conceptuel et que ce niveau de pertinence soit plus élevé
chez les sujets âgés que jeunes de manière à ne pas surcharger la mémoire de travail
d’informations inutiles. Cela pourrait également être un des autres facteurs explicatifs du fait
que les sujets âgés intègrent moins que les sujets jeunes et que la probabilité de reviviscence
soit moindre.
C.
UNE INTEGRATION AU SOI RESTREINTE AUX INFORMATIONS TRAITEES EN REFERENCE A
SOI DANS LA MALADIE D’ALZHEIMER.
Une des caractéristiques principales de l’atteinte mnésique dans la maladie d’Alzheimer
est la diminution de l’état de conscience autonoétique durant la récupération des informations
(Dalla Barba, 1997; Piolino et al., 2003; Rauchs et al., 2007). Ainsi, la capacité de reviviscence
est également apparue considérablement détériorée chez les patients Alzheimer, ce que leur
permet beaucoup moins de pouvoir voyager dans le temps subjectif jusqu’à la source de
l’encodage et de récupérer les informations contextuelles et perceptivo-sensoriel de
l’événement d’origine. Le Soi phénoménologique est donc altéré en raison d’une part, de la perte
structurale de la mémoire épisodique et d’autre part, en raison de l’aggravation des troubles
exécutifs qui perturbent considérablement la récupération des informations en une
représentation unifiée par le fait d’un Soi de travail moins performant.
Bien que la conscience autonoétique soit considérablement altérée, les effets de
référence à Soi en recollection sont toujours remarquablement présents chez les patients
273
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
Alzheimer. Par ailleurs, il apparait que seule la récupération des informations ayant été
préalablement encodées en référence au Soi conceptuel et en référence au Soi
phénoménologique puissent être accompagnées d’un sentiment subjectif de reviviscence. Dans
ce sens, si les informations ne sont pas liées au Soi durant l’encodage, la probabilité de
récupérer les informations contextuelles et perceptivo-sensorielles qui ont été intégrées à la
trace mnésique est presque nulle. Ainsi, non seulement, seul un traitement en référence à Soi
permet d’augmenter l’élaboration et la force de la trace mnésique, mais c’est également le seul à
intégrer les informations contextuelles de l’encodage à la trace mnésique. De plus, le traitement
en référence à Soi est le seul à pouvoir faciliter la récupération des informations et des indices
en une représentation unifiée de manière à permettre un mode autonoétique et donc une
implication du Soi phénoménologique au moment de la recollection. En conséquence seules les
informations qui ont déjà un lien intime avec le Soi et qui sont très pertinentes peuvent y être
intégrées à long terme. Kalenzaga et collaborateurs (Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013 ;
Kalenzaga, & Clarys, 2013) ont récemment montré cet effet de référence à Soi en recollection
pour les stimuli encodés en référence au Soi conceptuel après un délai de rétention très court et
les présents résultats permettent de conclure que cet effet est persistant après un long délai de
rétention et qu’il existe même si les informations ont été liées durant l’encodage au Soi
phénoménologique pourtant défaillant. Cela suppose également que l’intégration à long terme
par le Soi de travail des traces mnésiques au Soi conceptuel est toujours possible chez les
patients Alzheimer, bien qu’à très moindre mesure que les sujets âgés.
Par ailleurs, même dans le cas où le traitement en référence à Soi ne donne pas lieu à
une trace mnésique d’une distinctivité et d’une force plus importante, l’effet de référence à Soi
en recollection reste présent et suppose que des informations contextuelles et perceptivosensorielles ont pu être correctement encodées. Ainsi, le Soi de travail serait toujours capable
de moduler le Soi conceptuel au gré des nouvelles représentations mnésiques. De plus, il est
également possible qu’en dehors des difficultés liées aux processus stratégiques durant
l’encodage et la récupération, la consolidation des traces mnsiques par le Soi de travail soit
aussi moins efficace parce que le Soi conceptuel n’est plus aussi structuré que chez les sujets
âgés.
III. REGULATION EMOTIONNELLE ET SOI DE TRAVAIL
Pour l’ensemble des participants, sujets jeunes, personnes âgées ou patients Alzheimer,
les effets de référence à Soi en mémoire épisodique pouvaient être considérablement modulés
274
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
par la valence émotionelle du matériel. Ainsi, la spécificité de l’influence des émotions est plus
précisément discutée dans cette partie.
A.
LE CAS DES SUJETS JEUNES
Dans le groupe de sujets jeunes, l’effet de la valence émotionnelle est plus variable
d’une étude à l’autre que chez les sujets âgés ou les patients Alzheimer. Ainsi, une des études
n’indique pas d’effet de la valence ni en rappel, ni en reconnaissance (étude 1), tandis qu’un
biais de positivité est trouvé dans les autres études sur la performance globale en rappel libre
(étude 2) et en reconnaissance (étude 3). Dans la littérature, les résultats sont également
parfois contradictoires, puisque certaines études mettent une évidence une absence d’effet de
la valence émotionnelle, d’autre un biais de positivité ou de négativité, d’autres encore un biais
émotionnel quelle que soit la valence (Blake et al., 2001; Charles et al., 2003; Christianson &
Loftus, 1991; Grady et al., 2007; Heuer & Reisberg, 1990; Kensinger et al., 2007a; Kensinger et
al., 2002; Kensinger, Garoff-Eaton, & Schacter, 2006; Kensinger & Schacter, 2006a, 2006b, 2007;
Kensinger, 2007; Kilpatrick & Cahill, 2003; Quevedo et al., 2003; Thomas & Hasher, 2006). Un
regard a posteriori indique que les sujets de l’étude 1, où la valence émotionnelle n’a pas d’effet,
ont descriptivement une humeur plus négative bien que non pathologique (M=1.10) que les
sujets jeunes des autres études (M<0.60). Or, même si l’humeur a été contrôlée dans les
analyses statistiques de l’étude 1, l’humeur différente des sujets a pu jouer un rôle important
durant l’encodage des informations. Plusieurs recherches montrent un effet de congruence à
l’humeur chez les sujets jeunes, où l’humeur influence l’encodage et le rappel des informations
qui lui sont congruentes (Deckers, 1998; Ucros, 1989). Cet effet est généralement interprété
comme un phénomène de capture attentionnelle plus important sur les stimuli émotionnels qui
sont congruents à la valence des représentations du Soi. Ainsi, les sujets de l’étude 1 n’auraient
pas plus focalisé leur attention sur le matériel positif durant l’encodage. Aussi, ils n’auraient pas
rappelé plus de mots positifs que négatifs car leur humeur s’avérait être plus négative, mais pas
au point d’avoir un biais attentionnel plus important pour le matériel négatif comme dans la
dépression (Bradley et al., 1994; Denny & Hunt, 1992; Sanz, 1996; Watkins et al., 1996).
En ce qui concerne la recollection, l’effet de la valence était absent lorsque les
performances de rappel n’étaient pas influencées par la valence (étude 1). Par contre, dans le
cas où le rappel des informations était supérieur à la valence positive, un effet particulièrement
intéressant a été observé en recollection. En effet, pour les informations traitées en lien avec
des connaissances sémantiques générales ou avec le Soi conceptuel, l’attribution d’un sentiment
de reviviscence est du même ordre quelle que soit la valence émotionnelle. Dans ce sens, les
275
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
sujets jeunes intégrent autant les informations positives que négatives à leur Soi une fois que
les traces mnésiques ont été élaborées. En revanche, les informations qui ont été liées à des
souvenirs autobiographiques spécifiques durant l’encodage ne sont intégrées au Soi que si elles
représentaient des aspects positifs de leur personnalité et non si elles en illustraient un aspect
négatif, même si la force de la trace mnésique était élevée. Sur le plan théorique, le maintien
d’une image positive de Soi et d’un bien-être est également un objectif présent chez les sujets
jeunes (Conway et al., 2000, 2004). Or, nous avons montré dans que les sujets jeunes se
définissaient avec plus de traits de personnalité positifs que négatifs. Les données vont donc
dans ce sens puisque récupérer des éléments en lien avec un événement qui peut donner une
image plus négative et/ou faire ressentir au sujet de nouveau des choses désagréables sont en
désaccord avec ce but précis du Soi de travail. L’effet de la valence émotionnelle en recollection
serait donc dû précisément à l’influence du Soi de travail durant la consolidation des
informations en fonction des buts actuels, puisqu’une fois encore, une trace mnésique peut être
dotée d’une force d’activation élevée du fait de son degré d’élaboration, mais c’est sa pertinence
aux buts du Soi de travail qui détermine son intégration et sa consolidation.
Quoi qu’il en soit, les effets de la valence émotionnelle restent cependant
particulièrement dépendants de la grande variabilité des sujets eux-mêmes, bien qu’ils soient
recrutés au maximum selon les mêmes modalités (niveau d’étude, âge etc…). Dans nos études,
une variable qui peut avoir fortement influencée l’humeur des sujets jeunes, mais également les
objectifs personnels ou les priorités du moment, est celle de la période de l’année à laquelle les
passations ont pu être faites. En effet, les sujets recrutés étaient toujours des étudiants, et le
stress de l’approche des examens, les révisions, ou au contraire, l’approche des vacances, ont pu
être une variable non négligeable dans nos études. Malheureusement, aucun contrôle n’avait
été fait à ce sujet, et on ne peut donc exclure une absence d’influence sur les modifications
intra-personnelles qu’elles ont pu engendrées.
B.
BIAIS EMOTIONNEL DE POSITIVITE DANS LE VIEILLISSEMENT NORMAL
Dans le vieillissement normal, la présence d'un biais de positivité sur les performances
de rappel est souvent débatue (Fernandes et al., 2008; Kensinger & Schacter, 2008). Dans les
études présentées dans ce travail de thèse, les résultats ont montré que les sujets âgés avaient
un biais de positivité sur les performances de reconnaissance avec une récupération supérieure
des informations positives (Glisky & Marquine, 2009). Pour les sujets âgés ces résultats sont
cohérents avec la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle (Kensinger & Schacter, 2008;
Mather & Carstensen, 2005). Cet effet serait dû à un biais attentionnel envers les informations
276
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
positives et un processus inhibiteur des informations négatives. Le but serait de maintenir une
image et des schémas personnels positifs de Soi qui seraient guidés par le Soi de travail malgré
les modifications engendrées par le vieillissement (Kensinger & Schacter, 2008; Knight et al.,
2007 ; Ehrlich & Isaacowitz, 2002; Windsor & Anstey, 2010). Il apparait que les sujets âgés ont
effectivement une image positive d’eux-mêmes au même titre que les sujets jeunes comme
nous avons pu le constater dans l’étude 1: ils se définissent par plus de traits de personnalité
positifs que négatifs, ils ont une estime de Soi plus élevée que les sujets jeunes, et un sentiment
d’identité personnelle plus positif, cohérent et consistant et ce d’autant plus qu’ils se définissent
pas des traits de personnalité positifs.
Par ailleurs, certains de nos résultats pourraient être en faveur de l’hypothèse que le
biais émotionnel serait un processus stratégique contrôlé mis en place par les sujets âgés sains
(direction de l’attention plus processus inhibiteur) et non une capture attentionnelle
automatique comme chez les sujets jeunes (Kryla-Lighthall & Mather, 2009). Ce résultat
concerne le biais de négativité en rappel libre (étude 2). Mather & Knight (2005) ont montré
que la présence d’un biais de positivité était corrélé avec les ressources attentionnelles
disponibles. Ainsi, le rappel libre qui implique des processus stratégiques de recherche diminue
les ressources attentionnelles par ailleurs disponibles. En raison des troubles exécutifs
observés dans le vieillissement normal, les sujets âgés n’auraient donc plus suffisamment de
ressources disponibles pour mettre en place un processus inhibiteur de la récupération des
informations négatives. Ainsi, les informations négatives seraient donc également traitées
durant l’encodage chez les sujets âgés, supposant que la régulation émotionnelle et le contrôle
du Soi de travail pourrait principalement s’opérer plutôt durant la récupération plutôt que
durant le traitement à l’encodage. Cependant, l’étude 1 n’a pas révélé ce biais de négativité sur
les performances de rappel libre ; il est donc possible que les variations observées entre les
études tirent leur source sur la variabilité des capacités exécutives chez les sujets âgés, mais ce
point n’a pas été vérifié.
Concernant le sentiment de reviviscence, il apparait plus souvent associé à la
récupération des informations positives que négatives pour les sujets âgés, supposant qu’elles
sont plus intégrées de manière unifiée au Soi conceptuel par le Soi de travail et ce quelle qu’en
soit leur traitement d’origine. Cependant, l’étude 3 indiquent que le biais de positivité peut être
d’autant plus accentué que les informations ont été encodés en référence à Soi. Dans cette
étude, les sujets âgés sains ont exprimé un effet de référence au Soi conceptuel ou au Soi
phénoménologique en recollection spécifiquement pour les informations de valence positive
alors que l’effet bénéfique du Soi n’était pas mis en évidence pour les informations de valence
négative. Malgré une élaboration supérieure et supplémentaire durant l’encodage pour les
277
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
informations négatives en relation avec le Soi par rapport à un traitement sémantique, elles
n’ont pas pour autant été plus consolidées et intégrées au Soi conceptuel par le Soi de travail; les
sujets âgés n’intègreraient donc que les informations positives en concordance avec les buts du
Soi (maintien d’une image positive). Au contraire, si elles étaient autant intégrées que les
informations positives durant l’encodage, cela suppose un fort contrôle du Soi de travail pour
ne pas les rendre accessibles à la conscience durant la récupération. Ainsi, les différences
observées dans les études concernant le biais de positivité en recollection pourraient être sous
tendues par un déséquilibre plus ou moins important entre le principe de cohérence (guidé par
les buts du Soi) et le principe de correspondance (guidé par la réalité) que suit le Soi de travail
(Conway et al., 2004). Dans ce sens, l’expression accrue d’un biais de positivité pour la
recollection des informations encodées en référence à Soi refléterait une prépondérance du
principe de cohérence. Un regard a posteriori sur l’humeur des sujets âgés montrent que ce
sont effectivement les groupes avec l’humeur la plus négative qui obtiennent un biais accru
laissant supposer la nécessité d’autant plus importante pour le Soi de travail de maintenir une
image positive de Soi.
C.
BIAIS EMOTIONNEL DE POSITIVITE DANS LA MALADIE D’ALZHEIMER : REGULATION
EMOTIONNELLE OU ANOSOGNOSIE ?
Dans la maladie d'Alzheimer, l’effet de la valence émotionnelle sur les performances en
mémoire est tout aussi débatue que dans le vieillissement normal, puisque les données sont
aussi très contradictoires entre les différentes études (Abrisqueta-Gomez et al., 2002; Budson
et al., 2006; Fleming et al., 2003; Hamann et al., 2000; Kalenzaga & Clarys, 2013; Kalenzaga,
Bugaıska, & Clarys, 2013; Kensinger et al., 2004; Kensinger et al., 2002; Werheid et al., 2010).
Toutefois, il apparait que l’absence de biais émotionnel (quelle que soit la valence) soit surtout
la conséquence d’une atteinte du système limbique (Klein-Koerkamp et al., 2012). La théorie
socio-émotionnelle postulée dans le vieillissement normal a cependant un champ d’application
plus large puisqu’elle concerne plus généralement l’ajustement émotionnel chez toutes les
personnes dont la fin de vie est proche (e.g. dans le cancer, Lepore, 2001), et elle reste donc
postulée dans la maladie d’Alzheimer (Mark, 2012). Par ailleurs, les troubles cognitifs sont une
menace importante au bien-être et à l’image de Soi positive (Macquarrie, 2005) auxquels les
patients doivent faire face. Dans ce sens, nos données (étude 1) ont également mis en évidence
que les patients Alzheimer avaient une estime de soi aussi élevée que les sujets âgés, un
sentiment d’identité personnelle aussi positif et défini (Kitwood & Bredin, 1992; Martinelli,
Anssens, et al., 2013; Naylor & Clare, 2008) et qu’ils s’attribuaient plus de traits de personnalité
positifs que négatifs (Kalenzaga & Clarys, 2013).
278
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
Par ailleurs, comme les sujets âgés, les patients Alzheimer expriment un biais de
positivité sur les performances de reconnaissance (Kalenzaga, Bugaıska, & Clarys, 2013)
lorsque celles-ci ne sont pas à un effet plancher. Ces données seraient donc plutôt en faveur
avec une relative préservation des processus contrôlés de régulation émotionnelle. Avec un
syndrome dyséxecutif encore peu important, le Soi de travail serait encore suffisamment
efficace pour inhiber la récupération des traces mnésiques au niveau conscient de manière à
maintenir le bien-être alors même que les représentations non conscientes seraient
particulièrement négatives.
De plus, comme les sujets âgés, le biais de positivité est retrouvé en recollection avec un
état de conscience autonoétique plus souvent associé pour les stimuli positifs que négatifs.
Cependant, de la même manière que les sujets âgés, lorsque l’humeur des patients est la plus
négative (étude 1), l’effet de référence à Soi en recollection apparait d’autant plus spécifique à
la valence positive indiquant que seules les informations positives sont rééllement consolidées
et intégrées au Soi conceptuel par le Soi de travail. Dans ce sens, les résultats de l’étude 1 ont
également montré que les patients ayant une plainte mnésique plus forte, était également ceux
qui intégraient et consolidaient le plus en mémoire les informations positives, de même si
l’estime de Soi était la plus positive. Ainsi, la prépondérance du principe de cohérence serait
d’autant plus importante que dans le vieillissement normal. Selon plusieurs auteurs (Morris &
Agnew, 1998 ; Morris & Mograbi, 2012), ce déséquilibre signe l’anosognosie où les patients,
non-conscients de leur troubles cognitifs, ne seraient plus capables de mettre à jour le Soi au
regard des nouvelles informations acquises par les modifications engendrées par la maladie.
Toutefois, dans l’étude 3, où l’humeur des patients est moins négative, les effets de référence au
Soi conceptuel et au Soi phénoménologique sont présents quelle que soit la valence
émotionnelle, supposant que les informations négatives concernant le Soi conceptuel et le Soi
phénoménologique sont donc bien intégrées par le Soi de travail bien qu’à moindre mesure.
L’ensemble de ces résultats reflètent bien l'idée que pour faire face à la maladie, les patients
lèveraient un mécanisme de défense adaptatif afin de protéger leur sentiment d’identité et leur
bien-être (Macquarrie, 2005). Cependant, plus la menace devient grande, plus la volonté de
maintenir une image positive l’est également, supposant que seules les informations positives
seraient considérées comme pertinentes par le Soi de travail pour être suffisamment intégrées
et consolidées. Dans ce cas là, le décalage entre le Soi et la réalité deviendrait d’autant plus
important que la menace pèse, menant à une réelle anosognosie de l’évolution de leur maladie.
Le Soi conceptuel ne serait mis à jour par le Soi de travail qu’au regard des informations
congruentes avec le but de conserver un Soi positif (principe de cohérence). Dans ce sens,
même si le Soi de travail perd son contrôle exécutif (en raison du déficit exécutif grandissant)
279
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
sur l’intégration des informations et la mise à jour du Soi conceptuel en fonction du principe de
cohérence ou correspondance, les représentations stockées déjà positivement biaisées et le
resteraient sans intégration nouvelle. Poussé à l’extrême, la réalité devient complètement
étrangère et la déréalisation de Soi s’opère et dans ce sens, il devient nécessaire de reconstruire
une nouvelle réalité (délire).
Cependant, il existe aussi un problème parallèle à prendre en compte qui est celui de la
nature exécutive du Soi de travail. Selon la théorie socio-émotionnelle, il existerait donc un
processus de sélection (ou capture) des informations positives et une inhibition (ou
suppression) des informations négatives qui au regard de la théorie de Conway serait contrôlé
par le Soi de travail. Le maintien d’une image positive de Soi peut s’opérer par deux voies, l’une
qui permet de chercher des informations en mémoire déjà stockées et l’autre qui permet de
moduler l’intégration des informations. Il semble que les processus de sélection/inhibition
soient moins déficitaires pour la recherche en mémoire que pour leur encodage (Fournet,
Mosca, & Moreaud, 2007). Ainsi, lorsqu’il s’agirait de rechercher des informations en mémoire,
le Soi de travail pourrait être longtemps efficace pour sélectionner les informations
congruentes avec les buts plutôt que les autres, permettant de moduler la reconstruction
conscience de la perception de Soi. Dans ce sens, Kalenzaga et Clarys (2013) ont montré que
des patients institutionnalisés avaient une perception positive d’eux-mêmes. Pourtant ces
mêmes patients exprimaient un biais de négativité en recollection supposant que les
informations négatives étaient malgré tout intégrées et consolidées. Il est donc possible que
l’inhibition des informations négatives au moment de la consolidation soit moins efficace et
plus couteuse pour le Soi de travail qui n’opérerait pas une inhibition efficace des informations
négatives. Au final, le Soi de travail tenterait au maximum de maintenir une image positive alors
même que des informations négatives seraient intégrées mais non utilisées pour la
reconstruction d’une image de Soi. Il est donc également possible d’imaginer qu’à l’extrême, un
clivage de plus en plus important entre une partie du Soi positive et une partie du Soi négative,
le Soi négatif serait « rejeté /ignoré » par le Soi de travail menant à un sentiment d’étrangeté, de
dépersonnalisation d’une partie de Soi, la partie négative.
A partir des résultats et des hypothèses explicatives présentées dans cette discussion la
figure 16 montrent quelles influences peuvent avoir les principes de cohérence et de
correspondance du Soi de travail sur le Soi conceptuel, selon que les représentations de Soi
soient consistantes ou inconsistantes (p.281).
280
Chapitre 11 : Discussion générale des études 1 à 3
Figure 16. Le Soi en fonction des
principes de cohérence et de correspondance et de la consistance des représentations internes.
(Figure pensée à partir des données de la littérature, Alloy et al., 1990 ; Bergeret, 2004 ; Conway et al., 2004 ; Filipp &
Klauer, 1986 ; Loftus, 2003)
281
Chapitre 12 : Discussion générale des études 4 et 5
CHAPITRE 12 : DISCUSSION DES ETUDES 4 ET 5
L’objectif général de ces travaux était de proposer une nouvelle méthode de
revalidation neuropsychologique des troubles de la mémoire épisodique par l’apprentissage de
stratégies de facilitation mnésique basées sur le principe de la référence à Soi. En effet, le
traitement de nouvelles informations en lien avec le Soi et l’identité personnelle a montré dans
nos premières études qu’il pouvait être une stratégie efficace pour améliorer les performances
mnésiques dans des tâches de laboratoire grâce à une élaboration supérieure des traces
mnésiques. L’idée était de pouvoir proposer au final une intervention qui couple
l’apprentissage de ces stratégies avec une autre qui s’attarde au substrat lui-même du matériel
sur lequel s'appuie la référence à Soi de manière à rendre ces stratégies plus efficaces.
A ce jour, il existe peu d’interventions qui proposent un cadre standardisé et
théoriquement fondé de la réhabilitation de la mémoire épisodique (plus spécifiquement
autobiographique) à la fois sur ses aspects antérogrades et rétrogrades dans la maladie
d’Alzheimer à un stade débutant. Dans ce sens, les quelques thérapies cognitives actuellement
proposées ne tiennent pas compte des nouvelles conceptions théoriques de la mémoire
épisodique, la mémoire autobiographique et du Soi, ni de leur complexité. Pourtant, de
nombreux auteurs s’accordent sur les implications particulièrement néfastes de ces atteintes
mnésiques qui résultent inéluctablement vers une perte d’identité (Morris & Mograbi, 2012) et
peuvent être particulièrement handicapantes au quotidien, principalement dans le cadre des
relations familiales et sociales.
Pour mener à bien cet objectif, nous avons réalisé deux études séparées. L’étude 4 a
consisté à valider un programme standardisé de réminiscence axée sur la prise en charge des
aspects rétrogrades de la mémoire chez un groupe de patients Alzheimer à un stade débutant.
Ce programme a été proposé en comparaison avec un second programme standardisé de
stimulation cognitive de la mémoire collective (connaissances des personnes célèbres),
proposé à un second groupe de patients, , aussi réputée pour être altérée dans la maladie
d’Alzheimer. A partir de ce programme de réhabilitation, nous avons construit un second
programme de revalidation de la mémoire de Soi, en incluant à cette activité de réminiscence
des séances spécifiquement axées sur l’apprentissage de stratégies de facilitation de l’encodage
par le biais de traitements en référence à Soi inspirés de nos précédentes études 1, 2 et3. Ce
nouveau programme a été proposé à une seule patiente à un stade très débutant de la maladie
d’Alzheimer en vue de pouvoir généraliser son application.
282
Chapitre 12 : Discussion générale des études 4 et 5
L’étude 4 a pu démontrer que l’utilité d’une prise en charge de réminiscence
spécifiquement axée sur la revalidation des troubles mnésiques rétrogrades pouvait être
appuyée par la mise en évidence de bénéfices réels et relativement durables. Ces résultats nous
ont permis de confirmer qu’il était possible de renforcer le substrat de la mémoire, et plus
particulièrement ceux concernant la mémoire de Soi ou mémoire autobiographique sur laquelle
est basée la stratégie d’encodage en r&