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L’économie des abonnements à entrées illimitées au cinéma 5
Synthèse
Le Centre national de la cinématographie a engagé à l’automne 2007, un programme
d’études sur les formules d’abonnement à entrées illimitées au cinéma. Dans ce cadre, il a
confié à l’institut U+me, la réalisation d’une étude sur les équilibres économiques et les
rapports de force en présence sur ce marché. Cette étude analyse l’économie de ces
formules et les relations financières entre, d’une part exploitants-émetteurs d’offres illimitées
et exploitants-adhérents, et d’autre part entre exploitants et distributeurs.
Les abonnements : des enjeux multiples
Lancées avec succès en 2000, les formules d’abonnement à entrées illimitées au cinéma
apparaissent comme une véritable innovation commerciale du secteur du cinéma. Elles ont
un impact sur le taux de fréquentation des établissements qui les acceptent, plus
particulièrement sur le taux d’occupation par fauteuil. De plus, elles fidélisent le public et
modifient les parts de marché des exploitants dans leur zone d’attraction.
Ces formules permettent de satisfaire l’appétit de cinéma des abonnés. Puisque le film est
un « bien d’expérience », et que ce n’est qu’une fois « consommé » qu’il acquiert sa véritable
valeur pour le consommateur, c’est en multipliant les expériences que le consommateur peut
atteindre un niveau élevé de satisfaction, « d’utilité » au sens économique. Plus le spectateur
ira au cinéma, plus il pourra atteindre un niveau d’utilité élevé à budget constant.
Il s’agit également de créer un effet d’entraînement sur les spectateurs non abonnés. La
satisfaction des abonnés doit inciter d’autres spectateurs à aller au cinéma. C’est le
phénomène du bouche à oreille positif, premier facteur de succès pour un film, comme pour
tous les biens d’expérience pour lesquels la décision du consommateur repose sur la
« caution » d’un pair. Par ailleurs, le cinéma étant une activité de groupe, l’abonné fidélisé
attirera les autres spectateurs qui l’accompagnent vers le cinéma qui accepte la formule
d’abonnement. Ainsi, l’abonné génère des entrées additionnelles pour l’exploitant émetteur,
au tarif habituel - plein ou réduit - de la séance. Enfin, selon l’un des émetteurs, l’offre
d’abonnement lui permet d’augmenter ses autres tarifs, notamment le tarif plein, et donc
d’accroître sa marge commerciale sur les autres spectateurs, notamment sur ceux qui
accompagnent un abonné. Cette logique n’est pas partagée : l’autre émetteur considère que
l’existence de cet abonnement « fixe » un repère pour le tarif réduit qui freine ou limite la
dynamique possible de sa grille tarifaire.
Le succès des abonnements génère un revenu décroissant
Le paradoxe du modèle économique de ces formules réside dans le fait que les plus
économiquement intéressés par l’abonnement illimité sont les spectateurs « assidus », qui
vont au moins une fois par semaine au cinéma. Ils sont quasi certains de pouvoir amortir leur
abonnement s’ils concentrent leur fréquentation sur des établissements adhérents à cette
formule d’abonnement. Les estimations établies à partir des données recueillies auprès des
émetteurs font apparaître une consommation moyenne des abonnés de 3,55 entrées par
mois en 2006, soit nettement supérieure à la moyenne de fréquentation des « assidus ».
Compte tenu de leur rythme de fréquentation très élevé, les « assidus » constituent une
composante essentielle du chiffre d’affaires et de la marge des exploitants. S’il s’abonne à
une formule « illimitée », le spectateur « assidu» ne contribue plus qu’au chiffre d’affaires de
l’exploitant par le montant fixe de l’abonnement mensuel, alors que la marge commerciale
diminue avec l’accroissement de son rythme de fréquentation. Il est alors possible que
l’équation économique traditionnelle de la répartition de la recette guichet s’inverse. Si le
spectateur optimise son abonnement, concrètement s’il va quatre fois au cinéma par mois, le
revenu par entrée de l’exploitant peut être inférieur à celui du distributeur.