
Néanmoins, en mars 2012, la dette vis-à-vis du secteur privé a été restructurée avec une perte substantielle pour les investisseurs,
donnant ainsi lieu au premier défaut souverain de la zone euro. En théorie, le risque de contagion est contenu. D'abord par la
création du Mécanisme européen de stabilité financière (MES) avec 500 milliards d'euros de réserves. Ensuite parce que l'essentiel
de la dette grecque est détenu par des Etats ou des organismes internationaux (FMI, FESF, BEI…), l'exposition des banques et
assureurs européens est aujourd'hui plus limitée qu'il y a trois ans. Le risque financier des Etats, estimé autour de 300 milliards
d'euros, paraît important en tant que tel, mais la dette grecque détenue par les Etats ne représente que 3 % du PIB de la zone. Le
risque ne semble donc pas de nature systémique. Enfin le programme massif de rachats d'actifs (QE) de la BCE peut servir
d'amortisseur.
Mais en pratique, la montée de la volatilité sur les marchés obligataires et la forte réactivité des marchés actions aux dissensions
entre la Grèce et ses créanciers depuis quelques semaines, montrent que les marchés financiers ne sont pas forcément à l'abri
d'une correction d'ampleur, notamment dans les pays périphériques (Espagne, Portugal, Italie…).
Les banques européennes sont parmi les plus importants créanciers de la Grèce, en particulier les banques allemandes et françaises
qui seraient les premières touchées par une restructuration de la dette grecque, mais qui resterait gérable selon elles.
En cas de défaut de la Grèce, la Banque centrale européenne risque d’enregistrer des dizaines de milliards d’euros de pertes. Et si
une restructuration entraînant des pertes se produisait, une recapitalisation de la BCE serait sans doute nécessaire.
La situation actuelle de la dette grecque
En début d’année, après plusieurs réunions des ministres des Finances de l’Eurogroupe, une extension du plan d’aide international
à la Grèce est accordée.
Le déblocage de la dernière tranche d’aide de 7,2 milliards d’euros, est toutefois conditionné à une liste de réformes que le
gouvernement grec s’engage à présenter dans les plus brefs délais.
Cependant, les négociations entre Athènes et ses créanciers sur le détail des mesures bloquent. Le relèvement de la TVA, la réforme
des retraites et celle du marché du travail, les objectifs d’excédent primaire, la volonté grecque d’obtenir une restructuration de sa
dette publique sont autant de points de divergence.
En l’absence des 7,2 milliards d’euros d’aides internationales suspendus, la situation est tendue dans un pays dont les caisses se
vident sous l’effet de mauvaises rentrées fiscales et qui ne peut se financer sur les marchés.
La Grèce après avoir exposé à ses partenaires européens son programme de réformes, parvient à s’acquitter de plusieurs
remboursements au FMI en ce début de mois. Cependant, le FMI impose à celui-ci de regrouper toutes les échéances de juin, d’un
montant total de 1,6 milliards d’euros à la fin du mois.
Au fil des jours, le ton ne cesse de monter entre les négociateurs. Un sommet extraordinaire s’est tenu à Bruxelles le 22 juin,
convoquant d’urgence les dirigeants européens. Le sommet n’a pas débouché sur un accord entre le premier ministre grec, Alexis
Tsipras, et ses créanciers. Il a toutefois permis de rapprocher les positions, avec de nouvelles propositions d’Athènes.
Dans les semaines à venir, la Grèce et ses créanciers vont continuer les négociations. Entre la fermeté de la BCE et les orientations
politiques de Tsipras plusieurs scénarios sont possibles avec des conséquences économiques et politiques (une perspective du
contrôle des capitaux, un rallongement de la dette grecque, un défaut de paiement de la Grèce, un « Grexit », …).