
- Dans le reste de la France, infinité de variantes, souvent plus extensives (assolement biennal, ou
même aucun assolement régulier). Mêmes différences régionales dans les techniques et l’outillage (la
faux ne s’utilise que dans les régions de grande culture, remplaçant la faucille encore très utilisée
ailleurs ; l’usage de la charrue est exceptionnel).
- Faiblesse de la productivité, seules l’Artois et la Flandre ont atteint le stade de l’agriculture intensive.
Difficile évaluation des rendements, « à la semence » (nombre de grains récoltés par grain semé), de
l’ordre de 4 ou 5 : la semence prélève donc une part importante des récoltes. Faible degré de
spécialisation régionale, la polyculture sert à atténuer les risques. Prédominance des exploitations
céréalières, peu de prairies, entraînant un manque de fourrage ; peu d’élevage, donc manque de
fumure, imposant une jachère abondante (« cercle vicieux de la jachère »).
- Fortes fluctuations de l’agriculture française, agriculture encore largement de subsistance : la
consommation paysanne subit directement les variations des niveaux de récolte, encore amplifiées par
les prélèvements fixes et les exigences de semence. Crises de subsistances, « mortalité de pointe » des
années 1739-1743.
- L’économie rurale est déjà monétarisée, et les prix réagissent très fortement aux variations des
récoltes, quantitatives et saisonnières (période de la « soudure », précédant les récoltes, marquant une
forte hausse des prix, des disettes). Cloisonnement régional de l’agriculture, faiblesse des moyens de
transport et coûts élevés, douanes intérieures faisant obstacle à la libre circulation des grains, régions
enclavées.
II. LES PREMIERS TÉMOIGNAGES D’UNE CROISSANCE AGRICOLE
1) L’agriculture française n’est plus au XVIIIème siècle une agriculture stagnante
- Succès du mouvement physiocrate, de l’agronomie.
- L’agriculture est encouragée par la monarchie. Amélioration des routes, Turgot souhaite instaurer la
libre circulation du grain, les grands propriétaires obtiennent un certains nombres d’ « édits de
clôture » mettant fin à l’openfield, des partages des terres communales. Mais mouvements de
résistance des paysans hostiles à ces « progrès agricoles ». Politique d’encouragement aux
défrichements, hausse des superficies cultivées, mais problème des rendements décroissants.
- Quelle évolution de la production ? Le montant des baux en témoigne indirectement, mais dépend à
la fois de l’évolution des rendements, des conditions de la demande et de la concurrence : sa hausse
peut traduire à la fois une prospérité agricole croissance et la pression démographique. Les
témoignages micro-économiques comme la comptabilité régulière de certaines exploitations sont de
même peu représentatives, car toutes les fermes n’étaient pas aussi bien gérées et donc sans doute
moins productives que celles tenant des comptes. Les estimations nationales faites par des
observateurs gomment ces différences, mais demeurent peu fiables et peu précises. Les enquêtes
annuelles de la monarchie présentent une certaine pertinence, mais l’estimation est relative car portant
sur « l’année commune » (la récolte est évaluée à « huit dixièmes d’année commune »). Néanmoins,
l’ensemble de ces sources imparfaites présente des convergences intéressantes.
- Il existe bien une progression des rendements importante au cours du XVIIIème siècle (environ 35%).
Mais la « croissance » de ce siècle n’est-elle pas qu’une récupération après le déclin de la fin du règne
de Louis XIV ? La production aurait augmenté en volume de 60% entre les périodes 1701-1710 et
1781-1790, avec une accélération significative (+0.3% par an au début du siècle, +1.4% dans les trente
dernières année). La production semble même avoir pris de l’avance sur la croissance de la population,
augmentant les disponibilités agricoles par habitant, sans doute à l’origine de la croissance
démographique. Le produit agricole par habitant continue à augmenter, le niveau de vie progresse, et
la demande de biens manufacturés s’accroît et se diversifie. On retrouve la thèse du rôle précurseur de
la révolution agricole dans le progrès industriel.
2) Fragilité et limites du progrès agricole au XVIIIème
- MORINEAU réfute méthodiquement la thèse d’une révolution agricole en France au XVIIIème siècle.
Lacunes et incertitudes des données de l’époque. Document de 1840 de statistique agricole affichant
des rendements agricoles équivalents à ceux de 1750 en Grande-Bretagne. Raisonner sur une moyenne
nationale n’a pas de sens dans un pays comme la France présentant des disparités régionales fortes.
L’analyse par région montre les lacunes des supputations des historiens, certaines d’entre elles
présentant même des chutes importantes de la production dans la seconde moitié du XVIIIème siècle.