
Effets des antipsychotiques sur la neuroplasticité : données animales S197
Peu d’études se sont intéressées à l’effet des
antipsychotiques atypiques sur la LTP contrairement à celui
des antidépresseurs. Les premières études ont été menées
par l’équipe de Kubota et coll [10, 11]. Ces auteurs ont tout
d’abord rapporté un blocage de la LTP par l’halopéridol et
la carbamazépine. Ils ont ensuite mis en évidence que la
clozapine, administrée pendant 3 semaines à la dose de
20 mg/kg chez le lapin, potentialise la réponse synaptique
avant la LTP hippocampique et non l’induction de la LTP.
Cette potentialisation dépend des récepteurs NMDA et induit
une libération de dopamine au niveau de l’hippocampe.
La rispéridone administrée de manière chronique à
la dose de 10 et 20 mg/kg chez le lapin n’a pas d’effet
inducteur de la LTP hippocampique [12].
Effets des APA sur les effets délétères
du stress sur la plasticité synaptique
Le stress bloque l’efÀ cacité des synapses du système
hippocampe – cortex préfrontal. Lorsqu’on applique un stress
aigu comportemental à des animaux, on met en évidence
une augmentation des corticostérones plasmatiques et
un blocage de la LTP, témoin du blocage de la plasticité
synaptique par le stress [20].
Le stress chronique entraîne aussi un blocage de la
LTP chez l’animal, ainsi qu’un déÀ cit de performances
cognitives comme la mémoire de travail et la Á exibilité
comportementale [6]. La Á exibilité comportementale fait
référence à la capacité de l’animal à s’adapter à un nouvel
environnement.
Les relations entre stress, fonctions cognitives et
circuit hippocampe-cortex prefrontal et le rétablissement
d’une fonction préfrontale normale sous clozapine [13]
nous ont conduit à investiguer les effets de la clozapine
sur les perturbations de plasticité synaptique hippocampo-
préfrontale observées chez l’animal. Nous avons montré
que la clozapine en traitement aigu diminue les effets
négatifs du stress sur la plasticité prefrontale [19]. Ces
résultats suggèrent que, sous clozapine, les fonctions
cognitives peuvent être maintenues après stress ou que
la clozapine est capable de rétablir la balance au niveau
des synapses hippocampo-préfrontales. Faisant référence
aux travaux de Sebban et coll. [21], qui avaient montré
des effets (dose dépendants) de la clozapine sur l’activité
theta frontale chez des rats vigils, nous avons utilisé une
dose bien inférieure à ce qui est classiquement utilisé.
En effet, l’activité theta au niveau frontal joue un rôle
majeur dans la mémoire de travail chez plusieurs espèces
incluant l’homme et cette activité est très importante dans
l’expression de la plasticité synaptique.
Plasticité structurale
La plasticité structurale est directement reliée à la plasticité
synaptique. Sur le plan structural, les changements
dynamiques sont localisés au niveau des épines dendritiques.
Ces dernières sont le site majeur de l’excitation post-
synaptique. La plupart des cellules pyramidales dans le
cortex cérébral ont des milliers d’épines le long de l’arbre
dendritique. Grâce aux nouvelles techniques d’imagerie
(microscopie confocale), on sait que les épines dendritiques
sont en perpétuel changement. Récemment on a pu appliquer
une stimulation répétitive des récepteurs NMDA au niveau
des épines dendritiques des cellules CA1 de l’hippocampe et
montrer que cette procédure de stimulation augmente de 28 %
le diamètre des épines. Cette augmentation de taille dépend
de la taille dendritique initiale. Chez le sujet souffrant de
schizophrénie, on observe une diminution du volume du cortex
préfrontal, une réduction de la densité et de la longueur des
épines dendritiques ainsi qu’une diminution des terminaisons
présynaptiques et de la taille du soma neuronal.
Il est clairement établi que ces processus dynamiques sont
régulés dans des conditions normales et pathologiques.
Effets des APA sur cette plasticité
structurale
Une première étude menée par l’équipe de Critchlow et
coll. montre que la spinophiline (phosphatase spéciÀ que
des épines dendritiques) est augmentée de 70 % dans des
neurones hippocampiques cultivés in vitro en présence
de clozapine (1 μM). Lorsque les auteurs examinent
les dendrites de ces cellules en microscopie confocale,
ils détectent une augmentation plus importante de la
densité des épines dendritiques en présence de clozapine
comparativement à l’halopéridol [7].
Plus récemment, Wang et Deutch se sont intéressés
au devenir des terminaisons glutamatergiques dans le
cortex préfrontal après un déÀ cit dopaminergique [24].
Dans un premier temps, les auteurs ont étudié l’effet
d’une lésion par la 6 hydroxy-dopamine sur les épines
dendritiques in vivo. Puis ils se sont intéressés à l’impact
des antipsychotiques (halopéridol ou olanzapine) sur les
changements structuraux. Après 3 semaines, ils observent
une diminution de la longueur et de la complexité de
l’arbre dendritique des cellules pyramidales du cortex
préfrontal chez les rats lésés traités avec une solution
saline. Les rats lésés traités par halopéridol ne présentent
pas un net changement au niveau de la longueur et des
branchements dendritiques au niveau basal. En revanche,
il existe une forte augmentation des épines dendritiques
chez les animaux traités par olanzapine.
Neurogenèse
La neurogenèse, aboutissant à la production de nouveaux
neurones, est restreinte à deux zones cérébrales : zones sous
granulaire au niveau du gyrus denté et sous ventriculaire.
Sa découverte chez l’adulte a modiÀ é la compréhension
de la plasticité cérébrale jusqu’alors considérée comme
étant uniquement d’ordre synaptique.
De nouveaux neurones naissent et meurent quotidienne-
ment dans le gyrus denté de l’hippocampe adulte chez tous
les mammifères, y compris chez l’homme. La neurogenèse
dans le cerveau adulte est un phénomène de différenciation
par lequel les cellules souches de l’hippocampe, se divisent :