chantres de la douleur romantique.
Face à la vague romantique, les Parnassiens proposent le culte du Beau, de l’œuvre d’art. Le père spirituel
du Parnasse est Théophile Gautier (1811-1872), partisan de l’Art pour l’Art. Cette doctrine cherche une
poésie qui n’a pour but qu’elle-même. On écrit de la poésie sans se soucier du message, en renonçant à
l’épanchement lyrique. Les Parnassiens s’attachent au culte de la beauté et de la forme. C’est dans cette
perspective qu’ils ont fondé la revue Le Parnasse contemporain à partir de 1866, publiant la plupart de leurs
œuvres chez l’éditeur Lemerre, à Paris.
Parmi les poètes qui collaborèrent au Parnasse contemporain, on peut citer : Théophile Gautier, Charles
Baudelaire, Leconte de Lisle, Théodore de Banville. Le mouvement s’étend sur toute la seconde moitié du
siècle, mais le groupe se dissout après 1876, laissant place à des carrières ori ginales comme celles de
Verlaine ou de Mallarmé.
2. La recherche formelle, ou le culte du Beau
Les Parnassiens accordent un soin particulier à la création des poèmes : technique et exigence esthétique
sont deux principes fondamentaux. Le travail, le labeur patient du poète est valorisé en opposition à
l’inspiration qui jaillirait soudain. C’est pourquoi le processus de la poésie est souvent comparé à celui de
l’orfèvre ou du sculpteur qui prend le temps de façonner son œuvre. Les poètes parnassiens sont très
soucieux des contraintes de la poésie, de la rime à de la versification. Ils respectent les formes fixes et
les règles de la poésie classique (voir fiche méthode « Éléments de versification », en fin de ce chapitre).
La poésie parnassienne recherche l’impassibilité, et donc rejette le lyrisme subjectif, les élans
enthousiastes et déraisonnables des roman tiques. Le « je » n’a donc plus la même signification pour les
Parnassiens que pour les romantiques. La poésie ne doit pas laisser s’exprimer des sentiments ni les états
d’âme du poète. C’est pourquoi les Parnassiens tentent de mettre à distance tout excès de sensibilité en
choisissant des thèmes « impassibles » : l’exotisme, le monde antique, les objets d’art, etc.
Tout ce travail formel a pour but d’accéder à un idéal de beauté et de perfection. La poésie parnassienne
possède donc un caractère élitiste, elle ne s’adresse qu’à un cercle d’initiés qui savent en apprécier la
beauté et les mystères. Leconte de Lisle écrit à propos de la poésie parnassienne : « L’art, dont la Poésie
est l’expression éclatante, intense et complète, est un luxe intellectuel, accessible à de très rares esprits.
» Ainsi, bien que le Parnasse refuse à la poésie un quelconque message politique, la posture des poètes
parnassiens suggère un mépris de la bourgeoisie, des valeurs matérielles. C’est donc une manière de
s’engager en se désengageant.
3. La poésie symboliste
Les liens entre le Parnasse et le symbolisme sont nombreux, même si l’on considère que d’un point de vue
chronologique, le symbolisme intervient après le Parnasse, à partir des années 1870. Comme le mot
l’indique, la poésie symboliste puise dans l’imaginaire des symboles pour construire ses œuvres. Le
mouvement symboliste ne concerne pas seulement la poésie, mais aussi la peinture et le théâtre. C’est un
autre mode de réaction au romantisme.
Le poème de Verlaine, « Art poétique », publié en 1882, est considéré comme le texte de référence de la
poésie symbolique, dont il développe les principaux enjeux et les principaux thèmes. Le symbolisme cherche
à instaurer une nouvelle harmonie entre les images et les sons, et accorde à la musique une importance de
premier ordre (voir texte 4 du groupement 2). Les sensations et les impressions sont favorisées plutôt que
les descriptions trop concrètes ou trop réalistes. C’est pourquoi la poésie symboliste se plaît à déchiffrer
les mystères du mondegrâce à des symboles qui restent inaccessibles au non initié. Grâce aux symboles, le