
Journal IdentiïŹcation = ABC Article IdentiïŹcation = 1233 Date: March 29, 2017 Time: 4:1 pm
132 Ann Biol Clin, vol. 75, nâŠ2, mars-avril 2017
SynthĂšse
reposant sur le busulfan (dÚs les années 1950) ou
lâhydroxyurĂ©e (annĂ©es 1970) permettait la normalisation
de lâhĂ©mogramme (ïŹgure1AetB). Cependant ces traite-
ments ne permettaient pas de stopper lâĂ©volution naturelle
de la maladie vers une leucémie aiguë. De nos jours encore,
lâhydroxyurĂ©e est utilisĂ©e au diagnostic lorsque le nombre
de leucocytes sanguins est Ă©levĂ© (>80-100Ă109/L) et
poursuivie jusquâĂ la conïŹrmation de la prĂ©sence du chro-
mosome Ph1 et /ou la mise en Ă©vidence dâun rĂ©arrangement
BCR-ABL1.
Au dĂ©but des annĂ©es 1980, lâallogreffe de cellules souches
hématopoïétiques (CSH) devient le seul traitement curatif
de la LMC. Cependant, du fait des effets secondaires de
la greffe et du manque de donneurs, ce traitement ne peut
concerner quâun nombre restreint de patients. LâinterfĂ©ron-
âŁ, introduit par le centre mĂ©dical MD Anderson (Texas,
USA) au dĂ©but des annĂ©es 1980, Ă©tait capable dâinduire des
rémissions cytogénétiques complÚtes (absence de chromo-
some Ph1) chez une minorité de patients (moins de 20 %).
Lâassociation de la cytarabine (ou cytosine arabinoside), un
analogue nuclĂ©osidique de la pyrimidine, Ă lâinterfĂ©ron-âŁ
a permis dâamĂ©liorer le taux de rĂ©ponse cytogĂ©nĂ©tique et
le pourcentage de survie Ă 3 ans (86 % vs 79 %) [3]. Dans
de rares cas, des rémissions moléculaires de longue durée
(ARNm BCR-ABL1 non détectable dans le sang) ont été
observĂ©es, certaines ayant conduit Ă des arrĂȘts de traitement
sans rechute [4].
Ainsi, depuis les annĂ©es 1950 et jusquâau dĂ©but des annĂ©es
2000, la survie globale des patients atteints de LMC a été
sans cesse amĂ©liorĂ©e (ïŹgure 1B). NĂ©anmoins les traitements
utilisés ne permettaient, chez la plupart des patients, que de
contrĂŽler la maladie en tentant dâĂ©viter la transformation
aiguĂ«. Seule lâallogreffe de cellules souches hĂ©matopoĂŻĂ©-
tiques restait susceptible de conduire à une guérison de la
maladie.
Les protéines à fonction tyrosine kinase
LâoncoprotĂ©ine BCR-ABL ayant une fonction tyrosine
kinase exacerbée, une thérapie ciblée était envisageable.
Chez lâhomme, plus de 500 protĂ©ines kinases ont Ă©tĂ©
décrites, dont 90 tyrosines kinases [5]. Leur structure,
notamment leur domaine kinase, se ressemble beau-
coup. Dans sa partie N-terminale, la protéine ABL
(non réarrangée) est constituée des domaines régula-
teurs SH2 et SH3 (pour SRC-homology) et des deux
lobes du domaine tyrosine kinase ou SH1 (lobes N et
C-terminaux). Ce domaine comprend une suite dâhĂ©lices-
âŁet de feuillets-â€. La boucle P permet la ïŹxation du
groupe phosphate de lâATP, la boucle A est impliquĂ©e
dans lâactivation de la protĂ©ine et le site catalytique
(boucle C) permet la phosphorylation de protéines substrats
(ïŹgure 2A).
Les tyrosines kinases sont, le plus souvent, dans une confor-
mation inactive (inaccessible Ă lâATP). Pour la protĂ©ine
ABL, cette auto-inhibition implique des interactions fortes
entre les domaines de régulation SH2 et SH3 (en amont du
domaine kinase) et le domaine kinase. De plus, le groupe-
ment myristate N-terminal permet de verrouiller la protéine
(sur le site dâinsertion du myristate du domaine tyrosine
kinase) en position inactive ou autoinhibĂ©e. Lâactivation se
fait par déverrouillage du groupe myristoyl, déclampage
des domaines SH2/3 et changement de conformation de la
boucle dâactivation permettant lâautophosphorylation sur la
tyrosine en position 393 stabilisant la protéine sous sa forme
active (ïŹgure 2B).
Lâimatinib
Un inhibiteur de BCR-ABL doit pouvoir cibler spĂ©ciïŹque-
ment cette protéine (notamment sa fonction enzymatique),
doit avoir une toxicité acceptable et doit pouvoir pénétrer
Ă lâintĂ©rieur des cellules. De plus, son activitĂ© doit ĂȘtre
restreinte aux cellules malignes. Un analogue des phényl-
amino-pyrimidines (le STI571) sâest rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre un puissant
inhibiteur de la phosphorylation de la kinase BCR-ABL. Il
reconnaßt la forme inactive de la protéine (inhibiteur de type
II) et fonctionne comme un inhibiteur compĂ©titif de lâATP
(ïŹgure 2C). DĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1990, le STI571 a
montrĂ© son efïŹcacitĂ© sur des modĂšles cellulaires et murins
[6].
Des résultats spectaculaires chez les patients atteints de
LMC ont Ă©tĂ© observĂ©s dans lâessai de phase I. EnïŹn, le
STI571 (imatinib) a montrĂ© une efïŹcacitĂ© supĂ©rieure au trai-
tement de rĂ©fĂ©rence (interfĂ©ron-âŁ+ cytarabine) [7]. AprĂšs
6 ans de traitement par imatinib de patients diagnostiqués
en phase chronique, la survie globale est voisine de 90 %
(ïŹgure 1B) [8]. Lâimatinib est ainsi devenu le traitement
de rĂ©fĂ©rence de la LMC et le modĂšle dâune thĂ©rapie ciblĂ©e
dans le domaine des affections malignes.
RĂ©sistances Ă lâimatinib
MalgrĂ© les rĂ©sultats extraordinaires apportĂ©s par lâimatinib,
des rĂ©sistances sont rapidement apparues. En dehors dâune
mauvaise compliance, celles-ci dépendent, soit de
lâimatinib (pharmacocinĂ©tique, pompes dâinïŹux, pompes
dâefïŹux), soit de la cellule leucĂ©mique (instabilitĂ©
gĂ©nĂ©tique, activation dâautres voies de signalisations
oncogĂ©niques), soit de la cible BCR-ABL (ampliïŹcation
génique BCR-ABL1, mutation du domaine kinase de
BCR-ABL) [9]. Ces mutations représentent environ 25 %
des causes de rĂ©sistance Ă lâimatinib. Plus de 100 mutations
ont été répertoriées touchant plus de 70 acides aminés [10].
Les mutations les plus fréquemment retrouvées sont loca-
lisées dans la boucle P (G250E/R, Y253F/H, E255K/V),
la charniĂšre (T315I), la zone de contact SH2, le site
Copyright © 2017 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un utilisateur anonyme le 06/04/2017.