LMC : Traitements et suivi moléculaire

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Journal IdentiïŹcation = ABC Article IdentiïŹcation = 1233 Date: March 29, 2017 Time: 4:1 pm
doi:10.1684/abc.2017.1233
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Pour citer cet article : Sorel N, Cayssials É, Brizard F, Chomel JC. Actualisation des traitements et du suivi molĂ©culaire dans la prise en charge de la leucĂ©mie myĂ©loĂŻde
chronique. Ann Biol Clin 2017 ; 75(2) : 129-45 doi:10.1684/abc.2017.1233
SynthĂšse
Ann Biol Clin 2017 ; 75 (2) : 129-45
Actualisation des traitements et du suivi
moléculaire dans la prise en charge
de la leucémie myéloïde chronique
Treatment and molecular monitoring update
in chronic myeloid leukemia management
Nathalie Sorel1
Émilie Cayssials2
Francžoise Brizard3
Jean-Claude Chomel1
1Service de cancérologie biologique,
CHU de Poitiers, Poitiers, France
2Service d’oncologie hĂ©matologique
et thérapie cellulaire, CHU de Poitiers,
Poitiers, France
3Service d’hĂ©matologie biologique,
CHU de Poitiers, Poitiers, France
Article recžu le 21 mars 2016,
acceptÂŽ
e le 11 mai 2016
Résumé. La leucémie myéloïde chronique (LMC) est une hémopathie maligne
du groupe des néoplasies myéloprolifératives. Elle est la conséquence de la
translocation t(9;22)(q34;q11) qui est à l’origine du gùne de fusion BCR-ABL1
codant une protéine à fonction tyrosine kinase exacerbée. Sa prise en charge
a Ă©tĂ© exceptionnellement amĂ©liorĂ©e grĂące Ă  l’utilisation d’inhibiteurs de tyro-
sine kinase ou ITK (imatinib, dasatinib, nilotinib, bosutinib, ponatinib). En
effet, la plupart des patients diagnostiquĂ©s aujourd’hui ont une espĂ©rance de vie
voisine de celle de la population gĂ©nĂ©rale. L’efïŹcacitĂ© thĂ©rapeutique peut ĂȘtre
réguliÚrement contrÎlée grùce à un suivi moléculaire adapté, basé sur la quan-
tiïŹcation des ARNm BCR-ABL1 par RT-PCR en temps rĂ©el et par la recherche
des mutations du domaine kinase de BCR-ABL Ă  l’origine de rĂ©sistances plus
ou moins sévÚres à la thérapie ciblée. Des recommandations internationales per-
mettent au clinicien, en se basant sur les paramĂštres biologiques, d’apprĂ©cier
la rĂ©ponse au traitement et d’envisager, si nĂ©cessaire, un changement d’ITK.
Dans certaines circonstances, appelées « réponses moléculaires profondes de
longue durĂ©e », une interruption du traitement peut ĂȘtre proposĂ©e, et environ
la moitiĂ© des patients reste en rĂ©mission molĂ©culaire. Pour l’autre moitiĂ© des
patients, l’observation de rechutes molĂ©culaires pourrait provenir de la persis-
tance de cellules souches leucémiques (CSL). Comment prévoir ces rechutes ?
Comment éradiquer les CSL résiduelles ? Est-ce vraiment nécessaire ? De nom-
breux travaux de recherche fondamentale ou clinique tentent de répondre à ces
questions aïŹn de pouvoir envisager une vĂ©ritable guĂ©rison de la LMC, idĂ©e
révolutionnaire pour une affection maligne chronique.
Mots clés : leucémie myéloïde chronique, inhibiteurs de tyrosine kinase, suivi
moléculaire, BCR-ABL1, résistance
Abstract. Chronic myeloid leukemia (CML) is a myeloproliferative neoplasm
resulting from the t(9;22)(q34;q11) translocation. It is characterized by the
presence of the BCR-ABL1 fusion gene encoding the BCR-ABL oncoprotein
characterized by a deregulated tyrosine kinase activity. Targeted therapies using
tyrosine kinase inhibitors (TKI) such as imatinib, dasatinib, nilotinib, bosutinib,
or ponatinib have profoundly changed the natural history of the disease with a
major impact on survival. Indeed, most patients diagnosed today can enjoy a
near normal life expectancy. The efïŹcacy of TKI treatment can be accurately
evaluated by a molecular monitoring based on the quantiïŹcation of BCR-ABL1
mRNA transcripts and the detection of resistance mutations in the BCR–ABL
kinase domain. International recommendations for an optimal management of
CML using biological parameters are regularly published. They were designed
to evaluate the response to the treatment and to consider, if necessary, a switch
Tirés à part : J.-C. Chomel
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SynthĂšse
to another TKI. A sustained and deep molecular response is obtained in a
signiïŹcant percentage of patients. Clinical trials of TKI discontinuation were
performed in such a population, and half of patients do not relapse. In the
remaining patients, a rapid appearance of the malignant clone was observed,
undoubtedly the consequence of the persistence of residual leukemic stem cells
(LSCs). How to discriminate patients who may safely stop TKI? How to target
residual LSCs, and do we have to eradicate all these cells? Additional research
investigation and clinical trials are needed to answer these questions in order
to consider a potential cure of CML.
Key words: chronic myeloid leukemia, tyrosine kinase inhibitors, molecular
monitoring, BCR-ABL1, resistance
La leucémie myéloïde chronique (LMC) est une hémo-
pathie maligne faisant partie du groupe des néoplasies
myéloprolifératives comprenant également la polyglobulie
de Vaquez, la thrombocytĂ©mie essentielle et la myĂ©loïŹbrose
primitive [1]. En France, la LMC représente 600 à 700 nou-
veaux cas par an (environ 1 cas pour 100 000 habitants)
et 15 % des leucĂ©mies de l’adulte (Fi-LMC, France Inter-
groupe de la leucĂ©mie myĂ©loĂŻde chronique). L’ñge mĂ©dian
au diagnostic est de 59 ans. Dans les premiers temps de
la maladie, l’état gĂ©nĂ©ral du patient reste conservĂ©. Il peut
cependant éprouver de la fatigue et présenter une spléno-
mégalie. De nos jours, le diagnostic se fait fréquemment
au cours d’un examen de routine. La numĂ©ration formule
sanguine met alors en évidence une hyperleucocytose (à
polynuclĂ©aires neutrophiles), une myĂ©lĂ©mie, ainsi qu’une
basophilie. Le diagnostic de LMC nécessite la mise en
évidence du chromosome Philadelphie ou Ph1 (observé
dans plus de 95 % des cas) et du réarrangement molécu-
laire BCR-ABL1, conséquences directes de la translocation
t(9;22)(q34;q11). En l’absence de traitement, la maladie
Ă©volue d’une phase chronique (3-5 ans) Ă  une phase aiguĂ«
ou blastique, en passant par une phase d’accĂ©lĂ©ration. Nous
détaillerons dans cet article les aspects thérapeutiques ainsi
que le suivi moléculaire, tout en soulignant les probléma-
tiques actuelles de la LMC et en Ă©voquant le futur d’une
maladie devenue au ïŹl du temps un modĂšle biologique.
Historique de la LMC
Les premiĂšres descriptions d’une leucĂ©mie myĂ©loĂŻde chro-
nique (sans doute en phase aiguë) ont été réalisées par le
francžais Alfred DonnĂ©, l’écossais John Hughes Bennet et
l’allemand Rudolph Virchow au milieu du XIXesiùcle [2].
Les autopsies pratiquées par Bennet semblaient montrer la
présence de matiÚres purulentes dans le sang des patients.
En se basant sur des observations microscopiques, Virchow
apporta la preuve qu’il s’agissait en fait d’un large excùs de
leucocytes. Plus de cent ans aprĂšs, Peter Nowell et David
Hungerford mettaient en évidence un petit chromosome res-
semblant au chromosome Y et présent dans les cellules
sanguines des patients atteints de LMC (ïŹgure 1 A). Cette
anomalie chromosomique a été la premiÚre décrite dans
une pathologie maligne. Ce chromosome, appelé chromo-
some Philadelphie (ou Ph1) fut ensuite caractérisé par Janet
Rowley en 1973. Il s’agissait d’un chromosome 22 rac-
courci rĂ©sultat d’une translocation rĂ©ciproque et Ă©quilibrĂ©e,
la translocation t(9;22)(q34;q11).
Les années 1980-90 ont été caractérisées par une intense
activité de recherche dans les domaines de la biologie cel-
lulaire et moléculaire. Il a été démontré que les gÚnes ABL1
et BCR, localisés respectivement sur les chromosomes 9 et
22, étaient impliqués dans la translocation t(9;22). Il a été
Ă©galement prouvĂ© que le gĂšne BCR-ABL1 Ă©tait Ă  l’origine
de la maladie. L’activitĂ© tyrosine kinase dĂ©rĂ©gulĂ©e de la pro-
tĂ©ine BCR-ABL a Ă©tĂ© dĂ©crite comme l’évĂ©nement majeur
du processus de leucémogenÚse et les différentes voies de
signalisation induites par cette oncoprotéine ont été réper-
toriées. En 1998, un premier inhibiteur de tyrosine kinase
(ITK) d’ABL (et donc de BCR-ABL) a Ă©tĂ© testĂ© avec suc-
cĂšs chez des patients LMC en phase chronique (ïŹgure 1A).
Ce médicament (imatinib) a ouvert la voie à une thérapie
ciblĂ©e particuliĂšrement efïŹcace. EnïŹn, plus rĂ©cemment des
essais d’arrĂȘt de traitement ont montrĂ© qu’environ la moi-
tié des patients demeurait en rémission moléculaire malgré
l’absence d’inhibiteur. Ces travaux, ainsi que les Ă©tudes sur
les cellules souches leucémiques, la niche hématopoïétique
et les agents pouvant agir à ce niveau permettent d’envisager
une guérison de la LMC dans un futur proche.
Traitement de la LMC
Thérapies historiques
Le premier traitement symptomatique de la LMC a été
publié par Heinrich Lissauer en 1865. Il préconisait
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Traitement et suivi moléculaire de la LMC
A
B
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24
100 %
90 %
80 %
70 %
60 %
50 %
40 %
30 %
20 %
10 %
Survie globale
Années aprÚs le diagnostic
Interféron-
α
Imatinib
Hydroxyurée
Busulfan
Arsenic
Busulfan
ITK-2
ITK-3
Guérison
1842-1846 : 1Ăšres
descriptions d’une leucĂ©mie
1973 : La translocation
t(9;22)(q34;q11)
1983-1995 :
L’oncogenùse BCR-ABL
1998 : 1Ăšre utilisation
d’un inhibiteur
de tyrosine kinase (ITK)
2010 : 1ers essais
d’interruption
de traitement par ITK
1960 : Le chromosome
Philadelphie (Ph1)
Imatinib
Hydroxyurée
Interféron α
Allogreffe de CSH
Irradiation splénique
2010
?
1980
1950
1850
Figure 1. Historique de la leucĂ©mie myĂ©loĂŻde chronique (LMC). D’aprĂšs [2, 62]. A: Les dates clĂ©s et les dĂ©couvertes essentielles sont
reprĂ©sentĂ©es, de mĂȘme que les traitements utilisĂ©s. CSH : cellules souches hĂ©matopoĂŻĂ©tiques, ITK : inhibiteur de tyrosine kinase. B:
Le graphique prĂ©sente la survie globale en fonction des traitements (busulfan, hydroxyurĂ©e, les diffĂ©rents essais utilisant l’interfĂ©ron-␣et
l’imatinib).
l’utilisation d’une solution d’arsĂ©nite de potassium (titrĂ©e Ă 
1 % en trioxyde d’arsenic). Ce produit dĂ©couvert par Tho-
mas Fowler en 1786 (appelé liqueur de Fowler) a été utilisé
pendant plus d’un siĂšcle comme mĂ©dicament ou tonique [2].
L’irradiation splĂ©nique, utilisĂ©e dĂšs la ïŹn du XIXesiĂšcle
en tant que traitement palliatif, apportait une améliora-
tion temporaire chez certains patients en phase chronique
de leur maladie. La chimiothérapie conventionnelle
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SynthĂšse
reposant sur le busulfan (dÚs les années 1950) ou
l’hydroxyurĂ©e (annĂ©es 1970) permettait la normalisation
de l’hĂ©mogramme (ïŹgure1AetB). Cependant ces traite-
ments ne permettaient pas de stopper l’évolution naturelle
de la maladie vers une leucémie aiguë. De nos jours encore,
l’hydroxyurĂ©e est utilisĂ©e au diagnostic lorsque le nombre
de leucocytes sanguins est Ă©levĂ© (>80-100×109/L) et
poursuivie jusqu’à la conïŹrmation de la prĂ©sence du chro-
mosome Ph1 et /ou la mise en Ă©vidence d’un rĂ©arrangement
BCR-ABL1.
Au dĂ©but des annĂ©es 1980, l’allogreffe de cellules souches
hématopoïétiques (CSH) devient le seul traitement curatif
de la LMC. Cependant, du fait des effets secondaires de
la greffe et du manque de donneurs, ce traitement ne peut
concerner qu’un nombre restreint de patients. L’interfĂ©ron-
␣, introduit par le centre médical MD Anderson (Texas,
USA) au dĂ©but des annĂ©es 1980, Ă©tait capable d’induire des
rémissions cytogénétiques complÚtes (absence de chromo-
some Ph1) chez une minorité de patients (moins de 20 %).
L’association de la cytarabine (ou cytosine arabinoside), un
analogue nuclĂ©osidique de la pyrimidine, Ă  l’interfĂ©ron-␣
a permis d’amĂ©liorer le taux de rĂ©ponse cytogĂ©nĂ©tique et
le pourcentage de survie Ă  3 ans (86 % vs 79 %) [3]. Dans
de rares cas, des rémissions moléculaires de longue durée
(ARNm BCR-ABL1 non détectable dans le sang) ont été
observĂ©es, certaines ayant conduit Ă  des arrĂȘts de traitement
sans rechute [4].
Ainsi, depuis les annĂ©es 1950 et jusqu’au dĂ©but des annĂ©es
2000, la survie globale des patients atteints de LMC a été
sans cesse amĂ©liorĂ©e (ïŹgure 1B). NĂ©anmoins les traitements
utilisés ne permettaient, chez la plupart des patients, que de
contrĂŽler la maladie en tentant d’éviter la transformation
aiguĂ«. Seule l’allogreffe de cellules souches hĂ©matopoĂŻĂ©-
tiques restait susceptible de conduire à une guérison de la
maladie.
Les protéines à fonction tyrosine kinase
L’oncoprotĂ©ine BCR-ABL ayant une fonction tyrosine
kinase exacerbée, une thérapie ciblée était envisageable.
Chez l’homme, plus de 500 protĂ©ines kinases ont Ă©tĂ©
décrites, dont 90 tyrosines kinases [5]. Leur structure,
notamment leur domaine kinase, se ressemble beau-
coup. Dans sa partie N-terminale, la protéine ABL
(non réarrangée) est constituée des domaines régula-
teurs SH2 et SH3 (pour SRC-homology) et des deux
lobes du domaine tyrosine kinase ou SH1 (lobes N et
C-terminaux). Ce domaine comprend une suite d’hĂ©lices-
␣et de feuillets-␀. La boucle P permet la ïŹxation du
groupe phosphate de l’ATP, la boucle A est impliquĂ©e
dans l’activation de la protĂ©ine et le site catalytique
(boucle C) permet la phosphorylation de protéines substrats
(ïŹgure 2A).
Les tyrosines kinases sont, le plus souvent, dans une confor-
mation inactive (inaccessible Ă  l’ATP). Pour la protĂ©ine
ABL, cette auto-inhibition implique des interactions fortes
entre les domaines de régulation SH2 et SH3 (en amont du
domaine kinase) et le domaine kinase. De plus, le groupe-
ment myristate N-terminal permet de verrouiller la protéine
(sur le site d’insertion du myristate du domaine tyrosine
kinase) en position inactive ou autoinhibĂ©e. L’activation se
fait par déverrouillage du groupe myristoyl, déclampage
des domaines SH2/3 et changement de conformation de la
boucle d’activation permettant l’autophosphorylation sur la
tyrosine en position 393 stabilisant la protéine sous sa forme
active (ïŹgure 2B).
L’imatinib
Un inhibiteur de BCR-ABL doit pouvoir cibler spĂ©ciïŹque-
ment cette protéine (notamment sa fonction enzymatique),
doit avoir une toxicité acceptable et doit pouvoir pénétrer
Ă  l’intĂ©rieur des cellules. De plus, son activitĂ© doit ĂȘtre
restreinte aux cellules malignes. Un analogue des phényl-
amino-pyrimidines (le STI571) s’est rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre un puissant
inhibiteur de la phosphorylation de la kinase BCR-ABL. Il
reconnaßt la forme inactive de la protéine (inhibiteur de type
II) et fonctionne comme un inhibiteur compĂ©titif de l’ATP
(ïŹgure 2C). DĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1990, le STI571 a
montrĂ© son efïŹcacitĂ© sur des modĂšles cellulaires et murins
[6].
Des résultats spectaculaires chez les patients atteints de
LMC ont Ă©tĂ© observĂ©s dans l’essai de phase I. EnïŹn, le
STI571 (imatinib) a montrĂ© une efïŹcacitĂ© supĂ©rieure au trai-
tement de référence (interféron-␣+ cytarabine) [7]. AprÚs
6 ans de traitement par imatinib de patients diagnostiqués
en phase chronique, la survie globale est voisine de 90 %
(ïŹgure 1B) [8]. L’imatinib est ainsi devenu le traitement
de rĂ©fĂ©rence de la LMC et le modĂšle d’une thĂ©rapie ciblĂ©e
dans le domaine des affections malignes.
RĂ©sistances Ă  l’imatinib
MalgrĂ© les rĂ©sultats extraordinaires apportĂ©s par l’imatinib,
des rĂ©sistances sont rapidement apparues. En dehors d’une
mauvaise compliance, celles-ci dépendent, soit de
l’imatinib (pharmacocinĂ©tique, pompes d’inïŹ‚ux, pompes
d’efïŹ‚ux), soit de la cellule leucĂ©mique (instabilitĂ©
gĂ©nĂ©tique, activation d’autres voies de signalisations
oncogĂ©niques), soit de la cible BCR-ABL (ampliïŹcation
génique BCR-ABL1, mutation du domaine kinase de
BCR-ABL) [9]. Ces mutations représentent environ 25 %
des causes de rĂ©sistance Ă  l’imatinib. Plus de 100 mutations
ont été répertoriées touchant plus de 70 acides aminés [10].
Les mutations les plus fréquemment retrouvées sont loca-
lisées dans la boucle P (G250E/R, Y253F/H, E255K/V),
la charniĂšre (T315I), la zone de contact SH2, le site
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Traitement et suivi moléculaire de la LMC
A
B
C
Y
N
C
Y
N
C
Y
C
N
Y
C
N
SH3
SH2
TK (SH1)
Lobe C
Lobe N
Inhibiteurs compétitifs
de l’ATP (ITK)
Dasatinib (ITK-2, type I)
Bosutinib (ITK-2, type I)
Inhibiteurs compétitifs
de l’ATP (ITK)
Imatinib (ITK-1, type II)
Dasatinib (ITK-2, type I)
Nilotinib (ITK-2, type II)
Bosutinib (ITK-2, type I)
Ponatinib (ITK-3, type II)
Inhibiteurs
allostériques
ABL001
GNF2
SH3
SH2 TK (SH1)
Lobe C
Lobe N
Site de fixation
de l’ATP
Site de fixation
du myristate
Activation de la
tyrosine kinase ABL
Conformation inactive Conformation active
BCR BCR
Myristate
Boucle P
Zone de
contact SH3
CharniĂšre
Zone de
contact SH2
Boucle C Boucle A
NC
Lobe N-terminal
Boucle d’activation
(boucle A)
ÎČ2αCÎČ3ÎČ4αDÎČ5ÎČ6αEÎČ7-8 ÎČ9-12 αFÎČ13 αGαHαIαJ
Lobe C-terminal
500
450
400
350
250
315
300
Figure 2. Les domaines tyrosines kinases d’ABL et de BCR-ABL. D’aprùs [63, 64]. A: Le domaine kinase d’ABL (ou de BCR-ABL)
est composĂ© d’un enchaĂźnement de feuillets-␀et d’hĂ©lices-␣. Il comprend diffĂ©rentes zones fonctionnelles indispensables Ă  l’activitĂ©
enzymatique. B: L’activation de la protĂ©ine ABL non transloquĂ©e nĂ©cessite le dĂ©verrouillage du groupe myristoyl, la dissociation des
interactions des domaines SH2/3 avec le domaine tyrosine kinase et le changement de conformation de la boucle d’activation. C:La
protéine BCR-ABL peut également se présenter dans un état inactif ou actif. Les inhibiteurs de tyrosine kinase (ITK) peuvent prendre la
place de l’ATP et ainsi inhiber l’activitĂ© enzymatique. Les inhibiteurs allostĂ©riques peuvent induire un changement conformationnel rendant
l’enzyme inactive.
catalytique (M351T, F359C/I/L/V) ou la boucle
d’activation (H396P/R) (ïŹgure 3).
Ces mutations faux sens peuvent altérer des points de liaison
entre l’imatinib et le domaine kinase (perte d’une liaison
hydrogùne en T315, perte d’une liaison de van der Walls en
Y253), ĂȘtre Ă  l’origine d’un encombrement de l’entrĂ©e de
la poche ATP (G250), d’une modiïŹcation de la ïŹ‚exibilitĂ©
de la boucle P ou d’une dĂ©stabilisation de la forme inactive
de la protéine (H396) [11]. Les différentes mutations sont
associées à une réduction plus ou moins importante de la
sensibilitĂ© Ă  l’imatinib, objectivĂ©e in vitro par les rapports
IC50 mutant/sauvage [12, 13]. Les mutants de la boucle P
et la mutation T315I sont Ă  l’origine d’une rĂ©sistance totale
Ă  l’imatinib (ïŹgure 4).
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