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résultat d’un test cutané dépend de trois facteurs : la sensibili-
sation des mastocytes par des IgE spécifiques, les caractéristiques
des mastocytes cutanés et la réponse de la peau aux médiateurs
libérés par l’activation cellulaire. La technique la plus couram-
ment utilisée est celle du prick-test. Elle consiste à piquer
l’épiderme au travers d’une goutte d’un extrait allergénique
préalablement déposée sur la peau en utilisant des aiguilles
spéciales conçues pour pénétrer de quelques millimètres dans la
couche superficielle de l’épiderme. Stallerpointe
®
, Allerbio-
pointe
®
, Lancette DHS
®
ou Aiguille Kendall
®
sont les plus
couramment utilisés. Les prick-tests sont de réalisation rapide.
Indolores, ils sont sensibles et spécifiques
[16]
. Ils doivent être
pratiqués en peau saine, sur la face antérieure de l’avant-bras ou
éventuellement au niveau du dos (chez le petit enfant par
exemple), en respectant une distance de 3 cm entre les tests. Il
est nécessaire de s’assurer que la réactivité cutanée est préservée
à l’aide d’un témoin positif. Le phosphate de codéineà9%et
le chlorhydrate d’histamine à 10 mg/ml sont les plus utilisés en
pratique. De nombreux médicaments sont susceptibles de
diminuer la réactivité cutanée, antihistaminiques bien sûr, mais
aussi neuroleptiques, antidépresseurs et barbituriques, antipalu-
déens de synthèse et immunosuppresseurs. Les corticoïdes
n’auraient un effet sur la réactivité cutanée qu’en cas de prise
prolongée
[17]
. Le délai de réalisation des tests par rapport à
l’arrêt des antihistaminiques est variable en fonction de la
molécule utilisée, de2à4jours pour les antihistaminiques les
plus récents, jusqu’à 4 ou 5 semaines pour le kétotifène
[16]
.Un
témoin négatif, le solvant de l’allergène, permet d’éliminer un
dermographisme. Les tests cutanés ne sont pas réalisés si le
contrôle positif est inférieur à 2 mm, ou si le témoin négatif est
supérieurà1mm
[18]
. Le jeune âge n’est pas une contre-
indication à la réalisation des tests cutanés. La peau du nourris-
son est réactive à la codéine dans les deux tiers des cas avant
11 jours et dans 90 % des cas à 3 mois
[19]
.
Les tests cutanés sont pratiqués, dans la même séance, vis-à-
vis d’un nombre variable d’allergènes. Le choix des allergènes à
tester dépend de l’orientation clinique, du lieu d’habitation
(saison pollinique) mais aussi de l’âge. Avant l’âge de 3 ans, la
batterie usuelle comporte des pneumallergènes, acariens pyro-
glyphides, Alternaria, épithélium de chat, mais aussi des
trophallergènes, lait de vache, œuf, et arachide. Au-delà, il est
utile de tester, en première intention, d’autres aéroallergènes du
milieu domestique comme les épithéliums de chien et de chat,
la blatte germanique et de l’environnement pollinique, dactyle,
phléole. Les tests aux trophallergènes, beaucoup moins souvent
impliqués en allergologie respiratoire chez le grand enfant et
l’adulte, ne sont réalisés qu’en cas de suspicion clinique.
D’autres allergènes peuvent être testés en fonction de l’histoire
clinique. Ainsi, en cas de manifestations saisonnières, les tests
cutanés doivent tenir compte des particularités polliniques
régionales
[20]
. La réglementation concernant la production et la
commercialisation des extraits allergéniques utilisables pour le
diagnostic et le traitement des maladies allergiques a fait l’objet
d’un décret (n° 2004-188 du 23 février 2004). Celui-ci a conduit
l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
(AFSSAPS) à autoriser la production par les deux principaux
laboratoires commercialisant ces extraits en France, d’une liste
limitative d’allergènes consultables sur le site internet de
l’agence (http//agmed.santé.gouv.fr).
Les critères de positivité des tests cutanés dépendent de la
taille du témoin positif. On considère, en général, que le test est
positif lorsque le diamètre de la papule, lue à la 15
e
minute, est
supérieur à 3 mm, et supérieur à 50 % du témoin positif
[16, 21]
.
La réactivité cutanée est inférieure chez le jeune enfant à ce
qu’elle est chez l’enfant plus grand
[22]
. La saison influence
également les résultats ; la papule des tests cutanés aux pollens
de graminées et d’arbres est augmentée en saison pollinique.
Les tests cutanés peuvent exceptionnellement provoquer une
réaction syndromique. Ceci impose d’avoir à proximité une
trousse d’urgence comportant des antihistaminiques, des
corticoïdes, de l’adrénaline injectable et des bêtamimétiques en
aérosol, d’autant que ces réactions pourraient être plus fréquen-
tes chez les asthmatiques.
Les tests cutanés s’accompagnent d’une réaction retardée, à la
6-8
e
heure, caractérisée par un érythème, une induration, un
œdème et des dysesthésies qui se développent au point d’injec-
tion. Elle est liée au recrutement de cellules de l’inflammation,
en particulier d’éosinophiles, sous l’influence de différentes
cytokines et chémokines libérées après l’activation mastocytaire
initiale
[23]
. En pratique, elle n’apporte pas d’élément supplé-
mentaire au diagnostic allergologique.
La positivité des prick-tests cutanés (ainsi que des IgE
spécifiques) traduit une sensibilisation et définit l’existence d’un
terrain atopique. Elle doit toujours être confrontée à l’histoire
clinique car 10 à 20 % des sujets ayant des tests positifs n’ont
pas de symptômes cliniques
[15]
.
La technique de l’intradermoréaction (IDR), moins utilisée à
présent, expose davantage à des réactions systémiques. Elle
présente l’avantage de permettre la détermination d’un seuil de
réactivité cutanée en utilisant des concentrations croissantes
d’allergènes. L’IDR est surtout utilisée pour certains allergènes
comme les venins d’hyménoptères ou les médicaments ; elle est
le plus souvent inutile dans le bilan allergologique d’un asthme.
Les tests à lecture retardée (patch-tests) ne sont pas utilisés
dans le diagnostic des allergies respiratoires.
Dosages des immunoglobulines E spécifiques
Le dosage des IgE sériques spécifiques est un complément
parfois utile au diagnostic de l’allergie. Ces tests nécessitent la
fixation préalable de l’allergène sur un support solide, puis
l’incubation de l’allergène fixé avec le sérum à étudier, et enfin
la révélation de l’éventuelle fixation des IgE sur la phase solide
par un anticorps anti-IgE marqué par une enzyme (la bêtagalac-
tosidase, la peroxydase ou la phosphatase alcaline) ou plus
rarement par un isotope radioactif (iode 125). Les résultats sont
exprimés en UI/ml
[24]
. L’interprétation n’est pas toujours aisée,
en particulier pour les taux faibles. Un résultat supérieur à
0,35 UI au phadebas radio allergo sorbent test (RAST) unit (PRU)
est habituellement considéré comme significatif. Certaines
variables peuvent modifier les résultats comme un taux élevé
d’IgG spécifiques, la qualité de l’extrait allergénique ou une
réactivité croisée entre les déterminants antigéniques
[16]
. Des
faux positifs sont possibles pour des valeurs d’IgE totales
supérieures à 3 000 UI/ml
[16]
. La sensibilité du dosage des IgE
spécifiques varie selon les études de 70 à 90 %. Néanmoins, les
tests in vitro de « dernière génération » apportent des résultats
fiables pour les aéroallergènes dans toutes les situations clini-
ques ; dans certaines études, ils apparaissent mieux corrélés avec
l’histoire clinique que les tests cutanés qui seraient donc plus
sensibles mais moins spécifiques
[25-28]
.
Alors que le dosage des IgE spécifiques effectué avec les
extraits allergéniques classiques permet d’évaluer les réactivités
entre les IgE du patient et l’ensemble des différentes protéines
allergéniques présentes dans l’extrait, le dosage des IgE spécifi-
ques peut aussi être effectué vis-à-vis d’un allergène purifié. La
protéine allergisante purifiée est obtenue, soit par des techni-
ques d’extraction performantes à partir de l’extrait natif, soit par
production de protéines recombinantes à partir de différents
systèmes cellulaires amplificateurs (Escherichia coli notamment).
En effet, les progrès dans la biotechnologie appliqués aux
extraits allergéniques ont permis l’identification et le séquen-
çage de nombreux allergènes, ainsi que leur production par
génie génétique et à grande échelle (allergènes dits « recombi-
nants »). Ceci ouvre de nouvelles perspectives pour le diagnostic
allergique, et a notamment permis de progresser dans la
compréhension des mécanismes des allergies croisées entre des
espèces phylogénétiquement éloignées. Ainsi, il a été mis en
évidence, entre de nombreux extraits allergéniques d’espèces
différentes, l’existence de protéines communes ayant d’impor-
tantes homologies structurales, et parfois fonctionnelles,
responsables de réactions croisées immunologiques. Dans le
cadre d’une enquête allergologique, cette technique de dosage
des IgE spécifiques peut s’avérer utile pour l’interprétation de
sensibilisations cutanées concomitantes chez un même patient
à certains pollens d’arbres, de graminées ou d’herbacées en
permettant la différenciation entre sensibilisation et allergie. Elle
s’avère également utile pour la compréhension des réactions
Explorations allergologiques de l’asthme
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3Pneumologie
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