
La Lettre du Neurologue - Suppl. Les Actualités au vol. VIII - n° 6 - juin 2004 7
patients atteints de lésions hippocam-
piques suggère un désengagement gra-
duel de l’hippocampe couplé à un recru-
tement de régions corticales dans la
rétention de souvenirs anciens. Dans
cette étude, une analyse d’expression de
gènes (c-fos et Zif 268), marqueurs de
l’activité neuronale, est réalisée à court
ou à long terme après l’acquisition d’un
conditionnement contextuel (association
entre un environnement et une expérience
aversive qui dépend de l’hippocampe). Par
rapport à des souris testées 24 heures
après l’acquisition, les souris testées
après 36 jours (mémoire ancienne) pré-
sentent une activation corticale accrue
(cortex cingulaire antérieur, infralim-
bique, prélimbique et temporal) associée
à une réduction de l’activité hippocam-
pique (CA1). De plus, des souris porteuses
d’une mutation (␣-CaMKII+/-), qui réduit
la plasticité synaptique corticale (mais
non hippocampique), ne présentent ni la
mémoire ancienne (36 jours) du condi-
tionnement (oubli), ni le patron associé
d’activation corticale observé chez les
souris normales ; elles sont en revanche
identiques à ces dernières lorsque le
test est réalisé après un intervalle de
24 heures. Enfin, les auteurs montrent que
l’inactivation transitoire du cortex cingu-
laire antérieur suffit à bloquer le rappel
à long terme (36 jours) du conditionne-
ment sans affecter le rappel à court terme
(24 heures), suggérant ainsi que cette
structure joue, au sein du réseau cortical,
un rôle clé dans le rappel des informations
relevant de la mémoire ancienne.
Commentaire I
Cette étude conforte l’hypothèse clas-
sique d’une “corticalisation” progressive
des représentations mnésiques au cours
du temps. Son originalité tient à la com-
binaison d’approches génétiques, cellu-
laires et systémiques renforçant de façon
très cohérente cette hypothèse.
AD
fice supérieur mais différé. Ces caracté-
ristiques comportementales pourraient
être dues à un fonctionnement différent
du striatum ventral impliqué dans l’anti-
cipation d’une récompense (motivation).
Dans cette étude d’imagerie fonction-
nelle (IRMf), Bjork et al. observent des
différences d’activations du striatum ven-
tral (SV) dans une épreuve où des sujets
adolescents et adultes sont amenés à
gagner (ou à perdre) de l’argent. Même si
les adolescents montrent une activation
du SV comparable à celle des adultes
lors de l’obtention du gain, un plus faible
recrutement du SV est constaté pendant
la période d’anticipation de ce gain.
Ainsi, bien que pour les deux groupes
d’âge, l’activation du SV soit propor-
tionnelle à l’ampleur de la récompense
anticipée, cet effet est significative-
ment atténué chez les adolescents qui
requièrent, pour parvenir à une activa-
tion identique du SV, une récompense
plus importante que leurs aînés. Cela
suggère, chez les adolescents, un hypo-
fonctionnement du circuit cérébral mis
en jeu lors de l’anticipation (mais non de
l’obtention effective) d’une récompense.
Commentaire I
Cette étude donne à penser qu’un hypo-
fonctionnement du striatum ventral peut
rendre compte du comportement des
adolescents dans l’évaluation des situa-
tions à risque.
LC
>
Bjork JM, Knustson B, Fong GW et al. Incentive-
elicited brain activation in adolescents: simila-
rities and differencies from young adults. The
Journal of Neuroscience 2004;24(8):1793-802.
>
Frankland PW, Bontempi B, Talton LE, Kacz-
marek L, Silva AJ. The involvement of the ante-
rior cingulate cortex in remote contextual fear
memory. Science 2004;304:81-3.
L
e modafinil semble améliorer les
capacités cognitives chez des sujets
normaux mais également chez des
patients souffrant de désordres atten-
tionnels. Toutefois, les mécanismes neuro-
biologiques ainsi que les processus psy-
chologiques, spécifiquement modifiés par
l’administration de cette molécule, res-
tent encore mal connus. Afin de préciser
les effets du modafinil sur la cognition,
les auteurs ont évalué l’impact de ce trai-
tement chez des patients souffrant de
désordres attentionnels et soumis à
plusieurs tests psychologiques. Dans un
certain nombre de ces tests (NTQL, PRM,
DMTS), Turner et al. observent que l’amé-
lioration des performances s’accompagne
d’une augmentation des latences de
réponses des sujets. Les auteurs suggè-
rent donc que le modafinil permettrait
une réduction de l’hyperactivité de ces
patients et, par voie de conséquence,
une amélioration de leur “réflexion”
avant l’émission de la réponse.
Commentaire I
Cette étude montre que le modafinil peut
améliorer les capacités cognitives de sujets
atteints de troubles attentionnels. Toute-
fois, les maladies impliquant des désordres
attentionnels sont nombreuses et proba-
blement sous-tendues par différents types
de dysfonctionnements psychologiques
et biologiques. Il est donc nécessaire
de vérifier si cette molécule reste béné-
fique pour chacune de ces pathologies.
LC
L’
observation d’un gradient temporel
de l’amnésie rétrograde chez des
Mémoire à long terme :
le rôle clé du cortex cingulaire
>
Le modafinil,
traitement potentiel
des désordres attentionnels
>