Revue de presse
Revue de presse
Dirigée par le Pr T. Moreau
La Lettre du Neurologue - Vol. XII - n° 3 - mars 2008
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Spécicité du phénomène
de reconsolidation
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Dans un précédent numéro (Les actua-
lités, suppl. de La Lettre du Neurologue
vol. VIII, n° 6), nous évoquions le débat très
actif, dans le champ de la recherche sur
la mémoire, concernant le phénomène de
reconsolidation. Rappelons brièvement que
les tenants de la reconsolidation défendent
l’idée que, à chaque réactivation d’un souvenir,
à chaque rappel, se produit une nouvelle phase
de synthèse protéique qui vient stabiliser le
réseau mobilisé. Quoique le phénomène soit
aujourd’hui admis, de nombreuses questions
demeurent, concernant notamment la simili-
tude de la consolidation initiale et des épisodes
de reconsolidation. Dans cette étude, V. Doyère
et al. s’interrogent sur deux aspects du phéno-
mène de reconsolidation :
– La reconsolidation est-elle spécifique de
l’information réactivée ?
– Consolidation et reconsolidation concernent-
elles les mêmes connexions synaptiques ?
Dans une tâche de conditionnement aversif,
les auteurs observent que l’U0126 – bloquant
des MAPK – injecté après réactivation du
souvenir n’a d’effet que sur l’association réac-
tivée, et non un effet amnésiant général. Par
ailleurs, en étudiant les potentiels de champ
évoqué dans le noyau latéral de l’amygdale,
ils observent également que l’effet de l’U0126
altère exclusivement la réponse neurophysio-
logique induite par le stimulus précédemment
réactivé.
Commentaire. L’une des objections classi-
quement évoquées contre un usage thérapeu-
tique (pour soigner le PTSD, par exemple) du
phénomène de reconsolidation porte précisé-
ment sur la spécificité du phénomène. Soigner
l’hypermnésie que constituerait le PTSD en
réactivant l’événement traumatique ne doit
toutefois pas conduire à effacer un pan entier
de la vie du patient. La spécificité observée
dans cette étude (l’effacement d’une asso-
ciation “son pur-choc” et la préservation de
l’association “son modulé-choc”) fait penser
qu’un usage thérapeutique relativement précis
serait possible.
S. Valerio,
CNIC, université Bordeaux I, CNRS UMR 5228
Doyere V, Debiec J, Monls MH, Shafe GE, Ledoux JE.
Synapse-specic reconsolidation of distinct fear memories in
the lateral amygdala. Nat Neurosci 2007;10(4):414-6.
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Étude des bases neuronales
des troubles cognitifs
dans la maladie d’Alzheimer
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La maladie d’Alzheimer se caractérise
par un déficit cognitif progressif. Un des
moyens pour étudier les réseaux neuronaux
qui sous-tendent le déficit cognitif repose
sur l’analyse des corrélations entre l’atro-
phie corticale régionale et les performances
neuropsychologiques. Jusqu’à présent, l’atro-
phie régionale était mesurée manuellement
sur des régions d’intérêt prédéfinies, telles
que l’hippocampe. Le développement d’une
nouvelle technique d’analyse d’image, la VBM
(Voxel-Based Morphometry), permet désor-
mais une analyse statistique voxel par voxel du
cerveau entier, sans a priori régional.
L’équipe de M. Di Paola a utilisé la VBM pour
étudier les corrélations anatomo-cliniques des
performances de mémoire épisodique au sein
d’un groupe de 18 patients atteints de maladie
d’Alzheimer. Les tests utilisés étaient, d’une part,
des tests de mémoire à long terme épisodique
en modalité verbale, sans contrôle de l’encodage
ni analyse des effets de l’indiçage (test d’appren-
tissage de 15 mots, rappel d’une histoire), et en
modalité visuelle (rappel de la copie de la figure
de Rey), et, d’autre part, des tests de mémoire à
court terme en modalité verbale (span endroit
des chiffres) et spatiale (blocs de Corsi).
Les performances du rappel différé des tests
de mémoire épisodique étaient corrélées à la
densité de la substance grise du cortex ento-
rhinal gauche. En revanche, aucune corrélation
significative n’a été observée avec les scores de
mémoire à court terme.
Les résultats n’étaient pas modifiés lorsque
l’analyse était reconduite en ajoutant les scores
du MMSE, reflet de la sévérité de la maladie,
comme covariable.
A. Venneri et al. ont utilisé la même méthode
pour analyser les bases neuronales du déficit
de la mémoire sémantique dans la maladie
d’Alzheimer (n = 27). Les performances des
tests de mémoire sémantique (fluence verbale
sémantique, Pyramids and Palm Trees Test,
dénomination d’images) étaient corrélées à
l’atrophie de la région temporale inférieure
et médiane. L’accès lexical (fluence verbale
sémantique) était corrélé à l’atrophie du cortex
péririnhale et parahippocampique, de manière
bilatérale. Les régions temporales ne sont pas
impliquées dans les troubles des fonctions
viso-constructive (copie de la figure de Rey)
ou exécutive (test de Stroop).
Commentaire. L’étude des corrélations entre
les performances neuropsychologiques et la
mesure en VBM de la densité de la susbstance
grise, reflet de l’atrophie, fournit des infor-
mations sur les réseaux neuronaux impliqués
dans les fonctions cognitives altérées dans la
maladie d’Alzheimer. Le déficit de mémoire
épisodique est associé au degré d’atrophie
du cortex entorhinal gauche, et le déficit de
mémoire sémantique est associé à l’atrophie
de la région temporale inférieure et médiane
de manière bilatérale.
M. Sarazin,
Fédération de neurologie,
hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris
Di Paola M, Macaluso E, Carlesimo GA et al. Episodic memory
impairment in patients with Alzheimer’s disease is correlated with
entorhinal cortex atrophy. A voxel-based morphometry study.
J Neurol 2007;254(6):774-81.
Venneri A, McGeown WJ, Hietanen HM et al. The anatomical
bases of semantic retrieval decits in early Alzheimer’s disease.
Neuropsychologia 2008;46(2):497-510.
Un espoir de remyélinisation
dans la sclérose en plaques :
les cellules précurseurs
de la cellule de Schwann
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Dans la sclérose en plaques (SEP), les
gaines de myéline du système nerveux
central (SNC) sont attaquées. Il est tentant
d’essayer de transplanter dans le SNC des
cellules de Schwann, soit au stade de cellules
précurseurs (CP), soit matures issues de rats
transgéniques exprimant la protéine GFP.
Pour identifier la transformation des CP en
cellules de Schwann myélinisantes, différents
anticorps dirigés contre diverses protéines,
dont la protéine S 100 β1 absente des CP et
présente dans les cellules de Schwann, sont
utilisés.
Les auteurs démontrent, par injection des deux
types cellulaires dans des lésions de la moelle
de rat provoquées par l’éthidium bromide,
qu’elles remyélinisent les axones et que les CP
se sont différenciées en cellules de Schwann
like. La survie dans le SNC normal des cellules
est étudiée. Les cellules de Schwann survivent
mal, contrairement aux CP. Concernant les
capacités de migration dans le SNC vers les
lésions démyélinisées, les cellules de Schwann
migrent mal, contrairement aux CP. Injectées
dans la rétine de rats, les CP survivent bien
et myélinisent les axones, contrairement aux
cellules de Schwann, qui dépérissent.
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