
Le Courrier des addictions (13) – n ° 1 – Janvier-février-mars 2011
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contrôlé. Comme dans le cas des patients dé-
pendants de l’alcool, le traitement résidentiel
est utile pour ceux qui on eu des antécédents
répétés de rechute, une désocialisation, des
troubles médicaux ou psychiatriques associés,
un environnement socio-familial défavorable.
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L’attente des usagers est aussi un facteur im-
portant dans le choix de l’orientation. Selon le
lieu auquel s’adresse cette attente des usagers
(Centres d’accueil et d’accompagnement à la
réduction de risques pour usagers de drogues
[CAARUD], Centres de soins d’accompagne-
ment et de prévention en addictologie [CSAPA],
cabinet du médecin), l’offre de prise en charge
peut aller d’un bout à l’autre d’un continuum de
propositions. L’hébergement n’est pas une prio-
rité pour tous les usagers et leur demande d’hé-
bergement peut-être inversement proportion-
nelle à celle des soins. Une étude conduite par
des étudiants de l’université Paris-Est Créteil
Val-de-Marne pour la Fédération addiction dé-
crit ainsi trois types de public (2).
Le premier est inscrit dans la société, en
lien avec sa famille. Même avec des éléments
de désaccords, celle-ci reste un soutien plus ou
moins régulier qui l’aide à intégrer les repères
sociaux. Ces usagers ont acquis une sécurité
matérielle et affective. Ils ont suffisamment
de repères pour s’inscrire dans une démarche
professionnelle, disposent d’un logement et de
revenus. C’est suite à une rupture, un accident
de vie professionnelle ou familial, que le désir
de soins se fait jour. Ils sont actifs dans la re-
cherche d’une solution, demandeur d’une prise
en charge structurée, soucieux de préserver leur
insertion professionnelle et peuvent souhaiter
un certains confort dans le soin résidentiel.
Deuxième "public", désocialisé, struc-
turé en marge de la société, à double dépen-
dance: pour celui-ci, les ruptures scolaires et
familiales ont eu lieu à un âge précoce. Il ne
dispose donc pas des mêmes repères sociaux.
Il cumule précarité, absence de logement, de
profession ou d’expérience professionnelle et il
conserve peu de lien avec sa famille. Il vit dans
les groupes de pairs, en fait plutôt des groupes
d’auto-reforcement. Ces sujets ont donc des
difficultés à accéder aux structures de soins,
que d’ailleurs ils sollicitent peu, et relèvent
plus de l’approche réduction des risques. Ils
se sentent également exclus des dispositifs de
l’urgence sociale et de l’insertion dont ils récu-
sent les exigences : ils refusent la promiscuité
des dortoirs et l’obligation d’intégrer le lieu en
début de soirée. La complexité des démarches
pour y accéder finit par les en dissuader. Un
hébergement en chambre d’hôtel s’est déve-
loppé, mais ce sont souvent des taudis qui ne
les aident pas à se détacher de leurs réseaux et
ils s’y sentent mal considérés. En fait, ils sont
demandeurs d’une mise à l’abri (sleep in)…
Entre les deux, on rencontre un public
intermédiaire, avec des repères sociaux,
mais dépendant actuellement du groupe de
pairs. Il ne demande pas un logement et arrive
à conserver le sien, mais il attend du soin rési-
dentiel une évolution de ses conduites.
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Ou encore : de la lutte contre l’exclusion à la
prise en compte de la conduite addictive.
Pour préciser l’indication, il n’est donc pas
inutile de revenir sur trois des paramètres qui
fondent le soin résidentiel : changement d’en-
vironnement, durée du séjour et programme
thérapeutique. Il est donc indiqué pour des
patients dont la vie et les interactions sociales
se sont totalement organisées autour de l’usage
de substances, quand la dépendance physique
et le craving sont renforcés par l’attachement
à un mode de vie. La perte de compétences
sociales et professionnelles, le manque de mo-
tivation personnelle et/ou d’un soutien social
fragilisent l’acquisition et le maintien d’une
abstinence, complète ou partielle, dans le seul
cadre ambulatoire. L’offre de soins résidentiels
procure alors un environnement nouveau,
sans drogues, dans lequel les résidents peu-
vent développer leurs aptitudes personnelles et
"groupales" à prévenir la rechute.
Sur l’autre versant du continuum des réponses
proposées, l’hébergement social offre des
éléments comparables, mais avec comme fi-
nalité de lutter contre l’exclusion qui conduit
à privilégier un autre public, pour lequel le
logement est un support de l’insertion, d’une
démarche de remobilisation. L’arrêt de l’usage
de substance n’y est pas forcément un préa-
lable ou une condition d’accès. Du squatt ou
de l’errance à des hébergements collectifs, c’est
bien aussi d’un changement d’environnement
dont il est question, dans cet hébergement qui
apporte un soutien transitoire selon une du-
rée également variable. Enfin, si la notion de
programme thérapeutique n’est pas centrale,
celles de progression, d’évolution du sujet ne
sont pas absentes d’hébergements qui sont
tout sauf des lieux où l’usager serait enfermé
sur ses usages ! À partir de l’expérience acquise
avec les publics des squatts, des pratiques nou-
velles prolongent et complètent l’expérience
des sleep in, sur le mode du housing first, ou
d’une insertion et d’une aide au logement qui
précède et s’autonomise d’une décision d’abs-
tinence (3). Ces projets reposent sur le concept
de rétablissement, issu d’une revendication
des personnes souffrant de troubles psychia-
triques sévères et luttant pour accéder à une
citoyenneté pleine et entière. Il est aujourd’hui
devenu ensuite une nouvelle façon d’organiser
les soins dans le champ de la santé mentale. Le
programme "Un chez-soi d’abord" est une dé-
clinaison autour des problématiques particu-
lières des personnes sans chez-soi.
Le changement d’environnement du soin ré-
sidentiel convient aux patients dont le réseau
social s’est structuré uniquement autour des
produits et qui ne bénéficient pas du soutien
qu’il apporte dans le processus de rémission
(4). Le changement proposé va d’un isolement
complet ou relatif à une vie en pleine nature ou
une confrontation quotidienne à la vie sociale,
une abstinence souhaitée ou une tolérance
des usages. Avec, comme dénominateur com-
mun, la capacité de ce nouvel environnement
à fournir à des patients qui, autrement, n’ont
pas accès à de tels soutiens, des points d’ap-
pui plus solides sur les plans émotionnel, rela-
tionnel (équipe et groupe de pairs) mais aussi
médical et psychiatrique. Un environnement
qui permet des soins plus intensifs, durables
et contrôlés ainsi qu’un support social et un
travail de réinsertion plus suivi. On retrouve
donc la double finalité possible de l’accom-
pagnement : confrontation au comportement
addictif et/ou offre d’un étayage social et en-
vironnemental, ou savant équilibre des deux.
La littérature internationale souligne l’intérêt
particulier d’approches adaptées à des publics
spécifiques : personnes présentant des comor-
bidités psychiatriques, détenus/sortants de
prison, femmes enceintes et dyades mère-en-
fant, adolescents et jeunes addicts en errance
(avec chiens…).
Quant il s’agit d’admission et de séjour en
centre résidentiel, un engagement clair est
nécessaire. L’usager doit bien en connaître la
finalité, tant pour ne pas se fourvoyer que par
respect des choix faits par les autres usagers.
La durée du soin résidentiel est à relier à sa
finalité et au délai nécessaire pour que l’usa-
ger remplisse les critères spécifiques prédictifs
d’une transition réussie vers un autre cadre
de traitement. Ces critères peuvent inclure la
démonstration d’une motivation réelle à s’en-
gager dans un programme ambulatoire à la
sortie, l’aptitude à rester abstinent dans des
situations où les drogues sont potentiellement
disponibles (sorties de week-ends, travail de
réinsertion à l’extérieur du centre, sorties non
accompagnées, etc.), un cadre de vie soutenant
à l’extérieur (famille, pairs abstinents, emploi,
etc.), une stabilisation suffisante des comor-
bidités médicales et psychiatriques. Si aucune
étude ne permet de fixer une durée optimale
de prise en charge, une durée d’au moins
3mois est associée aux meilleurs résultats (5).
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Troisième composante importante de la pro-
position de soin résidentiel, son programme
thérapeutique, particulièrement bien forma-
lisé par le dispositif des CT. C’est celui-ci que