vascularisation pulmonaire (embolie ou hypertension artérielle
pulmonaire). Le rôle précis des fibres sensibles à l’étirement
(stretch receptors) chez l’homme reste encore mal étudié. Les
patients transplantés pulmonaires, n’ayant plus d’informations
afférentes d’origine pulmonaire, conservent des sensations res-
piratoires “normales” en cas de stimulation hypercapnique ou
hypoxémique. En revanche, la capacité à ressentir une dyspnée
en cas de pathologie pulmonaire (œdème pulmonaire par
exemple) pourrait être diminuée chez ces patients.
Informations chémosensibles
L’hypercapnie reste le stimulus le plus classique pouvant
entraîner une dyspnée par la stimulation des chémorécepteurs
centraux et périphériques. Les chémorécepteurs artériels peu-
vent être seuls à l’origine d’une sensation de dyspnée.
L’administration d’oxygène, qui déprime l’activité des chémo-
récepteurs périphériques, diminue considérablement la sensa-
tion de dyspnée du sujet hypoxémique sans corriger la nature
des désordres respiratoires.
Informations d’origine circulatoire
Les barorécepteurs artériels peuvent entraîner d’importants
réflexes ventilatoires ; cependant, leur rôle dans la genèse des
sensations respiratoires reste très mal compris. De même, la
distension du cœur droit peut expérimentalement stimuler la
ventilation et pourrait représenter un mécanisme possible de
dyspnée au cours de l’insuffisance cardiaque droite.
Informations provenant des muscles squelettiques périphé-
riques
Les fibres nerveuses faiblement ou non myélinisées
(groupes III et IV) provenant des muscles squelettiques jouent
un rôle important dans la régulation ventilatoire au cours de
l’exercice musculaire et pourraient être responsables de sensa-
tions respiratoires pénibles au cours d’une activité physique.
Leur contribution exacte dans la survenue d’une dyspnée chez
le sujet insuffisant respiratoire ou cardiaque reste mal connue.
Ces fibres sont sensibles à des stimulations mécaniques
(contraction musculaire) ou chimiques locales (acidose, etc.).
Depuis peu, il a été montré que ces fibres afférentes répondent
à la distension du réseau vasculaire musculaire, en particulier
veinulaire ; elles pourraient donc jouer un rôle notable dans la
dyspnée de l’insuffisance cardiaque droite, lorsque la charge
imposée au retour veineux augmente.
DYSPNÉE AU COURS DES PATHOLOGIES CHRONIQUES
S’il est possible de déterminer le mécanisme de survenue
d’une dyspnée dans une situation expérimentale donnée
(réponse à l’hypercapnie par exemple), une telle analyse est
impossible en cas de pathologie chronique. L’exemple le plus
caractéristique est celui de la bronchopneumopathie chronique
obstructive. Si la dégradation des propriétés mécaniques du
système thoracopulmonaire (augmentation des résistances, dis-
tension pulmonaire) va modifier le fonctionnement de certains
récepteurs pulmonaires et des muscles respiratoires, les ché-
morécepteurs peuvent être également sollicités lorsqu’il existe
une hypoxie et/ou une hypercapnie, en particulier au cours
d’un exercice. De plus, les mécanorécepteurs cardiaques peu-
vent être impliqués lorsqu’une hypertension artérielle pulmo-
naire apparaît. Enfin, des modifications importantes du muscle
squelettique (atrophie, modifications biochimiques et circula-
toires) qui surviennent au cours de l’insuffisance respiratoire
chronique pourraient modifier le comportement des fibres affé-
rentes des groupes III et IV lors d’exercices musculaires,
même peu intenses. De la même manière, en cas d’insuffisance
cardiaque, les informations sur l’hémodynamique centrale
(récepteurs cardiaques, barorécepteurs) vont contribuer, en
association avec des informations pulmonaires (fibres C pul-
monaires) ou provenant des muscles respiratoires et squelet-
tiques, à la survenue d’une dyspnée.
La distinction traditionnelle entre une dyspnée d’origine car-
diaque et une autre d’origine respiratoire est loin d’être nette
puisque les structures périphériques mises en jeu peuvent
être communes (muscles respiratoires et squelettiques, récep-
teurs cardiaques, fibres C pulmonaires, etc.). Leurs projections
bulbaires sont identiques (noyau du tractus solitaire). Enfin,
les structures suprabulbaires, notamment le thalamus et le
cortex limbique, impliquées dans la genèse de la dyspnée repré-
sentent probablement une voie finale commune à l’élabora-
tion de la sensation de dyspnée quelle qu’en soit l’origine.
ASPECTS PRATIQUES
Schématiquement, trois situations peuvent se présenter.
●
●Il peut s’agir d’un patient n’ayant pas de pathologie connue,
le motif de consultation étant uniquement de “manquer de
souffle” soit au cours d’un exercice musculaire plus ou moins
intense, soit au cours d’activités de la vie quotidienne qui
étaient jusqu’alors parfaitement bien supportées. Il conviendra,
par l’interrogatoire, de caractériser l’ancienneté, le type et
l’intensité de la dyspnée, ainsi que les circonstances de sa sur-
venue. À l’issue de cet interrogatoire et d’un simple examen
clinique, l’orientation vers une pathologie cardiocirculatoire ou
respiratoire pourra se faire dans un grand nombre de cas, et les
examens habituels pour la recherche de l’étiologie seront alors
entrepris en fonction de ces éléments cliniques (échographie
cardiaque notamment, examen fonctionnel respiratoire, etc.).
Une épreuve d’effort simple sur cycloergomètre permettra de
déterminer le niveau de puissance que le sujet peut développer
et servira de référence pour suivre l’évolution du patient. La
détermination des échanges gazeux respiratoires (VO2, VCO2)
à ce stade n’apporte généralement aucun élément d’orientation
supplémentaire par rapport à l’examen clinique et aux princi-
paux examens complémentaires. Enfin, on éliminera un
asthme d’effort.
●
●À l’issue des investigations cliniques et paracliniques,
aucun diagnostic ne peut être porté s’il existe une discordance
entre l’importance des signes rapportés par le patient et les
anomalies retrouvées. Il faut savoir qu’il n’y a pas de corréla-
tion entre l’importance des anomalies radiologiques ou
fonctionnelles et l’importance d’une dyspnée. De même, un
certain nombre de pathologies cardiaques, d’apparence peu
sévère et n’ayant pas de conséquence majeure sur l’hémodyna-
mique, peuvent entraîner des manifestations dyspnéiques rela-
tivement importantes (myocardiopathie débutante). Il sera
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La Lettre du Pneumologue - Vol. III - n° 1 - février 2000