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Dossier thématique
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La Lettre de l’Hépato-gastroentérologue - Vol. X - nos 1-2 - janvier-février 2007
paneuropéen PETACC 2 en cours, concernant 1 800 patients,
devrait avoir la puissance nécessaire pour répondre à la question
de la supériorité éventuelle du 5-FU en utilisation intravei-
neuse continue versus l’utilisation en bolus (les résultats seront
présentés à l’ASCO 2007).
FAUTIL ASSOCIER D’AUTRES DROGUES AU 5FU ?
La chimiothérapie associant 5-FU et acide folinique pendant
6 mois était donc considérée jusqu’à récemment comme le stan-
dard thérapeutique pour le traitement adjuvant des cancers
coliques.
L’étude muticentrique MOSAIC, comparant le LV-5FU2 au
FOLFOX-4 (LV-5FU2 associé à de l’oxaliplatine à la dose de 85 mg/
m2 pendant 6 mois), a permis de défi nir un nouveau standard
thérapeutique pour les cancers coliques de stade III (5). En eff et,
le taux de patients vivant sans rechute à 3 ans dans l’ensemble de
la population (40 % de stade II et 60 % de stade III) était de 78,2 %
pour les patients traités par FOLFOX-4 versus 72,9 % pour ceux
traités par LV-5FU2 (p = 0,002), ce qui traduit une réduction de
23 % du risque de rechute (cette diff érence était signifi cative pour
les stades III : 72,2 % versus 65,3 %, mais non signifi cative pour les
stades II : 87 % versus 84,3 %). L’analyse de la tolérance a montré
que l’oxaliplatine ajoutait une toxicité modérée et acceptable au
LV-5FU2, notamment neurologique (les paresthésies étaient
l’eff et indésirable le plus fréquent, présent tous grades confondus,
chez 92 % des patients traités par FOLFOX versus 15,6 % dans le
bras LV-5FU2). Cette toxicité semblait régresser dans la plupart
des cas (un an après le traitement, il persistait une toxicité de
grade 3 pour 1 % des patients, de grade 2 pour 4 % des patients
et de grade 1 pour 24 % des patients).
Ainsi, le FOLFOX-4 administré pendant 6 mois doit être consi-
déré comme le nouveau standard thérapeutique pour les cancers
colorectaux de stade III.
Actuellement, le protocole associant de l’irinotécan au 5-FU et à
l’acide folinique n’est pas validé en traitement adjuvant. Le premier
essai (6) a comparé un schéma hebdomadaire en bolus (irinotécan
plus fl uorouracile/leucovorine : IFL) à un schéma associant fl uo-
rouracile et leucovorine. L’IFL était plus toxique et n’améliorait ni
le taux de rechute, ni la survie. Les résultats des deux autres essais
prospectifs randomisés comparant LV-5FU2 à LV-5FU2/irinotécan
ont été présentés au congrès de l’ASCO 2005. L’essai FFCD 9802-
ACCORD 02 a comparé ces deux schémas chez des patients ayant
un cancer colique de stade III à haut risque de récidive (N2 ou N1
perforé ou en occlusion) et n’a pas montré d’amélioration de la
survie sans récidive ; les facteurs pronostiques péjoratifs étaient
toutefois déséquilibrés entre les deux bras. L’étude PETACC 3
(7), portant sur 2 014 patients opérés pour un cancer de stade III,
a montré un bénéfi ce non signifi catif en termes de survie sans
maladie incluant les seconds cancers non colorectaux (DFS pour
les stades III, objectif principal de l’essai [HR : 0,89 ; p = 0,091]),
mais signifi catif pour la survie sans maladie n’incluant pas les
seconds cancers non coliques (RFS pour les stades III, objectif
secondaire de l’essai ; p = 0,045), ce qui correspondait à la défi ni-
tion de la DFS utilisée dans l’essai MOSAIC. Les résultats ne sont
cependant pas suffi samment convaincants pour que l’association
LV-5FU2-irinotécan puisse être considérée comme un standard
dans le traitement adjuvant du cancer colique.
Les nouvelles molécules ciblées comme les anti-EGF (epidermal
growth factor) et anti-VEGF (vascular endothelial growth factor),
actuellement largement utilisées pour les cancers colorectaux
métastatiques, doivent être étudiées dans le contexte d’un trai-
tement adjuvant.
L’essai AVANT teste l’effi cacité de la combinaison 5-FU et oxali-
platine (6 mois) seule ou associée au bévacizumab (Avastin
®
pendant 12 mois). Le 5-FU est administré sous forme intraveineuse
(FOLFOX-4) ou orale (Xelox
®
). L’essai PETACC 8 en cours, concer-
nant les cancers coliques de stade III, compare le schéma FOLFOX-
4 (6 mois) au schéma FOLFOX-4 et cétuximab (6 mois).
Les études sur la chimiothérapie par fl uoropyrimidines orales
(capécitabine et UFT) ont montré une effi cacité voisine de celle
du FUFOL bolus en termes de survie sans progression et de
survie globale, ainsi qu’une tolérance plutôt meilleure (8-10).
FAUTIL PROPOSER UNE CHIMIOTHÉRAPIE
ADJUVANTE POUR LES CANCERS COLIQUES
DE STADE II ?
L’intérêt d’un traitement adjuvant est proportionnel au risque
de récidive de la maladie. Ce risque est pour l’instant évalué par
l’extension de la maladie selon le stade TNM. En pratique, il est
inutile de proposer un traitement adjuvant dans les formes peu
avancées (stade I), où le pronostic après résection chirurgicale
est excellent, bien qu’aucune étude n’ait été conduite sur ce sujet.
À l’inverse, la démonstration de l’utilité d’une chimiothérapie
dans les stades III n’est plus à faire.
Le débat principal porte actuellement sur l’indication d’une chimio-
thérapie adjuvante chez les patients atteints d’un cancer colorectal
de stade II. En eff et, les résultats des diff érents essais concernant des
cancers colorectaux de stade II n’ont pas clairement montré d’avan-
tage en termes de survie chez les patients ayant reçu une chimio-
thérapie adjuvante par rapport aux patients traités par chirurgie
seule. Ainsi, l’étude IMPACT B2 (International Multicentre Pooled
Analysis of B2 Colon Cancer Trials), publiée en 1999, évaluait l’effi -
cacité d’une chimiothérapie adjuvante chez 1 016 patients ayant un
cancer colique de stade B2 issus de cinq essais randomisés compor-
tant un bras témoin traité par chirurgie seule et un bras traité par
Fufol postopératoire (11). Il n’y avait pas de diff érence signifi cative
en termes de survie sans événements (76 % versus 73 % ; p = 0,61)
ou de survie globale à 5 ans (82 % versus 80 % ; p = 0,057).
Le NSABP (National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project)
a regroupé les cancers coliques de stade II issus de quatre essais
randomisés (C-01, C-02, C-03 et C-04), dont l’un comparait
l’injection intraportale continue de 5-FU en périopératoire à
la chirurgie seule (12). La conclusion des auteurs était que la
chimiothérapie adjuvante semblait aussi effi cace chez les patients
avec un cancer colique de stade II que chez ceux de stade III
(réduction du risque absolu de mortalité de l’ordre de 5 %).