
04 I 2003-2013 : une décennie de régulation financière I 05
qui impose une responsabilité accrue des
entreprises et entend lutter contre les dérives et
les fraudes. Gouvernance d’entreprise, obligation
d’une communication et information financière
claire et encadrée, intervention d’auditeurs
externes : la réforme impulse de nouvelles règles
de conduite et donne le « la » à une régulation
internationale repensée.
La France en prend acte et réforme à travers sa
loi de sécurité financière, son organisation
régulatrice. Le Conseil des marchés financiers, la
Commission des opérations de bourse et le Conseil
de discipline de la gestion financière fusionnent et
donnent naissance à l’ Autorité des marchés
financiers.
Un pouvoir de sanction
renforcé, des missions élargies :
le « gendarme de la Bourse »
s’impose comme le régulateur
unique des marchés financiers
français
Si elle succède aux droits et obligations de ses
prédécesseurs, l’ AMF se voit dotée d’un périmètre
d’actions et de prérogatives plus vastes :
Ils nous ont dit…
« L’AMF a su prendre des risques en
s’emparant de sujets qui jusque-là
n’étaient pas dans ses missions
premières. Je pense notamment à
la Gouvernance des sociétés cotées
et au sujet sensible de la
rémunération des dirigeants. »
Jean-Pierre Jouyet, directeur général
de la CDC, ancien président de l’AMF
Focus sur… la Commission des sanctions
L’ AMF est composée de deux organes distincts : un Collège et une Commission des sanctions, créés
dans une volonté de séparer les fonctions de poursuite et de jugement. Une organisation nouvelle qui
a permis de sécuriser la fonction répressive.
Disposant d’une totale autonomie de décision, la Commission des sanctions peut être qualifiée de
« tribunal de l’ AMF » tant ses procédures sont conformes aux plus hauts standards européens. Elle
est dotée d’une mission répressive, avec le prononcé de sanctions, mais aussi pédagogique grâce à la
publication de ses décisions, d’ouvrages sur sa jurisprudence et l’organisation régulière de colloques.
La Commission des sanctions homologue également les accords de transactions conclus par l’ AMF.
Entre 2003 et 2013 :
Plus de 500 sanctions prononcées, allant de 1 euro à 14 millions d’euros.
rénovation profonde du cadre réglementaire, mais
aussi de changement des codes et mentalités en
matière de culture d’entreprise. On assiste durant
ces premières années du XXIe siècle à l’émergence
du gouvernement d’entreprise. La reconquête de la
confiance ébranlée par les scandales ne peut que
passer par des réformes radicales et un système
d’organisation, d’administration et de contrôle plus
transparent de l’entreprise.
La loi de sécurité financière impose aux sociétés
cotées de produire un rapport sur le contrôle
interne, la gouvernance et la transparence sur les
rémunérations. Elle donne à l’ AMF la responsabilité
d’analyser chaque année le niveau de qualité de
ces rapports. En 2005, la loi de confiance et de
modernisation de l’économie va plus loin en
demandant que la transparence soit faite sur les
éléments fixes, variables et exceptionnels de la
rémunération des dirigeants ainsi que sur certains
avantages perçus comme les retraites chapeau et
les parachutes dorés.
Tout au long de la décennie, l’ AMF militera pour une
amélioration des pratiques en matière de
gouvernement d’entreprise et de transparence sur
les rémunérations. Tout récemment, elle s’est
prononcée pour l’instauration d’un vote consultatif
de l’assemblée générale des actionnaires sur le
niveau de rémunération des dirigeants (le fameux
say on pay
). Son rapport annuel sur un échantillon
des 60 plus grandes entreprises françaises, qui cite
désormais les bons et les mauvais élèves, a contribué
à accélérer la diffusion des meilleures pratiques au
sein des entreprises. Enfin, certaines de ses
recommandations et pistes de réflexion ont peu à
peu été intégrées dans le code de référence rédigé
par les organisations patronales (code AFEP–Medef).
• le contrôle de la nouvelle profession réglementée
des conseillers en investissements financiers et
celui des analystes indépendants ;
• la publication d’un rapport annuel sur le rôle des
agences de notation et l’impact de leur activité ;
• l’impulsion du gouvernement d’entreprise et de
la transparence des sociétés cotées à travers
l’information sur le contrôle interne.
Pôle unique de régulation des marchés financiers,
l’ Autorité s’impose comme une structure collégiale,
indépendante et pluridisplinaire qui réunit
magistrats, représentants d’autorités publiques,
personnalités qualifiées et professionnels experts.
À côté du Collège, qui représente l’autorité de
poursuite, la Commission des sanctions exerce
seule l’autorité de jugement, conformément aux
exigences de la convention européenne des droits
de l’Homme.
Une obligation de transparence :
évolution réglementaire et
impulsion d’une nouvelle culture
d’entreprise
Si la loi de sécurité financière ouvre la voie d’une
meilleure régulation, elle initie un mouvement de
Focus sur…
la directive MIF
Le 30 avril 2004, le Journal officiel de l’Union
européenne publie la directive sur les
Marchés d’instruments financiers (MIF),
elle définit les lignes de force du nouveau
cadre d’exercice des activités de marché
en Europe avec une ambition, à terme, de
permettre une réduction des coûts pour
les clients via la mise en concurrence des
diérents lieux d’exécution des ordres de
bourse. Ce chantier s’impose à un double
titre : d’une part, une nécessaire régulation
des acteurs passant par une exigence de
transparence renforcée et d’autre part, la
construction d’un marché de capitaux plus
compétitif au niveau européen. En effet, les
progrès technologiques, l’offensive des
places internationales et la dérégulation
justifient ce principe de réforme intensive.
L’autre volet de la directive vise à renforcer
les règles d’organisation et de conduite des
établissements financiers et impose une
obligation d’adéquation des services et
produits financiers proposés aux clients.
La construction du marché
européen des services financiers
La construction du Marché unique a
remarquablement progressé en 2004 et les années
suivantes. Il s’en suit un travail considérable
d’adaptation du dispositif de régulation national