MAPAR 1998438
interactives. Ces dysfonctions souvent latentes dans les premières heures vont devenir
parlantes à l’occasion d’une lésion secondaire [3]. La lésion primaire au décours d’un
traumatisme est constitué d’une part par les lésions tissulaires (incluant les lésions osseuses)
entraînant une activation de la coagulation et du système du complément et d’autre part
par le choc hypovolémique initial responsable d’une inadéquation entre le transport et la
demande en oxygène au niveau périphérique à l’origine d’une ischémie tissulaire (figure 1).
Cette ischémie tissulaire prédomine au niveau digestif, la circulation hépato-splanchnique
étant l’une des premières circulations sacrifiées. La correction secondaire du choc
hémorragique en reperfusant les territoires ischémiés va entraîner la production de
métabolites toxiques de l’oxygène (phénomènes d’ischémie-reperfusion). L’ensemble de
ces phénomènes sont à l’origine d’un syndrome inflammatoire généralisé par activation
des macrophages et des polynucléaires circulants. La libération de cytokines par ces
cellules inflammatoires sont responsables des lésions tissulaires à l’origine d’un SDRA
ou d’un SDMV (figure 1) [4].
L’un des principaux objectifs lors de la prise en charge hospitalière des patients
polytraumatisés est la prévention de la survenue d’un SDMV. Celle-ci passe par la
limitation des lésions tissulaires, la correction d’un éventuel choc hémorragique et la
prévention de la survenue d’une seconde agression pouvant entraîner une défaillance
viscérale tardive lorsque le syndrome inflammatoire initial n’est pas contrôlé.
L’ostéosynthèse précoce pourrait diminuer le risque de survenue d’un SDMV précoce en
limitant les pertes hémorragiques au niveau des foyers fracturaires et la réaction
inflammatoire engendrée par les lésions tissulaires (parage des plaies, évacuation des
hématomes périfracturaires, lésions provoquées par les déplacements secondaires des
fractures). Celle-ci pourrait permettre également de diminuer les complications
postopératoires (maladie thrombo-embolique), d’améliorer le confort du malade
(mobilisation précoce, diminution de la douleur) et le pronostic fonctionnel des fractures.
1.2. EMBOLIE GRAISSEUSE [5]
Décrite pour la première fois par Zencker en 1962, l’embolie graisseuse est définie
par un ensemble de manifestations cliniques, biologiques et radiologiques consécutives à
l’obstruction du réseau microcirculatoire par des micro-gouttelettes de graisses insolubles.
La traumatologie rend compte de la quasi totalité (95 %) des étiologies des embolies
graisseuses dont la fréquence varie de 0,5 % à 30 % selon les équipes. L’incidence du
syndrome est fonction du nombre et du type de fractures allant de 0,5 % à 2 % en cas de
fracture isolée d’un os long, à 5 à 30 % en cas de fractures multiples incluant le bassin.
Les os les plus souvent incriminés sont par ordre décroissant le fémur, le tibia ou les 2 os
de la jambe ; les traumatismes du bassin, du membre supérieur ou des côtes ne sont que
rarement incriminés lorsqu’ils sont isolés. La survenue d’une embolie graisseuse est
favorisée par plusieurs facteurs : multiplicité des fractures, association à des lésions
viscérales, pérennisation d’un état de choc hypovolémique, fractures fermées avec
important déplacement, mauvaise contention du foyer de fracture avec déplacement
secondaire, transport prolongé et pour certains ostéosynthèse retardée.
Bien que très controversée, la physiopathologie de l’embolie graisseuse semble
rapportée à une interaction complexe au niveau du lit capillaire pulmonaire entre l’embole
graisseux issu du foyer de fracture et l’activation des systèmes leucocytaires et plaquettaires
eux mêmes responsables de la libération de médiateurs entraînant une altération de la