tion des maladies cardiovasculaires et de l’ostéoporose grave
fracturaire.
Cette étude récente peut toutefois justifier, selon D. Dargent
(16), quelques critiques : si la durée de suivi sous THS est en
effet meilleure que dans les études rétrospectives précédem-
ment décrites, elle n’en reste pas moins insuffisante, puisque
l’on sait, en matière de sénologie, qu’un suivi sur près de
20 ans est bien souvent nécessaire.
D’autre part, quelle que soit la rigueur avec laquelle ont été
choisis les contrôles, il existe un biais de sélection incontour-
nable, puisque les patientes ont été traitées à leur demande,
après une période de rémission relativement longue (quatre ans
en moyenne), ce délai sélectionnant déjà les patientes porteuses
de carcinomes mammaires au potentiel évolutif moins sévère.
PHYTOESTROGÈNES APRÈS CANCER DU SEIN
L’incidence du cancer du sein est diminuée chez les
Asiatiques : l’une des explications avancées est une consom-
mation importante de soja, et donc un apport élevé de phytoes-
trogènes (17).
À dose faible, in vitro, la génistéine (isoflavone) stimule la
prolifération des cellules cancéreuses mammaires. À dose phy-
siologique (alimentation riche en soja en présence d’estradiol),
la génistéine se comporte comme un inhibiteur compétitif de
l’estradiol sur son récepteur, et inhibe légèrement la proliféra-
tion cellulaire.
À dose pharmacologique (18), elle inhibe fortement la crois-
sance cellulaire (MCF7).
Cet effet est également dépendant de la période durant laquelle
la population cellulaire est exposée aux isoflavones (19).
Parallèlement, les isoflavones s’accompagnent d’une légère
augmentation de la densité minérale osseuse et permettent, à
un faible degré, une protection cardiovasculaire par leur effet
bénéfique sur le métabolisme lipidique.
En l’absence de documentation sur leurs effets in vivo, la
même règle de prudence que dans la prescription du traitement
estrogénique doit être conservée chez la patiente aux antécé-
dents de cancer du sein.
Si cette prescription n’est pas impossible, elle doit être faite à
distance du diagnostic initial de cancer du sein, en l’absence de
tamoxifène (effet agoniste-antagoniste), dans les cancers de bon
pronostic et dans un centre spécialisé. Comme pour les estro-
gènes, il existe donc une grande nécessité de mettre en route
des études prospectives randomisées dans le suivi des patientes
aux antécédents de cancer du sein et traitées par isoflavones.
THS ET CANCER DE L’ENDOMÈTRE
Trois études rétrospectives ont également étudié la survie glo-
bale et la survie sans récidive des patientes aux antécédents de
cancer de l’endomètre traitées par THS.
Elles ont malheureusement les mêmes défauts que celles
menées après cancer du sein.
Étude rétrospective : Madigan Army Medical Center
(20)
Matériel et méthode
Cent quarante-quatre patientes porteuses d’un adénocarcinome
de l’endomètre de stade I ont été traitées sur une période de
11 ans.
Après l’intervention chirurgicale, 44 patientes sélectionnées
(grades 1 et 2, infiltration myométriale inférieure, sans exten-
sion ganglionnaire) ont été placées sous estrogéno-substitution
pour une durée médiane de 64 mois.
Résultats
Aucune récidive d’adénocarcinome endométrial n’est notée
dans le groupe substitué.
Parallèlement, dans le groupe contrôle, on compte 8 récidives
sur 99 patientes.
Discussion
Dans cette série, seules les patientes à bas risque bénéficiaient
du traitement estrogénique.
Même si les contrôles bénéficiaient des mêmes facteurs de bon
pronostic, on ne peut se prononcer sur “l’apparente sécurité”
d’une prescription de THS dans ce contexte.
La série présentée par l’équipe de P. Di Saïa lors du dernier
congrès de la SGO (14) est plus intéressante.
Étude prospective : étude de Houston
(13)
Matériel et méthode
Il s’agit d’une étude prospective portant sur 249 patientes sui-
vies entre 1984 et 1998 dans les suites du traitement chirurgi-
cal d’un carcinome de l’endomètre.
Parmi ces patientes, 130 ont reçu un THS, et 75 parmi celles-ci
ont pu être appariées avec des patientes “similaires” n’ayant
reçu aucune hormonosubstitution.
Résultats
Le taux de récidive de cancer de l’endomètre est de 1,4 %
parmi les 75 patientes hormonosubstituées.
Il est en revanche de 14,3 % pour les 75 contrôles (p =
0,0052).
Discussion
Cette étude permet d’obtenir, par son appariement, un résultat
statistiquement significatif, et permettrait, d’après les auteurs,
de relativiser la contre-indication d’un THS après cancer de
l’endomètre.
Toutefois, comme le souligne D. Dargent (16), beaucoup de
patientes n’ont été traitées qu’après un délai au cours duquel
celles qui étaient susceptibles de mourir ont pu mourir.
En effet, plus d’un tiers des patientes n’ont été traitées
qu’après un an de suivi.
D’autre part, les patientes étaient également traitées à leur
demande et pour des symptômes invalidants, ce qui constitue
en soi un biais de sélection.
CONCLUSION
L’augmentation du risque de cancer du sein sous THS (chez la
patiente sans antécédent carcinologique) est bien documentée
dans l’étude du JAMA (15), avec un risque relatif de 1,4 sous
THS, risque qui augmente d’ailleurs avec la durée de prescrip-
tion, et particulièrement au-delà de 10 ans.
DOSSIER
51
La Lettre du Gynécologue - n° 256 - novembre 2000
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