
La Lettre du Psychiatre • Vol. VII - n° 3 - mai-juin 2011 | 75
cependant distinguer deux catégories de pater-
nités tardives. Certains hommes ont conçu des
enfants à des âges divers, dont certains à un âge
avancé. D’autres ont eu leur premier enfant à un
âge avancé. Si l’on définit la paternité tardive
par l’âge du père au moment où il a eu son
premier enfant, cet âge est constant pour tous
les enfants du même père, indépendamment
de l’âge réel du père lors de la conception des
enfants suivants. Une hypothèse alternative à
celle relative aux mutations de novo liées à l’âge
avancé du père au moment de la conception
consiste à considérer que ce sont les facteurs
conduisant à une première paternité tardive
qui seraient à l’origine de la prédisposition à
la schizophrénie dans la descendance. À ce
jour, on ne disposait d’aucune preuve tangible
en faveur de l’une ou de l’autre hypothèse. Si
les mutations de novo sont responsables, un
âge paternel plus élevé lors de la conception
devrait amener une augmentation du risque
de schizophrénie. Inversement, si c’est l’âge
du père au moment du premier enfant qui est
responsable, on devrait constater une associa-
tion entre le risque de schizophrénie et l’âge
paternel élevé au premier enfant. Une étude
destinée à distinguer ces deux origines éven-
tuelles a été menée au Danemark, pays qui
dispose de registres très complets concernant
la population. L’étude a porté sur 2,2 millions de
personnes nées entre 1955 et 1992, qui ont été
suivies jusqu’au premier diagnostic de schizo-
phrénie, le cas échéant (entre 1970 et 2007).
Dans cette population, 14 211 individus ont
développé une schizophrénie. Les résultats
confirment que, globalement, un âge paternel
élevé est associé à un risque accru de schizo-
phrénie. Toutefois, les chercheurs ont constaté
que, lorsqu’on prenait en compte l’âge du père
au moment de la naissance du premier enfant,
le risque de schizophrénie chez les enfants ne
dépendait pas de l’âge paternel au moment de
la conception des enfants suivants. En revanche,
le risque de schizophrénie augmentait significa-
tivement avec l’augmentation de l’âge du père
au moment de son premier enfant. Le paramètre
important ne paraît donc pas être l’âge du père à
la conception, mais plutôt une paternité initiale
tardive. Ces observations excluent l’hypothèse
de la responsabilité des mutations de novo liée
au vieillissement des cellules séminales pater-
nelles. En revanche, elles sont compatibles avec
l’hypothèse selon laquelle ce sont les facteurs
liés à un âge élevé du géniteur au moment de sa
première paternité, et non à l’âge en soi du père,
qui seraient responsables de l’association entre
paternité tardive et risque de schizophrénie.
Les recherches ultérieures devraient donc se
focaliser sur l’élucidation des facteurs associés
à une primo-paternité tardive.
>
Malaspina D, Harlap S, Fennig S et al. Advancing paternal
age and the risk of schizophrenia. Arch Gen Psychiatry
2001;58(4):361-7.
>
Petersen L, Mortensen PB, Pedersen CB. Paternal age at
birth of first child and risk of schizophrenia. Am J Psychiatry
2011;168(1):82-8.
Schizophrénie liée à l’âge
paternel tardif : s’agit-il
d’uneforme spécifique
de la schizophrénie ?
New York (États-Unis)
La schizophrénie se caractérise par une grande
hétérogénéité, qui concerne tant les symptômes
que le décours de la pathologie et les profils
cliniques. Cette hétérogénéité complique l’inter-
prétation des résultats de la recherche et freine
la découverte de nouveaux traitements. Une
partie de la variabilité des symptômes et des
caractéristiques de la maladie pourrait trouver
son explication dans la présence de sous-
groupes, qui différeraient de par leur étiologie
et les perturbations neurobio logiques sous-
jacentes. Un âge paternel avancé a été associé
à un risque plus élevé de schizophrénie dans
la descendance. Certaines études ont suggéré
que la schizo phrénie liée à l’âge paternel tardif
pourrait constituer une variante particulière de
la pathologie, qui présenterait des spécificités
en termes de symptômes, de profil cognitif, de
métabolisme cérébral, d’effets de sexe et de
rythme cardiaque. Toutefois, pour le moment,
on ne sait pas encore très clairement si une
caractéristique quelconque de l’hétérogénéité
de la schizo phrénie peut être attribuée à l’âge
paternel tardif. Pour explorer cette possibilité,
des chercheurs new-yorkais ont mis en œuvre
une approche fondée sur une analyse spéci-
fique de groupement. La méthode de
k-means
clustering
consiste en une analyse de partition
spécifique qui, en cas d’importante variabilité
de nombreux facteurs, permet de générer des
groupes indépendants partageant des caracté-
ristiques communes. Elle a déjà été utilisée en
psychiatrie pour examiner l’hétérogénéité des
symptômes, les réponses aux antipsychotiques et
les symptômes cognitifs. Les auteurs se sont foca-
lisés sur un certain nombre de facteurs clés des
variables démographiques, cliniques et cognitives,
et olfactives. Ils ont effectué une série d’analyses
dans le but d’identifier des groupes comportant
un nombre élevé de cas de schizophrénie liée à
l’âge paternel tardif. Ils ont ainsi pu identifier
deux groupes qui présentaient des caractéris-
tiques spécifiques. La première analyse a révélé
un groupe contenant 83 % de cas de schizoph-
rénie liée à l’âge paternel tardif, dans lequel les
patients étaient caractérisés par des différences
significatives entre les scores de capacités intel-
lectuelles verbale et de performance. Les âges
moyens paternels et maternels étaient respecti-
vement de 41 et de 33 ans. La seconde analyse
a révélé un groupe contenant 71 % de cas de
schizophrénie liée à l’âge paternel tardif, comp-
tant une proportion élevée de femmes (93 %)
et un âge précoce d’apparition de la psychose
(17,2 ans). Ces résultats renforcent les observa-
tions antérieures, qui suggéraient que les cas de
schizophrénie liée à l’âge paternel tardif diffèrent
des autres variantes de la psychopathologie. Ils
confirment que les processus génétiques et micro-
biologiques à l’origine de cette forme particulière
de schizophrénie sont probablement différents de
ceux valant dans les autres cas. Cette méthode
semble particulièrement prometteuse pour établir
le phénotype spécifique de la schizophrénie liée
à l’âge paternel tardif et pour élaborer des hypo-
thèses novatrices qui permettront le développe-
ment d’approches cliniques spécifiques, adaptées
aux particularités de cette population de patients.
>
Lee H, Malaspina D, Ahn H et al. Paternal age related schizo-
phrenia (PARS): latent subgroups detected by k-means clustering
analysis. Schizophr Res 2011;128(1-3):143-9.
Anomalies des interneurones
hippocampiques dans le trouble
bipolaire
Nashville et Boston (États-unis)
Le trouble bipolaire est à ce jour encore relati-
vement peu étudié, en dépit de son effet impor-
tant sur la santé des patients qui en souffrent.
Pour preuve, dans les publications référencées