
mathématisation
de nombreuses disciplines.
Nous
verrions alors que beaucoup de
théories sont le résultat d'un certain nombre de transferts de concepts. En effet, depuis
les
travaux
de François Quesnay sur le circuit, les économistes ont emprunté de
nombreux
modèles ou théories à
d'autres
disciplines comme la psychologie, la physique
ou la biologie5.
Parmi
les concepts qui facilitent la circulation des
idées
d'un domaine
supposé connu vers un
autre
qui
l'est
moins, l'analogie est le plus controversé mais
également le plus fréquent. En effet, cette forme linguistique
traverse
tout le discours
économique depuis Aristote jusqu'à Samuelson ou Koopmans. Mais si nous voulons
nous
interroger
sur les raisons qui poussent les économistes à
recourir
à un tel procédé, il
faut
prendre conscience du fait que l'analogie n'est qu'une étape par laquelle doivent
passer
tous les théoriciens voulant emprunter un concept provenant d'une
autre
discipline. Car pour qu'un transfert réussisse, il faut dépasser le stade de l'analogie et
montrer
qu'en fin de compte les deux domaines (celui de départ et celui d'arrivée)
subissent une modification de sens. Dans ce cas, nous n'avons plus seulement un simple
transfert
de concept entre deux systèmes, nous désignons une chose ou une idée par un
terme
qui ne lui est pas habituellement
approprié.
Nous
violons
en fait, pour
reprendre
une expression saussurienne "les règles subcatégorielles" du langage.
Nous
sommes
alors
en présence d'une métaphore ou plus exactement d'un modèle métaphorique.6
Avant
1983, date de la parution de l'article désormais célèbre de McCloskey, il
aurait
paru
tout à fait surprenant d'associer l'étude des métaphores et celle de la science
économique. En effet,
rares
étaient les économistes qui envisageaient
l'idée
que ces
entités linguistiques pourraient jouer un jour un rôle dans l'analyse du discours
économique.
Pourtant
depuis 1936, l'étude des métaphores avait connu de nombreux
développements. En effet, à la suite des
travaux
de
Richards,
dans le
cadre
de la critique
littéraire,
les philosophes avaient commencé à introduire les métaphores dans leurs
réflexions sur la science et le langage, en s'intéressant en particulier à leur rôle dans
l'explication scientifique (Black, 1962,
1977;
Harré,
1972,
1982;
Hesse,
1966;
Ricoeur,
1975)
ou dans le langage religieux (Soskice,
1985).
Il n'était donc pas surprenant que
l'on introduise les métaphores dans les réflexions sur la science économique. C'est donc
en 1983 que McCloskey émet
l'idée
que les instruments de la rhétorique classique
(analogie et métaphore en particulier) sont mieux adaptés à l'analyse du discours
5
Voir à ce propos les
travaux
de Passet
(1979,1980).
6
Cette
dânarche
nous conduit inévitablement à nous intéresser au
contexte
de la
découverte
d'une diéorie
scientifique.
Or,
depuis les
travaux
de
Reichenbach,
nous constatons que les épistémologues ont délaissé
le problème de la genèse de la connaissance scientifique pour ne s'intéresser qu'au contexte de sa
justification. Dans notre cas, c'est la
nature
même du sujet proposé qui nous oblige à nous intéresser au
contexte
de la découverte. Mais, à
tord
ou à raison, aucune hypothèse ne
sera
faite sur les motivations
(politiques, philosophiques, sociales,...) qui ont pu pousser les économistes à
transférer
un concept
biologique dans
notre
discipline.