LES SYNDICATS AU CAMEROUN

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LES SYNDICATS AU CAMEROUN
Genèse, Crises et Mutations
Problématiques africaines
Collection dirigée par Lucien AYISSI
Il s'agit de promouvoir la pensée relative au devenir éthique et politique
de l'Afrique dans un monde dont on proclame de plus en plus la fin de
l'histoire et de la géographie. L'enjeu principal de cette pensée à promouvoir
est la réappropriation conceptuelle, par les intellectuels africains
(philosophes, politistes, et les autres hommes et femmes de culture), d'un
débat qui est souvent initié et mené ailleurs par d'autres, mais dont les
conclusions trouvent dans le continent africain, le champ d'application ou
d'expérimentation. La pensée à promouvoir doit notamment s'articuler, dans
la perspective de la justice et de la paix, autour des questions liées au vivreensemble et aux modalités éthiques et politiques de la gestion de la
différence dans un espace politique où la précarité fait souvent le lit de la
conflictualité.
La collection « Problématiques africaines» a également l'ambition d'être
un important espace scientifique susceptible de rendre de plus en plus
présente l'Afrique dans les débats mondiaux relatifs à l'éthique et à la
po litique.
Joseph EPEE EKW ALLA
LES SYNDICATS AU CAMEROUN
Genèse, Crises et Mutations
L'H~mattan
Du même auteur
L'avenir du syndicalisme unique en Afrique:
le cas du
Cameroun, Montréal (Québec), HEC - CET AI, 1996.
Les Syndicats
au Cameroun,
Les cahiers de
Collection THIOT, Cameroun (Douala), avril 2001.
<9 L'Harmattan,
2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
[email protected]
harmattan [email protected]
ISBN: 978-2-296-07907-6
EAN : 9782296079076
l'es tuaire,
PRÉFACE
Observons-le
à brûle-pourpoint:
le sujet que traite
l'ouvrage
du professeur
Joseph
EPEE
EKWALLA,
le
syndicalisme, pourrait surprendre un public initié et avisé.
En effet, « la fm de l'histoire»
que claironne
l'un des
intellectuels
organiques
du libéralisme triomphant
de ces
dernières
décennies,
s'est accompagnée,
du moins
en
apparence, de la défaite du socialisme et du communisme
et,
partant,
du déclin
de leurs alliés, singulièrement
le
mouvement
ouvrier. Avec la montée en puissance
des
idéologies
et forces
capitalistes
et, concomitamment,
l'effacement progressif de celles de gauche, on assiste un peu
partout, à travers le monde, à l'affaiblissement
des syndicats
dont les oiseaux de mauvais augure annoncent
d'ailleurs la
fm prochaine.
Pour
nombre
d'analystes,
« le dernier
homme» de Francis FUKUYAMA
sera libéral et démocrate
mais assurément pas syndicaliste.
Produire,
dans cette perspective,
un livre sur le
syndicalisme, n'est-ce pas se voiler la face devant les réalités
du monde contemporain?
N'est-ce pas, pour un intellectuel,
se condamner
à tenir un discours éthéré, désincarné, sans
aucune prise sur la société et sans aucune possibilité d'action
sur celle-ci? Quelle serait alors l'utilité ou l'opérationnalité
d'un tel discours et d'une telle démarche?
A vrai dire, et au risque, inverse, de surprendre
le
lecteur,
la publication
du professeur
Joseph
EPEE
EKW ALLA
ne constitue
nullement
une
œuvre
de
circonstance,
connectée à je ne sais quelle actualité récente
ou immédiate;
c'est un travail qui se veut enraciné non
seulement
dans la durée historique mais encore dans la
solidité et la permanence
du sacro-saint principe de l'esprit
scientifique, et donc de la méthode sociologique:
la rupture
objectivante.
Construit par les pères fondateurs,
en
particulier par Emile DURKHEIM, ce principe prescrit au
« savant» de toujours prendre du recul par rapport à la
proximité des objets et des situations, en évitant ainsi d'être
prisonnier ou victime de ses préjugés et de ses prénotions,
pour aboutir à un minimum d'objectivité dans l'observation
et l'analyse des faits sociaux.
C'est une telle posture épistémique qui permet à
l'auteur du présent livre de saisir, diachroniquement, le
mouvement syndical camerounais, de la période coloniale,
marquée par le conflit, à l'ère, plus apaisée, de la convention
collective, en passant par l'étape du monolithisme syndical,
caractéristique du système du parti unique.
Au total, en mobilisant, autour de la sociologie, un
ensemble pertinent de sciences sociales et humaines, tels que
le droit, l'histoire et la science politique, l'auteur parvient à
faciliter l'intelligibilité du syndicalisme camerounais
dont le
lecteur pourra découvrir les diverses interconnexions
avec
les mouvements
de lutte pour la dignité et la liberté du
peuple camerounais.
Avec ce troisième essai, le professeur Joseph EPEE
EKWALLA
entend s'affIrmer de plus en plus comme un
spécialiste incontesté
de la sociologie du travail et des
organisations,
en particulier
du mouvement
ouvrier, au
Cameroun.
Puisse donc le lecteur réserver bon accueil à la
présente publication
et en tirer le meilleur profit possible
pour enrichir sa connaissance de notre pays.
Yaoundé, le 15 octobre 2007
Professeur Valentin NGA NDONGO
Chef de Département de Sociologie-Anthropologie
Université de Yaoundé I
6
INTRODUCTION
Pendant la période coloniale, le fait syndical eut
beaucoup du mal à paraître en Afrique. Partout, l'Etat colonial
se montra hostile au syndicalisme. Les travailleurs européens
eux-mêmes
tolérèrent
mal la constitution
des syndicats
purement africains. Ainsi, en Tunisie, la création d'une centrale
tunisienne déclencha l'opposition de la Confédération Générale
du Travail (CGT) française et de la presse socialiste; en 1925,
elle fut dissoute et les chefs syndicalistes condamnés à des
peines sévères. Pour l'Afrique noire de mouvance française, J.
Suret-Canale remarque que: «Les !)Indicatseuropéenssont souvent
d'un racisme qui ne le cèdeguère à celui de l'administration coloniale)).
Les «petits blancs» en concurrence directe avec les Africains de
qualification équivalente, sont les plus aptes à défendre leurs
privilèges. Au Zimbabwe (ancienne Rhodésie), les mineurs
européens s'opposèrent à la création de syndicats africains.
Dans les années quarante, Dave Welensky, frère de
Roy, et vice-président de l'Union Européenne
des Syndicats
des Mineurs (UESM) s'opposait encore à cette création et les
tentatives d'intégrer les travailleurs africains aux syndicats
européens échouèrent elles aussi. Cependant, malgré l'hostilité
de l'autorité coloniale et des employeurs, un syndicalisme de
fait apparut, parfois sous la forme d'organisation
de type
traditionnel
afin d'échapper
à la répression.
En outre,
indépendamment
de l'existence d'organisation
à caractère
syndical, il y eut de bonne heure, une action syndicale,
notamment sous forme de grèves, parfois violentes, prolongées
et durement réprimées (nous y reviendrons). Ainsi, il y a un
parallélisme étroit entre le fait politique, en tant qu'il engendre
des partis politiques, et le fait social qui donne naissance à des
organisations
syndicales. Dans les deux cas, la situation
coloniale manifeste une opposition farouche à ces deux types
d'organisation. Mais, elle ne peut empêcher ni l'action politique,
ni l'action syndicale, encore moins l'apparition d'organisations
qui préludent à la création de véritables partis ou syndicats.
Contrairement à l'opinion dominante à cette époque, le
syndicalisme n'a pas été un phénomène
purement artificiel
plaqué sur les réalités africaines. En fait, comme cela se passe
dans tous les pays du monde, le syndicalisme se trouve être la
réponse naturelle des travailleurs africains, plus durement
exploités que les travailleurs européens par le système colonial.
Il faudrait se souvenir que, pendant longtemps, ces travailleurs
étaient soumis à un régime de discrimination raciale qui les
privait des libertés les plus élémentaires. C'est donc une erreur
de faire remonter l'histoire du syndicalisme africain à sa
reconnaissance
légale (au sens diplomatique
du terme) par
l'autorité coloniale. Cette reconnaissance
fut partout tardive.
Elle se situe aux alentours de la deuxième guerre mondiale.
Mais, presque partout, il existait avant leur reconnaissance
légale des syndicats ou un syndicalisme de fait, aguerri par la
lutte sociale et politique menée contre le système colonial.
Dans une deuxième phase, les syndicats sont reconnus
légalement. A l'hostilité succède le paternalisme, c'est-à-dire
l'acception officielle du syndicalisme; mais un syndicalisme
canalisé et contrôlé par l'autorité coloniale de façon à réduire
les risques de contestation. Il faut mettre les syndicats sous
tutelle afin qu'ils deviennent des instruments politiques, des
substituts des partis politiques qu'ils ont parfois précédés. Ceci
explique les dispositions restrictives de la législation. Partout,
les centrales syndicales métropolitaines s'efforcent d'encadrer le
syndicalisme africain en l'assimilant à un modèle qui ne peut
être que celui de ces centrales métropolitaines. Même dans les
territoires britanniques, le « Trade Union Congress)) joua un rôle
considérable
au point de susciter parfois l'hostilité
des
travailleurs africains. La conséquence de cette intervention fut
de fragmenter les syndicats africains en organisations syndicales
multiples et de leur imposer une idéologie étrangère. Ainsi, le
paternalisme
est venu affaiblir un syndicalisme dont les
conditions
socio-économiques
africaines
(faible
8
industrialisation,
analphabétisme,
petit nombre de salariés,
manque
de cadres
syndicaux,
faiblesse
de ressources
financières,
tribalisme,
etc.) ne prédisposaient
pas la
constitution d'une force de première importance. Cependant,
on aurait tort de négliger le rôle politique joué par les syndicats
au cours de cette seconde phase. Malgré la répression sévère,
les syndicats furent une force de contestation non négligeable.
Dans une troisième phase qui commence à partir des
années 45, on relève une tendance des syndicats africains à
réaliser leur unité par une réaction contre le pluralisme hérité
du colonisateur et à s'affranchir de la tutelle imposée par les
centrales syndicales métropolitaines.
Parallèlement,
l'Europe
politique des syndicats s'accroît. En même temps que les partis
politiques passent à la contestation, c'est-à-dire, de la lutte à
l'intérieur du système colonial au nationalisme véritable, c'est-àdire, à la lutte contre le système en vue de le détruire, les
syndicats font passer à l'arrière-plan les luttes sociales pour
faire prédominer la lutte politique, plus précisément la lutte
pour l'indépendance. En fait, au cours de cette phase, il y eut
une coopération étroite et efficace entre les partis nationalistes
et les syndicats. Certains chefs politiques comme Ruben Um
Nyobé,
Sékou
Touré,
furent
d'ailleurs
des militants
syndicalistes avant de se consacrer à titre principal à l'action
politique. Cette jonction de l'action syndicale et de l'action des
partis nationalistes était d'autant naturelle que le nationalisme
ne fût pas uniquement politique mais également économique,
social et culturel.
Notre travail comporte deux parties: la première est
consacrée à l'évolution du mouvement syndical en général et au
Cameroun en particulier; la seconde nous permettra de saisir
les nouveaux rapports (endogènes et exogènes) entre le parti et
le syndicat.
Trois chapitres constitueront l'objet de notre travail: le
premier est consacré essentiellement à l'analyse des années 4560, période charnière du syndicalisme en Afrique. Le deuxième
9
décrit le cheminement du syndicalisme unique au Cameroun,
d'une part, le processus d'instauration du multipartisme jusqu'à
l'avènement du pluralisme syndical, d'autre part. Enfin, nous
aborderons
les problèmes relatifs aux rapports patronat syndicat des travailleurs et syndicat - pouvoir politique.
Dans un premier temps nous essaierons
quelques notions générales sur le syndicalisme.
10
de donner
Chapitre premier:
Qu'est-ce que le syndicalisme?
1.1.
LE SYNDICALISME:
THEORIQUES
FONDEMENTS
Le syndicalisme
est aujourd'hui
un des éléments
reconnus de la vie sociale comme de la vie économique.
Certains s'en réjouissent, d'autres le déplorent encore, mais le
plus grand nombre l'accepte comme un fait acquis et nul ne
songe plus guère à contester le rôle actuel et la force des
organisations de travailleurs.
A l'origine du terme syndicat, il yale syndic, venant
lui-même du grec sundikos, c'est-à-dire celui qui représente
et défend les intérêts d'une ville, puis d'un groupe différent
du groupe municipal,
un conseil, un avocat (le syndic,
étymologiquement,
appuie un client dans une action en
justice). Le syndic assume les mêmes
rôles. C'est le
mouvement
qui vise à unifier les travailleurs
dans les
organisations,
les syndicats, pour défendre
leurs intérêts
communs
(hausse des salaires, meilleures
conditions
de
travail,
baisse
du temps
de travail, lutte contre
le
licenciement. . .).
Un syndic est donc une association privée formée
par des individus qui se regroupent
pour défendre leurs
intérêts communs.
Un syndicat professionnel
défend des
intérêts économiques liés à une profession.
unifier
l'action
Le syndicalisme est donc le mouvement
qui vise à
les travailleurs dans les organisations.
Il est aussi
militante qui cherche à poursuivre
les buts d'un
syndicat.
Selon
trois fonctions:
P.
Rosanvallon
1
les
syndicats
ont
~
une fonction
de représentation
(expression
des
revendications
de la classe ouvrière) ;
~ une fonction
de régulation
sociale (canaliser les
revendications
et résoudre ainsi pacifiquement
les
conflits) ;
~ une fonction de solidarité (facteur de cohésion et
d'identité de la classe ouvrière).
Par ailleurs, on ne peut parler de mouvement ouvrier
avant la révolution industrielle. Cela ne veut pas dire qu'il n'y
avait pas auparavant
des travailleurs
organisés
au sein
d'institutions
spécifiques,
mais les corporations
relèvent
d'une
autre logique que celle du syndicalisme,
née du
machinisme et de la séparation du travail et du capital.
Organisation
de classe selon la théorie marxiste, le
syndicat est l'émanation de la classe ouvrière qui lutte pour la
réalisation de son unité, pour sa prise de conscience et pour
la défense des intérêts prolétariens
face à la bourgeoisie.
C'est entre 1830 et 1842 que les travailleurs accèdent à un
niveau supérieur de leur organisation
de classe en créant
leurs premiers syndicats et leurs premiers partis politiques.
Les crises cycliques de surproduction
de 1825 - 1830 et de
1835 - 1837 se sont traduites par la mise au chômage de
nombreux
salariés. Le chômage apparaît depuis comme un
péril qui peut s'abattre à tout moment sur les travailleurs.
A l'occasion
des crises, le patronat
organise la
concurrence
entre les travailleurs afin de maintenir au plus
bas les salaires de ceux qu'il emploie en les menaçant de les
remplacer
par les chômeurs.
Marx décrira ces chômeurs
1
Rosanvallon, Pien-e, La question syndicale - Histoire et avenir
d'une forme sociale, Paris, Calmann-Lévy,
12
1987.
comme
« l'armée
de réserve du capital »2. Le syndicat
apparaît alors comme un moyen pour le prolétaire de faire
face aux dangers de la situation. Par le syndicat et dans le
syndicat, les travailleurs se présentent
en bloc devant le
patron qu'ils obligent à traiter avec eux collectivement
et non
séparément et isolément. Sur la base d'une entreprise et plus
tard d'un secteur industriel, les syndicats se constituent et se
fédèrent progressivement
en établissant un front de classe
contre
l'exploitation
capitaliste.
Le plus
souvent,
la
formation
du syndicat est liée à la grève à laquelle les
ouvriers
ont
recours
pour
préserver
leurs
moyens
d'existence, qu'on peut confondre à cette époque avec leurs
moyens de survie.
1.2.
LE SYNDICALISME:
Rappel historique
Parce qu'ils défendent
les intérêts des travailleurs,
parce qu'ils représentent
un instrument
de combat, les
syndicats dès leur origine ont suscité la méfiance et les
réactions défavorables
parmi les classes dominantes.
Quoi
qu'il en soit, l'histoire regroupe le mouvement
syndical dans
les pays capitalistes en trois courants:
libéral, marxiste et
chrétien.
Le courant libéral s'est développé
dans les pays
d'idéologie capitaliste et visait essentiellement
l'amélioration
des conditions du travailleur. Ce courant est né en GrandeBretagne au début du 18ème siècle, plus précisément
en
1720, par une lettre au Parlement
écrite par les maîtres
tailleurs de Londres par laquelle ceux-ci l'informent
qu'ils
viennent
de former
une association.
Mais, l'agitation
provoquée
par les ouvriers textiles du Yorkshire
et du
Lankashira, va susciter de sérieuses inquiétudes du côté des
pouvoirs publics. Le roi va ainsi, en 1799, publier un texte
2 Karl Marx, Le Capital, Paris, Ed Quadrige, PUF, 1993.
13
qui déclare punissable
sera levée en 1826.
toute coalition.
Mais cette prohibition
En France, certaines organisations
corporatives
ou
mutuelles prennent, dès le 18ème siècle, le nom de chambre
syndicale. Elles seront cependant supprimées par la loi Le
Chapelier du 14 juin 1791 (nous allons y revenir) sous
prétexte qu'elles constituaient des corps intermédiaires
entre
l'Etat et l'individu. Le terme syndicat, en tant qu'association
ouvrière, apparaît en 1839. Et une loi Waldeck-Rousseau
établit fmalement le droit syndical qui devient effectif en
1901.
Le courant marxiste par contre est révolutionnaire.
Ses revendications
sont matérielles et politiques. Ce courant
connaît un essor considérable dès 1848 quand Karl Marx fait
cette déclaration:»
Prolétaires
de tous les pays unissezvous! »3. Cependant, il a fallu attendre la fm du siècle, pour
le voir se généraliser en Russie. Dès 1905, les premiers
soviets
(conseils)
des
délégués
ouvriers
réclament
l'institution
d'un régime démocratique,
ce qui provoque la
colère du Tsar qui considère
les syndicats comme
de
dangereux foyers révolutionnaires.
La répression qui suivra
ne découragera
pas les syndicats dans leurs entreprises,
puisque leur action sera couronnée
de succès grâce à la
révolution de 1917.
Le courant chrétien, enfm, s'oppose à la violence
sous toutes ses formes, patronales ou ouvrières, ainsi qu'à
l'idéologie
marxiste
qui anime les anarchistes
et les
socialistes. Ce courant se retrouve uniquement dans les pays
marqués
par la religion
chrétienne
comme
l'Italie et
l'Espagne.
Il est d'ailleurs confIrmé dans l'encyclopédie
pontifIcale quadragésimo anno publié en 1931.
3
Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste,
Paris, Flammarion, ColI GF, 1998.
14
Après
cette analyse sommaire
des fondements
théoriques du syndicalisme, passons à présent à l'analyse de
la naissance du mouvement ouvrier camerounais. Mais avant
de le faire, nous nous proposons
de faire une brève
historique du syndicalisme dans trois pays où celui-ci est né.
Il s'agit des cas anglais, français et américain notamment.
Le syndicalisme
en Angleterre
Les premiers syndicats ouvriers sont apparus dans ce
pays vers la fm du 18ème siècle. Ainsi, entre 1799 et 1815,
deux lois furent votées. La première d'anti-coalition
et la
seconde supprimant
toute législation du travail. Jusqu'ici le
syndicalisme s'y est développé dans la clandestinité. Ce n'est
qu'en 1825 que le parlement lève son interdiction
sur les
coalitions. Les années 1830-1850 ont été marquées par une
période de révolution du mouvement syndicat anglais.
L'année 1830 est une période marquée par l'influence
de Robert OWEN qui préconisait
l'abolition
du salariat.
1834, une autre date, qui annonce la naissance de la Great
Consolidated
Trade Union et suivra l'année1840,
période
sous l'influence du Charitarisme. Ce n'est qu'en 1850 et 1860
que ces unions se coordonnent
et se disciplinent. En 1868, le
puissant Trade Union Congress (TUC) fut fondé, ce qui a
permis qu'en 1875, l'on reconnaisse la légalité des syndicats
par la« Trade Union Act ».
Le Trade Union a tenté de regrouper les hommes de
métier et essayé de se répandre dans la grande masse. V ers
1906, est né le parti politique Labour Party et chaque fois
que ce parti a pris le pouvoir au 20ème siècle, il a fait avancer
les intérêts des travailleurs. C'est ainsi qu'en 1907, le parti
travailliste a fait élire des membres de la Trade Union aux
communes.
En 1962, le parti conservateur
«Trade Dispute
Act» restreint les possibilités d'actions politiques et sociales
des travailleurs.
15
De 1945 à 1951, le parti travailliste revient
pouvoir et réalise un vaste programme de nationalisations
le pouvoir d'achat des travailleurs se voit revalorisé.
1945, les travaillistes abrogent la plupart des dispositions
la loi de 1917 sur la législation par le Royal « commission
industrial relation» et élaborent de nouvelles lois sur
relations de travail.
au
et
En
de
on
les
En 1974, une loi est votée sur les syndicats et les
relations politiques; la closeshop vail ou atelier fermé devient
légal. Ainsi la loi de 1975 sur la protection de l'emploi aura
une importance déterminante.
Actuellement, en Angleterre, on compte plusieurs
centaines de syndicats. Environ 140 sont affiliés à l'unique
centrale nationale (Trade Union Congress) TUe. Le nombre
total des membres de ces syndicats est supérieur à 10
millions sur une population de 24 millions de travailleurs.
Les trois principaux syndicats sont:
~ Ie Transport and General Worker's Unin (TGWU);
~ l'Amalgomated
Union of Engineering Worker's
(AUEW) ;
~ Ie General and Municipal Work's Union (GMWU).
Il faut noter que 40 à 45% de l'ensemble des travailleurs
britanniques
sont
syndiqués,
avec
des
variations
considérables d'un secteur à l'autre.
Le syndicalisme
français
Les associations et les mutuelles ont été les premières
formes d'organisations ouvrières que l'on ait connues en
France avant 1791. Avec la loi Le Chapelier, passée en 1791
à la demande des charpentiers, le gouvernement français
s'est révélé plus autoritaire qu'en Angleterre en prohibant les
associations dans la clandestinité. Mais en 1860, il y avait
16
déjà l'apparition des chambres syndicales et des bourses du
travail ce qui fait qu'en 1864, le droit de grève est reconnu.
En 1884, la loi Waldeck-Rousseau
est votée: elle
rappelle les principes de la loi Le Chapelier et autorise en
plus le syndicalisme des bourses du travail. Celles-ci étaient
largement répandues en France, puisqu'elles sont devenues
une indication du marché du travail pour les travailleurs et
des centres de résistance et d'assistance lors des conflits. En
1985, la Confédération
Générale du Travail (CGT) est née et
le droit d'association lui a été défini.
En 1906, les syndicalistes
obtiennent
une charte
dénommée
« la charte d'Amiens»
qui donne naissance au
syndicalisme révolutionnaire
lors du congrès d'Amiens. Ce
fut l'idéologie des bourses du travail qui a triomphé à travers
la doctrine officielle de la CGT. Une bonne partie de cette
doctrine est restée présente dans le syndicalisme
français
d'aujourd'hui.
Après 1914, les syndicats
cherchent
des
compromis
avec les pouvoirs
publics et en 1919, la
Confédération
Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC)
voit le jour.
Les grèves de mai-juin 1968 ont conduit à l'accord de
Matignon
et permis un défoulement
des ressentiments
accumulés
depuis des années. Elles ont également
été
l'occasion de formuler un certain nombre de revendications.
C'est à travers celles-ci que la CGT a pu obtenir d'un seul
coup l'essentiel, notamment
la conciliation
et l'arbitrage.
Mais en 1964, la CGT, affaiblie par les divisions internes,
éclate en deux centrales distinctes: la CGT et la FO (Force
Ouvrière). En 1950, une loi sur les conventions
collectives
est votée. En 1963, la CFTC devient la CFDT (Conférence
Française Démocratique
du Travail).
contexte
La grève
politique
déclenchée
au mois de mai dans un
explosif a permis d'aboutir au protocole
17
de Grenelle dont les clauses ont consacré « les plus grandes
conquêtes
professionnelles
du salariat d'après-guerre
». Ce
protocole
a permis au gouvernement,
aux confédérations
syndicales et au Conseil National
du Patronat
Français
(CNPF) de prendre des engagements sur de multiples points,
tels que l'augmentation
du taux horaire minimal (SMIG), la
réduction de la durée du travail.
Par ailleurs, les syndicats français d'aujourd'hui
se
caractérisent
par la diversité des idéologies qu'ils défendent
et par la faiblesse relative de leurs organisations.
Les
principaux syndicats sont:
~ la Confédération
~
~
~
~
~
Générale
du Travail (CGT) à
majorité communiste;
la Confédération
Française Démocratique
du Travail
(CFDT)
ancien
syndicat
chrétien,
aspire
à
l'autogestion et à la décentralisation;
la Force Ouvrière (FO) issue de la scission avec la
CGT
est particulièrement
implantée
chez
les
fonctionnaires,
les
banques,
les
compagnies
d'assurance.
Elle est profondément
anticommuniste
et hostile à la grève;
la Fédération de l'Education
Nationale (FEN) : elle
rassemble en majorité les enseignants. Les socialistes
y sont majoritaires;
la
Confédération
Française
des
Travailleurs
Chrétiens
(CFTC) :
elle
est
essentiellement
conservatrice;
la Confédération
Générale des Cadres (CGC).
Le syndicalisme
américain
Les Etats-Unis n'ont jamais eu de textes qui
interdisent les coalitions ouvrières. Toutefois, ils ont hérité
de la Cornmon Law britannique, ce qui fait que la doctrine
de la conspiration criminelle s'est appliquée aux USA où elle
18
a servi à réprimer l'action syndicale. Des actions à caractère
pénal ont été souvent utilisées par les tribunaux à la
demande des employeurs.
Entre 1840 et 1850, les premières unions nationales
de métier (National Trade Union) se sont formées. En 1986,
on assiste à la formation de la première centrale syndicale (la
National Labour Union) et à la création de l'ordre des
chevaliers du travail. Un autre syndicat, celui d'affaires,
émerge avec la formation en 1866 de la Fédération
Américaine du Travail (AFL) sous la responsabilité de
Samuel COMPERS.
Pendant
que l'AFL
devenait
le prototype
de
l'organisation
des travailleurs
américains,
elle avait un
concurrent dans l'Ouest des USA: les Industrial Worker's of
the Word (IWW) étaient une centrale née en 1905 à Chicago
chez les bûcherons
et les mineurs, recrutant
une maind'œuvre non qualifiée et dont les conditions de travail étaient
pénibles.
Celle-ci représentait
un syndicalisme
de type
industriel. Les effets de la crise de 1929 ont poussé les
industriels à demander au gouvernement
d'intervenir.
En
1933, le président ROOSEVELT
fait passer le «National
Industrial
Recovery
Action»
(NIRA)
dans lequel est
proclamé
explicitement
le droit pour les travailleurs
de
s'organiser dans un syndicat de leur choix et de négocier de
bonne foi une convention de travail avec leurs employeurs.
En 1935, cette loi est testée par la cour suprême qui la
déclare anticonstitutionnelle.
La même année, ROOSEVELT
fait passer une autre
loi, le «Wagner
Action»
ou National
Labour Relation
Action (NLRA). Cette loi réitère les mêmes droits que la
NIRA pour les travailleurs et prohibe les syndicats contrôlés
par les patrons, en détaillant une série d'actions interdites de
la part du patron. Elle met aussi sur pied une commission de
relations de travail en 1936. Ce qui provoque une scission au
19
sein de l'AFL (Fédération
Américaine
du Travail) et la
création d'un comité des organisations industrielles. Celui-ci
se transforme
en 1938 en syndicat:
le Congrès
des
Organisations
Industrielles (CIO).
Mais en 1947, la nouvelle loi sur les syndicats
apparaît comme un recul énorme sur la loi WAGNER
dans
la mesure où elle a remis en chantier une forme de tutelle
aux syndicats en les obligeant à donner des détails sur leur
statut, leur gestion financière, leurs cotisations...
Elle a
rendu également les syndicats passibles de lourdes amendes
et de dommages d'intérêts s'ils contrevenaient
à l'une de ses
clauses. En 1955, on assiste à la fusion de deux grandes
formations syndicales: la Fédération Américaine du Travail
(AFL) et le Congrès des Organisations
Ouvrières
(CIO)
pour donner
naissance
à la toute puissante
fédération
syndicale du monde Occidental (AFL-CIO) avec 16 millions
de membres. Déjà en 1977, le total des effectifs syndicaux
représentait
environ 30% de la main-d'œuvre
active aux
Etats-Unis.
1.3.
LES ORIGINES
OUVRIER
DU MOUVEMENT
Il est difficile d'étudier le syndicalisme camerounais
sans se référer aux origines du mouvement ouvrier français.
Tellement leur cheminement
se ressemble.
Au Mqyen-Age en France, la majorité des travailleurs de
l'industrie et du commerce sont organisés en corporations
et
maîtrises, aux règlements
étroits. Le maître produit avec
l'aide de compagnons et d'apprentis: il s'agit de défendre les
intérêts
du métier.
Dans les manufactures
royales, la
discipline relève du roi, dans l'agriculture, c'est le servage.
Au XVI' siècle, le capital prend une part croissante
dans l'industrie et le commerce:
manufactures,
fabriques et
grands commerces remplacent l'atelier artisanal. Les rapports
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