
N o t e E sp a c e I n t e r n a t i o na l C G T
p. 3
grecque, cependant l’analyse est des plus consternantes. Sont-ils vraiment incapables de voir que l’explosion de
la dette grecque est due aux mesures d’austérité, d’une dureté insoutenable, depuis cinq ans maintenant ?
Avec les chiffres de 2014 : dette publique en pourcentage du PIB de 177%, taux de croissance de 0,7% et un
taux d’intérêt de long terme de 6,93%, il faudrait un excédent primaire de 8% à la Grèce pour que sa dette soit
soutenable, il est actuellement de 0,6%.
La situation sociale en Grèce actuellement
Le chômage touche 26% de la population grecque, soit 1,3 millions de Grecs sont sans travail. Pour les 30% les
plus pauvres, en Grèce, le niveau de vie est désormais inférieur à celui de 1986. En moins de 7 années, la
population a sacrifié 30 ans de hausse de revenus sur l’autel des politiques d’austérité. En termes nominaux,
c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation, la chute du PIB depuis le second trimestre 2008 atteint 27,5%. La
Grèce a perdu tout ce que sa croissance lui a apporté depuis qu'elle a rejoint la zone euro !
La Grèce est aujourd'hui le pays en Europe qui compte le plus de pauvres : 23,1% de la population vivent en
dessous du seuil de pauvreté.
C'est dans ce contexte qu’une grande majorité des votants s'est exprimée, lors du référendum du 5 juillet,
contre la poursuite des programmes d'austérité voulus par la Troïka.
Conséquences de l'accord du 12 juillet
En tout premier lieu, pour la Grèce, il y a peu de chances que la mise en œuvre des « réformes » imposées par
la Troïka améliore la situation économique du pays. Très clairement, les travailleurs, les retraités et les pauvres
continueront à boire la tasse – sans que pour autant leur situation offre des perspectives d'amélioration à
moyen terme.
Pire, la dette est insoutenable. Même l'accord du 12 juillet le reconnaît. Pourtant, rien n'est entrepris pour y
pallier. Les gouvernements de la zone euro ont décidé de regarder la Grèce dériver encore un peu plus
longtemps. Il est cependant évident qu'un jour, il sera nécessaire de restructurer cette dette. En attendant, les
prêteurs continuent à percevoir les intérêts que la Grèce doit verser et qu'elle reçoit sous forme « d'aide » de
l'autre côté.
L'accord du 12 juillet ne contient aucun dispositif d'investissement digne de ce nom, aucune réelle démarche de
politique industrielle qui serait susceptible de changer le cours des choses et qui pourrait favoriser une reprise
de l'économie réelle. Ce n'est pas par manque de pistes que ce volet est absent : la Grèce est totalement
dépendante d'importation de l'énergie primaire. Un programme d'investissement dans des énergies
renouvelables et dans l'amélioration de la performance énergétique aurait plusieurs effets positifs : réduire le
déséquilibre du commerce extérieur, et impulser une activité industrielle intérieure, susceptible de créer des
emplois.
Des propositions d'approche différente existent également, mais ne sont pas reprises : Colettis, Robé et Salais
proposent de transformer des créances détenues sur la Grèce par chaque État européen en investissements.
Cela réduirait la charge de la dette, créerait de l'activité en Grèce, rapporterait à long terme, et éviterait
l'impératif d'une restructuration de la dette telle qu'elle se présente aujourd'hui.
Le Monde Diplomatique, Juillet 2015