L`expédition d`Alger en 1830

advertisement
Laura Bensimon
L’expédition d’Alger en 1830
Introduction :
Une partie du territoire de l’Algérie actuelle était occupée depuis le XVIème siècle
par l’Empire Ottoman, ce territoire était connu sous le nom de : régence d’Alger. Cette
régence était sous la domination d’un émissaire de l’Empire que l’on appelait le dey
d’Alger. Au début du XIXème siècle, la régence d’Alger est dirigée par le dey Hussein et,
alors que ses relations avec la France étaient bonnes jusque dans les années 1820,
celles-ci se détériorent dès 1827 suite à une mésentente entre les deux dirigeants que
sont le dey Hussein et Charles X. Leurs relations vont devenir si mauvaises qu’elles
conduiront finalement les français à envahir la régence d’Alger. Pourquoi le conflit entre
les deux gouvernements s’est-il conclu par l’expédition d’Alger en 1830 ? L’analyse
portera, dans un premier temps sur le fait que l’expédition résulte d’un problème de
politique interne, puis, dans un deuxième temps, sur la médiocrité de l’opération
militaire, et pour finir, sur l’inconséquence de la politique coloniale française.
Conclusion :
Contrairement à ce que pense l’opinion commune, la conquête de la régence
d’Alger ne s’est pas faite en raison de l’abondance de matières premières mais pour des
raisons politiques, de même que sa conservation : pour influencer des électeurs, pour ne
pas faire preuve de faiblesse ou pour soutenir un empire colonial en construction. La
conquête de ce territoire est donc basée sur le paradoxe de ces élites qui savent que
conserver Alger ne pouvait rien apporter à la France mais dont aucune ne veut payer le
prix politique de la retraite ou faire preuve de trahison en s’opposant aux décisions du
gouvernement. Ce paradoxe est longtemps resté le symbole de l’inconséquence de la
politique coloniale française.
Partie I
L’expédition d’Alger semble résulter d’un problème de politique interne au
niveau de la France. Néanmoins, avant d’analyser cette affirmation, il est nécessaire de
comprendre la situation de la régence d’Alger avant 1830. Avant cette période, et depuis
plusieurs siècles, la régence d’Alger avait connu de nombreuses dominations, la dernière
étant celle de l’Empire Ottoman. Ainsi, le pays est en crise depuis le début du XVIIIème
siècle suite à des vagues d’épidémies et de guerres (comme par exemple les guerres
napoléoniennes dès 1797). De plus, au XIXème siècle, la Méditerranée était sous
domination française et anglaise ce qui eut pour effet de réduire les revenus du dey.
Celui-ci tenta alors de modifier cette diminution en augmentant les impôts mais les
conséquences n’ont pas été celles escomptées puisque l’augmentation des taxes a
provoqué une crise dans la paysannerie et une nomadisation des populations : toute
pression fiscale étant dès lors impossible. La régence d’Alger est donc, en 1830, en
pleine décadence économique et sociale, le pays, extrêmement fragile, est une proie
facile pour les français.
En ce qui concerne la France, le pays est, à cette époque là, sous la direction de
Charles X et de son premier ministre Polignac. Pourquoi ont-ils décidé de s’attaquer à la
régence d’Alger ? On peut, dans un premier temps, affirmer que Charles X a voulu
renouer avec les glorieux temps napoléoniens et le prestige d’un empire français.
Néanmoins, on admet aujourd’hui que la politique intérieure française fut à l’origine de
l’expédition. Polignac dissout l’Assemblée Nationale, en raison de sa constitution
libérale, le 16 mai 1830. Or, le mécontentement des Français est perceptible alors
Charles X souhaite éviter une nouvelle révolte. Ainsi, afin de distraire les Français
pendant les nouvelles élections en leur montrant le prestige d’une monarchie capable de
conquérir des territoires et de les empêcher de se révolter contre le gouvernement,
puisque lors d’une guerre tout opposant est traitre, la monarchie décide d’organiser la
conquête de la régence d’Alger.
Cependant, ces prétextes peu nobles n’ont pas été ceux donnés par le
gouvernement aux Français. Selon la monarchie, la querelle serait issue du 27 avril
1827. C’est à cette date que le dey d’Alger aurait frappé le consul français à l’aide d’un
chasse-mouche ou d’un éventail, ce point n’étant pas vraiment élucidé. Selon le dey
Hussein, ce coup aurait été donné à cause de l’arrogance du consul, celui-ci ayant refusé
de rembourser une dette datant des guerres napoléoniennes due à deux marchands juifs
d’Alger qui n’auraient alors pas pu s’acquitter des taxes au dey. Le gouvernement
français a donc justifié l’attaque de la régence d’Alger en affirmant la nécessité de
réparer l’honneur déchu de la France. Ainsi, Charles X, lors de son annonce de la
formation d’une expédition à Alger (3 mars 1830), a présenté comme motifs : la
nécessité d’une expédition punitive pour l’honneur français et la volonté d’éliminer la
piraterie du bassin méditerranéen.
La France met en place un blocus, dès 1827, suite à l’obscure affaire du « coup
d’éventail ». Cependant, l’expédition d’Alger n’est annoncée que trois ans plus tard, en
1830. La réaction lente du gouvernement français montre bien que les raisons de la
conquête ont été des raisons de politique interne. Cette expédition démarrée à partir de
raisons dissimulées sera assez rapide mais restera une opération militaire médiocre.
Partie II
Suite à l’insistance de Polignac et au discours de Charles X, l’armée française,
menée par Louis de Bourmont, débarque le 14 juin 1830 sur la plage de Sidi Ferruch à
vingt cinq kilomètres d’Alger. Après un bombardement continu d’Alger depuis le camp
français et des tentatives de défenses du côté algérien, le dey Hussein capitule moins
d’un mois plus tard (le 5 juillet 1830) et s’exile en Italie. Les français s’emparent ainsi de
la ville, la pillent et récupèrent le trésor du dey qui ne couvrira en réalité qu’une légère
partie des frais d’expédition. Par ailleurs, de nombreux militaires français sont décédés
lors de la prise d’Alger mais ceux-ci l’ont en fait été suite à des blessures (infections,
maladies, manques de soins) et non des blessures elles mêmes.
Néanmoins, cette opération militaire et la victoire qui en a résulté sont restées
inutiles pour la politique française. En effet, le but de Charles X était de distraire les
français lors des élections législatives en leur montrant la politique exemplaire du
régime et le prestige de la France. Cependant, la nouvelle de la victoire française est
arrivée en France le 9 juillet alors que la plupart des départements avaient déjà voté (les
élections étant éparpillées entre le 23 juin et le 19 juillet). Ainsi, le succès de
l’expédition d’Alger n’est pas parvenu à divertir les électeurs qui ont finalement voté
libéral et non ultra, et donc n’a pas atteint son but. Par ailleurs, la révolte des français du
27 au 29 juillet (les Trois Glorieuses) à Paris provoque l’abdication de Charles X,
l’homme à l’origine de l’expédition.
L’abdication de Charles X crée une pause au niveau de la conquête territoriale
algérienne puisque la monarchie française et le gouvernement sont en crise. Doit-on
poursuivre la politique de Charles X alors que celle-ci a perdu son utilité première ? Que
faire de la régence d’Alger puisque la stratégie politique dont elle était issue n’a pas
fonctionné.
En 1830, les militaires français se sont facilement installés dans la régence
d’Alger mais « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » et, lors de l’expédition, la
plupart des morts du coté français auront été des morts peu glorieuses : cette opération
militaire peut aujourd’hui être qualifiée de médiocre tant au niveau du prestige que de
son utilité finale. Cette campagne médiocrement enclenchée reste le symbole de
l’inconséquence de la politique coloniale française.
Partie III
Suite à l’abdication de Charles X en juillet 1830, Louis-Philippe arrive au pouvoir.
Néanmoins, sa décision concernant la régence d’Alger n’est pas celle à laquelle les
français auraient pu s’attendre. En 1830, la conquête d’Alger n’apporte que des
inconvénients à la France : c’est une source de mortalité par maladies et un foyer des
révoltes, la régence n’a, par ailleurs, aucune ressource en matières premières. Ainsi, tout
amène à penser que le dirigeant français préfèrera rapatrier son armée plutôt que de
poursuivre cette conquête inutile. Cependant, selon Louis-Philippe, quitter à ce moment
la régence d’Alger serait signe de faiblesse de la part des Français vis à vis des autres
pays et en particulier de la Grande-Bretagne qui exige le retrait des troupes françaises.
Louis-Philippe maintient donc l’armée à Alger avec pour unique exigence que
l’occupation se face à moindre coût et qu’elle soit restreinte (d’où la formation d’unités
algériennes composée de militaires locaux).
Cependant, cette politique de l’occupation restreinte n’est possible que jusqu’en
1835 puisque dès 1830 certaines tribus algériennes proclament la « guerre sainte »
(jihad). Suite à cette proclamation, les tribus des campagnes se regroupent autour d’Abd
El Kader de manière consentante ou de manière forcée ce qui est le cas de la plupart
(Abd El Kader mène une forte répression contre les tribus qui ne se joignent pas à lui). Il
faut bien souligner que les révoltes sont issues principalement des campagnes et non
des villes car celles-ci, en 1830, conservent un mode de vie passéiste et restent
regroupées en tribus antagonistes. Cette pression exercée par une partie de la
population locale amène la France à retourner en guerre dès 1835 et, malgré une légère
trêve en 1837, celle-ci ne se termine qu’en 1847 suite à la capitulation d’Abd El Kader.
Ainsi, contrairement à la politique coloniale voulue par Louis-Philippe à son arrivée, la
conquête et la conservation du territoire de la régence ne s’est pas fait à moindre coût et
la France a rapidement été entrainée dans une guerre qui a duré de nombreuses années
sans que personne ne parvienne à y mettre fin (fin définitive des révoltes en 1870).
De plus, l’opinion française à propos de la conquête de la régence d’Alger n’a
jamais soutenu le gouvernement. Avant même le début de l’expédition, le milieu des
notables s’indigne contre la nomination de Louis de Bourmont au poste de chef de
l’expédition car celui-ci est considéré, depuis les guerres napoléoniennes, comme un
traitre. Pendant la conquête, l’opinion française reste totalement indifférente comme le
montre le fait que la victoire des Français n’a en rien modifié le vote des électeurs.
Néanmoins, une minorité des Français s’annonce favorable à la conquête de ce territoire
puisque qu’elle voit déjà la régence comme un possible « dépotoir » d’hommes
dangereux (pour la plupart opposants au régime) et le début d’un prestige colonial
français ayant pour but d’égaler les Anglais. Mais la majorité des Français et en
particulier les milieux libéraux sont hostiles ou indifférents. Les libéraux estiment que la
poursuite de la conquête est le symbole de la pérennité d’une politique issue de la
monarchie et s’oppose à la défense des droits de l’homme. Mais surtout, l’expédition
d’Alger est source de mortalité et de dépenses inutiles puisque la régence d’Alger ne
rapporte rien à l’économie française (aucune matière première remarquable). Selon les
libéraux, le seul avantage que pourrait présenter une colonie serait la mise en place d’un
impérialisme financier. Ainsi, les Français ne veulent pas de la régence d’Alger et la
considéreront longtemps comme un bagne et un foyer de maladies.
Téléchargement